LETTRES DE MAITRISE D’'ETIENNE-LOUIS BONJEAN 14 NOVEMBRE
(Musée Savoisien d'Histoire et d'Archéologie.)
Cliché Guy, Chambéry.
Zodiacus medicogallicus authore Nicolas de Blegny ;
Ars medica dogmatico armetica et opera Joannis Schroderi ;
Les aphorismes d'Hyppocrate ;
Les aphorismes d'Hipocrate avec le commentaire de Galien sur le premier livre ;
Universa medecina compendium authore Joanne Riolano Ambiano medico parisiensi viro clarissimo ;
Les commentaires d'André Mathiolus ;
Johannis Mesuae damascent de re medica libri tres ;
Opera omnia medica Guilliermi Rondelesti ;
Li caprici medicinali del eccellense medico et chirurgico M. Leonardo Fioravanti Bolognese libri quarto ;
Commentaire sur l'escole de Salerne ;
Laurentii Jouberti medecina practica priores libres tres,
Joannis Ferneliit universa medecina,
Hieronimi Mercurialis medici celeberrimi tractus varie de re medica ;
Albini de medicina egyptiorum et judorum ;
Antonii Musae Brasavoli examen omnium simplicium medicamentorum quorum in officinis usus est ;
Actuarius medicamentorum compositione Joanne Ruellio ;
‘Joannis Dubois methodus miscendi et conficiendi medicamenta ;
Petri Morelli methodus prescribendi jormulas remediorum eleganhissima ;
Tractatus de natura salium Rudolph Glaubery ;
Thériaque d’Andromachus par Moyse Charas ;
Lexicon alchemiae sive dichionarium alchemisticum ;
Cours de chimie de père Thibaut dit le Lorrain ;
Les éléments de chimie de Monsieur Jean PBéguin aumonier du Roy ;
Traicté de la chimie par Monsieur Le Fevre ;
Osvaldi Crollii basilica chimica ;
La royale chimie de Crolius ;
Introduction à la chimie par le sieur Arnaud docteur en médecine ;
Traicté de la chimie par Christophe Glaser apotiquaire du duc d'Orléans ;
Traicté de phisique ;
Botanicon continens descriptiones herbarum aliorumque simplicium authore Theoderico Dorstenis medico ;
Historia plantarum universalis aucthoribus Joanne Bohino et Henrico Cherlero ;
Gaspari Bauhini viri clarissimi pinax theatri botanict ;
Icones et descriptiones variarum plantarum authore Paulo Boccone ;
Le grand dispensaire ou thrésor général et particulier des preservatifs pour Jean Jacques Wecker ;
Les loix de médecine pour procéder méthodiquement à la guérison
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des maladies par Nicolas Abraham sieur de la Framboisère ; Secrets concernant la beauté et la santé pour Monsieur de Blegny ; Secret de médecine et de la philosophie chimique par Jean Liébaut ; Trois livres de l'embellissement et ornement du corps humain pris du latin de Monsieur Jean Liébaut docteur médecin ; Le cours de médecine en françois contenant le miroir de beauté et santé corporelle ; De alimentorum facultatibus libri quinque a Melchiore Sebizio, Recueil de receptes divisé en deux parties expérimentées par les charitables soins de Madame Foquet ; Le parfaict chirurgien charitable par Jacques Guérin docteur médecin ; Recueil de curiosités rares et nouvelles de plus admirables effects de la nature en deux thomes composés par le sieur Lémery ; Miraculum mundi a Joanne Rudolpho Glaubero ; L'histoire entière des poissons avec leurs portraicts composé par Guillaume Rondellet… Plusieurs manuscrits témoignent du travail et de la science de maitre Mermoz.
. Item un manuscript du feu sieur Hector Mermoz sur la préparation des syrops contenant quarante six feuillets escripts couvert de papier bleu. Item un autre cayer sur la préparation des électuaires contenant quarante neuf feuillets escripts aussy couvert de papier. Item autre manuscript dudit feu sieur Mermoz contenant selon sa cotte trente cinq feuillets escripts des animaux et des parties du corps et de ses facultés. Item autre manuscript dudit feu sieur Mermoz qui regarde du ciel et de sa sphère, élémens et météores contenant dix neuf feuillets escripts... » (121).
L'inventaire de Jean-Baptiste Mermoz, petit-fils d’'Hector, nous redonne la plupart des titres précédents. En plus, la pharmacopée de Jacques Sylvien, la pharmacopée
de Joubert, Jacobi primerosit ars pharmaceutica, fraudes pharmacopoerum, bibliotheca chimica…
La bibliothèque Gagnière est moins importante : une quinzaine d'ouvrages, dont les Constitutions de l'Université, Pharmacopea taurinensis, la Pharmacopée de Lémery, le cours de chimie de Lémery, le cours de chimie de Montpeiller …
: (121) Arch. dép. Sav. Tabellion de Chambéry, 1707, Tome Il, oo 42.
Arch. dép. Sav. Fonds Bouvier, 92.
Le bon fonctionnement de l'officine va imposer aux côtés de l'apothicaire, un membre de sa famille, un apprenti, un compagnon, ou un garçon apothcaire, tel ce Pierre Pochet témoin requis au contrat d'apprentissage de Jean Revin.
Trois articles des Statuts de 1679 évoquent l'existence des serviteurs de la boutique.
« Ne sera permis à aucun maistre de recevoir en sa boutique un serviteur qui vienne de servir un autre maistre dans la mesme ville ou fauxbourgs d’jcelle que ce ne soit de l'avis et consentement de ce premier maistre, à moins que ledict serviteur n’eut demeuré hors de la ditte ville l’espace de six mois, comme aussy seront obligés lesdites maistres de ne prendre ni recevoir que des serviteurs de bonne vie, catholiques romains et expérience requise, du fait desquels ils demeureront responsables, et mesme s'il se trouve quelques maistres qui passent les ordres obtenus par le Souverain Sénat ils seront condamnés à la somme de vingt florins pour la première fois, lequel argent sera mis dans la boëte pour les nécessités de la confrérie. — Les veuves des apothicaires pourront tenir leurs bouttiques ouvertes pendant leur viduité, tant seulement à la charge qu'elles auront pour l'administration d’jcelles un serviteur capable et suffisant, estant recognu tel par un examen qu'il souffrira par les deux jurés en l’assemblée des maistres apothicaires ou partie d’jceux, une fois seulement et sans fraix sauf que ledt serviteur payera la somme de six florins, lequel examen ne luy pourra servir en cas qu'il voulust se passer maistre et la première dispensation qu'il fera ne luy sera permis de la parachever sans que premièrement elle n’ayt esté veue par lesdicts jurés ou autres par eux commis pour sur jcelle estre examiné comme il appartiendra, ne luy estant permis de mesme de prendre ny enseigner aucun apprentif à peine de nullité dudit apprentissage... — Que sy quelqu'un des maistres vouloit quitter de travailler par maladie ou autrement dans sa boutique et la remettre à un serviteur, il en doit estre responsable et de touttes ses actions, et ledt serviteur ne pourra prendre aucun apprentif et sera par un préallable examiné en présence du médecin et des maistres jurés ».
Les premières de ces lignes sont reprises par le texte de 1725, qui réduit à trois mois le temps du sarron apotiquaire.
Les ordonnances de 1568 et de 1709 soulignent la responsabilité de l'employeur. « Pour les erreurs commises par les serviteurs des apothicaires, les maitres seront tenus du moins quant
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aux peines pécuniaires encourrues, leur réservant cependant le droit d'obtenir du serviteur son indemnité ».
En 1729, les Constitutions pour l’Université décident que «l’on n’accordera les lettres d'approbation à aucun apothicaire habitant dans les villes qu’il ne s’oblige de tenir un garçon soit aide, qui devra aussi être approuvé afin que la boutique ne soit jamais dépourvue de personnes expérimentées et capables ; et au cas que l’aide de boutique vienne à commettre quelque manquement, son maitre sera tenu civilement pour ce regard ».
Cette obligation, notifiée au Conseil de Réforme de Chambéry en 1768, est maintenue par les Constitutions de novembre 1771. «Ce sera le Chef du Protomédicat qui donnera l'examen pour l'approbation des garçons apoticaires ; ils seront examinés sur la Pharmacopée, et, étant trouvés capables, le susdit Chef du Protomédicat leur expédiera un billet d'approbation... Les garçons apoticaires delà les Monts et cols... pourront être examinés dans
leurs provinces. Cet examen se donnera... par le seul Vice-Protomédecin » (122).
Les rapports entre patrons et employés s’établissent, comme pour les apprentis, sur un acte notarié.
Le 20 octobre 1736, François Dubois, de Goncelin en Dauphiné, s'engage à Chambéry chez maitre Michel Bonjean. Il promet «de demeurer chez ledit sieur Bonjean pendant deux années à commencer dès le premier septembre proche passé, et d'y travailler de l’art de la pharmacie en homme de bien et d'honneur pendant la durée desdites deux années, et d’y être assidu et exact comme le devoir de cet art l’exige, à conditions néantmoins qu'il ne pourra exiger aucun salaire pendant la première année mais seulement son entretien chez ledit sieur Bonjean qui consistera tant seulement à sa nourriture à la table de ce dernier qui promet de luy délivrer sa seconde années quattre livres chaque mois de même que son lict pendant lesdites deux années et pour l'observation et exécution du contenu ci-dessus ledit Dubois promet de faire apporter aveu du présent par son dit père dans trois mois prochains de même que s’il venait à quitter ledit sieur Bonjean avant lesdites deux années il promet de mettre un garçon à sa place... » (123).
. (122) Règlements du Magistrat de la Réforme pour l’Université de Turin du 4 avril 1772.
(123) Arch. dép. Sav. Tabellion de Chambéry, 1736, Tome III, folio 371.
Arch. dép. Sav. Fonds Bouvier, 94.
Le service, désormais assuré, demande, pour le bien du malade et pour l'honneur de la profession, une certaine discipline.
Les règlements insistent sur le rôle fondamental de la prescription médicale. La nécessité doit en être admise, la teneur respectée. |
« Nous défendons à tous les apothicaires d’expédier ou délivrer aucun médicament sans l'ordonnance particulière d’un médecin quant aux internes, d’un médecin ou d’un chirurgien quant aux externes » (124).
«Se donneront les médecines et drogues... fidèlement conformes aux ordonnances. » « Il est ordonné à tous les apotiquaires d'exécuter les ordonnances des médecins sans y rien ajouter ny diminuer à peine de cinquante livres d'amande, et au cas qu'ils croient quelqunes des drogues portées par l'ordonnance nuisibles à celui pour qui elles sont destinées, ils en avertiront le médecin sans pouvoir rien retrancher ou ajouter à la dite ordonnance que le médecin ne l'ait écrit et signé au bas de ladite ordonnance ». « Ils ne pourront... changer à leur gré quelque ingrédient prescrit pour en substituer un autre, sous prétexte qu'il possède la même vertu et efficacité, sous peine d’être gravement punis selon les circonstances des cas » (125).
Le 3 juin 1695, Antoine Tonce prépare pour Mlle Coulonge «une livre cataplasme émollient et résolutif composé selon l'ordonnance de Monsieur Aude pour appliquer sur le gosier » ; le r août 1690, il remet à M. Curtet « pour Madame sa femme une médecine laxative et fort corroborative selon l'ordonnance » ; le 23 janvier 1703, il délivre à M. Dorlie « une médecine laxative et clarifiée selon l'ordonnance » et envoie au Révérend Père de Rochette son clystère et sa tisane « selon l'ordonnance » ..… Le 9 août 1763, l’officine Bonjean livre au Trésorier général Mansoz «une médecine selon l'ordonnance », le 29 août 1764 « une médecine très composée selon l'ordonnance ». ...En août 1784, l'apothicaire Sylvoz fournit à Mme Guillot « une médecine en boisson composée selon l'ordonnance, un bol vermifuge de Grossy selon l'ordonnance, un lavement émollient carminatif huileux selon l'ordonnance. » (126).
(124) Ordres du 3 mars 1676. Manifeste du Protomédicat du 7
octobre 1730.
(125) Ordres du 20 octobre 1568. Projet de Statuts de 1725. Manifeste
du Protomédicat du 14 septembre 1751.
(126) Arch. dép. Sav. Sénat de Savoie, 2934, 5309, 2935.
Arch. dép. Sav. Dérie C 1614.
Mémoire Guillot, loc. cit.
Cette obligation de l'ordonnance est évidente dans la délivrance des substances dangereuses, exception faite pour les justes besoins de certaines professions. En ce cas, l’apothicaire s’entoure de toutes les précautions désirables, celles déjà énoncées dans les Statuta Sabaudiae: connaissance du demandeur, inscription dans un registre spécial (127).
Les poisons sont tenus en un lieu fermé dont l’apothicaire garde lui-même la clef « pour en répondre » (128).
En tête de chaque ordonnance signée à sa main, le médecin a écrit le nom du malade. Au bas ou au dos, l’apothicaire note les dates de renouvellement (129).
«.… Et sur chaque médicament qu'ils délivreront, outre le nom du malade, ils noteront le mode et le temps de l'emploi » (130)
Ce médicament se trouve être un pot, une bouteille, des paquets... «huit prises ypecacuana... vingt prises tartre emétique... douze paquets gramen... deux phioles pierre à cautère… trois bouteilles élixir de Garrus... un pot d’opiate contre l’épidé- Inie (431).
Quatre mots semblent alors résumer la thérapeutique : les béchiques, les digestifs, les purgatifs, les vermifuges.
La journée de l’apothicaire se passe dans la préparation de syrop de capillaire, de pillules laxatives, d'un emplastre sthomacal, d'une poudre apperitifve, d'une poudre purgative, d'un bol cordial et vermifuge, d'un clistère laxatif et rafraîchissant…
Lors des maladies épidémiques d’Arvillard, d’Aiguebelle, de Grésy ou de Chautagne, le remède de base est l’opiate stomachique vermifuge et purgative que voici : « Semen contra 6 grains, coraline préparée, corne de cerf calcinée, corne de cerf préparée de chaque 6 grains, poudre de Bauderon, sel d’absinthe de chaque 10 grains, oethiops minéral 20 grains, opiate Salomon demidragme, elixir de propriété 1 scrupule, poudre cornachine 15 grains, rhubarbe pulvérisée 95 grains » (132).
Les pages écrites en 1787 par Joseph Daquin, médecin de l'Hôtel-Dieu de Chambéry, donnent un écho et une justification
(127) Ordres de 1568. Statuts de 1679. Ordres du 22 février 1709. Projet de Statuts de 1725. Manifeste du Protomédicat de 1751. Constitutions de 1770.
(128) Ordres de 1709. Constitutions de 1770.
(129) Manifeste du Protomédicat de 1751.
(130) Manifeste du Protomédicat de 1730. Manifeste du Protomédicat de 1751.
(131) Arch. dép. Sav.- Série. C5052:
(132) Arch. dép. Sav. Série C 5052.
de cet état de choses. « .… J'ai observé que la constitution des naturels du pays est forte et vigoureuse. Les hommes y sont bien faits et d’une stature communément au dessus de la moyenne, et plutôt bruns que blonds ; les femmes y sont agréables, très-aimables, d’une jolie figure et ont sur-tout le teint très beau... On sèvre en général les enfants fort tard; aussi reviennent-ils presque tous de leur nourrissage avec un ventre gros, dur et farci de mauvais sucs dont tous les viscères sont engorgés ; le petit nombre de ceux que l'on ne retire pas des mains de leurs nourrices dans cet état, en rapportent des boutons de gale à la tête et derrière les oreilles, ou quelques autres éruptions à peu-près de même nature sur le visage; l’usage de la bouillie n’est cependant pas commun dans le pays, mais il est remplacé par celui des soupes mitonnées, copieuses, et par des œufs brouillés avec du beurre ; c’est ce qui m'a toujours fait penser que la cause de ces éruptions ainsi que celle de la grosseur du ventre étoient chez eux une nourriture trop abondante et trop remplie de sucs... ; les purgatifs réitérés, alliés aux vermifuges mercuriaux les débarassent de la grosseur du ventre, et les fondans savoneux avec une légère eau de racine de squine les guérissent de toutes éruptions... Les habitans sont en général de gros mangeurs et de bons buveurs, et ces deux causes sont, à mon avis, celles qui produisent la plupart de leurs maladies, particulièrement les chroniques... Les affections vermineuses, sont fort communes non seulement parmi le peuple et les enfants mais encore chez les gens aisés et les adultes ;.. ces insectes forment des complications dans presque toutes les maladies, et l’on agit toujours sagement et avec succès lorsque dans le début d’une maladie quelconque on commence par donner les vermifuges... Les maladies courantes aiguës sont des fièvres continues, putrides,.. des fièvres intermittentes au printems et en automne... ; on emporte le plus souvent les unes et les autres par les évacuans réitérés et sans avoir besoin de recourir au quinquina... Les maladies chroniques le plus communément observées.. sont les affections de poitrine ; on voit surtout beaucoup d’asthmes, de phtysies pulmonaires, des hydropisies de poitrine et de bas-ventre.. Les remèdes les plus nécessaires aux habitans et qu’on emploit avec le plus de succès sont les vomitifs et les purgatifs,.… les vessicatoires,.… le petit lait, les apéritifs et les eaux minérales dont la Savoye abonde... » (133).
Ces eaux ne sont pas du ressort pharmaceutique. Leurs bienfaits sont goûtés sur place des baigneurs d'Aix, d'Amphion ou de l’Echaïillon.
(133) J. Daquix. Topographie médicale de la ville de Chambéry et de ses environs. Chambéry, 1787, p. 78, 83, 89, 119, 121, 126, 136.
Aix la romaine a resurgi lentement des ruines barbares. Ses sources, jamais vraiment abandonnées, connaissent une faveur grandissante, et sa renaissance est définitivement acquise lorsque le Billet Royal du 11 juin 1776 ordonne la construction des Thermes.