‹ Contribution à l'histoire de la pharmacie en SavoieChapitre 19 sur 43 · DE LA. PHARMACIE DEL HÔTEL-DIEU DE (CHAMBERY · texte numérisé non relu

DE LA. PHARMACIE DEL HÔTEL-DIEU DE (CHAMBERY

Cliché Guy, Chambéry.

La requête présentée en 1774 par Jacques Bonjean nous montre l'importance de ce titre : « .… Comm'il ne se trouve pas nanti des lettres de bourgeoisie obtenues par sa famille, qui vraisemblablement se seront égarées par la longue suitte des tems, aiant intéret de faire conster qu'il est véritablement du nombre des bourgeois de cette ville et qu'il doit être regardé comme tel, il recourt à ce qu'il vous plaise messieurs en égard aux pièces cy jointes déclarer le suppliant être du nombre des bourgeois de la ville de Chambéry et devoir jouir en conséquence des honneurs, droits, privilèges et prérogatives attachées à cette qualité » (186).

Son ambition, ses mérites peuvent le diriger vers cette maison de ville, où se gèrent les affaires de la Communauté.

Le 4 juin 1681, Hector Mermoz demande à être reçu parmi les conseillers chambériens. «... La ville rendant droict sur la dicte requette icelle entérinant attendu le consentement presté par le procureur de la dicte ville a receup et recoipt ledict Hector Mermoz en la charge de conseiller de la ville au rang des bourgeois en la place du sieur Ginet cy devant conseiller et aux mesmes honneurs que iouissent les aultres conseillers à la charge que le dict sieur Mermoz balliera d’ausmone pour un lict aux pauvres de l’hospital de St François quattre ducatons et qu'il prestera le serment en tel cas requis et accoustumé ».

Le 3 novembre de l’année suivante, « ..… estant la coustume des longtemps et inviolablement observée d’estre procédé à semblable jour que ce jourd’huy à la nouvelle création et eslection de Messieurs les Sindicqts en Conseil général... les voix recueillies et réduittes il auroit apparu par icelles Monsieur Lazarey avoit été nommé premier sindicqt, Monsieur l’advocat Paccoret pour second, Monsieur le procureur Fort pour troisiesme, Monsieur Mermoz pour le quattriesme » (187).

Il participe aux gardes organisées par la ville.

Le 31 juillet 1690, l’apothicaire Roche, sous-lieutenant dans le quartier du seigneur comte Dechanaz, offre sa démission, «attendu que l’on la menacé de luy tirer dessus occasion qu'il est français, et mesmes qu'on s’est mis en debvoir de le voulloir

faire » (188).

(186) Archives de la ville de Chambéry, Série BB, Titre LL me, 55° volume des Délibérations de la ville de Chambéry, folio 144.

(187) Archives de la ville de Chambéry, Série BB, Hitre LL 00 TIX, 42° volume des Délibérations de la ville de Chambéry, folios 115, 155.

Arch. dép. Sav. Fonds Bouvier, 91.

(188) Archives de la ville de Chambéry, Série BB, Titre II, n° 113, 44° volume des Délibérations de la ville de Chambéry, folio 54.

Arch. dép. Sav. Fonds Bouvier, 85.

Pour le praticien, la peste a été une des premières occasions de manifester sa présence.

Les redoutables attaques du fléau moyenageux n’épargnent pas les Etats de Savoie ; pendant trois siècles, les alertes sont à peu près continues. |

Ce fut, nous l’avons signalé, la cause de l'établissement des Magistrats de Santé : «Les gens tenans les Conseils d’estat pour S. A. deçà les monts : Scavoir fesons que désirant S. À. avec l’aide Divine obvier que la contagion de peste étant à son grand déplaisir en divers lieux ne se répande par ses estats, Elle nous commande par lettres signées de sa main du 19 de ce mois de députer en cette ville de Chambéry un Magistrat de la Santé qu’aye pouvoir de faire les ordonnances, mandemens et autres provisions qu’il conviendra pour le fait de ladite santé, ainsi que fait le Magistrat député par Sadite Altesse delà les monts sur semblable chose » (189).

Ces institutions s’intègrent peu à peu définitivement dans le cadre des services publics. Elles sont une véritable police de la santé, centralisant toutes informations sur les épidémies en cours, correspondant avec les Etats étrangers, réglementant sévèrement l'accès du pays aux suspects. Leurs dossiers fourmillent de notes intéressantes (190).

Dans la lutte organisée contre une épidémie déclarée, un

(189) Lettres patentes du 16 avril 1577.

(190) Arch. dép. Sav. Série C 5037 à 5052.

Voici un extrait de l’« Etat des drogues qui devront être employées pour le parfum dans les lazarets avec la manière de le pratiquer, donné par M. Vuagnat, substitut du vice-protomédecin de la province de Savoye » :

«... Quand aux personnes suspectes étant envoyées aux Lazarets, elles entreront d’abord dans la chambre destinée pour les parfuns où étant le parfumeur pourvu de ses parfuns fera fermer la porte et les fenêtres, puis portant un réchaud plein de braises y jettera sufisante quantité de parfuns pour exciter une fumée tolérable, les personnes à parfumer étant debout, assises ou couchées à terre selon qu'il leur sera plus commode à supporter le parfun, lequel parfun durera un quart d'heure plus ou moins suivant la disposition des sujets.

Tous les coffres ou caisses dans lesquels il y aura des hardes ou des marchandises, on les lavera avec de l’oxicrat soit mélange d’eau et de vinaigre parties égales, en suite on les ouvrira pour faire sortir aux propriétaires tout ce qui y est contenu pour le développer et l’étendre sur des perches destinées pour cela et dans un lieu convenable pour les laisser exposées à l'air autant que le tems le permettra et pour y être * parfumées deux fois par jour durant tout le tems destiné à la quarantaine, le cotton estant plus longtems à l’air que toute autre marchandise de même que les laines simples.

On parfumera quatre à cinq fois les personnes admises à la quarantaine pendant le tems qu’elles y resteront.

Pour tout ce qui arrivera à la poste et qui devra être renvoyé par le courrier, il suffira d'ouvrir les paquets, de les faire passer à la fumée du

apothicaire se voit confier la fourniture des médicaments jugés nécessaires.

Le 2 août 1577, «il y a suspicion de maladie contagieuse au Larit; pour visiter et secourir les malades, est établi un médecin savoir honorable Hugues Brun, un apothicaire François Cève, un sirurgien Nicolas Brondel » (191). |

Nous connaissons la valeur professionnelle de Charles la Breuillie de Chambéry « par les preuves qu'il en a rendu notamment servant au public en l’année 1596 que la peste faisoit court en ladicte ville et ycelui député par le magistrat général appothicaire ordinaire d'icelle ainsy qu'il fait foy par ses lettres » (192).

Il y a le « mémoire des remèdes fournis pour les maladies épidémiques de la Chautagne par ordre du Magistrat de Santé par les sieurs Le Bretton et Boisset maitres apoticaires» en avril 1753..., le « Mémoire des drogues tirées du Levant dites Robbes vives envoyées à Monsieur Suarez maitre en chirurgie de l'ordre du Magistrat de Santé et de l’ordonnance de monsieur le protomédecin Desmaisons pour le traitement des maladies épidémiques de la parroisse de Conflans par Boisset apoticaire » en septembre 1782... ; il y a les fournitures de Beurrier pour les épizooties d'Annemasse, celles de Dumont pour les épidémies de Contamine, celles de Rosaz pour la Maurienne, de Bal pour Moutiers, de Lachenal pour Saint-Jorioz... Leurs comptes sont réglés par les Royales Finances qui se font ensuite rembourser par les communes secourues (193).

Ces bons offices trouvent quelquefois leur récompense, et Charles la Breuillie reçoit le 20 novembre 1607 ses lettres patentes d'apothicaire de Son Altesse : « .… Voulant l'honorer de tittres

parfun, de déployer ce qui peut l'être, le parfumer ensuite et tremper ou asperger de vinaigre ce qui peut l'être.

Les parfuns dont on doit se servir seront composés comme s'ensuit : prenez des grenes de genièvre, encens, myrrhe, souffre, poix, résine de chacun une livre, salpetre un quart de livre, pilez et mélez le tout ensemble pour faire une poudre pour les parfuns destinés pour les usages cy-dessus. S'il se trouvait des personnes qui ne peuvent pas supporter l’odeur du souffre, on ferait un parfun à part d'où il serait oté, et pour rendre ledit parfun plus agréable, on y substituerait du storax, succin ou ambre jaune en poudre ou du benjoin ;et pour les femmes qui seraient sujettes aux vapeurs et auxquelles telles odeurs ne conviendraient pas ou qui leur seraient insupportables, on y ajouterait de l’assa fœtida ou galbanum et pour lors on retrancherait et le souffre et benjoin ou storax ».

(191) Archives de la ville de Chambéry. Série BB, Titre II, n° 78, 9° volume des Délibérations de la ville de Chambéry.

Arch. dép. Sav. Fonds Bouvier, 88.

(192) Arch. dép. Sav. Sénat de Savoie, 1437, folio 121.

(193) Arch. dép. Sav. Série C 5052, 622.

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