LA RÉVOLUTION FRANÇAISE L'EMPIRE
Le destin de la Pharmacie française était celui des communautés d’'apothicaires.
La Déclaration royale du 25 avril 1777 avait créé le Collège de Pharmacie de Paris.
La Révolution voulut tout effacer.
Le décret du 2 mars 1791 porte « suppression de tous les droits d'aides, de toutes les maitrises et jurandes et établissements de patentes. A compter du 1e avril prochain, les offices de perruquiers, barbiers, baigneurs, étuvistes, ceux des agents de change et tous autres offices pour l'inspection et les travaux des arts et du commerce, les brevets et les lettres de maîtrise, les droits perçus pour la réception des maîtrises et jurandes, ceux du Collège de pharmacie et tous privilèges de profession, sous quelque dénomination que ce soit, sont également supprimés ».
Les excès furent tels, en ce qui nous intéresse, que le 14 avril suivant « l’Assemblée Nationale, après avoir entendu son Comité de salubrité sur un abus qui s’introduit dans l'exercice de la pharmacie, considérant l’objet et l'utilité de cette profession décrète : que les lois, statuts et règlements existant au 2 mars dernier, relatifs à l'exercice et à l’enseignement de la pharmacie, pour la préparation, vente et distribution des drogues et médicaments, continueront d’être exécutés suivant leur forme et teneur, sous les peines portées par les dites lois et règlements, jusqu’à ce que, sur le rapport qui lui en sera fait, elle ait statué définitivement à cet égard ; en conséquence, il ne pourra être délivré de patentes pour la préparation, vente et distribution des drogues et médicaments dans l'étendue du royaume qu'à ceux qui sont ou qui pourront être reçus pour l'exercice de la pharmacie suivant les statuts et règlements concernant cette profession ».
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L'embarras dut être grand en Savoie devenue française.
Les lois et règlements préexistants, c’étaient ceux de la Réforme, du Protomédicat, c’étaient les Royales Constitutions, les Constitutions pour l’Université... ; toutes choses disparues
avec les fonctionnaires du tyran sarde.
C’est bien dans cette incertitude qu'est dressé l'acte suivant,
le 3 nivose an sept de la République :
«Nous soussignés officiers de santé, médecins et chirurgiens patentés exerçant chacun respectivement notre doctrine, croyons d’après l'exposé que nous a fait le citoyen François Pacthod fils pharmacien, pouvoir l’autoriser et mettre notre confiance dans la pratique de l’art pharmaceutique qu'il désire exercer dans la commune sous notre auspice et celui de l’administration municipale, certifions par conséquent d’après les bonnes relations qui nous sont parvenues et dont tous les certificats qu'il a retirés de ses instructeurs tant dans la commune de Genève que des Ecoles de Santé de Paris qui en constatent l’affirmative, qu'il est en état de pratiquer honorablement et de mériter à juste titre notre confiance, prions en conséquence l'administration, ce que nous croyons qu'elle ne puisse refuser d'autant plus que le gouvernement n’a encore établi aucun mode de réception et ledit pharmacien se trouvant dans l'impossibilité de pouvoir attendre ce terme puisqu'il a épuisé sa fortune à son perfectionnement, prions disons-nous l’administration de le prendre sous sa garantie pour le présent et l’avenir étant assurés d'avance qu'il peut devenir par sa fidèle pratique utile à l'humanité...
Vu et approuvé par nous administrateurs municipaux de la commune d'Annecy, département du Mont-Blanc... » (210).
Un peu plus tard, on s'organise.
Quelques candidats pharmaciens vont chercher leurs lettres de capacité dans les départements voisins :
«Nous Mathieu Girard, Joseph-Amédée Plana pharmaciens jurés de la ville de Grenoble, assistés du citoyen Victor Saxe pharmacien en chef de l'hôpital militaire de cette commune et pharmacien juré, vu le décret de l’Assemblée Nationale Constituante du 14 avril 1791..., certifions à tous qu'il appartiendra que le citoyen Jean Pierre Noiton fils à défunt François Noiton natif de Rumilly département du Mont-Blanc, âgé de trente ans, a très dignement satisfait à toutes les interrogations que nous lui avons faites ainsy qu'aux chefs d'œuvre que nous lui avons donnés, consistant en l’amoniaque pure, l'acide acétique et l'huille au beurre de cacao. En conséquence nous avons déclaré comme par les présentes nous déclarons le citoyen Jean Pierre
(210) Arch, dép. Sav. Série L 451.
Noiton mériter les lettres de capacité pour exercer l’art de la pharmacie à Annecy département du Mont-Blanc. En foi de quoi nous lui avons délivré les présentes par nous signées et munies de notre sceau pour lui servir et valoir. Donné à Grenoble le deux fructidor an dix... » (211).
« Nous prévot et adjoint des pharmaciens de la ville de Lyon soussignés, sur la demande du citoyen Paulin Brunier de la ville d’Aiguebelle tendante à subir les examens prescrits pour être admis à exercer la pharmacie. Vu les attestations des citoyens Planas aîné pharmacien à Grenoble et Deschamps aîné pharmacien à Lyon, constatant que ledit Brunier a travaillé chez chacun d'eux en qualité d'élève pendant deux ans entiers et sécutifs et celle des officiers de santé en chef de l'hôpital militaire de Mont-Lyon, constatant qu'il a été employé en qualité de pharmacien de troisième classe, toutes prouvant que le citoyen Brunier est de bonnes mœurs, qu'il s’est appliqué au travail et qu'il a montré de l'aptitude pour la pharmacie. Vu l'invitation du maire de la ville d’Aiguebelle après avoir fait subir au citoyen Paulin Brunier les quatre examens usités de théorie et pratique sur l’art de la pharmacie, l'avons trouvé et le déclarons, d’après ses réponses précises et ses lumières, apte à exercer l’art de la pharmacie. En foi de quoi nous lui avons délivré le présent pour lui servir et valoir ce que de raison. Fait à Lyon le 15 frimaire an onze... » (212).
Dans l’ancien Duché lui-même, les réceptions sont assurées. Deux dossiers nous font voir dans quelles conditions :
« Au citoyen Verneilh préfet du département du Mont-Blanc.
Albert-Eugène Ringuet, natif de Rumilly, département du Mont-Blanc, né le 31 mars 1783, vous expose qu'ayant travaillé en pharmacie tant à Chambéry qu'à Paris, à forme des certificats ci-joints, savoir 1° celui d'apprentissage de François Bouchet, pharmacien duement visé par la mairie de cette commune, 2° des cours publics suivis sous les citoyens Deyeux et Fourcroy et au Collège de Pharmacie sous les citoyens Bouillon-Lagrange, Morelot et Guiart, 3° un du professeur d'histoire naturelle de l'Ecole Centrale de ce département (213), désirant être admis au
(211) Arch. dép. Sav. Série L 451.
(212) Arch. dép. Sav-Série L 451. | (213) « Le bolibec de Chambéry avait été dirigé par les Jésuites jusqu’au jour où le Sénat de Savoie enregistra la bulle de Clément XIV du 21 juillet 1773 qui abolissait l’ordre fondé par Loyola et deux savoyards, les R. P. Lejay et Favre. Il fut remplacé par un établissement mixte où figuraient comme professeurs prêtres et laïques... - Vint l’annexion à la France... On s’occupa lors dès de réorganiser l'instruction publique pour la mettre en harmonie avec les idées et les institutions nouvelles.
Une commission fut chargée par le Conseil Général du Mont Blanc
nombre des pharmaciens du département, il vous plaise, citoyen Préfet, former un Jury pour m’admettre à l'examen et fixer le jour. Chambéry ce 24 fructidor an 10...» |
Le 26 fructidor, le Préfet «arrête ce qui suit : Article x, il sera formé un jury composé de quatre membres pour examiner le candidat sur son degré de capacité à l'exercice de cet art. Article 2, sont nommés membres du jury les citoyens dont les noms suivent : Dacquin médecin, Socquet professeur de physique et chimie à l'Ecole Centrale, Bonjean, Bern, pharmaciens. Ces citoyens sont invités à se rendre le premier jour complément prochain, à quatre heures de relevée, dans la salle des séances du Conseil de Préfecture où l'examen aura lieu en l'assistance duAPréfet 1274):
«Ce jourd’hui cinq germinal an dix, en exécution de l’arrêté du Préfet du second de ce mois se sont réunis dans la salle des
d'élaborer un plan d’études. Ce plan fut soumis à l'examen de l’Assemblée le rer Frimaire an II (22 novembre 1793), on l’accepta, on décida même de le mettre à exécution, en attendant que la Convention ait créé une organisation définitive. :
Ce programme... fut envoyé au Comité de l’Instruction publique de la Convention. On peut penser qu'il fut examiné par le Comité et que les idées nouvelles qu’il contenait ne furent pas sans influence sur les travaux de la convention, comme le montre la lecture du rapport de Lakanal du 7 ventôse, an III. Les analogies entre l’Ecole Centrale officielle et le projet dressé par la Commission du Conseil Général du Mont Blanc sont frappantes.
L'Ecole centrale fut installée à Chambéry. Dans la statistique du département du Mont Blanc dressée en 1807 par de Verneilh, ex-préfet de la Corrèze et du Mont Blanc, nous lisons ce qui suit : « Les écoles primaires furent négligées dans le Mont Blanc comme dans le reste de la France, mais il s’y établit en l’an V (1797) comme dans les autres départements une Ecole Centrale qui suivant le témoignage du ministre de l’Intérieur contenu dans une lettre du 19 frimaire an IX était une des plus florissantes de la République. »
.. Les programmes sont très incertains... Cours d'histoire naturelle par le citoyen Joseph Daquin qui dictait deux cours : l’un sur les animaux, l’autre sur la botanique d’après le système de Linné, avec démonstration soit au jardin botanique, soit dans la campagne... Le plan du cours de physique et chimie est ainsi exposé : dans les cinq premiers mois, le professeur traitera de la physique générale, exposera les nouvelles théories chimiques et donnera quelques parties de physique particulière comme magnétisme, électricité, optique ; dans les cinq derniers mois, il appliquera les connaissances acquises à la pratique de la chimie, la première année, il traitera du règne minéral et la seconde du règne végétal et du règne animal.
Le dernier programme fut affiché sur les murs de la ville de Chambéry, le 6 brumaire an XII... Puis l'Ecole disparut ; on la remplaça par un collège sous le titre d’Ecole secondaire Communale... » (J. CoRCELLE. L'Ecole Centrale du département du Mont Blanc. Paris, 1910).
Voir aussi : J. CARRON. Instruction et Savants. Etudes sur la Savoie. Chambéry, 1933.
(214) Arch. dép. Sav. Série L 451.
séances de la Préfecture les citoyens Paluel, secrétaire général de la préfecture, Demaison père médecin, Socquet médecin et professeur de physique et chimie à l'Ecole Centrale, Bonjean et Bern pharmaciens, pour procéder à l'examen du citoyen Charles Laymond de Saint-Jean-de-Maurienne, qui demande à être admis à exercer la pharmacie. Le jury ayant pris lecture de l'arrêté précité du second de ce mois, de la pétition Laymond et des certificats d'étude par luy produits, le candidat a été interrogé sur les différentes parties de l’art de la pharmacie. D'après les réponses satisfaisantes de ce candidat et de la reconnaissance qu'il a faite des minéraux et simples qui ont été présentés, le citoyen Laymond a été reconnu et déclaré par le Jury et arrêté que l’aspirant procèdera chez le citoyen Bonjean en l'assistance du citoyen Bern pour ses chefs d'œuvres, savoir quant à la partie gallénique à la composition de l’emplâtre Diachision gommé et quant à la chimie à la composition de la pierre infernale. Ces compositions seront présentées à l'examen du jury le onze de ce mois à quatre heures de l’après-midy.…
Ce jourd'hui, onze germinal an dix en exécution du procès verbal d'autre part du cinq de ce mois se sont réunis dans une des salles de la Préfecture les citoyens Demaisons père médecin, Socquet médecin et professeur de physique et chimie à l'Ecole Centrale, Bonjean et Bern pharmaciens, pour procéder à l'examen des chefs d'œuvres en pharmacie dont la composition a été assignée par ledit procès-verbal au citoyen Charles Laymond, lequel a présenté au jury lesdits chefs d'œuvres qui après un mûr examen ont été reconnus méthodiquement faits et selon les règles de l’art. En conséquence le citoyen Laymond né et domicilié de la ville de Saint-Jean-de-Maurienne a été reconnu habille à exercer l’art de la pharmacie, de tout quoy a été dressé le présent procès-verbal dont sera donné extrait au citoyen Laymond pour le libre exercice de son art...
Le préfet par intérim du département du Mont-Blanc :
Vu l'arrêté de cette préfecture du second de ce mois par lequel il a été formé un jury pour l'examen du citoyen Charles Laymond aspirant à exercer l’art de la pharmacie. Vu les procèsverbaux cy devant dressés en exécution de cet arrêté, constatant que le citoyen Laymond a les talens pour l'exercice de cet art, autorise le citoyen Charles Laymond né et domicilié de la ville de Saint-Jean-de-Maurienne, département du Mont-Blanc à exercer l’art de la pharmacie en se conformant aux lois et règlements relatifs à cette partie de la médecine.
Le présent et les procès-verbaux ci dessus visés resteront joints en original aux registres de la Préfecture, empliation en sera délivrée par le secrétaire général au citoyen Laymond
pour luy servir et valloir comme brevet de capacité. :0n(215)
Processus identique le 15 vendémiaire an 10 pour l'examen de Jean Baptiste Sylvoz de Chambéry, le 12 messidor pour Antoine Wibert de Rumilly, le 19 thermidor pour Hugues Guinchet de Chambéry. L’emplâtre de Vigo, le liium de Paracelse : l’emplâtre oxycroceum, l’éther sulfurique, la pierre infernale, le savon médicinal, l’emplâtre de Nuremberg constituent les épreuves pratiques (210).
Le 21 germinal an onze, le Consulat promulgue la «loi contenant organisation des Ecoles de pharmacie ».
Complétée par l'arrêté du 25 thermidor de la même année, la loi de germinal va rester pendant quelques cent cinquante ans la «loi organique de la profession pharmaceutique» en France » (217).
Le 9 ventôse an douze, le préfet du Mont Blanc fixe les modalités de son application :
«Le préfet du département du Mont-Blanc :
Vu la loi du 21 germinal an 11 contenant organisation des écoles de pharmacie, et le règlement arrêté par le gouvernement le 15 thermidor suivant ; considérant qu'il importe que les mesures de police et les dispositions réglementaires que renferment ces loi et arrêté soient rendues publiques par la voie de l'impression et leur ponctuelle exécution strictement surveillée, afin de faire cesser les abus qui se sont glissés dans l'exercice de l’art de la pharmacie et prévenir les inconvéniens qui pourraient en résulter ; arrête ce qui suit :
ATtIMdes articles 725 07 2020 SRE CE 36, 37 de la loi du 21 germinal an 11 et les articles 38, 39, 41, 42
(215) Arch. dép. Sav. Série L 451.
(216) Arch. dép. Sav. Série L 451.
À la même époque, dans le Piémont ravagé par la campagne d'Italie, les bouleversements ne sont pas moins grands.
Une proclamation faite le 19 germinal an IX à Turin nous apprend que «la Commission exécutive du Piémont... le Conseil du Gouvernement entendu et vu l'approbation du général Jourdan, ministre extraordinaire de la République française en Piémont, arrête :
1. Le Magistrat de Santé, du Protomédicato, les Conseils provinciaux de santé et les représentants du Protomedicato sont supprimés.
2. Il est créé un Conseil supérieur civil et militaire de santé.
4. Toutes les attributions et juridictions attribuées aux magistrats supprimés de Santé et du Protomedicato sont dorénavänt exercées par le Conseil supérieur civil et militaire.
. 22. Il aura l'inspection immédiate sur l’exercice de la médecine, chirurgie, pharmacie. Il procèdera au plus tôt à la compilation d’une nouvelle pharmacopée et des instructions concernant l'exercice de la pharmacie ». (Arch. dép. Sav. Série L 449).
(217) F. PREVET. Histoire de l’organisation. loc. cit., p. 98.
de l'arrêté du gouvernement du 25 thermidor suivant, seront imprimée en fin du présent, ainsi que la liste des pharmaciens établis dans ce département, pour être publiés et affichés dans toutes les communes à la diligence des maires qui restent chargés ainsi que les commissaires de police d’en assurer l'exécution, de veiller à ce qu'il n'y soit point contrevenu, et de faire poursuivre avec sévérité les contraventions qui parviendraient à leur connaissance.
IT. Ils s’opposeront surtout à toute distribution de drogues et préparations médicamenteuses sur des théâtres ou étalages, dans les places publiques, foires et marchés; d'annonces et affiches imprimées qui indiqueraient des remèdes secrets, sous quelle dénomination qu'ils soient présentés.
IIT. Les citoyens Bal Jean-Baptiste, Bonjean Jacques, Perrissin Jean-Claude, Salomon Alexis, pharmaciens, sont adjoints aux citoyens Daquin Thomas médecin et Rey Robert chirurgien, membres du Jury de médecine de ce département, pour la réception des pharmaciens qui ne voudraient pas se faire recevoir dans une des Ecoles de pharmacie... » (218).
Les articles énumérés dans ce texte, et qui lui font suite avec la liste des dix-neuf pharmaciens du département, sont ceux jugés particulièrement intéressants dans une région dépourvue d’Ecole de pharmacie : réception par les Jurys de médecine départementaux, conditions d’exercice de la pharmacie, visite annuelle.
Titres des Jurys départementaux ou diplômes d’Ecoles, les actes de réception font apparaître une curieuse survivance de l’autorité de Turin.
« Arrondissement de l'Ecole de médecine de Turin. Juri médical du département du Léman.
Nous soussignés composant le jury médical du département du Léman, en exécution des lois des 19 ventôse et 9 germinal an 11, certifions que le sieur François Davat âgé de 26 ans, natif d'Aix, département du Mont Blanc, après avoir subi conformément à l’article 13 de la loi du 9 germinal précitée, les deux examens de théorie, savoir le premier le 2 vendémiaire an 13, sur les principes de l’art et le deuxième le 3 desdits mois et an sur la botanique et l’histoire naturelle des drogues simples, s’est présenté le 6 dudit mois même année à l'examen pratique, lequel a consisté en neuf opérations chimiques et pharmaceutiques qui lui ont été désignées et qu'il a exécutées lui-même ; dans
(218) Arch. dép. Sav. Série L 451.