‹ Contribution à l'histoire de la pharmacie en SavoieChapitre 25 sur 43 · LAPS · texte numérisé non relu

LAPS

L’originale figure de Joseph-Louis Bonjean se détache des praticiens d'alors. Er

Né à Chambéry le 19 juillet 1780, le fils de l’apothicaire Jacques Bonjean, héritier d’une vieille tradition pharmaceutique, se dirigea tout naturellement vers la profession familiale. Une inclination vite affirmée pour la botanique allait chez lui devenir passion très exclusive.

«… Que dès le commencement de l’an 2 jusqu’au commencement de l’an 7, il a travaillé dans la pharmacie de son père, que dès le 17 germinal an 7 jusqu’au 1% prairial an 8 il a travaillé à Paris dans la pharmacie de MM. Derosne et Lenol, qu’il a suivi les cours publics de chimie, botanique et histoire naturelle à Paris pendant les ans 8 et 9 donnés par MM. Fourcroy, Vauquelin, Desfontaines, Jussieu et Gayant, comme encore celui de chimie à l'Ecole centrale du département du Mont- Blanc jusqu’au 9 fructidor an 10, qu'il a été ensuite des examens subis par les médecins appelés à la formation des jurys en exécution de l'arrêté du préfet du département du Mont Blanc du 15 thermidor, an 10 (reconnu apte) à exercer l’art de la pharmacie par ampliation et titre. de patente du 9 fructidor an T0. 0 (220).

Il vint travailler aux côtés de son père. Il commença surtout une série d’herborisations, qui, le menant des environs chambériens au Mont Cenis, lui acquit rapidement une notoriété certaine.

«En 1810, Bonjean fut présenté à l’impératrice Joséphine qui l’honora d’une bienveillance toute particulière, et il voyagea avec elle, en qualité de botaniste, en Suisse et en Savoie.

Arrivés le 28 août au Montanvert, Joséphine le cita sur le registre des étrangers, et celui-ci inscrivit les noms de quelques plantes rares qu'il avait trouvées avec elle dans ce lieu telles que la Linnea borealis et la Blasia pusilla.

Alors la fatale étoile de Napoléon brillait de son plus bel éclat ; la malheureuse impératrice, chassée du trône, venait oublier ses grandeurs passées en contemplant la majesté du géant des Alpes, et l’on dit que les douces jouissances qu’elle recueillit de ses voyages en Savoie contribuèrent à la consoler un instant de la perte du rang qu'avait usurpé la fière descendante des Habsbourg.

Quelques mois plus tard, cette gracieuse femme si regrettée des Français, retirée à Navarre, occupant ses loisirs à orner

(228) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 36, folio 110.

sa retraite d’un musée d'histoire naturelle et d'un jardin botanique, faisait demander à son naturaliste deux espèces de pins, le Pinus uncinata et le Pinus mugho qui manquaient à la belle collection de Malmaison. La lettre de demande finit ainsi « Je vous promets, monsieur, de donner tous mes soins aux arbres et aux graines que vous enverrez, afin que lorsque vous viendrez ici ou à Malmaison, vous puissiez voir vos enfants prospérer »…

Inutile de dire que Bonjean, homme d’une rare modestie et d’un désintéressement sans égal, refusa constamment toutes les offres qui lui furent faites par l’Impératrice. Il n’accepta d'elle qu'une boite de botaniste en tôle et l'honneur de lui voir tenir son fils sur les fonds baptismaux, à Aix, le 14 septembre 1812... » (229).

Les années 1812, 1813 et 1814 le virent fixé au Mont-Cenis en qualité de receveur de la taxe au bureau d'Italie. Il devint: véritablement « l'homme du Mont-Cenis par excellence, Cenisius tanquam noncupandus, pour user d’une expression de De Notaris, que nous aimons à lui conserver » (230).

Revenu à Chambéry, associé de son père, il n’exerça en son nom propre qu'en 1826. En 1837, son fils lui succédait, lui permettant de se consacrer entièrement à ses plantes, jusqu'à sa mort survenue le 9 mai 1846.

Collecteur infatigable, il avait rassemblé en son herbier plus de vingt mille espèces, expédié dans les quatre dernières années de sa vie plus de cinquante mille échantillons à ses nombreux correspondants des deux mondes.

Les plus grands noms de la Botanique, De Candolle, Gaudin, Reichenbach, De Notaris..., les sociétés savantes les plus autorisées, Société Linéenne de Paris, Société Helvétique des sciences naturelles..…, ont reconnu le savoir et le mérite du botaniste de Chambéry.

(229) J. Dessaix. Notice biographique sur Joseph-Louis Bonjean, naturaliste. Annales de l'Association Florimontane d'Annecy, 1853. (230) L. BOUVIER, loc. cit., p. 663.

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