‹ Contribution à l'histoire de la pharmacie en SavoieChapitre 37 sur 43 · FAI · texte numérisé non relu

FAI

Cliché Guy, Chambéry.

Notice biographique.)

Fleuret.

(ODSE

liques », renouveler ses sirops en fermentation, préparer luimême ses extraits au lieu de «les tirer de l'étranger ».…. (346).

En mars 1839, visite extraordinaire de la pharmacie Juvin de Moûtiers ; en mai 1841 de la pharmacie Veyrat de Grésy, en mars 1842 de la pharmacie Perreau de Chambéry... Le viceprotomédecin de la province opère en l'assistance d’un pharmacien de son choix et du Juge du Mandement (347).

«Le Magistrat de la Réforme, vu le paragraphe 113 du Règlement de 1818 et attendu que la pharmacie exercée à Grésy par le sieur François Veyrat a déjà été soumise à une visite extraordinaire et que nonobstant cette mesure, elle se trouve encore actuellement dans un état tel que son exercice ne peut qu'être nuisible à la santé publique, a ordonné la clôture de cette pharmacie... ». C’est chose faite le 20 mars 1843 par les soins du Juge de Mandement. Le 22 juin, une nouvelle visite décrétée par le Magistrat à la suite des requêtes de la commune de Grésy et de François Vevyrat, s'avère satisfaisante ; la réouverture est autorisée (348).

Le 3 novembre 1846, Albert Amblet d'Annecy, que plusieurs réprimandes n’ont pu empêcher de s’adonner à la boisson, privé de la confiance du public et du Magistrat, est suspendu dans l'exercice de sa profession jusqu’à ce qu'il ait changé de conduite (349).

Le résultat de l’ensemble des visites provoque parfois un avertissement solennel à tous les praticiens : tel le Manifeste du Magistrat du Protomédicat du 14 juillet 1837 : «Le résultat des visites faites pendant les dernières années et notamment de celle Extraordinaire ordonnée en 1836 par l'Excellentissime Magistrat de la Réforme dans toutes les pharmacies, dans tous les magasins et dans toutes les boutiques des droguistes, et de tous ceux qui exercent dans le Duché de Savoie une profession dépendante de nous d’après les lois en vigueur, nous à fait connaître que beaucoup d'abus et d’irrégularités s'étaient glissés presque généralement dans l'exercice des dites professions, malgré tous les soins du Conseil de la Réforme des Etudes dans

(346) -Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 28 ; I. P. 14, folios 55, 56 ; I. P. 15, folios 28, 29 ; I. P. 16, folios 173, 174 ; L. P. 17, folio 151 ; I. P., 18 fol0s 95199: LE PSI

(347) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 14, folio 61; I. P: 16, folios 36, 1790.

(348) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P, 17, folios 151, 155, 166, 179,

(349) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 19, folios 7, 109, 119; ENEE2T

la partie qui le concerne et le zèle de nos représentants au dit Duché. » (350).

Le 14 décembre 1849, le visiteur Fabien Calloud constate devant l’Intendant général qu’il est «impossible de réprimer des abus qui prennent naissance pour une bonne part dans la loi qui régit cette partie importante de l’art de guérir... Je me suis contenté depuis plusieurs années de raisonner avec les uns, et les autres de réveiller leur amour-propre. J'avoue de bonne foi que j'ai observé grâce au concours de mes honorables collègues un changement très sensible dans les soins apportés aux qualités des divers médicaments ; il y en a qui sont durs et rudes à comprendre, mais ce n’est plus comme il y a des années, c’est le très petit nombre... La nouvelle organisation en Conseil de Santé est à sa naissance, nous avons tout lieu d’espérer qu'elle ne fera pas défaut pour recevoir avec intérêt le travail qui lui sera soumis sous peu par nous quatre visiteurs » (351).

Les Décrets du 24 juillet 1848 et du 28 juillet 1849 (352) placent les visites dans les nouvelles institutions : « À compter du 1er janvier 1849, les visites des pharmacies, des laboratoires ou magasins soumis à inspection, aux termes des règlements en vigueur, auront lieu par les soins du Conseil supérieur de Santé et d’après les instructions qu'il donnera aux Conseils provinciaux. — Ces visites devront avoir lieu deux fois dans l’année dans les villes de Turin et de Gênes et une seule fois quant à présent dans les provinces. Elles devront être autant que possible imprévues, et le visiteur député devra y procéder avec l'intervention du commissaire de police dans les villes où il y en a un d’établi et avec l'intervention du syndic ou d’un conseiller communal délégué où il n’y aura pas de commissaire de police... »

Les Etats de visites sont remis au Conseil provincial de Santé qui en prend connaissance dans un rapport établi par un de ses membres. La teneur des délibérations est transmise au Conseil supérieur « pour ses déterminations ».

Le 25 décembre 1849, rapport du docteur Revel sur les Etats de visites de Fabien Calloud ; le 21 février 1851, rapport du docteur Revel sur les Etats de Joseph Bonjean ; le 2 mars 1853, rapport du docteur Besson sur les Etats de Pierre Antoine Bébert ; le 18 janvier 1855, rapport du docteur Revel sur les Etats de

(350) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde. Actes du Gouvernement. 5, 1837, NOTES TO

(351) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, 643.

(352) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde. Actes du Gouvernement, 17, 18 1849-1850, n° 595, p. 163.

Charles Calloud ; le 6 décembre 1855, rapport du docteur Revel sur les Etats Bébert ; le 18 janvier 1857, rapport du docteur Besson sur les Etats Bébert.….. (353).

Ces documents sont d’un intérêt évident pour la connaissance de la situation pharmaceutique, la pénétration des problèmes du moment, particulièrement «la vente des médicaments secrets et la pérégrination des charlatans sur la voie publique ».

«.. Les pharmacies de la province, écrit Charles Calloud le 11 novembre 1854, ont été trouvés les unes bien pourvues, les autres suffisamment pourvues en médicaments simples et composés suivant le cours ordinaire des prescriptions magistrales des médecins de la localité. Le plus grand nombre des pharmaciens tiennent leur pharmacie sous un pied convenable et mettent un intérêt professionnel à soigner les préparations officinales… Les pharmacies de Chambéry peuvent être généraléèment mises en ligne avec celles qui desservent les cités importantes. Il s’y trouve un bon approvisionnement, une tenue convenable et pardessus tout une garantie d'instruction très satisfaisante. Une d’entr'elles, celle de monsieur le professeur Bébert, est une offcine remarquable tant sur le rapport de la tenue que sur celui de l’approvisionnement, du choix des matières médicinales et du soin des préparations. Je l'ai visitée comme on visite une collection, là où il n'y a qu'à apprendre et à admirer. Je la cite entre autres pour l'honneur de la pharmacie savoisienne... On ne peut pas méconnaître une tendance au progrès dans la pharmacie en Savoie ; ce progrès, je puis le dire, se ferait remarquer d’une manière générale au profit public, si la profession pharmaceutique était mieux protégée contre les empiètements divers ; si chaque pharmacien honnête n'avait pas sans cesse à souffrir de la distribution licencieuse de ces remèdes mercantiles imposés par le pharmacopole impur de Londres et de Paris et recommandés par les annonces trompeuses des journaux ; si l'opinion publique mieux prévenue contre ces exploitations cupides de la santé appréciait les avantages d’un service de confiance dirigé méthodiquement par l’art. La pharmacie considérée et honnête attend toujours dans la patience et peut-être dans une résolution de sacrifices ignorés que la loi lui accorde un jour une protection qu’elle mérite et qu’elle pense réclamer au nom du précieux bien de la santé, avec autant de droits qu'en jouissent les professions qui ont la garde régulière de la fortune publique... » (354).

« … Il est notoire, déclare le docteur médecin Besson en 1856, que tous les journaux fourmillent d'annonces de remèdes secrets avec l'adresse de la pharmacie dépositaire. A côté de ces annonces

(353) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, 643.

(354) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, 643.

de remèdes secrets figurent d’autres annonces de remèdes connus ou décorés de noms nouveaux, annonces indiquant les propriétés, le mode d'administration, enfin de véritables consultations adressées au public ignorant. Celui-ci juge de son état sanitaire vrai ou faux, achète et subit les conséquences des manœuvres mercantiles qui ont payé l'insertion. Il faut donc proscrire absolument l'annonce non seulement des remèdes secrets, mais encore de tout remède tiré de la pharmacopée avec indication de ses propriétés. Pour donner du crédit à ces exploitations illégales, on agite cette proposition que les remèdes secrets comme objets de commerce sont appelés à jouir du bénéfice de la liberté du commerce. C’est une erreur en principe et en fait. Un remède se distribue et ne se trafique pas ; il est distribué d’après l’ordre du médecin qui seul a le droit d’en faire l'application. II n’y a que les charlatans qui font commerce de remèdes dans un but tout mercantile. Le mot de commerce appliqué à un remède est un contre-sens qui blesse à la fois et la dignité et la raison. La distribution d’un remède est un service et non pas un com-

merce.….. » (355).

sie

Les provinces restaurées sont confiées aux vice-protomédecins et aux pharmaciens visiteurs : la Savoie propre à François Bouchet, puis Bernard Boisset, Hugues Guinchet, Pierre Antoine Bébert ; la Maurienne à Jacques Salomon, Hyacinthe Dupraz, Claude Laymond ; la Tarentaise à Gabriel Juvin, Hyacinthe Reverdy ; la Haute-Savoie à Michel Bouchet, Louis Juvin, François Fontaine ; le Genevois à Fabien Calloud ; le Faucigny à Jacques Perrier ; le Chablais à Jean François Portey ; Carouge à César Gandolphe….

«Le Magistrat du Protomédicat dans la Royale Université des Etudes de Turin.

La probité, l'expérience et les connaissances requises pour bien remplir l'emploi de visiteur des officines, magasins de drogues et boutiques tenues par des individus exerçant des professions dépendantes du Magistrat du Protomédicat, se trouvant toutes réunies dans la personne du sieur Fabien Calloud d'Annecy pharmacien approuvé, nous nous sommes déterminés à le nommer, élire et constituer, comme par les présentes signées par nous, contresignées par le Secrétaire de la Royale Université des Etudes et munies de notre sceau, en vertu de l'autorité qui nous à été conférée par S. M., nous le nommons, députons et

(355) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, 643.

constituons visiteur des officines, magasins et boutiques cidessus mentionnés dans la province du Genevois. » (356).

Le 17 mai 1837, le Duché est divisé en trois districts de visites : Savoie propre et Maurienne; Tarentaise, Haute-Savoie et Genevois ; Faucigny, Chablais et Carouge. Chacun d'eux doit être remis annuellement entre les mains d’un des trois visiteurs désignés (357).

Le 16 août, Fabien Calloud, Pierre Antoine Bébert et Hyacinthe Reverdy exhibent au Chef du Conseil de la Réforme leurs patentes et le requièrent de recevoir leur serment. «.. a quoi adhérant et après préalable remontrance sur l'importance du serment et sur les peines divines et humaines qu’encourent les parjures, nous leur avons fait jurer individuellement sur les Saintes Ecritures qu'ils ont séparément touchées entre nos mains, de remplir les fonctions qui leur sont confiées en gens d'honneur èt de probité.. » (358).

Le 5 juin 1839, Fabien Calloud démissionnaire est remplacé par Joseph Bonjean. Revenu le 16 mai 1843 prendre le poste de Reverdy victime de la mesure disciplinaire que nous avons relatée, il cède sa place à son neveu Charles Calloud (359).

Le visiteur est nommé pour un temps déterminé, n’excédant pas quatre années ; il peut être confirmé à l'expiration de son mandat.

Muni des papiers qui l’accréditent dans sa tâche, de ses Etats et de sa cassette de réactifs chimiques, il va chaque année inspecter pharmacies et magasins de drogues, fabriques de bière, de vinaigre, d'eaux gazeuses, d'eaux et de boues minérales artificielles, boutiques de revendeurs d'épices, de distillateurs, confiseurs et débitants de liqueurs.

Sa tournée doit avoir «la moindre durée possible et être faite sans interruption». Ses journées de vaccation lui sont dédommagées selon leur nombre, ce qui motive en avril 1838 une violente lettre de mécontentement de Hyacinthe Reverdy, dont les arguments sont prudemment communiqués à Turin par le Conseil de Réforme : « .. Messieurs Bébert et Reverdy pharmaciens achalandés ne s’éloignent pas momentanément de leurs

(356) Arch. dép. Sav. Cinquième Registre de la Réforme, folios 85, 144, 145, 146. |

Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, L. P. 23 ; I. P. 40, folhos 6, 128, 11, P.0, folios 68, 80 : I. P. 26: I. P. 10, folio 88 ; I. P. 41, folio 67 ; I. P. 4, folio 42; I. P. 7, folios 100, 103, 168, 112 ; I. P. 12, folios 126, 130, 132, 182.

(357) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 12, folio 201.

(358) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 41, folio 86 ; I. P. 4, folio 128.

(359) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 29; I. ES THO ALERTE, folio 172.

pharmacies sans en éprouver préjudice, et je présume que si leur séjour hors de leur résidence devait se prolonger au-delà du terme rigoureusement nécessaire pour de bonnes visites et cela parce qu'il ne pourrait jamais leur être alloué que 14 livres 40 pour la journée, alors même qu'ils auraient vaqué douze heures et voyagé dans la nuit, je présume dis-je, que ces messieurs n’ambitionneraient plus l’honneur d’être chargés de ces visites. ». Compréhensif, le Magistrat provoque le Billet Royal du 25 juin 1839 qui alloue aux trois visiteurs savoyards un traitement annuel fixe de 1.100 livres (360). Le Décret du 28 juillet 1849 institue pour chaque visiteur « une indemnité de vingt francs par jour pour les visites qu’il fera hors du lieu de sa résidence. Les frais de visites seront à la charge du budget du département de l'Intérieur et payés au vu des notes vérifiées par les Conseils de Santé respectifs et transmises au Conseil supérieur ».

Dans les Bureaux de douanes désignés au Protomédicat par l’Administration générale des Gabelles, les Réviseurs examinent journellement les drogues qui parviennent aux frontières des Etats de Sa Majesté.

L’Instruction publiée par le Manifeste du 19 juillet 1832 (361) leur fournit les bases de leur travail. Ils y trouvent le «Catalogue des drogues et substances médicinales » soumises à leur vérifcation.

«. On ne pourra retirer du Bureau de la Douane que les drogues et substances ci-dessus rappelées et lorsqu'elles auront été vérifiées et approuvées par les Réviseurs. — S'ils reconnaissent quelques substances falsifiées, altérées ou de mauvaise qualité, les Réviseurs les mettront sous scellée. Ils en informeront... le Protomédicat, qui ordonnera qu’elles soient détruites publiquement si la qualité des drogues ou autres substances l'exige, autrement il pourvoira suivant les circonstances. — Les pharmaciens, droguistes, revendeurs d'épices qui introduiront clandestinement dans les Etats des drogues de mauvaise qualité et les tiendront en leur pouvoir sans la permission du Réviseur, outre les dispositions des lois de Douane, encourront la peine de la perte de ces objets... Ceux qui achèteront de semblables drogues de personnes qui ne sont ni droguistes ni revendeurs d'épices sans s'être faits représenter la permission du Réviseur, seront aussi punis par la perte de ces drogues. » (362).

Les Réviseurs sont la plupart du temps des pharmaciens.

(360) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 13, folio 91; I. P. 14, ONOS (62/88 AP

(361) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. t.

(362) Règlement du 16 mars 18309.

«Le Magistrat du Protomédicat dans la Royale Université des Etudes de Turin.

L'intérêt public exigeant la destination d’un pharmacien probe, habile et éclairé, chargé de visiter les drogues qui s’introduisent dans la Royale Douane de Chambéry, afin d'empêcher l'entrée et le débit dans les Etats de S. M. de celles qui ne sont pas de bon aloi, et assurés que ces qualités se trouvent toutes réunies dans la personne du sieur Jacques Bonjean de Chambéry, dûment patenté le 21 avril 1788, exerçant et domicilié dans la dite ville, nous nous sommes de bon gré déterminés à lui conférer ces importantes fonctions. C’est pourquoi par les présentes signées par nous, contresignées par le Secrétaire de la Royale Université et munies de notre sceau, nous députons, nommons et constituons le dit sieur Jacques Bonjean Visiteur et Réviseur des drogues qui s’introduisent dans la Royale Douane de Chambéry. »

Le 20 mars 1817, François Pacthod pharmacien est nommé Réviseur du Bureau d'Annecy, transféré plus tard au Châbles ; le 5 mai 1817, Pierre Rey pharmacien Réviseur au Pont-Beauvoisin ; le 27 septembre 1818, Albert-Eugène Ringuet, pharmacien Réviseur à Rumilly ; le 22 mars 1820, Joseph-Louis Bonjean, pharmacien Réviseur à Chambéry ; le 15 mai 1839, François- Albert, pharmacien Réviseur au Châbles et à l'Etuiset. Le 12 octobre 1840, Alexandre Vauthier, pharmacien est préféré au docteur médecin Geoffroi pour le poste de Thonon. Le 31 mars 1841, le docteur Bouchet, médecin de Cruseilles, va au Châbles et le docteur Despré de Saint-Blaise à l’Etuiset. Le 28 novembre 1841, Louis Perilliat, pharmacien remplace à Annemasse son confrère Perrier. Le 30 mars 1844, Jean Deroux, pharmacien devient Réviseur à Evian. Le 8 juillet 1848, Joseph Bonjean succède à son père ; il est autorisé à continuer son travail de Visiteur, incompatible en principe avec cette nouvelle charge (363).

« Dans chaque ville où il y a un protomédecin et dans les autres villes où le Magistrat le croira convenable, un pharmacien connu par sa probité et son savoir sera par lui délégué pour la taxe des parcelles de médicaments. — Les pharmaciens chargés de la taxe des parcelles prêteront serment entre les mains du

(363) Arch. dép. Sav. Deuxième Registre de la Réforme. Cinquième Registre de la Réforme, folios 86, 146, 150, 166.

Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 6, folios 9, 178, 179; L, P. 14, 10H08 100, 197, 200 14 P.23, L' Eù 55; folios 100, 122 ; I. P. 16, folios 46, 129 : I. P. 29: I. P. 18, folio 100; I. P. 42, folio 13; I. P. 31; I. P. 19, folio 99.

Protomédecin dans le district duquel ils seront nommés de bien et fidèlement exercer leur charge, en conformité des instructions qui leur seront données par le Protomédicat. — En cas de contestation ou de réclamation de l’une des parties à l'égard de la taxe, la parcelle sera transmise au Protomédicat qui statuera ce qu'il croira de justice » (364).

Le 25 avril 1820, Bernard Boisset reçoit ses patentes :

«Le Magistrat du Protomédicat dans la Royale Université des Etudes de Turin.

L'emploi de taxateur dans la province de Savoie se trouvant vacant par le décès du sieur pharmacien Bouchet que nous avions chargé de l'exercice de ces fonctions, nous avons porté nos soins à le remplacer par un autre pharmacien doué d’une capacité et d’une probité reconnues. Ces qualités se trouvant éminemment réunies dans la personne de monsieur Bernardin Boisset de Chambéry, pharmacien, nous nous sommes bien volontiers disposés à lui conférer l'exercice des dites fonctions. C’est pourquoi, par les présentes par nous signées, contresignées par le Secrétaire de l’Université et munies de notre sceau, nous nommons, députons et constituons monsieur le pharmacien Boisset Bernardin taxateur des parcelles des médicinaux dans la ville de Chambéry et province de Savoie. »

Son successeur est, le 21 avril 1833, François Saluces (365).

Le décret du 24 juillet 1848 pourvoit à la formation des Conseils de Santé.

«... Seront appelés à faire partie des Conseils de Santé provinciaux outre l’Intendant de la province, président, un vice-président qui sera désigné par le ministre premier secrétaire d'Etat de l'Intérieur, l'avocat fiscal provincial, un médecin, un chirurgien et un pharmacien. Leurs fonctions seront gratuites et dureront trois ans. Pour la première fois, ces trois praticiens seront nommés d'office par le ministre secrétaire d'Etat de l'Intérieur, et successivement sur la proposition du Conseil provincial. Cette proposition sera faite par les Conseils provinciaux à l’occasion de leurs réunions annuelles, au moyen d’une liste de trois candidats ».

Le 2 mars 1853, le Conseil provincial de Santé tient séance à Chambéry : sont présents le chevalier Georges-Louis Mercier, intendant général, président, le chevalier Rey, docteur médecin, le chevalier Mollard docteur médecin, le docteur Besson, l’avocat

(364) Règlement du 16 mars 1839.

se (365) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 40, folio 7 ; I. P. 23: I. P. 0, OO 60,

Goybet, substitut avocat fiscal, le professeur Bébert, pharmacien ; est absent M. Mareschal, conseiller à la Cour d'Appel.

En janvier 1859, Charles Calloud a remplacé M. Bébert (366).

Le 12 octobre 1831, le Magistrat de Santé du Duché de Savoie crée un Comité central pour la salubrité publique à Chambéry.

La ville est divisée en douze sections ; dans chacune, une commission composée de deux commissaires de quartier ou dizeniers, soit un habitant au zèle reconnu pour le bien public, et, si possible, une personne « attachée à la Faculté », un médecin, un chirurgien, un pharmacien …

On relève les noms de Bernard Boisset dans le sixième arrondissement, Joseph-Louis Bonjean dans le onzième... (367).

Comme au xXviri® siècle, et tout au moins dans la première partie de la Restauration sarde, les armoiries royales sont une enseigne toujours enviée. À

« Patentes de S. M. en date de Stupinis du 10 octobre 1816 et de Son Règne le quinze, portant que la place d’'apothicaire de Notre Royale Maison dans la ville de Chambéry se trouvant vaccante, Nous nous sommes daignés y nommer François Bouchet sur les bons et avantageux renseignements que Nous avons eu de sa probité et de son habileté dans l'exercice de sa profession, et persuadé que ce trait de Nos grâces souveraines l'animera toujours plus à se distinguer et à donner des nouvelles preuves de so attention et de son zèle pour Notre service. »

Au mois d'Août 1827, Joseph-Louis Bonjean sollicite le même privilège, libéré par le décès de Joseph Sylvoz (368).

Nous trouvons encore le pharmacien fournisseur des prisons : Michel Bouchet l’est des Prisons Royales de Conflans ; le pharmacien auxiliaire de la Justice : le Manifeste caméral du 19 septembre 1827 concerne les indemnités établies pour les « opérations des médecins, chirurgiens, phlébotomistes, sages-femmes, professeurs de chimie, pharmaciens, épiciers et autres », lorsqu'ils sont employés dans les causes criminelles (369).

(366) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, 643.

(367) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, 609.

(368) Arch. dép. Sav. Cinquième Registre de la Réforme, folio 144. Arch. dép. Sav. Fonds Sarde, I. P. 6, folio 106.

(369) Arch. dép. Sav. Fonds Sarde. Répertoire des Edits, 1814-1834,

Les fonctions publiques remises au corps pharmaceutique permettent à certains noms de devenir familiers à notre attention.

Nous les retrouvons très logiquement dans le domaine de la notoriété scientifique.

Joseph-Louis Bonjean, Fabien Calloud, François Saluces, Pierre-Antoine Bébert, Hyacinthe Reverdy, Joseph Bonjean, François Dumont, Charles Calloud..., forment une élite qui sait que le vrai pharmacien est «l’homme estimable et instruit qui tient son rang dans la société ; il est le savant que l’on consulte le plus souvent, nous ne parlons point pour la santé seulement, mais pour toutes les opérations de la vie ordinaire... » (370).

Chimie, botanique, hydrologie, géologie, pharmacologie, hygiène... sont pour eux l’objet d’un véritable culte, profitable à tous ceux qui les approchent.

«Si j'osais, je dirais que cette suite de savants chimistes, enfants de la Savoie, les Bébert, les Bonjean, les Reverdy, les Calloud, est comme une bénédiction qu'a laissée à notre patrie celui de nos compatriotes dont le nom planera toujours sur les commencements de cette science, le grand Berthollet » (371).

Né en 1781 à Rumilly, Fabien Calloud vécut à Annecy une existence laborieuse et bienfaisante.

«.… Il plaçait toute son ambition dans l’accomplissement de ses devoirs de pharmacien et dans la satisfaction de faire une découverte en chimie, science à laquelle il consacrait presque tous ses instants de loisir. Aucune substance pharmaceutique, aucun produit chimique, aucun médicament n'a été signalé dans la science sans qu'il se soit de suite occupé d’analyser les uns, composer et décomposer les autres, et les expérimenter tous » (372).

Insérées dans le Journal de Pharmacie de Paris, dans le Jouwrnal de Savoie ou dans les Mémoires de l’Académie de Savoie, ses notes sont consacrées au sulfate de quinine et à sa phosphorescence, découverte personnelle contrôlée par Pelletier, à la séparation de la quinine de la cinchonine (1822), à la recherche de l’iode dans les eaux de l’Echaillon en Maurienne (1823-1841)

(370): J.-J. VIREY, loc. cit, px].

(371) Comte GREYFIÉ. Réponse au discours de réception de Charles Calloud à l’Académie impériale de Savoie, 17 août 1865.

(372) Docteur L. FLEURET. Nofice biographique sur Fabien Calloud. Annecy, 1856.

à l'extraction de l’émetine de l'ipéca, à l'étude d’une argile rouge de la région annécienne (1824), à la combinaison du « sucre de diabète et de raisin » avec le chlorure de sodium (1825), à l'huile essentielle de fougère (1829), à l’onguent mercuriel (1832), à la préparation de l'hydroferrocyanate de quinine, à celles du bicarbonate et du sulfate de soude (1833), à l'isolement de l’iode dans les eaux de Salins en Tarentaise (1841), au ricin (1848), à la préparation de la santonine, à l’adultération du protoxyde d'antimoine et du safran de Mars (1849), à la présence de la thébaïne dans les pavots indigènes (1851), au seigle ergoté (1854).

« Monsieur Calloud aimait à confectionner de beaux produits de chimie et de pharmacie ; il mettait sa gloire à les envoyer à l'étranger pour orner les collections et pour entretenir des relations scientifiques.

En 1849, la Société de Pharmacie de Paris proposa un prix de six mille francs, prix doublé depuis par le ministre de la guerre, pour celui qui découvrirait le moyen de préparer la quinine de toutes pièces, sans employer le quinquina. Le prix pouvait être décerné à celui qui ferait connaître un produit nouveau, naturel ou artificiel, ayant des propriétés thérapeutiques équivalentes à çelles de la quinine et pouvant être mis commercialement en concurrence avec elle. Monsieur Calloud se mit sur les rangs pour concourir et s’occupa pendant longtemps des recherches nécessaires. [1 parvint à composer un médicament (acide carbazotique ou amer de Welther) qui fut expérimenté avec une apparence de succès chez quelques fiévreux de notre hôpital ; mais les essais ne furent pas continués avec assez de persistance pour pouvoir servir de base à une conviction sur l'utilité du médicament dont l’idée fut bientôt oubliée.

Il était fréquemment consulté par les tribunaux pour des recherches chimico-légales. Une accusation d’empoisonnement qui eut un certain retentissement dans notre pays nécessita une expertise dont il fut chargé, conjointement avec Monsieur Reverdy de Moûtiers. Ils firent un travail remarquable et conclurent à l’empoisonnement par l'acide cyanhydrique. Monsieur le professeur Orfila, qui fut consulté par la défense, tout en rendant justice au rapport chimico-légal, en contesta les conclusions. L’accusé fut acquitté.

Dans une accusation d’assassinat, il importait de savoir si des linges qui avaient séjourné huit à dix jours dans le lac, avaient été tachés par du sang.

Dans des circonstances semblables, la matière colorante du sang ayant été dissoute par l'immersion prolongée, les auteurs de chimie légale n’indiquent d'autre moyen que de s'assurer de la présence de la fibrine sur les linges suspects. Ce moyen, très infidèle, n'ayant pas fourni le résultat désiré, monsieur Calloud

reconnut par plusieurs expériences comparatives que du linge taché de sang, placé dans des conditions identiques, mis ensuite en digestion dans de l’eau pure et maintenu pendant un ou deux jours à une température moyenne de 25 à 30 degrés, développe, par la fermentation, une odeur sui generis se rapprochant de l’odeur de moisi. Cette odeur ne se rencontre pas dans des linges tachés par d’autres liquides animaux.

Cette expérience, entièrement neuve, et faite pour la circonstance, sera toujours employée utilement pour faire reconnaître des taches de sang sur des linges, même lorsque la matière colorante et la fibrine auraient disparu. Toutefois ce moyen ne peut être utilisé que sur la toile de chanvre ou de lin, la laine étant une substance animale, acquiérerait par la fermentation une odeur qui masquerait l’odeur particulière du sang »... (373).

Visiteur, membre du Conseil de Santé du Genevois, Fabien Calloud fut membre correspondant de la Société de Pharmacie de Paris, membre agrégé de l’Académie Royale des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Savoie, membre titulaire de l’Association Florimontane d'Annecy, Chevalier de l'Ordre Royal des Saints Maurice et Lazare.

Il mourut le 28 mars 1855.

Son neveu Charles Calloud, fils de Claude, pharmacien à Rumilly, naquit en 1821. Après un court passage à Saint-Pierred’Albigny où il régenta l'officine Jacquet, il se fixa à Chambéry. Une mort prématurée vint interrompre en 1874 une vie digne des traditions de sa famille.

Visiteur, membre du Conseil de Santé de la province de Savoie propre et du Jury universitaire pour la réception des pharmaciens, il appartint à l’Académie Royale puis Impériale de Savoie et à la Société médicale de Chambéry ; il fut correspondant de la Société de Pharmacie de Paris, de la Société impériale d'agriculture et des arts de Seine et Oise, de la Société des sciences naturelles de Versailles, de l’Académie royale agraire de Turin... membre honoraire de l’Académie royale de médecine denlurn#

Nous citerons de lui : « De la désinfection des engrais et de l'utilité des eaux mères des salines » (1849), « Etudes sur l’amendement des terres. Avenir de l’agriculture basée sur les principes scientifiques » (1851), « Recherches physiologiques sur la maladie des plantes alimentaires » (1852), « Note sur l’action des corps désoxygénants dans l’économie animale », « De la désoxygénation de la toile blanchie » (1853), « De la solubilité comparée du sulfate de quinine dans l’eau et dans les dissolutions salines »,

(373) Docteur. FLEURET, Voc*cit.

« Procédés pour la vérification des eaux de vie et du vinaigre livrés à la consommation », « Observations sur les solutions extemporanées des substances actives » (1854), « Rapport sur la collection des eaux minérales de la Savoie pour l'Exposition universelle de Paris en 1853 », « Mémoire sur la matière médicale de la reine des prés » (1857), « Valeur comparative de deux espèces d’aconit napel et paniculé par le dosage du principe actif, l’aconitine », « Rapport sur la collection des eaux minérales de la Savoie pour l'Exposition Nationale de Turin en 1858 », « Mémoire sur l'ozone manifesté dans le serein et la rosée », « Mémoire sur les eaux de la Versoye près Thonon », « Rapports de la géologie avec l'hydrologie minérale de la Savoie » (1860), « Analyse d’une terre argileuse en culture de Saint-Jeoire, bassin de Chambéry », « Mémoire sur les miels de Savoie » (1861), « Analyse de l’eau minérale ferrugineuse de la Bauche » (1863), « Etudes sur l’irrigation » (1865).

A François Saluces, auteur de l'analyse des eaux chambériennes de Saint-Martin et des Deux Bourneaux, et de celle des eaux de la Boisse, près de Chambéry (374), le Courrier des Alpes du 8 décembre 1846 a réservé un article dont nous ne pouvons laisser perdre l'intérêt : « .. On devine que nous voulons parler de la menthe, dont l'essence occupe une si odorante place dans les parfumeries et les sucreries, et dont l’emploi est si fréquent en médecine.

Jusqu'à présent aucun chimiste n'avait pu obtenir la cristallisation complète de cette essence : Thénard lui-même avait prétendu que l'essence de menthe venant d'Amérique était la seule cristallisable en partie, et encore à la température de zéro. Un de nos compatriotes, chimiste aussi habile que modeste, appréciant tous les avantages que procurerait l'entière cristallisation de cette essence, a cherché les moyens de l’opérer. Après de longues recherches et de nombreuses expériences, il est enfin

(374) La source ferrugineuse de la Boisse, objet de la communication de François Saluces à la Société Royale Académique de Savoie du 5 mars 1830, fut « lancée » au XVIIIe siècle par le docteur médecin Fleury.

Elle eut ses détracteurs et ses défenseurs.

Parmi ces derniers, Pierre Boisset, apothicaire, fils aîné de Marc- Antoine Boisset, apothicaire de Chambéry.

Sa Lettre contenant l'histoire et un essai d'analyse des eaux de la Boisse pour servir de réponse à la brochure de M. Chastaignier de Lyon (Turin 1779) lui valut une médaille d’or de Victor-Amédée IIT, qui voulut assumer les frais de son instruction médicale.

I1 fut en 1786, l’un des médecins de l'Hôtel-Dieu de Chambéry. « Il professa avec distinction la physique et la chimie à l'Ecole Centrale du Mont Blanc, mérita l'estime et l'amitié particulière de Berthollet ». (L. GuizLzaND et F. RABuT, loc, cit.)

parvenu à trouver le secret de rendre l'essence de menthe poivrée assez pure pour l'obtenir et la conserver à volonté à l'état de la plus parfaite cristallisation, même à la température de 35 à 40 degrés. à

Cette intéressante découverte s’est opérée sans bruit, sans ostentation ; depuis près d’une année, son auteur, M. Saluce, la livrait au commerce, et sans avoir embouché la trompette de la réclame, il ne pouvait suffire aux demandes qui lui étaient adressées de l'étranger. On comprend que le commerce préfère et recherche avec empressement l’essence de menthe complètement cristalisée, car, outre la facilité du transport, elle lui offre l'avantage incontestable de l’avoir sans mélange et dans la pureté la plus exacte.

Dans l'intérêt de la science qu’il venait d'enrichir, Monsieur Saluce a dernièrement envoyé à l'Exposition de Gênes six flacons, dont quatre contenaient de l'essence de menthe cristallisée en aiguilles prismatiques et deux à l’état liquide, préparée d’après ses procédés, que l’on pouvait aussi faire cristalliser en les exposant à une température au-dessous de zéro (375).

Ce perfectionnement important, ou plutôt cette véritable découverte fixa à Gênes l’attention de la direction pour l’'Exposition publique des Arts et de l’industrie. Celle-ci, après un sévère examen, s'empressa de déclarer que l’auteur méritait la médaille d’or (section des produits chimiques), et cette médaille fut décernée à monsieur Saluce avec un diplôme.

Il était de notre devoir de signaler une découverte qui fait honneur à la Savoie et à un chimiste distingué qui, lauréat modeste, sait s’effacer et laisser à ses travaux le soin de faire l'éloge qu’il mérite ».

L'œuvre de Pierre-Antoine Bébert est essentiellement d’ordre didactique.

Tous les diplômés de la seconde partie de la Restauration sarde ont acquis leur bagage scientifique auprès du professeur de chimie de l'Ecole de Chambéry.

Hyacinthe Reverdy a attaché son nom aux Eaux de Salins proches de son officine de Moûtiers.

François Dumont de Bonneville a publié un Catalogue des plantes de la Tarentaise.

Son travail sur la thermographie et l’hypsométrie de la Savoie devait former la première partie de l'Histoire des Mollusques

(375) I s’agit du menthol qui sera baptisé par Oppenheim en 1861.

lerrestres et d'eau douce vivants et fossiles de la Savoie et du bassin du Léman réalisée en collaboration avec Gabriel de Mortillet.

Joseph Bonjean est incontestablement le plus connu des pharmaciens de la Savoie.

Cet homme à la curiosité insatiable et à l’activité débordante, nous apparaît comme une parfaite synthèse de l’homme de science, l’homme de l’art et l'homme d’affaires.

Avec un sentiment très net de sa valeur et un sens anachronique de la publicité, il nous a présenté lui-même ses titres de gloire : « Au déclin de ma longue et laborieuse carrière, j'ai voulu réunir en un faisceau les travaux qui m'ont occupé pendant cinquante ans et que j'appelle mes Noces d’or. Ce mémoire est destiné à perpétuer dans ma famille l'exemple d’une vie bien remplie, et à démontrer ce que peuvent à la fois la conduite, l’amour de la science et du progrès. » (376).

Né le 11 septembre 1810, le filleul de l’Impératrice fut le douzième maître de l’officine des Bonjean. Malgré ses quatre fils, il en fut le dernier.

Dès 1836, il s’est intéressé aux sources dites de soufre et d’alun à Aix-les-Bains ; il y décela l’iode en 1841. En 1842, il effectua des recherches chimiques, physiologiques et médicales sur les eaux de Challes ; il put en extraire l’iode et le brome. En 1847, il a analysé les tufs et dépôts des sources de Maurienne «qui passent pour donner le goitre aux personnes qui en font journellement usage ». En 1850, il donna l'analyse des eaux de Marlioz près d’Aix, dont il provoqua le captage et l’utilisation.

Répondant à l'invitation de la Société de Pharmacie de Paris qui organisait en 1840 un concours sur les « principes immédiats du seigle ergoté», il présenta une «Histoire physiologique, chimique, toxicologique et médicale de l’ergot de seigle » qui lui valut une médaille d’or. Ce travail fut suivi en 1844 de deux mémoires sur l’«ergotisme convulsif et gangréneux causé par du pain contenant du seigle ergoté », en 1845 d'un « Traité théorique et pratique de l’ergot de seigle ».

Sa préparation d’un extrait aqueux d'ergot de seigle, sa « découverte de l’ergotine », a introduit Joseph Bonjean dans les milieux médicaux les plus lointains. Une série de rapports lui a permis d’étayer la valeur thérapeutique de son produit, initialement mise à l'épreuve auprès de nombreux malades chambériens et aixois : « Action de l’ergotine dans les hémorragies tant artérielles que veineuses » (1847), « Gangrène de la face dorsale du pied et de la jambe guérie par l’ergotine.. Observation du

(376) Les Noces d'or scientifiques de Josebh Bonjean, pharmacien à Chambéry. Chambéry, 1886.

Dr Petrequin chirurgien major de l'Hôtel-Dieu de Lyon communiquée à l’Académie des Sciences de Paris», « Coups de feu à la figure d’un brigadier de spahis ; hémorragie menaçant la vie du malade et que seule l’ergotine a pu arrêter. Observation du Dr Bonnet chirurgien en chef des hôpitaux de Lyon communiquée à l’Académie des Sciences de Paris », « Emploi de l'ergotine chez les blessés de Crimée » (1854), « Emploi de l’ergotine sur les malades et les blessés de l'Armée d’Orient » (1855), « Emploi médical de l’ergotine tant à l’intérieur qu’à l’extérieur », « Modifications apportées par l’ergotine à l’action irritante du perchlorure de fer » (1856), « Emploi de l’ergotine sur les malades et les blessés de l’armée du Rhin » (1870)... A la suite de la Pharmacopée sarde de 1853, tous les Codex, tous les Formulaires ont adopté l'Ergohine Bonjean.

Son Elixir de Santé l’a fait apprécier du grand public. « C’est en 1854 que j'ai créé cette liqueur éthérée ayant pour base l’'éther combiné au sucre dans des appareils clos de mon invention, uni à des substances végétales légèrement excitantes formant ce qu’on appelle les stimulants diffusibles. L’éther y est tellement combiné qu'il ne s’évapore qu’en partie après une ébullition de la liqueur prolongée pendant deux heures. Les formules, procédé de fabrication et nature des appareils ont été communiqués dès le début à l’Académie de Médecine et plus tard à l’Académie des Sciences de Paris... L’élixir de santé est un excellent stomachique doué de vertus à la fois toniques et antispasmodiques ; il a pour action de donner du ton aux intestins, de faciliter la digestion et d’entretenir cette importante fonction dans un état régulier. Il exerce dans les affections nerveuses si variées de l’estomac et des intestins une action qu'aucun autre moyen connu ne saurait produire à un si haut degré... »

Tout a retenu son attention, tout lui fut prétexte à des recherches, des mémoires : la production d'acide sulfurique par les vapeurs des bains d'Aix au contact des métaux, le fruit du baobab (1837), l’action dans l’économie des chlorures alcalins sur le protochlorure de mercure (1840), l’empoisonnement d’une famille par un sel de cuivre, la présence de l’alumine dans les os et les muscles de certains animaux, la détection du plomb, du mercure et de l’arsenic dans les urines des malades traités par ces corps (1841), la mise au point d’un procédé de reconnaissance de l’iode dans les eaux minérales, l’intoxication par l’acide prussique, l’action de l’arsenic sur des moutons, l’action de la digitale sur certains animaux (1843), la caractérisation du kermès minéral, la préparation des extraits pharmaceutiques, l’action de l’aconit et de la noix vomique, l’empoisonnement par l’acétate de morphine, la présence de l’arsenic dans les urines un mois après son administration (1844), les épizooties des bovins (1845),

JosEPH BONJEAN

(Musée Savoisien d'Histoire et d'Ar héologie.

Cliché Guwv, Chambéry.

le

le déssèchement prématuré des feuilles du peuplier d'Italie en plusieurs endroits des Etats sardes, la pomme de terre, les effets d’un coup de foudre sur l’église de Saint-Thibaud-de-Couz (1846), le coton poudre (1846-1847), le raisin (1846-1851), la panification du riz, de la rave et de la betterave (1846-1855-1858), les minerais asphaltiques, les ardoises de Savoie (1847), les teintures alcooliques (1852), les tables tournantes ou «les miracles du XIXe siècle » (1853), le sang dans ses rapports avec la chimie légale (1857). la pluie d'insectes survenue à Saint-Pierre-d’Albigny, le benzoate et le silicate de soude (1860), la rage (1860-1878- 1892), les erreurs dues à l'emploi du galactomètre (1865), le choléra (1867-1890), les machines utilisées pour le tunnel du Mont- Cenis (1871)...

Visiteur, membre du Comité de rédaction de la pharmacopée sarde, membre du Conseil provincial de Santé de Chambéry, du Conseil d'Hygiène-et de Salubrité, président du Tribunal de Commerce, membre effectif de l’Académie de Savoie, de la Société helvétique des sciences naturelles... l’un des fondateurs de la Société d'Histoire Naturelle de Savoie, membre correspondant de la Société de Pharmacie de Paris, de la Société Linéenne de Paris, de la Société de Chimie médicale de Paris, de la Société centrale d'Agriculture de France, de la Société d'Hydrologie médicale de France, de la Société royale de Médecine de Montpellier, de la Société de Médecine de Lyon, de la Société de Médecine de Marseille, de l’Académie royale des Sciences de Toulouse, de l'Académie impériale des Sciences de Bordeaux..…., de l’Académie royale des Sciences de Turin, de l’Académie royale d'Agriculture de Turin, de l’Académie impériale et royale des Sciences de Padoue, de l’Académie royale des Naturalistes de Naples, de l’Académie des Arcades de Rome, de l’Académie des Progressistes de Toscane..., de la Société royale de médecine de Gand, de l’Institut national Genevois, de l’Académie impériale de médecine de Rio-de-Janeiro..., membre honoraire de l’Académie royale de médecine de Turin, officier de l'Ordre royal des Saints Maurice et Lazare, décoré du Mérite civil de Suède, commandeur de l'Ordre impérial de Sainte Anne de Russie, chevalier du Noble Ordre du Christ du Brésil, de l'Ordre royal de la Conception du Portugal, Officier d'Académie..., Bonjean s'éteignit le 10 juillet 1896 dans la petite commune de Sainte- Ombre, près de Chambéry.

Page 1