INTRODUCTION
L'histoire de la Seine-et-Oise, envisagée aussi bien au point de vue politique que sous son aspect artistique, ou économique ou social, se trouve dominée par un fait : l'existence de Paris. Et, si l’on veut aborder cette question : la naissance et le développement de la pharmacie en Seine-et-Oise, le rôle joué par les apothicaires dans ce lieu géographique, la présence de Paris reste encore le fait capital, même si l’on reconnaît, avant la Révolution, l'importance des traditions locales, le particularisme jaloux de chaque petite ville.
A l'avènement de la dynastie capétienne, Paris, la plus importante des possessions héréditaires du roi Hugues, devient capitale du royaume. Les successeurs d’'Hugues Capet ont pour première tâche de réduire les forces des châtelains de l’Ile de France, leurs annemis acharnés ou leurs vassaux peu sûrs. Devant les seigneurs de Monthléry, de Corbeil, de la Ferté-Alais, de Chevreuse, de Montfort, de Montmorency.…., s'élèvent les châteaux-forts royaux de Dourdan, de Saint- Germain, d'Etampes. Au xrre siècle, la coutume de Paris se trouve appliquée dans presque toute la région qui devait former plus tard la Seine-et-Oise. Enfin, au xive siècle, le tribunal de la prévôté et vicomté de Paris exerce une action régulatrice décisive *.
Cette influence de la capitale, qui ne fera que croître, facilite jusqu’à un certain point les études consacrées aux régions limitrophes, elle permet de formuler des hypothèses avec une confiance relative, mais elle obscurcit aussi bien des problèmes si l’on désire les approfondir quelque peu.
Ces quelques remarques sommaires permettent de comprendre à la fois l'intérêt et la difficulté de notre entreprise. Ecrire
1. MARTIN (Olivier), Histoire de la coutume de la prévôlé et vicomté de Paris, Paris, Leroux, 1922-1930, 3 vol. in-8°.
RES) Vo
l’histoire de la pharmacie en Seine-et-Oise nécessite, en effet, la connaissance aussi précise que possible de l’histoire de la pharmacie à Paris, mais en même temps celle de chacune des villes, bourgs et bourgades du département, car, à une même époque, chacun de ces centres ne se trouvait point au même stade de développement, et par suite pouvait subir non seulement l'influence de Paris, mais encore celle d’une ville plus voisine dans laquelle une organisation de la profession se trouvait déjà réalisée.
Ainsi Etampes exercera-t-il une influence sur Dourdan, Pontoise sur Saint-Germain-en-Laye, Saint-Germain-en-Laye sur Versailles, etc.
La complexité résultant de ces faits, complexité qui ne rend d’ailleurs que plus intéressante la question traitée, a fait écarter, du moins partiellement, pour l’exposé de cette histoire de la pharmacie en Seine-et-Oise, le plan habituellement suivi dans des recherches analogues.
Recueillir et classer les documents suivant la logique seule : apprentissage, accession à la maîtrise, statuts et règlements, puis rapports avec les confrères, les autres corporations et les pouvoirs publics, permettait évidemment de donner à cette étude une grande apparence de clarté, et l'exemple magistral de M. Bouvet, dans son Histoire de la Pharmacie! suffirait peut-être à justifier cette méthode, d'autant que ce plan a été également suivi par M. Aubier dans sa Contribution à l’histoire des apothicaires de l'Ile de France au temps des Corporations (vue et xvirie siècles) ?.
Pourtant, les limites de ce travail, consacré à la Seine-et- Oise seule, les documents antérieurs à la Révolution s’échelonnant sur plus de trois siècles, ont conduit à traiter le sujet suivant un plan partiellement chronologique. Dans le cas même où certaines répétitions deviendraient nécessaires de ce fait, il a paru plus conforme à la réalité historique, plus commode pour dégager une idée valable de l’évolution de la pharmacie en Seine-et-Oise, de montrer, après un bref tableau des origines, comment les corporations d’apothicaires
1. Bouver (Maurive), Histoire de la pharmacie en France des origines à nos jours, Paris, Occitania, 1937, in-8o,
2. AUBIER (Jean), Contribution à l’histoire des apothicaires de l'Ile de France au temps des corporations (xvri°-xvrrre siècles), Paris, Montaigne, 1937, in-80.