CONCLUSION L'UNITE AMERICAINE
Il n’est.pas de guerre civile plus longue-et, plus calamiteuse que.la Guerre de Sécession. Mais aussi fut-elle riche de résultats: les immenses sacrifices d’hommes-et d'argent, l'abolition de. l'esclavage et. l'adaptation à.un: système économique et social nouveau, entraînèrent. une transformation -complète dans-:les: institutions et la: vie politique américaines.
Du. point. de vue de droit: public, le résultat de cette guerre a été de fortifier considérablement. et à certains égards. d'étendre l'autorité nationale. L'esprit public s’était familiarisé avec le déploiement d'effroyables pouvoirs discrétionnaires et l'emploi. de mesures. exceptionnelles, destinés-à reconstruire l'édifice disloqué- de l’Union américaine. Dans ces: conditions il était bien difficile que demeure le culte. de la-souveraineté locale et l’esprit particulariste, entraînant des réactions:violentes contre tout nouvel exercice de l'autorité fédérale. Un vaste mouvement d'américanisation,. issu d’un nationalisme uniforme et non pas. local, devait. prendre naissance alors même que la guerre civile n'était pas: achevée. Le caractère sacré des droits. des Etats. devait. s’effacer devant la volonté de la nation.américaine, désormais source finale de toute autorité. Personne ne. pouvait. plus contester et ne songeait d'ailleurs à. contester la puissance suprême du gouvernement fédéral, le seul représentant de la nation. Il ne pouvait plus y avoir de droits des Etats en dehors de ceux expressément prévus: par la Constitution et dont le respect ne pouvait être assuré que par l’auto-limitation que le
gouvernement fédéral consentirait à s'imposer en vue du bien commun.
Cette profonde transformation de la pensée américaine fut officiellement consacrée par la Cour Suprême dans un arrêt célèbre, l'arrêt Knox c. Lee (1). « La doctrine, déclare la Cour, pour laquelle on a si longtemps combattu que l’Union fédérale n’était qu’un simple accord entre Etats et que les Etats, s'ils le désiraient, pouvaient annuler ou dédaigner à volonté les lois de la législature nationale ou pouvaient se retirer de l’Union à volonté.…, cette doctrine doit être considérée comme décidément et pour toujours renversées. Le gouvernement des Etats-Unis n’est pas seulement un gouvernement, c’est un gouvernement national et c’est le seul gouvernement qui; dans ce pays, ait un caractère national ».
La consolidation de }’Union dont dépendait la sécurité et peut-être même l'existence nationale, une fois réalisée, c'est l’histoire d’une prospérité inespérée qui commence après la Guerre de Sécession.
« Il était donc certain désormais, dit Monsieur Lam- bert, que l'intérêt général de la nation américaine, et non pas celui de chaque Etat, devait être la loi suprême, et puisque cette finalité de la Constitution n'était plus utilement contestable, il n’était pas une seule activité qui ne pût être assumée par le gouvernement fédéral et justifiée directement ou indirectement sur quelque souple interprétation de :a Constitution, pour peu qu’elle satisfît la majorité de l’opinion publique et que, pour toutès les branches du gouvernement fédéral, son exercice parût conforme aux intérêts généraux de la nation. (2).
Dans cet ordre d'idées il n’est pas sans intérêt d’analyser l'influence de la Guerre Civile, sur les doctrines des publicistes américains, et plus spécialement, sur l’évolution des tendances constitutionnelles en ce qui concerne la
(1) Supreme Court Reports 1872. 12. Wallace 557, (2? LAMBERT (J.) Histoire Constitutionnelle de l'Union Améri- Caine. vol. II, p. 106. ALES AE cs