‹ Contribution à l'histoire médicale de l'Armée d'orientChapitre 7 sur 9 · PES PO © ET · texte numérisé non relu

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expression à l’homme ; la nutrition ne répare pas suffisamment les pertes; la fibrine s’épuise dans des travaux où l'élément fibrineux est constamment en action ; et bientôt cet élément disparait du sang, ou plutôt ne s’y trouve plus qu’en des proportions insuffisantes. De cette théorie, basée sur les faits, découle naturellement l'explication de tous les symptômes constitutifs de cette maladie.

Mais nous ne voyons rien dans ces causes, qui n'ait été reconnu et indiqué longtemps avant nous. Les auteurs, qui ont vu cette maladie et décrit ce qu'ils avaient vu, s'accordent tous à dire que le scorbut peut naitre sous l'influence du froid humide ; qu'il peut dépendre d’une alimentation insuffisante ou de mauvaise qualité ; de travaux excessifs accomplis dans de fàcheuses conditions, et qui finissent, à la longue, par altérer la nutrition. Mais la réunion de toutes ces causes n’est point nécessaire, une seule peut suffire.

Joignons à tout cela les émotions morales, l'ennui, la nostalgie, qui n’ont pas fait faute en Crimée, et que tous les historiens du scorbut rangent encore parmi les causes occasionnelles , et nous retrouvons un parallélisme complet entre l'éuiologie classique et celle du scorbut eriméen.

Nous ajouterons, cependant, que la part faite au froid humide nous semble, en général, trop large, puisqu'on a vu le scorbut frapper les marins jusque sous la ligne, et qu'en Crimée cette affection a sévi avec une égale violence pendant les deux saisons extrêmes de l’année : hiver froid et humide d’une part, été chaud et sec d’une autre. Il ne faut point, toutefois, oublier que le fléau a surtout frappé, pendant l'été, des sujets dont la constitution avait été fortement ébranlée par les froids humides de l'hiver. Les régiments les plus anciennement arrivés en Crimée ont toujours donné une proportion de scorbutiques bien plus forte que les nouveaux régiments.

90 CONTRIBUFION À L HISTOIRE MÉDICALE

Nous trouvons M. Serive d'accord avec nous sur ce point d'étiologie.

Qu'avons-nous appris, dans ces deux années, si riches en observations, sur la nature propre du scorbut? Nous le disons à regret, presque avec honte: rien! Les travaux qui se sont succédés depuis Lind jusqu'à M. Andral, et l'un de nos collègues de la médecine militaire, M. Rodes, sont encore les seuls à consulter , et ces derniers marquent encore aujourd'hui les limites de la science. Nous savons, comme on le savait avant la guerre, que le scorbut résulte d’une altération du sang, et que cette altération consiste, probablememt, en une diminution de la fibrine, tandis que les globules ont conservé leurs proportions normales, Îl n'est pas de praticien qui n’en connaisse autant, sur ce point, que les médecins qui ont fait la campagne d'Orient. Ouvrez l’article scorbut du compendiun de médecine pratique : le résumé, qui remonte à 11 ans, des expériences faites à ce sujet et des conséquences qui en découlent, vous en apprendra plus que nous n'avons appris par l'observation de plusieurs milliers de malades.

Quelles sontles lésions rencontrées à l'autopsie? L'ensemble des ouvertures cadavériques faites à l'armée d'Orient, démontre un fait dominant : c'est une altération du sang chez tous les malades qui ont succombé à une maladie chronique quelconque, altération qui semble indiquer chez tous une affection identique au fond, et qui n'a pu différer que dans sa forme. Le cœur et les gros vaisseaux contiennent toujours du sang, mais jamais de caillots fibrineux ; ce sang est noirâtre, diffluent, s'échappe par les parties déclives ; on voit que l'élément coagulant fait défaut. Dans certain cas, ce liquide, plus diffluent encore, semble noyé dans la sérosité. Celle-ci se rencontre partout, au sein es organes parenchymateux, dans les cavités closes, dans le tissu cellulaire interstitiel. L'infiltra-

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