‹ Contribution à la connaissance cytologique des AscomycètesChapitre 13 sur 40 · V. — Pyronema confluens (Pers.) Tul · texte numérisé non relu

V. — Pyronema confluens (Pers.) Tul

Habitat. — Le matériel qui a servi de point de départ. à nos cultures, a été récolté en novembre 1932, dans la forêt de Carnelles, aux environs de Paris, par M. Gavau- DAN, travailleur au laboratoire de Botanique de la Sorbonne, qui a eu l’amabilité de nous l’offrir. Il était assez abondamment répandu sur des fragments de charbon de bois marquant l'emplacement d’une ancienne charbonnière.

Cultures. — Ce Champignon pousse avec la plus grande facilité sur milieux variés. Ceux que nous avons utilisés, au début, étaient ainsi composés pour 100 parties d’eau :

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Or, l'expérience nous a appris que, de ces quatre milieux, la préférence doit être accordée au milieu B. En elfet, le

charbon pulvérisé est un obstacle à une bonne inclusion des matériaux et, de plus, la lame du rasoir du microtome est rapidement ébréchée ; par ailleurs, nous n'avons pas constaté que cet élément donnât plus de vigueur à la culture.

L’addition d’une matière azotée, comme la peptone, est à déconseiller ; elle favorise, en effet, quelles que soient les précautions prises pour s’en défendre, le développement d’une foule de microrganismes, de Mucorinées surtout, qui gênent la croissance du Pyronema, surtout quand on opère dans les boîtes de Pétri si sujettes à contamination.

Avec le milieu B, ces inconvénients sont écartés ; on peut conserver les cultures pendant des semaines sans qu'il s’y développe des impuretés ; ces dernières ne se montrent qu'à la fin, quand le Pyronème dégénère par suite de l’épuisement du milieu.

P. confluens est très photophile. Si l’on place des milieux fraîchement ensemencés dans des endroits complètement obscurs, les cultures se présentent en petits amas mycéliens buissonnants, dans lesquels l’on ne trouve pas d'appareils ascosporés ; de plus, le pigment qui donne au Champignon sa couleur orangé vif, pigment fixé sur les corps hpoïdiques, ne se développe pas.

Dans les endroits où la lumière n’accède qu'indirectement et difficilement, le plus grand nombre des disques demeure stérile ; on n’y observe que des faisceaux de paraphyses monstrueuses terminées en pointe au lieu d’être arrondies. Quand les cultures sont exposées à l’action directe de la lumière solaire, les filaments issus du matériel ensemencé, au lieu de se dresser et de prendre immédiatement une allure buissonnante, s'étendent dans le sens radial, sur toute la surface du milieu et gagnent très vite la paroi latérale des boîtes de Pétri, au contact de laquelle se développent les cupules hyménophores.

La température à aussi une influence des plus marquées. À 12-14 degrés centigrades, les rosettes, constituées par Les

Lio

archicarpes et les anthéridies, apparaissent le quatrième Jour ; le lendemain, la plupart sont environnées d’hyphes, et le septième jour, on a des faisceaux d’asques avec leurs spores complètement formées.

Quand la température s'élève à 18-20 degrés, toujours dans les mêmes conditions d’éclairement naturel, les divers stades de croissance que nous venons d'indiquer, se montrent vingt-quatre à trente heures plus tôt.

La privation de lumière ne semble pas, cependant, altérer la vitalité des spores et des diverses parties de l'appareil végétatif. Des échantillons apportés au laboratoire en novembre 1932, furent conservés dans une boîte au fond d’un tiroir, donc à l’abri de la lumière. Ces échantillons perdirent à peu près complètement leur pigment, mais ensemencés treize mois plus tard sur milieu B, ils donnèrent de vigoureuses cultures avec, cependant, un retard de quatre à -ainq jours dans le développement.

Bref historique. — Nous pouvons dire, sans exagération, que P. confluens est une espèce célèbre; car elle est une de celles sur qui s’est le plus exercée la patience deschercheurs, -depuis qu'ont été instaurées les méthodes d'observation cytologique. Néanmoins, l'accord n’est pas réalisé sur l’un des faits les plus essentiels de la vie de cet organisme : la fécondation.

Nous sommes toujours en présence de trois opinions ; celle de Dancearp», celle de Harper et celle de CLAUSSEN. Les deux premières sont absolument inconciliables, et la troisième est, si l’on peut ainsi s'exprimer, une sorte de compromis entre les deux précédentes. Îl est inutile de revenir ici sur ces opinions, que nous avons suffisamment exposées dans l'historique de ce travail, et elles sont, du reste, bien connues de tous ceux qui s'intéressent à la Mycologie.

D'autre part, les eytologistes qui ont étudié les nutoses réductrices chez cet Ascomycète sont arrivés à des dénom-

brements de chromosomes qui déconcertent par leur diversité.

En face de ces divergences, nous avons cherché à nous rendre compte par nous-même des faits sujets à contestation pour pouvoir, ensuite, émettre sur eux une opinion personnelle.

Les organes pseudosexuels. — Les frères TuLasxe [155], Kinzmann [111], Harper [107], Dancrarp [52], Craus- SEN [33], et, tout récemment, GwynNnE-VAUGHAN et Wizzramson [101] et M. et Mme Moreau [131] ont donné de la morphologie externe de ces organes, des descriptions précises auxquelles 1l n’y a rien à ajouter. Nous nous sommes donc surtout attaché à l'observation des dispositions anatomiques qui pourraient rendre l’acte sexuel possible ou, au contraire, s’opposer à son accomplissement.

L'étude organographique nous met en présence d’un oogone volumineux, plus ou moins sphérique, assis sur quelques cellules ; celui que nous avons représenté Figure 4, Planche XX XIV, mesure 35 & de hauteur sur 30 de: largeur. De la partie supérieure, se détache un tube qui commence par être un diverticule diaitiforme de l’ascogone. Mais un peu plus tard, une cloison se forme à la partie inférieure de ce tube, lequel se trouve, dès lors, séparé de l’ascogone. Ce diaphragme ne fait Jamais défaut.

DanGEARD fait Justement remarquer, et notre Figure 4, Planche XXXIV,le confirme, que la cloison en question est déjà entièrement constituée, quand l'extrémité distale du tube arrive au contact du sac anthéridien. Cette cloison, une fois formée, ne se résorbe à aucun moment, ni complètement ni partiellement. Elle présente souvent, comme le note encore DANGEARD, une perforation bien visible en son centre (Fig. 2 et 3, PL. XXXIV), mais que nous voyons obturée par un bouchon chromatique, en forme de verre de montre, sur les deux faces dela membrane. Les auteurs qui ont observé P. confluens, ont noté soigneusement ce détail.

Quand l'extrémité du tube, autrement dit, du trichogyne, vient au contact de la surface de l’anthéridie, il se produit à cet endroit une résorption des membranes, de sorte qu’une communication s'établit entre les deux organes : trichogyne et anthéridie. Puis, le contenu de ces derniers subit, de bonne heure, une dégénérescence dont le processus a été décrit avec beaucoup de soin par Dancrarp, Tous ces faits peuvent être facilement observés dans les coupes. :

Harper dit que le contenu de l’anthéridie passe dans

Fi. 11. — Pyronema confluens. Ascogone et anthéridie (dont on ne voit qu'une faible portion) reliés par le trichogyne (G. 1.500) (Fixateur Bouin).

l’oogone en suivant, évidemment, le trichogyne intermédiaire. Or, deux obstacles, dont l’un insurmontable, s’y opposent. Comment, en effet, la migration des noyaux anthéridiens pourrait-elle s'effectuer au travers du cytoplasme du tube,la plupart du temps déjà coagulé par places (Fig. 11) par suite de dégénérescence ? Et, en admettant que le passage des noyaux venus de l’anthéridie, pût s’effectuer jusque dans la région inférieure du tube, le diaphragme qui obture transversalement ce dernier, les empêcherait d’aller au-delà.

Harper explique — et il ne peut faire autrement — Île

passage des noyaux dans l’ascogone grâce à une perforation momentanée de la cloison. Or, les nombreux archicarpes que nous avons passés en revue,ne nous ont jamais montré un tel fait. La cloison demeure intacte jusqu’à des stades très avancés, et alors que les fusions nucléaires eussent dû être réalisées depuis longtemps dans l’oogone.

Nos propres observations nous imposent donc de rejeter les ‘conclusions de Harper et de CLAUSSEN, et de faire nôtres les conclusions de DAnxGEARD qui nie l’existence d’une telle communication et, conséquemment, les fusions de noyaux ou leur appariement dans l’ascogone.

Les noyaux de l’ascogone sont, tout d’abord,répartis d’une manière à peu près uniforme dans les jeunes conceptacles ; un peu plus tard, ils gagnent la périphérie, lorsque les hyphes ascogènes commencent à bourgeonner (Fig. 12). Rien ne témoigne, non plus, dans le comportement de ces noyaux entre eux, d’un phénomène autogamique possible à l’intérieur de l’oogone. Nous ne les voyons, en effet, manifester aucune tendance à l’accouplement. Les fusions nucléaires qu’on peut y observer, n'y sont que des accidents et n'ont pas plus d'importance que celles que l’on peut rencontrer ailleurs : elles sont le fait des structures. cœnocytiques ou apocytiques. Nous l’avons déjà constaté pour L. stercorea.

Les hyphes ascogènes. — Ils résultent d’un bourgeonnement de l’ascogone. Ce sont des tubes plusou moins flexueux, dont le col est resserré (Fig. 5, PL XXXIV). Au début, la forme en est irrégulière ; de plus, ils peuvent se ramifier.

Dans ces hyphes pénètrent, en grande partie, le protoplasme et les noyaux de l’oogone. Tout d’abord, ces derniers s’y distribuent sans ordre, comme le montrent les Figures 12 du texte et 5, Planche XX XIV. Nous y avons cherché en vain, à ce stade, ces appariements si réguliers de noyaux de sexes opposés, qu'a décrits et figurés CLAUSSEN et que: se plaisent à reproduire les traités.

Les hyphes ascogènes s'élèvent parmi les filaments dits (recouvrants » et s’y ramifient. Les extrémités des branches sont tubulifoïmes et d’un calibre tel, que les noyaux vien-

nent s’y placer en file (Fig. 6, 7, 8, PL XXXIV). M. et

FiG. 12, — Pyronema confluens. Un ascogone bourgeonnant un pre- : mier hyphe ascogène. Les noyaux ne sont nullement appariés.

(G. 2.100) (Fixateur Bouin).

Mme Moreau [131] notent, à ce stade, ce que nous confirmons, une tendance des noyaux à l’appariement. Ces auteurs ajoutent : (mais nous ignorons si les paires de noyaux qu'on trouve dans de tels hyphes, proviennent du rapprochement de noyaux jusque-là éloignés, ou de la division de noyaux dans un hyphe en état de développement actif ». C’est un point que nous ne pouvons pas éclaircir, non plus.

Quoi qu'il en soit, l’on assiste ici, au recourbement en crosse, bien connu, dela partie ultime de l’hyphe (Fig. 6, 7, 8, PL XXXIV) ; les deux noyaux placés dans la courbure donnent, par division conjuguée, quatre noyaux (Fig. 7, PI XXXIV),et le processus se poursuit, comme nous avons eu déjà l’occasion de le décrire. Mais, 1c1 encore, comme dans A. Aurelia étudié plus haut, la cellule terminale s’anastomose fréquemment avec l’antépénultième qui

FiG. 13. — Pyronema confluens.

Asque terminal et rameau latéral formé aux dépens de l’article sous-jacent (G. 2.500) (Fixateur Bouin).

devient, dès lors, un article binucléé (Fig. 12 et 13, PI RRINSE

Mais, comme l’a montré Craussex [33], les phénomènes n’en restent pas là. Ce dernier article peut, en effet, émettre un bourgeon latéral (Fig: 14 et 15, PI XX XIV) qui, après s’être légèrement écarté du rameau générateur, se dresse verticalement et vient se placer près de l’asque primaire qui termine l’hyphe. Les deux noyaux, et, avec eux, la plus grande partie du cytoplasme de la cellule-pied, s’engagent dans cette branche, laquelle se recourbe à son tour en crochet (Fig. 13). Nos observations s’arrêtent là. Mais il est certain que le processus se poursuit comme l’a expliqué

CLAUSSEN et comme nous l’avons, nous-même, constaté dans À. Aurelia déjà vu. |

Des rameaux latéraux, donnant naissance à des asques secondaires, peuvent ainsi s’échelonner de part et d'autre de l’hyphe ascogène; d’où multiplication des asques dans les appareils fructifères.

Nous signalons, en terminant cette étude de l’hyphe ascogène, une anomalie présentée par la cellule du bout du crochet (Fig. 11, PI XXXIV), qui possède deux noyaux au lieu d’un seul.

Les cinèses dans l’asque. — La plus grande incertitude ‘règne quant au nombre haploïde des chromosomes. Ce dernier est, en effet, de quatre pour DancearD [52], de dix pour Harper [107], de douze pour Craussex [33] et pour M. et Mme Moreau [132], de six pour Mrs. Gwvnne Vaucnan et Wirrramson [101].

Nous remarquerons, tout d’abord, que la caryogamie dangeardienne a lieu de bonne heure, alors que la cellulemère commence à peine à s’allonger (Fig. 9, 14, 15, PI XXXIV). Souvent, les deux nucléoles demeurent quelque temps indépendants (Fig. 9, PI XXXIV). Peu après la fusion de ces derniers, le matériel chromatique prend une disposition en filaments avec parallélisme de certains segments, ce qui caractérise le zygonema (Fig. 22, PI. XXXIV). Nous avons eu aussi l’occasion d'observer des synizesis nets.

C’est à la diacinèse, quand les éléments chromosomiques sont bien individualisés et dégagés du substratum achromatique, qu’apparaît le centrosome (Fig. 16, PL XX XIV), en un point du noyau qui peut se trouver ou non au contact de la membrane nucléaire. Du centrosome, part un bouquet de lignes fusoriales qui viennent se mettre en rapport avec les chromosomes plus ou moins rapprochés et parfois fusionnés (Fig. 17, PL XXXIV).II est très difficile, sinon impossible, de compter ces corps à ce stade et,

tandis que nous étions sûr de la constance de leur nombre, à ce moment, dans G. succosa, nous sommes loin d’avoir la même certitude pour P. confluens.

Avec le dédoublement du centrosome, apparaissent deux demi-fuseaux (Fig. 17, PL XXXIV). A la suite d’un éloignement progressif, les centrosomes arrivent à se placer aux extrémités d’un même axe et c’est amsi que le fuseau se constitue (Fig. 6 et 7, PL XXXV).

Or, il est bien certain que les éléments chromatiques que l’on voit répartis sur ce dernier, à ce stade,se présentent en nombre irrégulier. Nous en comptons dix, douze, quatorze ; parfois ce nombre semble dépassé.

Un autre fait doit être noté. Dans le transport du matériel chromatique, deux cas peuvent se présenter. Dans l’un, ce matériel, en totalité, s'attache au fuseau ; dans l’autre, une faible partie ne suit pas le mouvement, car il nous arrive d'observer, parfois, un ou deux ou même trois petits corps chromatiques isolés dans la caryolymphe (Fig. 19 et 21, PI XXXIV), sans relation avec le fuseau ou le nucléole. L

À la métaphase de cette mitose hétérotypique, les éléments, précédemment disséminés sur le fuseau, se rassemblent dans la révcion moyenne de ce dernier et y forment une plaque de direction horizontale ou parfois très oblique (Fig.18, 149,,20, PL XXXIV).:Or,ces éléments dontile nombre, à la prophase, n’était pas constant, se condensent, à l'équateur du fuseau, en un nombre de chromosomes bivalents (gemini) qui, lui, es! constant et égal à quatre, ou peut-être cinq dans des cas douteux (Fio. 18, 19, 20, 21, PI XXXIV).

Au stade précis de la métaphase, on rencontre parfois (Fig. 18, 19 et 21, PI XX XIV) sur les lignes fusoriales, de petits corps chromatiques au nombre d’un, deux, trois ou même quatre, granuleux ou un peu allongés, paraissant plus intimement accolés à ces lignes que ne le sont les chromosomes authentiques. Ils occupent souvent sur le

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