SYNTHÈSE DES FAITS
« Nos sens n’apercoivent rien d'extrême...
Nous sommes sur un nulieu vaste, toujours incertains et flottants entre l'ignorance et la connaissance ; el si nous pensons aller plus avant, notre objet branle et échappe à nos prises : il se dérobe et fuit d'une fuite éternelle ; rien ne le peut arrêter. »
Pascarz, Pensées.
Quels qu’aient été nos efforts, 1l est des questions que nous nous étions posées avant d'entreprendre nos recherches et, ensuite, au cours de celles-ci, qui sont demeurées sans réponse. Nous allons en donner immédiatement un exemple.
Le dicaryophyte. — Malgré le nombre considérable de coupes examinées, nous n'avons pu nous rendre compte de la façon dont prend naissance le tronçon binucléé, tant dans G. succosa, où il était connu depuis longtemps [120], que dans À. Aurelia et P. Medicaginis où les recherches qui précèdent nous l’ont révélé.
: Dans la 1€ et la 3€ de ces espèces, nous soupçonnons un dicaryophyte très court, de quelques articles seulement, donc d’origine proche du stade où il prend fin par le fait de la caryogamie dangeardienne. Or, le pseudotissu soushyménial, formant le fond des cupules, dégénère très rapidement ; le contenu de ses éléments, quand il existe, est réduit à des résidus cytoplasmiques encombrés de granules
de toutes dimensions, très chromophiles, au milieu desquels les noyaux cessent, très vite, d’être discernables. La structure cytologique ne peut être lue avec certitude que dans la région immédiatement sous-jacente à l’hyménium, c’està-dire à un niveau supérieur à celui où se constitue vraisemblablement le dicaryophyte.
Les travaux de BLackman [17] et de CarisTMan [51] vérifiés par la suite, ont montré comment ce dernier prend naissance chez les Basidiomycètes ; ceux de M. et de Mme Moreau [130] sur les Lichens du type Collema laissent entrevoir un processus identique chez les Ascomycètes.
Dans nos matériaux, nous n’avons rien vu qui fût susceptible de rappeler les aspects décrits par les précédents auteurs. Le seul fait certain, c’est qu'il existe dans Arachnopeziza Aurelia et Pseudopeziza Medicaginis, un dicaryophyte. Ces deux cas venant s'ajouter à ceux déjà connus, rendent plus évidente l’homologie existant entre les deux groupes des Champignons supérieurs.
Une fois le dicaryophyte déclanché, Fhyphe ascogène se développe suivant le processus que nous décrivons page 402 et qui est comparable à celui qui préside à la constitution du mycélium secondaire des Basidiomycètes.
Le «crochet ascogène ». — Dans un travail récent, Mar- TENS [125] a donné de la nécessité de la formation de ce curieux dispositif qu'est le crochet ou, autrement dit, la crosse ascogène, une exphcation que les faits que nous avons observés nous autorisent à adopter.
Nous avons étudié, en effet, une espèce, G. succosa, dans laquelle le tronçon à dicaryons est dépourvu d’anses d’anastomose ; l’asque s’y forme aux dépens de l’article terminal de l’'hyphe et, parfois aussi, aux dépens de l’article immédiatement inférieur (Fig. 2, 3, 4, PL XXIX), mais sans que le crochet ait à intervenir, alors que, très souvent, — c'est le cas pour A. Aurelia — l’asque s’édifie sur ce dernier.
Pour Martens, la formation du crochet tient à deux causes : 1° la position superposée des deux noyaux apicaux au moment de leur mitose simultanée, et 2° la croissance unilatérale de la membrane de l’avant-dernière cellule binucléée. Or, la position superposée des noyaux apicaux vient de ce que ces derniers ont un diamètre tel, par rapport à la largeur de l’hyphe ascogène, qu’ils doivent nécessairement se placer l’un au-dessous de l’autre (voir, par exemple, la Fig. 3, PL XXXI). Au contraire, dans les articles à large calibre, — cas de G. succosa — les noyaux peuvent se placer au même niveau (Fig. 2, PL XXIX). Dans ce dernier cas, la mitose conjuguée s'effectuera comme chez les Urédinées et, comme dans ces dernières, les deux noyaux-fils supérieurs d’une part, et les deux noyauxfils inférieurs d'autre part, seront sexuellement différenciés. Une cloison transversale, formée ensuite à un niveau intermédiaire,isolera chacun de ces couples nucléaires, et l’article supérieur pourra évoluer directement en asque. L'article sous-jacent étant, lui aussi, dans les conditions sexuelles requises, pourra se transformer en asque, mais 1l devra vaincre l'obstacle que constitue, pour son développement, l’article qui le surmonte ; il va donc croître latéralement. Marrens observe que lorsque l’accroissement intéresse toute la surface unilatérale, l’article placé au-dessus sera forcément dévié, d’où courbure en crosse ; si l’accroissement ne vise qu'une portion restreinte de cette même surface, il n’y aura pas recourbement. C’est précisément cette dernière circonstance qui se trouve réalisée dans nos Figures 3 et 4, Planche XXIX, Fig. 8 et 9 PI XXXI, Fig. 14 et 15 PL XXXIV, l'explication est donc justifiée.
Dans la première circonstance, entraînant la courbure, les choses se passent comme pour les tiges que l’on soumet à l’action unilatérale de la lumière, pour mettre en évidence le phototropisme. La tige se courbe vers les rayons lumineux, par suite de la croissance plus rapide de la partie latérale opposée à celle qui reçoit directement la radiation.