Je n'ai pu observer de Tethys
more remote, but so far as could be seen, this arrangement was not a radial one. In consequence of this close arrangement of granules, this region of the cell body stained much darker than the disk... One feature which serves to show the genuine character of the disk is the arrangement of the spherical pigment granules around of one of its sides. »
J'ai retrouvé (1906) dans quelques cellules nerveuses cette
Fig. XI. — Cellule nerveuse d'Æelix pomalia renfermant un corps énigmatique (pseudocentrosome). (Flemming, hématoxyline au fer, éosine). (Bibl. Anal., 1906). La teinte du
corps énigmatique est un peu trop sombre.
singulière disposition du cytoplasma (PI. XV, fig. 10): on y voit dans la région d’origine de l’axone, un peu latéralement, une figure sphérique plus colorable que le eytoplasma voisin, d'aspect très finement fibrillaire ou réticulaire, renfermant quelques grains de pigment lipochrome disséminés, surtout à sa périphérie. Cette figure est isolée du noyau par une assez large zone de cytoplasma; elle est entourée de nombreux grains pigmentaires qui en dessinent le contour; de cet amas de grains partent des traînées granuleuses qui se répandent dans le cytoplasma. Dans une cellule où les grains sont séparés de la sphère par
une zone claire, on voit nettement les travées de cette sphère se continuer avec celles du spongioplasma environnant; dans la mème cellule, il y a à côté de la sphère une accumulation de grains pigmentaires d'une taille considérable (Fig. XI). Une autre cellule présente trois de ces formations, la plus éloignée du noyau étant irrégulière; cette cellule est envahie par une
Fig. XII. — Cellule nerveuse d'Æelir pomatia renfermant plusieurs corps énigmatiques. (Klemming, hématoxyline phospho-molybdique de Mallorv). N, noyau déchiqueté; g, grains lipechromes ; #, cellules de névroglie. (Bibl. Anat., 1906.)
énorme quantité de grains lipochromes (Fig. XII) Toutes les cellules présentant ces détails de structure sont enveloppées par un nombre anormal de cellules névrogliques, accumulées surtout au voisinage de ces formations; la plupart mème sont envahies par des filaments et des noyaux névrogliques qui déerivent des courbes autour des sphères.
L'ensemble de ces structures n'a qu'une assez grossière ressemblance avec un centrosome et une sphère attractive. Elles sont assez éloignées du noyau. Le centrosome y manque le plus souvent, les grains qu'on observe dans la sphère étant dissé-
minés, sans situation fixe, plus fréquents à la périphérie. (Dans une seule cellule j'ai vu des grains au voisinage du centre.) Ces grains sont en tout point semblables aux grains pigmentaires que nous étudierons plus loin. La prétendue plasmosphère est également remplie de grains lipochromes. Enfin, ces formations de taille variable, sont parfois multiples, puisque j'en ai vu trois dans une seule cellule. De plus, l’accumulation du pigment, l'abondance des cellules névrogliques autour et à l'intérieur des
Fig. XIII. — Pénétration de névroglie dans une cellule nerveuse d'Æelic pomalia renfermant un corps énigmatique, (/ibl. Anat., 1906.)
cellules renfermant ces structures indiquent à mon avis, un état pathologique (Fig. XIIT). On ne saurait donc homologuer ces corps à des sphères attractives. Récemment, Cesa-Bianchi el Athias ont également repoussé l'hypothèse que les corps que j'avais décrits soient des sphères attractives. Cesa-Bianchi dit : « Come opportunamente osserva il Legendre, questa opinione (celle de Mac Clure) non pu assolutamente essere acceltala, poichè nessuno dei caratteri di queste formaziont — anche à parte la possibilità di ritrovarne tre in un solo elemento-puû far non che ammettere anche solo pensare al centrosoma. Tuttavia O. Van der Stricht discutendo, ilreperto di Legendre nell’ultimo congresso della « Association des Anatomistes » (Bordeaux, 1906), crede che la formazione citoplasmatica da questi
segnalata nell” Helix pomatia possa corrispondere alle figure descritte da IN. Van der Stricht in diverse cellule nervose embrionali di Mammiferi e da questi ritenuti come sfere attrattive. Quali siano le ragioni che hanno indotto l'illustre istologo belga ad ammettere questa opinione, non riesco veramente ad immaginarmi, tante sono le diversità di struttura — a parte il diversissimo modo di comportarsi — esistenti fra queste formazioni. »
Quant à la signification de ces corps énigmatiques, elle me semble difficile à préciser. Sont-ce des portions du cytoplasma différenciées pour former les grains pigmentaires? Ou des amas de cytoplasma isolés pendant la dégénérescence granuleuse?
Considérations générales sur la structure du cytoplasma. — I] faut aborder maintenant la question de la structure du cytoplasma. C’est là une question essentielle, surtout quand il s’agit de cellules nerveuses, où l’activité est surtout visible dans le corps cellulaire. Ce problème est aussi important que celui de la chromatine dans les cellules sexuelles. Malheureusement, 1l est aussi obscur. Nous avons vu que la chromatine ne peut être définie chimiquement, ni même tinctorialement. Nous en dirons autant du cytoplasma. Nos connaissances sur sa constitution chimique sont encore plus incertaines que sur celle du noyau. Cela tient à ce qu'il n'est pas une substance homogène, qu'il varie avec chaque espèce cellulaire et avec l'état physiologique, qu'il est difficile à analyser indépendamment du noyau, enfin qu'on ne peut l'étudier chimiquement sans le tuer, c'est-à-dire sans le modifier profondément. Ses réactions tinctoriales sont également variables : les couleurs basiques d’aniline, nommées communément colorants nucléaires, teignent électivement certaines parties du cytoplasma, de même que les couleurs acides d'aniline, colorants plasmatiques, ont une affinité pour certaines parties du noyau. La seule définition qu'on puisse donner du cytoplasma est done morphologique : le cytoplasma est la partie de la cellule qui entoure le noyau.
Cette substance est complexe, hétérogène. On a cherché à établir la disposition des corps qui la constituent, et cela, comme
DE LA CELLULE NERVEUSE. 89 le dit Hertwig, en partie par la voie spéculative et en partie par l'observation microscopique.
Par la voie spéculative, divers auteurs ont essayé de concevoir une constitution du protoplasma qui expliquerait ses propriétés et son fonctionnement. Nægeli admet que, dans le protaplasma, les molécules se grouperaient en micelles qui se réuniraient elles-mêmes en idioblastes; ces idioblastes pourraient s'accroitre, se diviser, ils seraient au-dessous de la limite de visibilité du microscope. D'autres biologistes, pour établir leurs théories de l'hérédité, ont également admis l'existence de particules invisibles formantde véritables unités physiologiques, intermédiaires entre la cellule et la micelle. Telles sont les théories de la gemmule de Darwin, de la plastitude de Hæckel, de l'unité physiologique de Spencer, de l’idioblaste de Nægeli, de la pangène de de Vries, du plasome de Wiesner, que je cite d’après mon maître M. Henneguy (1896).
Récemment ces théories ont apparu en cytologie nerveuse. Ramon y Cajal (1907), à la fin d'un travail sur la régénération des nerfs, où sont consignés de nombreux faits pleins d'intérêt et bien difficiles à expliquer avec nos connaissances actuelles, a supposé l'existence de neurobiones. Les neurobiones, unités ultramicroscopiques, seraient doués de la propriété de se mouvoir, de s'accroître et de se diviser. Leurs variations expliqueraient les modifications physiologiques des cellules nerveuses et les faits si complexes et si incompréhensibles que vient de révéler l'étude des régénérescences et des transplantations nerveuses.
M. Henneguy, dans son chapitre sur les théories cellulaires, conclut par ces mots : « Toutes les théories émises jusqu'ici... pour si ingénieuses et bien échafaudées qu'elles soient, ne nous rappellent-elles pas le mot de Molière : ÜOpium facit dormire quia est in eo virtus dormiliva »?
Le mot s'applique à la théorie de Cajal comme aux autres. Je crois ces théories tout au moins inutiles. Il est trop facile, en présence d’un fait inexplicable, de l'expliquer par des causes hypothétiques, invérifiables. Les neurobiones, comme tous les idioblastes précédents, rappellent trop le fameux homunculus,
on {
des anciens embryologistes, qui cependant nous fait sourire. Rien ne nous empêcherait d'imaginer toute autre structure qu'il nous plairait, de lui donner les propriétés que nous voudrions et d'expliquer ensuite par là toutes les propriétés du système nerveux jusqu'aux phénomènes psychologiques y compris! Rappelons-nous qu'une théorie n’est valable que lorsqu'elle s'appuie sur des faits.
Mais je trouve à ces imaginations un autre danger. Elles pourraient nous faire croire que des questions irrésolues sont expliquées et nous donner une fausse certitude. Bien plus, elles sont infécondes puisqu'elles transposent dans le domaine de l’inconnaissable l'explication des phénomènes observables. Je crois donc qu'il vaut mieux les éviter, et se contenter de l'observation, sans se leurrer par des théories imaginatives. Sachons ce que nous savons et ce que nous ne savons pas.
Abandonnant les théories spéculatives, voyons ce qu'on connaît de la structure observable du cytoplasma. Là encore, les théories ne manquent pas : réticulaire, alvéolaire, filaire, granulaire, sphérulaire, etc. Elles sont trop connues pour que je les résume ici. Chacune d'elles provient de la généralisation, trop souvent hâtive, de résultats obtenus sur quelques espèces de cellules. Naturellement, elles ont été appliquées aux cellules nerveuses.
Dès 1837, Remak avait observé dans les fibres nerveuses des Vertébrés une structure fibrillaire; en 1844, Will décrivait la même structure dans les cellules et fibres nerveuses d’Helix pomatia. Ces observations étendues à de nombreuses cellules et fibres nerveuses et à quelques autres cellules ont été confirmées récemment par différentes méthodes.
En 1864, une structure réticulée fut décrite par Frommann, dans les cellules nerveuses principalement. Heitzmann (1873) généralisa les observations antérieures et admit que le protoplasma est formé d'une substance semi-fluide baignant un réseau fibrillaire. Van Gehuchten (1897) admit cette structure et distingua dans les cellules nerveuses un réseau : réseau plastinien de Carnoy, ou masse filaire de Flemming et une substance amorphe : enchylema de Carnoy, ou masse interfilaire de Flemming. Lugaro (1897), Levi (1897), Lenhossék (1898),
França (1898), Ewing (1898), Cox (1898), Bühler (1898) décrivirent également une structure réticulée.
Voisine de la théorie réticulaire est la théorie du spongioplasma de Leydig. Elle n’en diflère qu'en ce qu'elle considère le réseau spongioplasmique comme substance de soutien et l'hyaloplasma comme ayant les fonctions importantes. Nansen (1886), Rohde (1891) soutinrent cette théorie pour les cellules nerveuses des Invertébrés et admirent que les fibrilles du réseau ne sont qu'une substance de soutien (Stutzgerüst).
Sans préciser le rôle de l'hyaloplasma et du spongioplasma, divers auteurs ont décrit une structure spongieuse. Lenhossék (1895-1897) admit que la substance fondamentale est formée de très petits granules produisant un aspect spongieux. Flemming (1895) décrivit également la substance intermédiaire comme finement granuleuse et d'aspect spongieux. Cajal (1896) conclut que le protoplasma nerveux est formé d’un réseau, le spongioplasma, et d’un suc cellulaire. Marinesco (1897) distingua une substance achromatique figurée, spongioplasma réticulé, et une autre amorphe, trophoplasma.
Les théories alvéolaire et granulaire, nées surtout de recherches sur les cellules glandulaires, ont eu moins de partisans parmi les neurocytologistes. Cependant, Nissl (1894) signala des granules, des filaments granuleux et des filaments lisses dans le cytoplasma. Held (1895) nia l'existence de fibrilles et décrivit une structure alvéolaire semblable à celle observée par Bütschli, les alvéoles (cytosponge et axosponge) étant entourées de neurosomes semblables aux bioblastes d'Altmann, Auerbach (1898) vit aussi la structure alvéolaire de Bütschli dans des cellules ganglionnaires spinales. Apathy (1897) admit également une structure alvéolaire.
Les théories sphérulaire de Künstler el granulaire d'Altmann qui jusqu’en ces derniers temps avaient eu peu de partisans, semblent être plus en faveur depuis la découverte des mitochondries de Benda. Ces mitochondries ont été récemment signalées dans les cellules nerveuses par divers auteurs. Nous en reparlerons plus loin.
Ainsi, nous ne possédons aucune connaissance précise sur la
structure du cytoplasma. Les opinions des divers auteurs sont discordantes. Et encore, n'avons-nous pas parlé ici de la substance chromatophile et des neurofibrilles qui compliquent beaucoup les structures! Faut-il essayer de concilier ces théories et dire avec Kôlliker (1889) que les structures alvéolaire, vacuolaire, réticulaire sont des aspects réels mais variables du même -protoplasma? Dirons-nous avec Dogiel (1896) que la substance fondamentale est sans structure?
On a décrit dans les mêmes cellules nerveuses au moins cinq espèces de réseaux : réseau spongioplasmique, réseau neurofibrillaire, réseau canaliculaire de Holmgren, réseau de Golgi, réseau de Kopsch. Dans les mêmes cellules nerveuses, on a décrit de nombreuses granulations : grains chromatophiles, acidophiles, neutrophiles, pigmentaires, bâtonnets, cristalloïdes, sans compter les neurosomes de Held. Il semble difficile de loger toutes ces formations dans une même cellule! Il semble surtout impossible de concevoir la coexistence de cinq réseaux! Comment leurs mailles s'intriqueraient-elles? Quelle place resterait-il pour les grains? Nous voilà bien embarrassés.
Je crois que ces complications, ces impossibilités de structure sont dues à de multiples erreurs. J'en ai déjà parlé dans l’avantpropos. Tout d'abord, elles tiennent à ce qu'on a considéré comme vivant tout ce qu'on voit au microscope, tandis que beaucoup de ces structures peuvent être dues à des coagulations, des précipitations variées; ensuite elles tiennent à ce qu'on à considéré comme morphologiques tous les détails qu'on a observés sans se douter que certains d’entre eux peuvent être transitoires e{ n'apparaître que dans certaines conditions. Il est eertain que si l’on faisait agir sur des ceilules semblables toutes les substances chimiques dont nous disposons, on obtiendrait encore bien d’autres structures que celles qu’on a déjà décrites. Ces recherches ont déjà été entreprises par Fischer et par d'antres, elles auraient dù donner un peu plus de criticisme aux observateurs de structures nouvelles. Il ne s’agit pas d'augmenter la confusion où nous sommes en ajoutant à la cellule déjà surchargée de nouvelles structures plus ou moins certaines, ni surtout en bâtissant de nouvelles théories douteuses ; il y en a
trop. IT faut avouer franchement que l'examen des cellules nerveuses vivantes ne nous montre rien ou presque rien; que cela ne prouve pas qu'il n'y ait aucune structure; que l'action des fixateurs montre une structure variable avec chaque fixateur; que cela ne prouve pas qu'elle préexistait; qu'une structure est forcément réticulaire, alvéolaire ou granuleuse suivant qu'on considère les mailles ou leur contenu: enfin que rien ne nous permet d’homologuer sûrement les divers grains et les divers réseaux obtenus par différentes méthodes. Si l'on ajoute que le fixateur pénètre dans la cellule par imbibition, qu'il se dilue et se modifie à mesure qu'il s'éloigne de la surface; si l’on se rappelle que les imprégnations métalliques peuvent être en partie artificielles et que c'est une règle bien connue en chimie physique que les métaux réduits se déposent souvent en précipités périodiques. nous conclurons que notre connaissance de la structure de la cellule nerveuse est imprécise et que la cytologie est en ce moment dans l'état de confusion où se trouvait la chimie avant Lavoisier. Peut-être, bientôt, l'étude des colloïdes nous fournira-t-elle le fil conducteur, mais, en attendant, nous ne devons qu'accumuler des faits précis, bien observés, exactement notés, sans nous hasarder à des théories incertaines, invérifiables et dont une grande partie pour le moins est fausse.
Chez les Pulmonés que j'ai observés, les cellules nerveuses dilacérées dans le mucus ou la Ivmphe de l'animal ne montrent aucune structure cytoplasmique; seuls les grains de pigment, quand ils existent, sont nettement visibles à cause de leur plus grande réfrangibilité et de leur couleur verdâtre. Dans le cylindraxe on pourrait peut-être soupçonner une striation longitudinale peu nette, mais le corps cellulaire est trop épais pour qu'on y observe aucun détail; il est tout entier homogène, réfringent. Examiné à l’ultra-microscope, le cytoplasma ne montre également aucune structure; il est faiblement lumineux, beaucoup moins que le noyau. Cette homogénéité apparente n'est pas forcément réelle; il se peut que le cytoplasma contienne des substances diverses d'indices de réfraction très voisins, ce qui empêche de les voir. Dira-t-on que des substances de réfrangibilités très voisines, à tensions superficielles peu différentes,
seront forcément mélangées? A vrai dire, nous ne savons rien sur la disposition de complexes de substances en quantités aussi petites t; les expériences de Bütschli ne peuvent pas nous renselgner à ce sujet puisqu'elles portent, comme l’a fait justement remarquer Hertwig, sur des substances non miscibles. L'examen des cellules vivantes dans leur liquide normal ne permet done de définir que les granulations pigmentaires,
Examinées dans un liquide soi-disant indifférent, tel que l’eau physiologique à 7,5 p. 1 000, les cellules montrent une striation cytoplasmique un peu plus nette. Cette striation est-elle l'indice d’une structure normale? Nous n’en savons rien. En effet, l'eau salée soi-disant isotonique peut produire une légère différence de réfrangibilité entre deux substances cytoplasmiques mais elle peut tout aussi bien, soit par son action légèrement anisofonique, soit par le sel qu'elle contient, produire un coagulum, ou tout au moins la dissociation d’un mélange préalablement existant.
Observées dans un mélange de solution physiologique à 7,5 p. 1 000 et de bleu de méthylène, les cellules nerveuses montrent une structure cytoplasmique un peu plus détaillée. Mac Clure, employant cette méthode, à vu « the cell body appears to be stained a much deeper blue than the axis-cynlinder process, which should still remain lightly stained. » La figure qu'il donne de cet aspect me semble un peu schématique; cependant, on observe bien dans le corps cellulaire une coloration bleue intense; la striation du cytoplasma semble assez nette sans qu'on puisse affirmer s'il s'agit de fibrilles ou de chaînes de granulations. La coloration devient peu à peu plus foncée et envahit le noyau, si bien qu'au bout d'un certain temps, la cellule tout entière forme une masse bleu foncé. Cet aspect est au moins aussi douteux que celui observé dans l’eau physiolo-
Hoffmeister (1899) et plus récemment Mann (1906) ont conclu, de recherches microchimiques, que le protoplasma est un complexe d’albuminoïdes et d’autres substances lelles que les lipoïdes en solution colloïdale; certaines réactions peuvent (et doivent même d'après Hoffmeister) y produire des structures figurées : vacuoles à parois hémiperméables. K. G. Schneider arrive à une conclusion voisine et soutient que le protoplasma est un mélange d’albuminoïdes et de lipoïdes renfermant des grains presque ultramicrospiques, les tagmes, analogues aux micelles de Nægeli.
gique seule, car aux causes d’incertitudes dues à la solution de sel s'ajoutent celles du bleu de méthylène, couleur d’aniline peut-être légèrement toxique, en tout cas substance chimique à réactions inconnues sur le cytoplasma.
L'étude des fixateurs ordinairement employés en cytologie ne pourra pas, bien entendu, éclaircir ce problème de la structure du cytoplasma vivant. Bien plus, ils montreront des structures très variables : granuleuse, spongieuse, réticulée;
L'alcool, le liquide de Gilson, celui de Bouin, le formol montrent avec une netteté variable un aspect réticulé du cytoplasma. Dans les cellules traitées par ces fixateurs, le cytoplasma présente un réseau à mailles polygonales plus grandes à la périphérie que près du noyau; les points nodaux semblent formés de petits grains qu'on peut assimiler, comme nous le verrons, aux Corps chromatophiles; ces grains peuvent donner au réseau un aspect spongieux. Remarquons que l'alcool et le formol sont employés dans Ja plupart des méthodes neurofibrillaires, qu'on y ajoute souvent de l’ammoniaque ou du molybdate d’ammoniaque qui dissolvent les grains nodaux et qu'ainsi l’on prépare un réseau à filaments lisses.
Les liquides de Flemming, de Lindsay, de Laguesse, mais surtout le premier, montrent une structure un peu différente. On observe alors dans le cytoplasma les « spindles » de Mac Clure. Le corps cellulaire semble formé de granules irréguliers, allongés, disposés en couches irrégulièrement concentriques entre la membrane nucléaire et la surface cellulaire ; ces granules, mal séparés par de petits espaces plus clairs, donnent au cytoplasma un aspect granuleux, strié, difficile à définir. Mac Clure dit très justement : « The contrast between their manner of staining and that of the surrounding structures 1s so slight, that one cannot determine their character with sufficient definiteness to regard them as such ». En effet, on ne peut dire si le réseau obtenu par d’autres méthodes correspond aux granules où à la substance intergranulaire que montrent les fixateurs chromoosmiques.
Enfin, la méthode de Benda et surtout le liquide d Apathy
donnent au cytoplasma une structure si finement granuleuse qu'il paraît presque homogène.
Comment reconnaître dans des structures si variées les neurofibrilles, les corps chromatophiles, sans compter le spongioplasma, l’hyaloplasma, les granules d’Altmann, etc.?
Athias (1905), qui a fait des remarques semblables sur les cellules nerveuses des Vertébrés dit : « Devemos em vista d’estes factos, admittir que è uma estructura preexistente nas cellulas nervosas vivas? À meu vêr, nâo se pode dar ainda uma resposta affirmativa a esta pergunta, embora a diversidade de methodos que pôem aquella estructura (reticulada) em evidencia, com maior où menor clareza, pareça de molde à fazer considerar esta hypothese como acceitavel. »
Quoi qu'il en soit de la structure réelle inconnue du cytoplasma, nous pouvons décrire les aspects obtenus par diverses méthodes de fixation et de coloration. Je sais bien que de telles observations sont incertaines, que des résultats obtenus certains seront peut-être reconnus vrais, d’autres faux, d’autres encore sans valeur morphologique mais non sans valeur chimique. En attendant que l'avenir fasse le tri de nos observations et qu'il éclaircisse cet obscur problème, nous devons nous résigner à n'accumuler que des faits sans espoir immédiat de connaitre leur valeur. Mais nous devons savoir que nous sommes dans l'incertitude et ne pas nous leurrer constamment de théories nouvelles, aussitôt ébranlées qu'édifiées.
Puisque toutes les structures que nous observons se ramènent à des grains et à des réseaux, nous étudierons successivement ceux-ci puis ceux-là.
Réseau Spongioplasmique. — L'étude précédente de la structure du cytoplasma renferme les principaux faits que nous connaissons sur le réseau spongioplasmique. Nous avons vu qu'il apparait nettement après l'action de certains fixateurs, qu'il est formé de mailles plus fines et plus serrées près du noyau qu'à la périphérie, qu'il semble présenter à ses points nodaux des granulations chromatophiles. En étudiant la membrane nucléaire, nous avons vu les rapports qu'il présente avec
DE LA CELLULE NERVEUSE. 97 celle-ci. Ses mailles périnucléaires sont souvent si petites et si empätées de substance chromatophile que son observation devient impossible. Par contre, lorsque la cellule augmente de volume et est atteinte de chromatolyse, le réseau devient net et ses mailles se dilatent assez fortement. On l’observe particulièrement bien dans les cellules (fixées au liquide de Bouin) d'Helix asphyxiés par immersion pendant un jour et demi environ.
Dans le cône d'origine du cylindraxe, les mailles du réseau spongioplasmique s’allongent, s'orientent vers le cylindraxe et se continuent avec les fibrilles de celui-ci.
Comme nous aurons à revenir sur sa disposition au sujet des neurofibrilles et de la substance chromatophile, je n’en parlerai pas plus longuement en ce moment.
Réseau neurofibrillaire. — Remak fut le premier, je crois, à observer dans les cellules nerveuses une structure fibrillaire. Après lui un grand nombre d'auteurs décrivirent un aspect fibrillaire de la cellule nerveuse, tout en lui attribuant des significations très variables’. Mais ce fut Apathy qui réussit le premier à mettre en évidence les neurofibrilles par une méthode élective.
Apathy décrivit chez les Hirudinées un réseau intracellulaire entourant le noyau et n'arrivant pas à la surface cellulaire. De ce réseau partent plusieurs fibrilles, toutes fines dans les cellules sensitives, dont une centrale plus épaisse dans les cellules motrices. Ces fibrilles vont à la peau, aux organes, aux muscles; certaines se divisent et s’anastomosent dans le neuropile et y forment un réseau élémentaire diffus. Ces fibrilles « primitives », comme les nomme Apathy, sont formées de fibrilles « élémentaires » qu’on aperçoit quand elles se ramifient. Elles forment
Nansen, Leydig, etc., avaient admis que l’hyaloplasma seul est conducteur et que les fibrilles sont une substance de soutien; par contre, Apathy, Monckeberg et Bethe allribuent aux neurofibrilles seules la propriété conductrice parce que seules elles passeraient dans les étranglements de Ranvier; Cajal, se basant surtout sur le fait de la grande variabilité physiologique et pathologique du réseau neurofibrillaire, n'admet pas l'hypothèse d’Apathy et de Bethe ; d'autre part, Retzius, Marinesco, Wolff (1903) et plus récemment Varfwinge (1906) ont observé que l’hyaloplasma accompagne les neurofbrilles au niveau des étranglements (le Ranvier, rendant ainsi possible la théorie de Scheifferdecker, Wolff, Verworn, que le neuroplasma tout entier est conducteur.
l'élément conducteur essentiel et sont continues dans toute l'étendue du système nerveux. Ces observations conduisent Apathy à ne considérer les cellules nerveuses que comme de simples organes placés sur leur parcours et destinés à produire un certain tonus. Apathy étendit ses observations aux Lombrics et aux Poissons chez qui il retrouva des fibrilles fines dans Jes racines postérieures et des fibrilles plus grosses dans les racines antérieures motrices. Les résultats obtenus par Apathy, en ce qui concerne la disposition des neurofibrilles dans les cellules nerveuses des Hirudinées, ont été confirmés par Bethe, Prentiss, Cajal, etc., avec des méthodes différentes. Les hypothèses d'Apathy relatives à la continuité des neurofibrilles ont été plus discutées. Nous en parlerons plus longuement à propos de la théorie du neurone.
Bethe (1898), par une méthode de son invention, étudia les neurofibrilles des Vertébrés. Dans la plupart des cellules nerveuses, il vit des neurofibrilles indépendantes passant d'un prolongement à un autre sans former de réseau, certaines même ne pénétreraient pas dans le corps cellulaire. Ces fibrilles, seul élément conducteur, se continueraient sans interruption dans tout le système nerveux. Chez les Invertébrés, Bethe admet un déplacement progressif du réseau : les Cœlentérés auraient un réseau endocellulaire, les Vers un réseau endocellulaire et un extracellulaire, les Crustacés surtout un réseau extracellulaire ; les Vertébrés enfin auraient un réseau exclusivement extracellulire. Les observations de Bethe ont été contredites par Cajal qui les attribue à un défaut de technique. Quant à la théorie du déplacement phylogénétique du réseau, elle n'est rien moins que prouvée, comme on le verra bientôt.
Donaggio (1900), par une méthode nouvelle, étudia les cellules nerveuses des Vertébrés et y décrivit deux sortes de neurofibrilles, les unes, les moins nombreuses, indépendantes, traversant la partie périphérique du corps cellulaire, les autres, qui sont seules présentes dans beaucoup de cellules, formant un réseau. Ce réseau, à mailles polygonales plus denses autour du noyau, se continue avec les neurofibrilles des prolongements Ce réseau aurait, d’après Donaggio, une grande importance physiologique.
Simarro (1900), par une autre méthode, décrivit dans les cellules de la moelle des Mammifères deux sortes de neurofibrilles, les unes périphériques grosses, sinueuses, les autres centrales, fines, réunies en faisceaux, mais toutes sans anastomoses.
Semi Meyer (1902), par une nouvelle méthode, étudia les neurofibrilles des cellules nerveuses de Mammifères et d'Oiseaux. Ces neurofibrilles sont si abondantes dans le corps cellulaire qu'il est impossible de savoir si elles le traversent ou si elles s’y terminent.
En 1903, trois nouvelles méthodes apparurent, celles de Rossi, de Bielschowsky et de Cajal.
Rossi, grâce au chlorure d’or, vit dans les cellules de la moelle et des ganglions spinaux de l'Homme un réseau fibrillaire à mailles triangulaires, quadrangulaires ou polygonales, plus larges dans les grandes cellules que dans les petites, plus serrées autour du noyau. Dans certaines cellules, le réseau occupe tout le corps cellulaire, dans d’autres, il ne va pas jusqu'à la périphérie; il se continue toujours avec les fibrilles du cylindraxe.
Bielschowsky vit des fibrilles semblables à celles de Bethe dans certaines cellules, un réseau compliqué dans d’autres.
Ramon y Cajal établit les faits suivants qui furent confirmés en grande partie par Van Gehuchten, Marinesco, Athias, Michotte, ete. Les neurofibrilles imprégnées par la méthode à l'argent réduit se présentent comme des filaments bruns ou noirs, lisses, plus ou moins épais et sinueux. Ils sont parallèles dans les prolongements cellulaires; ils s'écartent et se divisent à leur entrée dans le corps cellulaire. Dans le cytoplasma, les neurofibrilles présentent deux types : fasciculé et réticulé, entre lesquels d’ailleurs existent de nombreuses formes de passage. Dans les cellules du type fasciculé, les neurofibrilles sont réunies en faisceaux allant d’un prolongement à un autre; ces fibrilles, que Cajal appelle primaires et qui correspondent à celles observées par Bethe, sont reliées entre elles par d’autres fibrilles beaucoup plus fines que Cajal nomme secondaires. Dans les cellules du type réticulé, les fibrilles se divisent à leur entrée dans le corps cellulaire et perdent leur individualité pour former
un réseau à mailles polygonales. Au niveau des ramifications dendritiques, les fibrilles se divisent et leurs prolongements sont alors souvent réunis par un ou plusieurs ponts fibrillaires auxquels Bethe faisait jouer un grand rôle, n'ayant pas vu leur continuité avec les neurofibrilles provenant du corps cellulaire.
En 1904, Joris, par une nouvelle méthode au chlorure d'or, vit que, chez les Mammifères, les neurofibrilles forment un réseau intracellulaire ou traversent le corps cellulaire sans s'anastomoser, ou présentent un aspect intermédiaire, la région périnucléaire étant réticulée, la périphérique fasciculée. Dans les prolongements, toutes les neurofibrilles ne convergent pas vers la cellule; elles l’évitent en traversant un tronc protoplasmique important ou en parcourant partiellement les ramifications lointaines. Hors des cellules, les neurofibrilles sont toutes en continuité.
Enfin, depuis 190%, quelques nouvelles méthodes ont été décrites (Moreno, de Nabias, Sand, etc.) sans faire l'objet de recherches étendues.
Dans l'exposé précédent, je n'ai parlé que des travaux de ceux qui ont employé une méthode nouvelle. L'exposé de toutes les recherches sur les neurofibrilles faites en ces dernières années nécessiterait une bien plus grande étendue.
J'ai laissé systématiquement de côté les opinions des auteurs sur les terminaisons neurofibrillaires et sur les réseaux péricellulaires. La question de la continuité ou de la contiguïté des neurofibrilles sera mieux à sa place, à mon avis, dans le chapitre consacré aux théories de l'histologie nerveuse. Les réseaux péricellulaires feront l'objet d'une étude distinete qu'on trouvera plus loin.
La question des neurolibrilles intracellulaires est donc controversée. Les fibrilles sont-elles indépendantes ou anastomosées? Quelle est la forme du réseau? Les auteurs, ou plutôt les méthodes, ne sont pas d'accord sur ces points.
Pour me faire une opinion, j'ai essayé plusieurs méthodes sur divers Vertébrés et Invertébrés.
Chez les Vertébrés, dont je m'occuperai d'abord, j'ai employé les méthodes d'Apathy, de Bethe, de Cajal et de Bielschowsky
Tout d'abord, je dois répéter que l'examen in vivo ne montre rien. Nous ne pouvons done nous prononcer sûrement sur l'existence réelle des neurofibrilles. Reste l'examen des cellules fixées suivant diverses méthodes neurofibrillaires. La méthode d’Apathy ne m'a donné aucun résultat : elle fixe très bien les tissus mais elle ne m'a jamais permis de mettre en évidence la moindre neurofibrille. La méthode de Bethe ne m'a fourni que des résultats très inconstants : le plus souvent les tissus présentent des précipités irréguliers dus vraisemblablement à l'imprégnation de dépôts de molybdate d’ammoniaque par le bleu de toluidine. Les méthodes de Cajal et de Bielschowsky sont moins incertaines et permettent d'obtenir assez facilement des aspects de réseaux neurofibrillaires. Mais il faut remarquer qu’elles emploient toutes deux des fixateurs très imparfaits et producteurs de réseaux : l'alcool aggravé d'ammoniaque ou le formol. Ces fixateurs sont de ceux qui montrent le mieux le réseau spongioplasmique. Le dépôt d'argent réduit ne se fait-il pas simplement sur les mailles de ce réseau? Si les neurofibrilles sont lisses après l’action de l’ammoniaque qui dissout la substance chromatophile, elles sont parfois granuleuses après la fixation par l'alcool seul ou le formol et leur aspect est alors très voisin de celui du réseau spongioplasmique étudié par les méthodes ordinaires.
D'autre part, le nitrate d'argent, déposé sur une lame de verre et réduit donne un précipité d'argent en réseau; Herrera et d’autres ont obtenu ainsi des aspects de cellules nerveuses. La question ne se pose pas pour nous de savoir si ces précipités sont comparables aux cellules nerveuses, mais bien siles réseaux que nous étudions dans les cellules nerveuses ne sont pas comparables à ces précipités chimiques.
Enfin, les méthodes d'imprégnation à l'argent réduit sont très inconstantes. Non seulement l'aspect du réseau varie avec la durée et la température des réactions, la nature, la pureté et la concentration des réactifs, mais encore avec la distance à la surface d'imprégnation. Cajal signale dans les pièces imprégnées l'existence d’une zone superficielle où les cellules sont noires et opaques, puis d’une zone médiane utile où les cellules sont
café sombre, café clair, rouge marron, rouge brique, orangé gris, enfin d’une zone profonde jaune où les cellules ne sont plus imprégnées!. J'ai observé que la forme du réseau neurofibrillaire varie avec la distance de la cellule à la surface d'imprégnation. Ainsi, dans des coupes de la moelle cervicale du Chien, j'ai décrit et figuré (1906) des cellules noires scmblables à celles que montre la méthode de Golgi, d’autres à fibrilles épaisses rarement anastomosées rappelant les figures de Bethe, d'autres à réseau de Cajal formé de fibrilles primaires épaisses et continues et de fibrilles secondaires minces et anastomosées, d’autres enfin à réseau de Donaggio à mailles polvédriques et petites. J'ai retrouvé les mêmes aspects dans l’écorce cérébrale.
Faut-il conclure que le réseau fibrillaire des cellules nerveuses des Vertébrés est artificiel? Faut-il l'identifier au réseau spongioplasmique? Tout ce qu'on peut dire, c’est que les cellules nerveuses vivantes semblent homogènes, que les fixateurs des méthodes à l’argent réduit sont ceux qui font le mieux apparaître le réseau spongioplasmique, que dans certains cas le réseau neurofibrillaire semble comparable à ce dernier. Je ne puis que reproduire l'opinion que j'exprimais l'an dernier (1907) :
« Les méthodes neurofibrillaires nous apprennent tout d'abord que la cellule nerveuse est argentophile et que, dans le protoplasma de cette cellule, certaines substances semblent plus argentophiles que le reste. Nous ne savons pas actuellement la cause de cette affinité de la cellule nerveuse pour l'argent réduit.
« Les méthodes neurofibrillaires nous montrent que, dans la cellule nerveuse, l'argent réduit se dépose en grains alignés donnant l'apparence de filaments plus ou moins continus. Cette disposition est-elle purement artificielle? On sait en quelles erreurs peuvent induire les précipitations d'argent. L'argent réduit forme facilement des réseaux et des fibrilles, même dans un milieu homogène, on à déjà signalé certains artifices produits par la méthode de Golgi: récemment certains microbiolo-
1. A la limite de cette zone et de la précédente, les cellules ne montrent plus imprégnées que les fibrilles et les terminaisons péricellulaires.
gistes (Saling, Walter Schultze) nous ont mis en garde contre les Sulberspirochætes, les Spirochætes d'argent produits par la méthode de Cajal ou celles qui en sont dérivées. Les neurofibrilles sont-elles des neurofibrilles d'argent? Je ne le crois pas; je crois que les divers aspects obtenus par les auteurs sont les aspects plus ou moins modifiés d’une structure réelle qui n’estautre que la structure spongioplasmique, visible par les méthodes histologiques ordinaires". En effet, en observant des coupes de tissu nerveux traité par la méthode de Bielschowsky, on peut voir tous les passages d’une structure fibrillaire à une structure réticulaire à mesure qu'on s'éloigne de la surface d’imprégnation, c'est-à-dire à mesure que la réduction du nitrate d'argent a été moins brusque, moins violente. Le réseau des cellules les moins imprégnées est formé de petites mailles semblables comme taille et comme disposition aux mailles du réseau spongioplasmique. Ce réseau spongioplasmique existe-t-il dans la cellule vivante ou est-il formé après la mort par coagulation des albuminoïdes du protoplasma? La question est difficile à résoudre.
« Cette opinion que le réseau neurofibrillaire est un aspect argentique du réseau spongioplasmique est d'autant plus vraisemblable qu'il est difficile de concevoir logiquement la coexistence de réseaux multiples au sein d’un même protoplasma *?. »
On a étudié les variations des neurofibrilles dans les cellules nerveuses; certains auteurs ont cherché leur mode d'apparition chez l'embryon, d’autres leurs modifications et leurs altérations dans divers états physiologiques et pathologiques.
Besta (1904) a le premier obtenu l’imprégnation des neurofibrilles dans des embryons très jeunes : dès la 65° heure d'incubation chez le Poulet, il a pu déceler des neurofibrilles dans les
1. On pourrait supposer que la nature du réseau varie avec le fixateur employé, chacun coagulant en réseau telle ou telle partie du protoplasma. Il ne semble pas qu'il en soit ainsi : la plupart des réactifs font apparaître la même structure réticulée, d’une manière plus ou moins apparente, comme le montrent les rapports du réseau avec la substance chromatophile et le pigment.
2, Récemment, Jädesholm (1905) a soutenu l'opinion inverse que laspect le plus réel des neurofbrilles est celui que montre la méthode de Bethe et que le plus artificiel est celui de Donaggio, ceux de Bielschowsky et de Gajal étant intermédiaires. Economo (1906) pense également que la méthode de Bethe est la plus exacte, mais il place la méthode de Donaggio avant celle de Gajal.
neuroblastes les plus externes des racines antérieures. D'après lui, les neurofibrilles se différencient dans le cytoplasma qui entoure le noyau sous forme de filaments allant d’un prolongement à l’autre, puis apparaît un réseau périnucléaire très fin à mailles irrégulières en même temps que les prolongements des divers neuroblastes se soudent en un syneytium neurofibrillaire.
Cajal (1904) a obtenu l’imprégnation des neurofibrilles du Poulet à partir du 10* jour d’incubation; il remarque que la phase d'imprégnation ne correspond pas forcément à la phase de formation. D’après l’ordre d'apparition des neurofibrilles, il essaie de formuler les lois qui régissent l’antériorité de l'imprégnation du réseau neurofibrillaire : les cellules motrices s'imprègnent les premières, puis les cellules sensitives, enfin les cellules sympathiques et celles d'association.
La Pegna (190%) a également vu le réseau neurofibrillaire n'apparaître qu’au 40° jour d’incubation dans les cellules médullaires du Poulet. Il admet que les neurofibrilles sont d'abord indépendantes et ne forment de réseaux qu'au moment où les cellules se réunissent en syncytiums.
Fragnito (1904-1907) a une autre conception de leur origine. Pour lui, les neurofibrilles imprégnées dans les stades jeunes ne sont que des filaments de neurosponge. La cellule nerveuse se forme par fusion de plusieurs neuroblastes : la plus grande partie des neuroblastes secondaires formerait une zone fibrillogène qui se transformerail tardivement en réseau neurofibrillaire.
Held (1905), chez de jeunes embryons de Canard et de Souris, a vu le réseau neurofibrillaire apparaître d'abord dans une partie du cytoplasma voisine du noyau, d'un seul côté de la cellule.
Joris (1904) à observé chez les embryons de Poulet de 5 jours une formation filamenteuse extra-cellulaire, reliant les neuroblastes, qui donnerait par sa multiplication les neurolibrilles définitives visibles seulement à partir du 16° jour.
Collin (1906) arriva aux conclusions suivantes : le système des fibrilles longues est développé avant le réseau; les fibrilles longues périphériques s'anastomosent en réseau ; l'apparition des neurofibrilles précède celle des corps de Nissl.
Stewart Paton (1907) admit que les neurofibrilles apparaissent chez les embryons de Vertébrés, quand beaucoup sinon toutes les cellules de la moelle sont en intime connection; la fibrillation commence en même temps près des noyaux cellulaires, à la sortie de la racine ventrale, entre la corde et le myotome, dans le myotome même. Les fibrilles sont d’abord parallèles et sans connexions, le neuroréticulum n'apparaît que plus tard ‘.
Comme on le voit par l'analyse de ces quelques travaux, la question de l’origine des neurofibrilles n’est pas encore résolue; on ne sait encore exactement ni leur date ni leur mode d’apparition. Je n'ai pas fait d'observations sur ce sujet.
La question des variations physiologiques et pathologiques des neurofibrilles a provoqué un plus grand nombre de travaux *. Cajal et Tello (1904) ont les premiers signalé une curieuse transformation des neurofibrilles chez le Lézard en hibernation : tandis qu'à la température de 30°, les neurofibrilles sont fines et nombreuses, elles sont rares et épaisses chez l'animal refroidi et hibernant. Cajal et D. Garcia (1904) ont peu après décrit les lésions du réseau neurofibillaire pendant la rage ; Marchand, Dagonet, Marinesco, etc., ont signalé des modifications des neurofibrilles dans divers états pathologiques. Dustin (1906) a publié un travail très complet sur les changements de la structure neurofibrillaire en rapport avec l'âge et l’activité fonctionnelle des animaux et a décrit les modifications suivantes des neurofibrilles :
Multiplication. . - l Hyperactivité. $ Affinement. . . . . . . . . { des neurofibrilles.
Diminution de chromaticité. ) État normal.