IL. Hyperaffinité argentique
[ fous À : formation de fuseaux primilifs \ IT. continus.
| Type B : épaississements en cordonnets.
| I. Formation de fuseaux secondaires isolés. | IV. État grumeleux.
Hypoactivité .
1. Meves (1907) admet que les neurofbrilles se forment de mitochondries disposées en files; Lache (1905) a également soutenu que les neurofbrilles sont formées de neurosomes alignés.
2, On les trouvera pour la plupart résumés dans la publication de Modena (1907).
Nous reviendrons plus loin sur les détails de certaines de ces recherches, mais nous pouvons dire immédiatement que tous ces auteurs arrivent à des résultats voisins, tous admettent que les neurofibrilles sont des éléments très modifiables, sensibles aux variations comme la substance chromatophile*.
Par contre, Donaggio et ses élèves, ayant examiné le réseau neurofibrillaire d'animaux soumis à diverses lésions ou intoxications (inanition, empoisonnements, section de nerfs, compression d’artères, etc.) arrivent à cette conclusion que le réseau neurofibrillaire intracellulaire est très résistant, contrairement à la substance chromatophile qui réagit à la moindre variation du milieu, et Donaggio admet qu’il faut l'association de deux facteurs au moins (froid et inanition par exemple) pour provoquer des lésions graves du réseau : formation de rubans, de boucles, de tourbillons homogènes, lésions très différentes de celles signalées par les auteurs qui emploient la méthode de Cajal.
J'ai eu l'occasion d'étudier les variations du réseau neurofibrillaire chez des Chiens insomniques, inanitiés, gâteux. Dans ces recherches, entreprises avec H. Piéron, je n'ai pas voulu me prononcer sur les variations physiologiques du réseau tant elles sont inconstantes et tant les causes d'erreurs sont nombreuses. Cependant, certaines observations m'ont fourni quelques indications utiles. Tel est le cas des cellules à noyau ectopique.
J'ai déjà dit que, dans certaines conditions physiologiques ou pathologiques, sous certaines influences inconnues, le noyau des cellules nerveuses peut se déplacer et se rapprocher de la surface cellulaire; de central qu'il était, il devient excentrique. Dans les cellules pyramidales de l'écorce cérébrale présentant un noyau ectopique, le réseau neurofibrillaire, quand il est imprégné, est intact; il est plus dense autour du noyau, plus lâche dans la région éloignée de celui-ci; on n'observe ni fragmentation des neurofibrilles, ni diminution de leur nombre, ni leur accumulation ou leur épaississement dans la mince bande protoplasmique située du côté du déplacement. Le réseau neuro-
1. Le fait admis par Marinesco, que l’achromatolyse est beaucoup plus grave que la chromatolyse, est contraire à cette conclusion.
fibrillaire est, comme à l'état normal, disposé concentriquement à la surface nucléaire et à la surface cellulaire, les mailles étant plus petites et le réseau plus dense autour du noyau.
Ce fait montre d'abord que le réseau neurofibrillaire est beaucoup moins modifiable que la substance chromatophile; en effet, les cellules à noyau ectopique sont généralement en chromatolyse. Il faut donc admettre avec Donaggio que le réseau neurofibrillaire est plus résistant que la substance de Nissi et que la fibrillolyse est plus difficile à provoquer que la chromatolyse. Ce fait est en contradiction avec l'opinion de beaucoup d'auteurs et entre autres avec celle de Marinesco, quiadmetque, à l’état normal, le noyau est maintenu en place par les neurofibrilles et que son déplacement est en rapport avec une dissolution brusque de la substance chromatophile et une altération du réseau neurofibrillaire.
Mais si le réseau neurofibrillaire nous apparaît comme très stable, il devient alors difficile d'expliquer le déplacement du noyau vers la périphérie. On ne peut admettre que le noyau arrive à passer par des mouvements amœæboïdes à travers les mailles du réseau ; il présente toujours en effet une forme sphérique ou ellipsoïdale, sans aucune lobulation. On ne peut non plus supposer que le noyau se déplace en écartant et distendant les neurofibrilles longitudinales (neurofibrilles primaires de Cajai), puisqu'elles sont réunies, après comme avantson passage, par de nombreuses neurofibrilles unissantes (neurofibrilles secondaires de Cajal) et que les mailles du réseau ainsi formé ont un diamètre moindre que celui du noyau. On pourrait, il est vrai, expliquer le déplacement du noyau en admettant, avec Cajal, que les neurofibrilles ne sont pas des filaments fixes, stables, mais un appareil contractile, amæboïde, de structure comparable à celle du protoplasma des poils staminaux de Tradescantia. Mais on ne peut songer à rapprocher deux structures aussi différentes, l’une visible én vivo, polymorphe, variant d'un instant à l’autre, formée de mailles irrégulières, de filaments d'épaisseur variable, l’autre visible seulement après l'action complexe de réactifs, de forme constante et régulière,
108 R. LEGENDRE. — CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE tout au moins chez les animaux observés dans leurs conditions habituelles de vie.
Nous sommes donc tenté d'admettre une des conclusions suivantes : ou bien le réseau neurofibrillaire est un produit de coagulation post-morten des albuminoïdes cytoplasmiques par action d'un liquide fixateur, ou bien, sile réseau neurofibrillaire est réel, c’est une substance visqueuse, identique au spongioplasma, disposée en réseau à mailles concentriques aux surfaces nucléaire et cellulaire.
Toutes nos recherches sur les Vertébrés nous ont ainsi amené à la même opinion : le réseau neurofibrillaire est vraisemblablement un artifice ou un aspect argentique du spongioplasma. Examinons maintenant les Invertébrés.
Apathy (1897) fut, comme nous l'avons dit, le premier à employer une méthode élective de coloration des neurofibrilles. Dans les ganglions nerveux de la Sangsue, il décrivit deux sortes de cellules, les unes grandes qu'il considéra comme sensitives, les autres petites qu'il supposa motrices. Dans les grandes, les neurofibrilles forment un réseau à mailles allongées occupant surtout la zone périphérique; les plus gros filaments, périphériques, ont une direction méridienne et sont joints par d'autres plus minces transversaux ou obliques; les fibrilles partant du réseau convergent et se réunissent dans le cône d'origine de l’axone; dans le prolongement, elles sont peu nombreuses et parallèles. Les petites cellules ont deux réseaux, l’un interne ou périnucléaire, l'autre externe ou périsomatique; le réseau interne a des filaments épais et des mailles petites, l’externe à des fibrilles minces formant des mailles larges et irrégulières ; du réseau interne part une grosse neurofibrille qui entre dans le prolongement en décrivant des sinuosités, du réseau externe partent quelques fibrilles minces qui courent dans le prolongement autour de la grosse neurofibrille.
Bethe (1898) décrivit chez Carcinus mœænas un réseau neurofibrillaire occupant tout le cytoplasma ; il confirma les observations d'Apathy sur la Sangsue : enfin, il émit son hypothèse sur le déplacement phylogénétique du réseau neurofibrillaire, dont nous avons déjà parlé. Le réseau exclusivement endocellulaire
chez les animaux inférieurs deviendrait exclusivement extracellulaire chez les Vertébrés.
Gôtz (1899) retrouva chez A stacus le réseau décrit par Bethe chez Carcinus.
Bochenek (1900) arriva à colorer par la méthode d'Apathy le réseau neurofibrillaire d’Helix pomatia, formé de mailles irrégulières occupant tout le corps cellulaire. Nous reviendrons plus loin sur ce travail.
Cajal (1903) obtint par sa méthode l'imprégnation des neurofibrilles de la Sangsue. Cela lui permit de confirmer la description d’Apathy et de signaler des formes de transition entre les grosses et les petites cellules. Il s’éleva contre les conceptions d’Apathy sur les fibrilles élémentaires et sur la continuité des neurofibrilles dans le neuropile.
Azoulay (1904) imprégna par la méthode de Cajal les neurofibrilles des cellules nerveuses situées autour du tube digestif de la Sangsue et y retrouva des réseaux semblables à ceux décrits dans les ganglions nerveux.
Cajal (1904) décrivit chez Lumbricus un réseau neurofibrillaire semblable à celui signalé par Bochenex chez les Gastéropodes, formé de mailles polygonales qui s’allongent vers le ou les prolongements pour y former quelques fibrilles. Apathy avait décrit chez le même animal cette structure, très différente de celle des cellules nerveuses d'Hirudinées.
Moreno (1905), par une méthode qui ne diffère guère de celle de Cajal que par l’adjonction du radium {et le radium semble n'avoir aucune influence) imprégna les neurofibrilles dans les ventouses de quelques Céphalopodes.
Gemelli (1905), par de nouvelles méthodes, modifications de celles de Cajal et de Kaplan, put mettre en évidence le réseau neurofibrillaire chez Serpula contortupl., Nereis reqia, Lumbricus agricola, Arenicola. I décrivit dans ce prolongement cellulaire quelques filaments minces (2 à 10), lisses, uniformes, se bifurquant à l'entrée dans le corps cellulaire et s'anastomosant pour former un appareil réticulaire endocellulaire très compliqué, à mailles polygonales irrégulières, distant de la surface cellulaire.
En 4906, j'ai pu imprégner les neurofibrilles d'Helix pomatia par la méthode de Bielschowsky et confirmer les observations de Bochenek faites par la méthode d’Apathy.
Rina Monti (1907), employant la méthode de Cajai et celle de Bielschowsky, a observé le réseau neurofibrillaire de divers Coléoptères : réseau à mailles polygonales ou anneaux concentriques au noyau.
Les quelques études entreprises jusqu'ici sur les cellules nerveuses des Invertébrés ont donc montré deux types principaux de structure neurofibrillaire : le type à réseau interne distant du noyau et de la surface cellulaire, qu’on retrouve chez les Hirudinées par les méthodes d’Apathy, de Bethe, de Cajal; le type à réseau occupant tout le cytoplasma observé chez le Lombric par les méthodes d’Apathy et de Cajal, chez les Pulmonés par les méthodes d’Apathy et de Bielschowsky, enfin dans certaines cellules d’Insectes.
Le deuxième type de réseau concorde assez bien avec l'hypothèse que le réseau neurofibrillaire est un aspect argentique du spongioplasma, mais il n’en est pas de même du premier. Fautil dire avec Golgi : « lo non credo che la struttura fibrillare e reticolare di Bethe e di Donaggio si possa identificare con la struttura illustrata da Apathy nelle cellule nervose dei Vermi: ne credo si possa senz'altro ammettere che tutte le fibrille e le strutture reticolari, e piu specialmente, quelle interne, da questi due autori descritte, sieno con sicurezza riferibili a neurofibrille e rispettivamente a reticoli da natura nervosa ». Le réseau des Hirudinées est-il le vrai réseau neurofibrillaire? Est-il un type différent du réseau des autres Invertébrés, tous deux étant Du rofibrillaires? La question est difficile à trancher. En tous cas, ces quelques observations sur les Invertébrés montrent l'inexactitude de l'hypothèse de Bethe sur le déplacement phylogénétique du réseau.
On à étudié chez les Invertébrés, comme chez les Vertébrés, les variations du réseau neurofibrillaire. Toutefois, aucune observation n'a encore été publiée, que je sache, sur le développement des neurofibrilles.
Cajal (1904) a observé des variations du réseau de la Sangsue
consistant en épaississement et fragmentation des neurofibrilles par l’action du froid, de l'inanition, et au contraire un amincissement sous l'influence de la chaleur et de la suralimentation.
Dustin (1906) a repris et confirmé ces expériences sur l'influence de l’inanition prolongée chez les Sangsues.
… Kowalski (1907) a observé une hypertrophie des neurofibrilles du Lombric soumis au froid.
Je n'ai rien observé chez les Pulmonés qui me permette de confirmer ces observations. Malgré les conditions très variées de mes expériences, hibernation, activité estivale, asphyxie par immersion, etc., j'ai toujours vu le réseau neurofibrillaire identique au réseau spongioplasmique.
Étudions maintenant plus en détail le réseau neurofibrillaire des Pulmonés.
La structure fibrillaire du cytoplasma des cellules nerveuses d'Helix pomatia avait été signalée, dès 1844, par Will. Nansen (1887) décrivit la même structure, mais soutint que les fibrilles du cylindraxe sont des tubes de spongioplasma creux et renfermant un liquide conducteur de l'influx nerveux. H. Schultze (1879), Vignal (1883), Ranvier (1889), admirent aussi la structure fibrillaire des cellules nerveuses de l'Escargot. De Nabias (1894) décrivit des fibrilles convergeant vers le col de la cellule, visibles surtout à la périphérie, et se continuant avec les fibrilles du cylindraxe. Pflücke (1895) vit chez Helix des couronnes de granules sans pouvoir observer nettement les fibrilles qui les réunissent. Mac Clure (1897) déclara que les fibrilles sont sans connexions avec les granules : il les décrivit ainsi : « In the majority of cells, a concentric arrangement of fibrils and granular rows was marked. In other cells, however, the fibrils were quite winding in character, and in this respect closely resembled those figured by Flemming for the spinal ganglion cells of Mammals. »
Ces nombreux travaux indiquaient tous la structure fibrillaire du cytoplasma des cellules nerveuses des Pulmonés, mais il manquait une méthode élective pour connaître la disposition exacte des fibrilles et du réseau.
En 1901, Bochenex réussit le premier à imprégner les neuro-
fibrilles d'Helix pomatia. 1] essaya sans succès la méthode de Bethe, celles au bleu de méthylène et à l'hématéine IA d'Apathy. Par contre, celle au chlorure d’or d'Apathy (Nachvergoldung) lui montra, après de longues et patientes recherches, un réseau très net. Dans les petites cellules, le réseau est formé de fibrilles ténues et courtes, se réunissant à trois ou quatre aux points nodaux; ces points nodaux se présentent souvent comme de petites plaquettes triangulaires ou polygonales; la partie profonde du ecytoplasma semble homogène. Dans le cône d'origine de l’axone, les mailles du réseau deviennent de plus en plus oblongues; dans le cylindraxe n'entrent que quelques fibrilles non anastomosées qui s'y perdent. Les grandes cellules ont un réseau de fibrilles réparti dans tout le corps cellulaire, mais les mailles périphériques sont quelquefois peu régulières, elles sont souvent distendues. Entre Îles granulations du cône d’origine de l’axone, les fibrilles sont beaucoup plus fines, les mailles plus larges. Un grand nombre de neurofibrilles passent du corps cellulaire dans le cylindraxe; celles de la périphérie se détachent plus tôt des mailles que celles du centre.
J'ai essayé d'obtenir les mêmes résultats par la même méthode mais j y ai renoncé après de nombreuses tentatives infructueuses : la méthode d’Apathy me donnait d'excellentes fixations, mais ne me permettait pas de différencier la moindre neurofibrille. Je subis les mêmes échecs en employant la méthode de de Nabias au chlorure d'or, qui est une modification de celle d'Apathy. Les autres méthodes d’'Apathy, celle de Bethe ne me fournirent également aucun résultat. La méthode de Cajal ne me montra qu'un aspect granuleux du cytoplasma, bien que j'aie fait varier dans de larges limites le titre (0,5 à 6 p. 100) et la durée (1 à 8 jours) d'action du bain de nitrate d'argent ainsi que la température à laquelle se fait l'imprégnation '. Le nitrate de platine suivant la méthode de Rossi, le lactate d'argent, la méthode de Moreno avec ou sans radium ne me donnèrent également aucun résultat. Par contre, les méthodes de Bielschowsky
1. La méthode de Cajal ne réussit qu’à imprégner la névroglie. Je parlerai plus loin de ces résultats.
me montrèrent des aspects neurofibrillaires comparables à ceux. décrits par Bochenek. La seule modification que je dus apporter à la méthode pour obtenir ce résultat fut d'augmenter le titre des bains de nitrate d'argent en remplaçant la solution à 2 p. 100 par une solution à 6 p. 100 et celle à 0,5 p. 100 par une autre à 1 p. 100.
Les cellules sont souvent mal fixées ou dissociées. Celles qui sont bien conservées et bien imprégnées montrent un réseau à mailles irrégulières comparables au réseau spiongioplasmique obtenu par simple fixation au formol, mais plus net(Pl. XV, fie. 7 et 8). Dans la région périnucléaire, ces mailles très petites, allongées, difficiles à analyser, sont disposées concentriquement au noyau, auquel elles semblent, dans les pièces trop imprégnées, former une enveloppe uniformément noire. À mesure qu'on s'éloigne du noyau et qu’on se rapproche de la périphérie, les mailles deviennent plus grandes, plus irrégulières et perdent leur disposition concentrique; certaines mêmes, voisines de la surface de la cellule, sont dilatées, arrondies, et semblent entourer une vacuole. Les mailles et surtout les points nodaux du réseau ont un aspect granuleux. Dans la zone d’origine du cylindraxe, on voit les mailles du réseau s'allonger, s'orienter et prendre l'aspect d’un faisceau de fibrilles convergeant vers l’axone, reliées entre elles par quelques trabécules; les fibrilles périphériques semblent se détacher des mailles du réseau plus tôt que celles du centre. Parfois les mailles de la zone d’origine de l’axone sont moins régulièrement disposées. Le cylindraxe apparaît quelquefois comme un faisceau noir provenant directement de la zone périnucléaire qu'il quitte un peu latéralement (PI. XV, fig. 7 et 8). Ce fait est beaucoup plus fréquent chez les Arthropodes. Le cylindraxe est entièrement noir ou formé de fines granulations alignées et plus ou moins soudées en fibrilles.
Dans les petites cellules du lobule de la sensibilité spéciale, l'observation des neurofibrilles est difficile el je ne puis affirmer leur disposition exacte.
J'ai déjà dit que je n'ai pu observer de modifications importantes du réseau neurofibrillaire dans les états physiologiques
variés. Pendant l’activité estivale, le corps cellulaire grossit et les mailles du réseau sont plus grandes ; pendant l’asphyxie par immersion, la dilatation des mailles est encore augmentée et les plus externes sont souvent énormes, entourant des vacuoles, ou rompues par des canalicules de Holmgren.
J'ai retrouvé le même aspect et la même disposition des neurofibrilles chez Helix pomatia, H. aspersa, Arion rufus; la description précédente semble donc s'appliquer à beaucoup de Pulmonés.
Le réseau et les fibrilles des cellules nerveuses des Pulmonés paraissent toujours moins lisses, moins homogènes que ceux des Vertébrés. Leur disposition rappelle celle des neurofibrilles des cellules ganglionnaires spinales. L'analogie de leur disposition dans le corps cellulaire avec celle du spongioplasma est évidente, beaucoup plus que chez les Vertébrés. Fautal identifier ces structures ?
Arrivé au terme de cette longue étude des neurofibrilles, nous dirons que l’aspect de fibrilles indépendantes dans le corps cellulaire décrit par Bethe semble ne pas exister; que le réseau neurofibrillaire présente deux types différents, celui des Hirudinées et celui des Vers’, Pulmonés, etc., auquel ressemble beaucoup dans certains cas celui des Vertébrés. Ce dernier réseau est souvent comparable au réseau spongioplasmique obtenu par les méthodes ordinaires. Nous restons dans l'incertitude à propos de son existence réelle aussi bien qu'à propos de celle du réseau spongioplasmique.
Réseaux internes de Golgi et de Kopsch. — Il nous reste à étudier trois réseaux : réseaux de Golgi, de Kopseh et de Holmgren, qu'on décrit généralement ensemble et que beaucoup d'auteurs considèrent comme homologues. Comme je suis arrivé à une opinion précise sur le dernier d’entre eux, j'en ferai l'objet d'un paragraphe spécial. Nous n’étudierons donc maintenant que les réseaux internes de Golgi et de Kopsch.
En 1898, Golgi signala un réseau observable par sa méthode au chromale d'argent dans diverses cellules nerveuses. Ce réseau,
1. Cajal admet également que le réseau que montre sa méthode dans les cellules nerveuses du Lombric est identique au réseau spongioplasmique,
LÉ LA CELLULE NERVEUSE. A5 qu'il nomma appareil réticulaire interne, occupe la partie moyenne du cytoplasma sans arriver jusqu’à la périphérie de la cellule ; ilestformé de filaments sinueux, irrégulièrement épaissis, anastomosés en mailles de formes diverses; aux points nodaux sont souvent de minces plaquettes ou de petits disques arrondis et transparents au centre; vers le noyau, le réseau se termine sans l’atteindre par de courtes expansions ou des mailles. L'aspect du réseau varie avec la forme de la cellule : il est, comme elle, globuleux, piriforme, triangulaire, polygonal, etc. Golgi ne se prononça pas sur sa signification, il admit qu'il ne représente qu'une manifestation partielle de particularités plus fines et plus complexes et qu'il est différent des neurofibrilles et de la substance chromatophile.
Dans un travail suivant, Golgi annonça que l'appareil réticulaire interne présente des variations avec l’âge de l'animal : chez les jeunes et surtout chez les nouveau-nés, il est relativement simple et à structure réliculaire peu marquée; chez les adultes, au contraire, les fils plus fins à connexions plus fréquentes forment un réseau à mailles petites et à nombreuses plaquettes nodales, s'étendant dans une plus grande partie du cytoplasma.
Veratti (1900) à observé l'appareil de Golgi dans les cellules du sympathique et du noyau ventral de l’acoustique, Soukhanoff (4901-1902) dans diverses cellules du Lapin. Retzius (1900), qui a essayé de voir ce réseau chez divers animaux, Vers, Crustacés, Vertébrés, n'a pu le mettre en évidence que chez les Mammifères. Holmgren (1899-1900), Smirnow (1901), Jaworowsky (1902) confirmèrent l'existence du réseau de Golgi. Cajal observa que le réseau pénètre dans les gros dendrites et s’y termine bientôt par une pointe ou un petit renflement, mais qu'il n'entre ni dans les petits dendrites, ni dans le cylindraxe.
Bethe (1900) vit dans les cellules ganglionnaires spinales, par sa méthode au bleu de méthylène, un réseau qui lui sembla comparable à celui de Golgi.
Enfin, Cajai (1903) vit par sa méthode à l'argent réduit un appareil réticulaire dans les cellules nerveuses du Lombric, et il le compara au réseau de Golgi. Cet appareil est formé de cavernes réunies par des tubes étroits, flexueux, rarement anas-
tomosés ; il ne communique pas avec la surface cellulaire. Cajal retrouva le même appareil dans les cellules glandulaires et dans les cellules épithéliales du Lombric. Plus récemment (1907), il décrivit un appareil de structure semblable dans les cellules de jeunes Mammifères; il le nomma appareil réticulaire de Golgi- Holmgren.
En 1902, Kopsch, en employant une méthode à l'acide osmique, observa un réseau dans les cellules nerveuses des Mammifères. Il considéra ce réseau, dont les filaments sont plus fins que ceux du réseau de Golgi, comme identique à ce dernier. Il retrouva le même réseau dans les cellules nerveuses d'Oiseaux, de Reptiles et de Batraciens. Misch (1903), puis Soukhanoff confirmèrent ces résultats. Sjôvall (1906), par une méthode nouvelle qui n’est qu'une modification de celle de Kopsch, observa également un réseau endocellulaire qu'il supposa être formé de substance myélinogène. Enfin Popoff (1906), avant constaté que les méthodes de Kopsch et de Sjôvall ne montrent chez Helix que des granulations, soit dans les cellules nerveuses, soit dans les cellules sexuelles, homologua le réseau endocellulaire (Binnennetz:) aux chromidies, mitochondries, chondriomites, Nebenkern et idiosome, et admit que ces divers aspects ne sont que des stades de transition d’une même substance.
Quelle est la valeur et la signification de ces réseaux de Golgi et de Kopsch? Les opinions des auteurs sont divergentes à ce sujet.
Tous les observateurs du réseau de Golgi ou du réseau de Kopsch ont admis l'identité de ces deux aspects. Certains comme Bethe, Soukhanoff, Kopsch, Misch en ont fait une structure particulière; d’autres, Holmgren, Studnitka, Retzius, Kôlliker. Cajal, Smirnow, ont homologué celte structure au réseau canaliculaire de Holmgren. Pour comparer ces réseaux, il faudrait que les réseaux internes de Golgi et de Kopsceh arrivassent à la périphérie de la cellule; certains ont vu cette terminaison et même la continuation du réseau interne avec les cellules intracapsulaires ou satellites (Holmgren); d’autres ont supposé que la différence d'aspect des réseaux internes et du réseau canaliculaire tient à ce que les premiers résultent de l'imprégnation
de la partie centrale de l'appareil canaliculaire, la partie périphérique ne se colorant pas par suite d'une différence chimique Athias).
Quant au rôle des réseaux de Golgi et de Kopseh, il a suscité de nombreuses hypothèses. Golgi, sans se prononcer nettement, croit qu'on peut supposer qu'il s’agit de voies nutritives intérieures ; Kôlliker incline aussi à admettre que ces réseaux sont des voies de circulation de certaines substances chimiques ; tous ceux qui les identifient aux canalicules de Holmgren les considèrent comme des Saftkanälchen, un Trophospongium. Cajal compare l'appareil tubulaire des Vers à la vésicule pulsatile des Infusoires qui serait modifiée, développée dans les cellules nerveuses, épithéliales et glandulaires !. J'ai déjà signalé l'opinion de Sjôvall que le réseau interne est de substance myélinogène et celle de Popoff qu'il est homologue d’un grand nombre de structures encore mal précisées des cellules sexuelles : Nebenkern, idiosome, chromidies, mitochondries, ete. Malgré l'opinion admise par tous les auteurs de l'identité des réseaux de Golgi et de Kopsch, je ne saurais dire s'il s’agit Ià d'une seule structure. Le fait que deux réseaux se ressemblent morphologiquement n’est pas une preuve de leur identité. Le nitrate d'argent et l'acide osmique n'ont généralement pas la même action sur les tissus; l'acide osmique ne met pas en évidence les neurofibrilles, le nitrate ne montre pas la graisse et les pigments. Les différences d'action chimique de ces deux substances se produisent peut-être dans les procédés d’imprégnation de l'appareil réticulaire interne. De plus, la méthode de Kopsch met en évidence diverses structures : grains osmiophiles des cellules nerveuses d'Aelix, mitochondries des cellules sexuelles, etc. que la méthode de Golgi ne permet pas de voir. Le réseau de Golgi et celui de Kopsch ne me semblent done pas sûrement identiques.
Quelle valeur faut-il leur attribuer? La question est embar-
{. Divers auteurs : Negri, Pensa, Kopsch, Gemelli, Gajal, etc., ont en effet retrouvé l’appareil réticulaire interne dans les cellules des organes les plus divers : glandes salivaires, pancréas, rein, capsules surrénales, thyroïde, intestin, cartilage, etc.
rassante. Ni l’un ni l’autre ne sont visibles in vivo. On ne peut dire s'ils représentent un artifice de coagulation ou une structure réelle. D'autre part, il semble impossible qu'ils coexistent avec les réseaux spongioplasmique et neurofibrillaire. Faut-il en conclure qu’ils sont artificiels? Ou bien qu'ils sont un aspect particulier de réseaux déjà observés par d’autres méthodes?
Je n'ai pas observé le réseau de Golgi des Vertébrés et n'ai pu le voir chez les Invertébrés par la méthode au bichromate. J'ai obtenu des imprégnations du réseau de Kopseh dans les cellules ganglionnaires spinales du Chien et de l'embryon de Mouton. Ce réseau est parfois distant de la périphérie, parfois il arrive jusqu'à la surface cellulaire; dans ce dernier cas, il m'a paru très voisin, comme aspect morphologique, du réseau spongioplasmique. Chez Helix, la méthode de Kopseh ne m'a montré que des grains dont je parlerai plus loin.
Remarquons que la méthode de Golgi produit un précipité d'argent réduit et que le réseau interne apparaît avant que toute la cellule soit de coloration noire. J'ai déjà parlé de la variabilité d'aspect des imprégnations à l'argent. Le réseau de Golgi, flexueux et variqueux, ne serait-il pas un aspect particulier du spongioplasma, ses varicosités étant dues à la substance chromatophile * non dissoute parce qu'il n’y a pas detraitement préalable par l’ammoniaque? Son inconstance, ses irrégularités d’imprégnation laissent subsister le doute sur sa valeur et ses homologies.
La méthode de Kopsch me semble avoir surtout une valeur chimique. L'acide osmique est réduit par les matières organiques, comme le nitrate d'argent il est vrai, mais surtout par les corps gras. Si dans les cellules nerveuses des Vertébrés cette méthode montre un réseau, dans les cellules nerveuses des Pulmonés elle fait apparaître des granulations. Plutôt que de voir dans ces deux aspects, comme le veut Popoff, des variations d'une même structure, ne faut-il pas admettre que ces deux aspects indiquent l'existence d'une substance chimique? Malheureusement, nous ne savons avec précision ni la nature des
1. Il est intéressant de remarquer que le réseau de Golgi apparaît dans la région du cytoplasma où la substance chromatophile est la plus abondante.
graisses cellulaires, ni leur action sur l'acide osmique. Ne s'agirait-il pas d’une lécithalbumine ou d'un complexe albuminograisseux que l'acide osmique révélerait? Ce complexe nous apparaitrait-il dans sa vraie situation ou dans une disposition de coagulation ?
Au milieu de telles incertitudes, il est impossible de se faire une opinion précise sur la valeur et la nature des réseaux de Golgi et de Kopsch. On ne saurait non plus, dans de telles conditions, rien préjuger de leur rôle cellulaire. Tout ce que je puis dire sur ce dernier point, c’est que les interprétations qu'on a proposées me semblent non seulement prématurées mais fausses.
Les réseaux de Golgi et de Kopsch, qui apparaissent comme de fins filaments irréguliers mais pleins, ne peuvent être comparés à des canalicules, à des voies nutritives, jamais ils ne présentent l'aspect de canaux à contenu liquide. Leur analogie avec le réseau de Holmgren est lointaine; nous verrons bientôt qu'ils en sont totalement différents. L'appareil tubulaire décrit par Cajal ne me semble pas comparable aux réseaux internes. Chez les Mammifères, je n'ai pas vu par sa méthode les chapelets qu'il à figurés, mais ceux-ci présentent une certaine ressemblance avec certaines préparations par la méthode de Nissl, où les blocs chromatophiles sont réunis par de minces filaments. Dans les cellules épithéliales du Lombrie, j’ai obtenu par la méthode à l'argent réduit l'aspect décrit par Cajal comme appareil de Golgi-Holmgren; il m'a semblé formé de grains de sécrétion réunis par de minces précipités artificiels d'argent; en effet certaines cellules peu imprégnées montrent des grains jaunâtres isolés tandis que d’autres plus fortement colorées présentent ces mêmes grains bruns ou noirs reliés en réseau par des ponts filamenteux d’argent réduit. Quoi qu'il en soit de cette structure, on ne saurait la comparer à la vésicule pulsatile des Infusoires, on ne voit pas quelle analogie pourrait exister entre elles deux. D'ailleurs, il me semble qu'il est inutile d'admettre dans le corps cellulaire — tant qu'on ne les y aura pas clairement vus — des appareils nourriciers ou excréteurs, les échanges cellulaires pouvant très bien s'expliquer par l’osmose et se passant vraisemblablement ainsi, dans la plupart des cellules
tout au moins. L'hypothèse de Sjôvall que le réseau de Kopsch est formé de substance myélinogène semble aussi peu justifiée; en effet, la méthode de Kopsch montre une substance semblable dans les cellules nerveuses des Pulmonés dont les prolongements sont amyéliniques et dans beaucoup d’autres cellules totalement dépourvues de myéline. De l'hypothèse de Popoff, on ne saurait rien dire, puisque les Nebenkern, idiosomes, mitochondries chondriomites, elc., ne sont pas encore clairement définis, que leur signification est aussi énigmatique que celle du Binnennetz de Golgi et que la méthode de Benda, spécifique des mitochondries, ne colore ni les réseaux de Golgi et de Kopsch des Vertébrés, ni les grains osmiophiles des Pulmonés.
Canalicules et vacuoles. — Nous avons déjà parlé de l'opinion de quelques auteurs qui avaient admis que les travées du spongioplasma (qu'ils considéraient comme une substance de soutien) étaient en continuité avec les filaments des cellules interstitielles. Depuis quelques années, divers auteurs ont décrit dans le cytoplasma des cellules nerveuses des réseaux de canalicules en rapport avec les cellules satellites ou névrogliques, ou avec les espaces lymphatiques, où même avec les vaisseaux sanguins. Nous examinerons brièvement les principaux de ces travaux.
En 1886, Adamkiewiez annonça qu'il avait découvert de nouveaux rapports entre les cellules nerveuses et les voies sanguines. En faisant des injections fines dans l'artère vertébrale de l'Homme, il avait vu les cellules des ganglions du plexus brachial entourées d'une capsule vésiculeuse à deux prolongements tubuleux; l’espace compris entre la cellule et sa capsule forme un appareil sanguin d'où partent de très fins vaisseaux qui traversent le cytoplasma et débouchent dans un sinus central baignant le nucléole, sinus qu'on considère généralement comme étant le noyau.
La même année, Fritsceh (1886), étudiant la moelle allongée de Lophèus piscatortus reconnut, dans un groupe de cellules mullipolaires colossales de la région dorsale, des vaisseaux sanguins traversant de part en part leur cytoplasma.
Ces deux observations furent oubliées, malgré l'intérêt que
DE LA CELLULE NERVEUSE. 421 présentait leur vérification, jusqu’en 1899 où parurent toute une série de travaux sur les canalicules intracytoplasmiques des cellules nerveuses.
Holmgren signala, en 1899, et continua d'étudier depuis (1899-1904) des canalicules du cytoplasma qu'il appela canalicules du suc, Saftkanälchen, Trophospongium, et auxquels il attribua un rôle important dans la nutrition de la cellule nerveuse. Il observa d’abord les canalicules dans les cellules ganglionnaires de Lophius piscatorius, puis chez le Lapin et la Grenouille, puis chez un grand nombre de Vertébrés et d'Invertébrés, Vers, Mollusques, Crustacés. Dans les cellules nerveuses des ganglions spinaux et sympathiques des Vertébrés, il affirma l’existence de canalicules plus ou moins nombreux, limités par une paroi propre ; ces canalicules sont réunis les uns aux autres par des filaments et forment dans le cytoplasma un réseau irrégulier entourant le noyau ou bien n'occupant que les pôles de la cellule. Généralement, les canalicules sont plus fréquents et plus gros dans les régions où la substance chromatophile est abondante : ainsi, chez Acanthias, les cellules nerveuses sont riches en substance chromatophile et en canalicules; chez Æaya, elles sont pauvres à la fois des deux. Les canalicules deviennent plus nombreux et plus gros après excitation des cellules nerveuses par un courant d'induction; ils peuvent même alors apparaître dans le cylindraxe. Chez certains animaux, ils sont si abondants qu'ils forment de véritables lacunes séparant le cytoplasma en îlots.
L'interprétation qu'Holmgren donna de ses observations varia peu à peu. Dans ses premiers travaux, 1l considéra les canalicules comme des voies sanguines analogues à celles décrites par Adamkiewiez et Fritsch, puis il signala des différences entre ces formations : absence dans les canalicules d'hématies, de parois nettes, de continuité avec les vaisseaux; il les compara alors aux formations décrites par Nageotte et Ettlinger et par Nélis dont nous parlerons plus loin. Les parois des canalicules furent d’abord affirmées, puis moins nettement certifiées. La communication des canalicules à l'extérieur fut primitivement admise
avec des voies lymphatiques puis avec des prolongements canali-
culés de la capsule cellulaire, puis enfin avec les prolongements des cellules satellites ou névrogliques voisines. Finalement, Holmgren, pour rendre compte de ces faits, proposa sa théorie du Trophospongium. D'après cette théorie, toutes les cellules se divisent en deux groupes : celles d’une haute dignité physiologique et très hautement organisées, véritables organismes composés, dont la nutrition est confiée à d’autres cellules d’une faible dignité physiologique, et ces dernières, sans organisation trophique. Dans les cellules nerveuses des Invertébrés, les formations canaliculaires sont dues à des prolongements des cellules de névroglie; chez les Vertébrés, les cellules nerveuses des ganglions spinaux sont pénétrées par les prolongements des cellules de névroglie ou d’autres cellules interstitielles. Le réseau de canalicules intra-cytoplasmiques a un rôle nutritif; il sert à la pénétration des substances alimentaires et à l'évacuation des produits de désassimilation, d’où le nom de Trophospongium que lui donne Holmgren. Cette organisation nutritive du eytoplasma n'est pas spéciale aux cellules nerveuses ; on la retrouve dans les cellules sexuelles, glandulaires, ete.
Les observations d'Holmgren furent confirmées par divers auteurs et sa théorie acceptée par certains.
Dès 1899, Stuaniëéka observa des canalicules dans les cellules ganglionnaires spinales et dans celles d'origine du trijumeau chez Petromyzon, Myxine, etc. Il admit que les canalicules décrits par Holmgren sont formés par la confluence de vacuoles irrégulières ; ces canalicules, richement ramifiés, s'ouvrent dans de grosses alvéoles irrégulières et arrivent souvent à la surface de la cellule; ils pénètrent parfois dans le noyau à travers sa membrane; certains sont lisses, d’autres irréguliers; ils ont quelquefois une membrane propre; ils renferment un liquide identique à celui des espaces péricellulaires avec lesquels ils communiquent; les cylindraxes des grosses fibres présentent des canalicules très fins et réguliers. Dans un nouveau travail, publié en 1900, Stuanièka abandonna sa manière de voir et se rallia à l'opinion de Holmgren que les canalicules ne se forment pas dans la cellule mais proviennent de l'extérieur. A côté des gros canalicules à parois propres qu’il considéra comme des
DE LA CELLULE NERYEUSE. 123 canalicules de Holmgren, Studniéka en distingua d’autres plus fins, sans parois propres, qui seraient des formations comparables au réseau de Golgi. Il vit chez Lophius piscatorius une relation très étroite entre ces canalicules et le centrosome qu'ils entourent.
Bethe (1900) observa par sa méthode, dans les cellules nerveuses des ganglions spinaux du Chien, des canalicules traversant le cytoplasma de part en part. Ces canalicules sont semblables à ceux d'Holmgren, mais ne présentent pas de parois propres, l'aspect de parois étant dû à une coloration plus intense du cytoplasma voisin; ces canalicules ne sont pas en communication avec des vaisseaux sanguins et ne peuvent être identifiés au réseau de Golgi; parfois, le même canalicule traverse successivement plusieurs cellules.
Donaggio (1900) observa des canalicules sinueux et anastomosés dans diverses cellules nerveuses du Chat; ces canalicules occupent la périphérie du cytoplasma et ne sont pas en continuité avec les vaisseaux extracellulaires. Donaggio admit l’existence d’un espace périnucléraire où arrivent les canalicules et qui correspondrait probablement à la description d'Adamkiewiez.
Kolster (1900) chez Petromyzon, Sjôbring (1900), Sjvan1(1901) chez le Hérisson confirmèrent l'existence des canalicules.
Stohr (1901) admit que les canalicules ont des parois propres; Smirnow (1901) les observa chez un embryon humain de quatre mois et reconnut qu'ils n'ont pas de parois propres et qu'ils s'ouvrent dans des fentes Iymphatiques; Pugnat (1901) les vit naître dans la zone périphérique des cellules nerveuses de l'embryon de Poulet au onzième jour d’incubation, sous forme d'espaces clairs, sinueux, vacuolaires et nota qu'ils apparaissent en même temps que la substance chromatophile; il les considéra comme produits par la pénétration dans le cytoplasma de fines ramifications de capillaires lymphatiques.
Bochenek (1901), sans accepter la théorie de Holmgren, confirma ses observations sur les cellules nerveuses d'Helix pomalia.
Fragnito (1901) appliqua les observations de canalicules à sa théorie de l’origine polycellulaire de la cellule nerveuse. Pour
lui, les cellules nerveuses adultes sont formées par la fusion de plusieurs cellules embryonnaires, le noyau de l’une (neuroblaste primaire) devenant le noyau définitif, les noyaux des autres (neuroblastes secondaires) se transformant en substance chromatophile. Les canalicules de Holmgren représenteraient les intervalles séparant les éléments primitifs et pourraient renfermer des filaments de neurosponge et des capillaires sanguins et lymphatiques.
Solger (1902) décrivit, dans les cellules nerveuses du lobe électrique de la Torpille, des canalicules s’ouvrant ça et là dans les espaces péricellulaires et renfermant souvent des filaments très colorables.
Pewsner-Neufeld (1903) reprit l'étude des canalicules dans les cellules de la moelle épinière de divers Mammifères, Rat, Cobaye, Bœuf. Elle observa que les canalicules occupent une portion quelconque du corps cellulaire et sont visibles dans les prolongements protoplasmiques; ils peuvent être d'une taille variable, indépendants ou anastomosés ; ils n'ont pas de parois propres et sont sans rapports avec les cellules voisines; ils ne sont donc pas formés, comme l’admet Holmgren, par des prolongements cellulaires mais constituent des lacunes remplies de liquide dépendant du système lymphatique de la moelle.
Ramon y Cajal (1903), dans son très important travail sur l’imprégnation argentique des cellules nerveuses, parle incidemment des structures décrites par Holmgren. Dans les cellules de l'écorce cérébrale, il a vu un réseau formé de trabécules robustes, moniliformes, flexueuses, formant des mailles irrégulières. Chez le Lombric, il observe un réseau formé de parties renflées reliées par des tubes étroits et flexueux:; il le nomme appareil de Golgi-Holmgren. Ce réseau n'est jamais en contact avec la surface cellulaire ni avec le noyau; il varie avec la taille des cellules et peut-être aussi avec leur état fonctionnel. J'ai déjà parlé de l'appareil décrit par Cajal dans les cellules épithéliales du Lombric.
Henschen (1904) observa des canalicules dans les cellules des ganglions symphatiques de l'Homme, mais sans admettre la théorie du Trophospongium de Holmgren.
Bergen (1904) distingua des canaux irréguliers en forme de fentes s’ouvrant à la surface de la cellule, sans connexions avec l'appareil réticulé, inconstants mais pas toujours artificiels, correspondant en partie aux tubes de Nansen, à l'état spirémateux de Nélis, aux canaux de Holmgren et de Bethe, et des canalicules sans communication avec la surface cellulaire, provenant probablement de la transformation de filaments pleins, qui ne sont ni un trophospongium, ni des canalicules du sue, mais ont probablement une signification fonctionnelle car ils naissent et disparaissent tour à tour.
Passek (1904), par une méthode spéciale, observa des canalicules non seulement dans le cytoplasma, mais aussi dans le noyau des cellules nerveuses.
Carrier (1904) considéra les fentes et vacuoles comme des artifices de préparation ne pouvant « apparaître que dans des cellules altérées dont le protoplasma a subi l’imbibition cadavérique ou est le siège d'un processus plus ou moins avancé de dégénérescence ».
Athias (1905) dit dans son « Anatomia da Cellula nervosa » qu'il n'a jamais observé la pénétration dansles cellules nerveuses de prolongements des cellules intracapsulaires ou du tissu interstitiel et il ne se prononce pas sur la théorie du 7rophosponqium.
Economo (1906) a signalé des boyaux intracellulaires revêtus d'un prolongement du réseau externe de Golgi et renfermant parfois des noyaux névrogliques. Ces boyaux peuvent traverser la cellule de part en part et seraient dus au développement inégal de la cellule. Economo à également vu des vaisseaux sanguins dans les cellules nerveuses.
Hugo Merton (1907) a décrit dans les cellules nerveuses d’un Mollusque, Tethys leporina, un réseau intracytoplasmique de minces filaments ayant de rares liaisons avec la névroglie, faisant vraisemblablement partie de la substance cellulaire et ne se liant que secondairement avec la névroglie.
Cajal (1907) est revenu sur la question de l'appareil de Golgi- Holmgren et l’a décrit et figuré dans diverses cellules nerveuses d'embryons de Vertébrés. Cet appareil, formé de renflements
récnis par de minces filaments, ressemble à certaines préparations de corps chromatophiles et n’a qu'une lointaine analogie avec le réseau de Golgi et les canalicules de Holmgren.
Quelles que soient les légères différences de détail dans Ja description des canalicules intracytoplasmiques, un si grand nombre d'observations entraînerait notre conviction que le réseau de Holmgren existe si, à côté de ces travaux purement morphologiques, il n’y avait pas un plus grand nombre encore de descriptions de canalicules intracytoplasmiques dans la littérature médicale. Le nombre des observations de pénétration de la cellule nerveuse par des éléments étrangers dans divers états pathologiques est considérable; les publications récentes de Marburg, Esposito, Cerletti et surtout celle de René Sand permettent de les connaître sans avoir à les rechercher dans les multiples recueils où elles sont disséminées. Je citerai ici les principales, renvoyant pour les détails et les indications bibliographiques au travail de René Sand (1906).
Dès 1871, Wyss observe dans un cas d'herpès zoster des globules du pus qui s’'accolent aux cellules nerveuses du ganglion de Gasser et y creusent des encoches. Polaillon et Nepveu (1812), Foaet Colomiatti(1872), Lubimoff (1874), Benedict (1874), Sikorski (1874) observent dans différents cas pathologiques un grand nombre de cellules accolées étroitement à la cellule nerveuse qu’elles semblent attaquer.
En 18175, Popoff décrit avec soin la pénétration dans les cellules de l'écorce cérébrale de noyaux libres qu'il considère comme des leucocytes; il observe ce fait dans la fièvre typhoïde, le tÿphus exanthématique, la sclérose cérébrale, l’encéphalite traumatique, et le reproduit expérimentalement chez le Lapin par traumatisme cérébral.
Arndt (1875) dans la paralysie générale, Kolesnikoff (1875) dans la rage, Wassilief (1876), Iwanowsky (1876) dans Le typhus exanthématique, Coats (1871) dans la rage, Angelucci (1877 dans la myélite et la paralysie générale, confirment l'accumulation d'éléments cellulaires autour de la cellule nerveuse et leur pénétration dans son cytoplasma.
Le duc Charles de Bavière (1871) admit que la présence de
nombreux noyaux autour de la cellule nerveuse n'est pas pathologique et l'observa chez un décapité et chez un Homme tué d'un coup de poignard. Blaschko (1880) arriva aux mêmes conclusions.
Stricker (1880) et Unger (1880), à propos d’encéphalite traumatique chez le Lapin, émirent cette hypothèse que les noyaux observés dans le cytoplasma nerveux sont produits par le bourgeonnement nucléaire de la cellule nerveuse.
Tizzoni (1889) observa des leucocytes dans les cellules nerveuses médullaires d’un Lapin auquel on avait enlevé les capsules surrénales.
Une certaine incertitude sur la nature pathologique de ces formations provenait de ce qu'on ne distinguait pas nettement la nature des cellules entourant la cellule nerveuse, ni souvent la disposition physiologique et l'accumulation et la pénétration pathologiques de ces éléments. Les observations suivantes précisèrent la nature et le rôle des éléments satellites.
Weigert (1890) arriva à cette conclusion qui éclaire d’un jour nouveau la question des canalicules intracellulaires : « Lorsque du tissu nerveux disparaît, pour quelque cause que ce soit, toujours la névroglie réagit par une prolifération nucléaire et fibrillaire. » Nissl (1894) confirma la loi de Weigert et l'énonça d'une manière plus précise et plus générale : « Lorsqu'une cellule nerveuse, atteinte directement par un agent nocif, subit une transformation régressive, c'est la règle que les cellules de névroglie environnantes présentent une transformation progressive. »
Valenza (1895), en cautérisant le lobe électrique de la Torpille, vit des leucocytes sortir des vaisseaux sanguins, pénétrer dans les cellules nerveuses, y creuser des vacuoles et finalement les détruire; il distingua ces cellules des cellules satellites normales.
Claude (1896) dans des myélites,.Marinesco (1896) dans le tétanos et le botulisme virent des cellules névrogliques hypertrophiées et multipliées pénétrer dans le cytoplasma nerveux. Marinesco, comparant cette action des cellules névrogliques à une phagocytose, lui donna le nom de neuronophagie.
Nageotte et Ettlinger (1898), dans les cellules médullaires et
corticales de Chiens intoxiqués par le venin de Vipère, l'iodure de potassium, la toxine tétanique ou par extirpation des reins ou des capsules surrénales, observèrent des fentes allongées ou losangiques, parfois recourbées ou sinueuses et, ne les ayant pas retrouvées chez des animaux sains, ils les considérèrent comme pathologiques.
Robertson (1897), puis Hoche (1899), Bevan Lewis (1899), Nissl (1899) affirmèrent le pouvoir phagocytaire de la névroglie. Nissl même déclara que la névroglie: joue dans le système nerveux le même rôle que les leucocytes dans les autres tissus.
Nélis (1899), étudiant les lésions histologiques de la rage expérimentale, vit dans les cellules nerveuses les plus diverses un aspect spécial qu'il nomma état spirémateux du protoplasma : dans ces cellules, on observe des fentes présentant l'aspect de cordons, de bandes, de boyaux intracytoplasmiques. Cet aspect spirémateux, très rare à l’état normal, devient plus fréquent non seulement dans la rage mais encore dans le tétanos, l'empoisonnement par l’arsenic, le trional, etc. Nélis le considère comme une structure normale devenant plus évidente sous l'influence d'actions pathologiques ou physiologiques inconnues.
Marinesco (1900), reprenant les idées de Weigert et de Nissl, admit un balancement, un antagonisme entre les cellules nerveuses et névrogliques, la neuronophagie se produisant dès que la substance achromatique de la cellule nerveuse est lésée. Bonome (1901) développa les mêmes idées.
Remarquons que c’est justement à cette époque qu'Holmgren émettait sa théorie du Trophospongium, complètement opposée à celle-ci.
Crocq (1900) soutint que la neuronophagie n'est produite que par les leucocytes et les cellules endothéliales; De Buck et De Moor (1900), qu'elle n’est causée que par les leucocytes.
Van Deurme (1901) nia la neuronophagie: sa théorie, plus proche de celle de Holmgren, fut que les cellules nerveuses exerceraient pendant leur activité une chimiotaxie positive sur les leucocytes qui leur serviraient de nourriture. Kronthal (1902) admit cette hypothèse qui appuie sa théorie que les cellules nerveuses sont formées d’amas de leucocytes.
Niss1 (1902) revint sur sa théorie du rôle phagocytaire de la névroglie et admit qu'elle n’exerce pas cette fonction à l’exclusion des leucocytes.
Valente (1902) signala un aspect semblable à l'état spirémateux de Nélis chez un Macaque mort de péritonite.
Marburg (1902) distingua deux sortes de neuronophagies. La neuronophagie primaire, processus actif et inflammatoire, est produite par une prolifération des cellules satellites qui étouffent la cellule nerveuse; la neuronophagie secondaire est consécutive à la mort de la cellule nerveuse; elle peut s’observer même chez des êtres sains.
Esposito (1902) montra que les neuronophages ne présentent jamais d'enclaves provenant des cellules phagocytées et qu'ils agissent donc par leurs diastases produisant la neuronolyse plutôt que par neuronophagie. De Buck (1902) soutint la même idée à laquelle se rallia Marinesco.
Mencl (1903) vit des lymphocytes ayant pénétré jusque dans le noyau des cellules nerveuses du lobe électrique de Torpilles saines.
Cerletti (1903) constata que les noyaux névrogliques, normalement accolés à la cellule nerveuse, augmentent de nombre et pénètrent même dans le cytoplasma pendant divers états pathologiques. Cependant, le plus souvent, les cellules nerveuses s’altèrent sans présenter de pénétration de cellules névrogliques.
Held (1903) admit que la névroglie entoure les cellules nerveuses et les gaines vasculaires et qu'elle joue un rôle Iymphatique, transportant les sucs nutritifs et les déchets. Cette hypothèse essaie de concilier les théories d'Holmgren et de Marinesco.
Marinesco (1904) confirma ses observations de neuronophagie et se rallia à l’idée d'Esposito que les cellules névrogliques détruisent les cellules nerveuses non par phagocytose mais par histolyse.
Cajal (1906) émit cette hypothèse que les cellules conjonctives et satellites des ganglions cérébro-spinaux el sympathiques auraient un rôle analogue à celui des ostéoclastes; elles favoriseraient la formation et la croissance des neurofibrilles en faisant
de la place aux neurones. Normalement, la cellule nerveuse sécréterait une substance qui empècherait la multiplication de ces éléments; la cellule lésée, ceux-ci proliféreraient et envahiraient la cellule nerveuse.
René Sand (1906), dans un long travail où j'ai recueilli ces citations, travail qui résume l'observation de 72 cas pathologiques personnels et renferme une bibliographie de 329 publications relatives à la névroglie et à la neuronophagie, arrive aux conclusions suivantes : « Il faut distinguer : 4, la présence de cellules névrogliques satellites autour des neurones; c'est là un phénomène normal; D, la multiplication anormale de ces noyaux auxquels viennent, dans des cas rares, s'ajouter des leucocytes : infiltration ou gliose péricellulaire; €, la pénétration de cellules satellites ou de leucocytes dans la cellule nerveuse : c'estce qu'on a appelé la neuronophagie, terme impropre comme nous le verrons.
« La neuronophagie est plus rare qu'on ne l’a cru, la pénétration n'étant souvent qu apparente.
« Elle n’atteint jamais une cellule nerveuse saine et elle est, comme la multiplication des noyaux névrogliques péricellulaires, secondaire où à la fois primaire et secondaire. Le premier cas est réalisé isolément à l’état normal. Le second suppose deux conditions : 4, lésions de la cellule nerveuse ; #, multiplication active des cellules névrogliques.
«La neuronophagie primaire se rencontre dans l'inflammation, la sclérose, la dégénérescence du tissu nerveux. Elle manque dans ces états si les cellules nerveuses sont peu altérées ou si la névroglie n'est pas susceptible de proliférer. Elle peut done faire défaut, même si la substance achromatique de la cellule nerveuse est totalement détruite.
« Les altérations des cellules nerveuses et névrogliques n'étant pas spécifiques, la neuronophagie ne saurait l'être non plus.
« La neuronophagie est donc loin d'être le seul mode de disparition des cellules nerveuses. Celles-ci d'ordinaire se dissolvent graduellement, sans intervention d'aucun élément étranger.
« La neuronophagie par la névroglie est la règle; exceptionnellement, des lymphocytes, plus rarement encore des mononu-
cléaires, des polynucléaires ou des Plasmazellen viennent se joindre aux éléments névrogliques.
«La neuronophagie est un procédé de cicatrisation du tissu. Sy ajoute-t-11 de l'histolyse? Le fait est possible, mais rien ne le prouve. Ce n'est, en tout cas, pas un phénomène de phagocyltose. »
J'ai tenu à citer longuement les conclusions de René Sand parce qu'elles me semblent mettre au point la question de la neuronophagie chez les Vertébrés. Si elles s’éloignent des hypothèses exclusives des neuronophagistes, elles sont également en contradiction avec les théories des trophospongistes.
Depuis l'apparition de ce mémoire quelques travaux ont encore été publiés.
Laignel-Lavastine et Roger Voisin (1906), étudiant divers cas de démence sénile, de méningite, de maladies infectieuses, de rage expérimentale, n'ont pas observé de neuronophagie proprement dite et admettent que les cellules névrogliques pénétrant dans la cellule nerveuse la détruiraient par simple compression sans phénomènes de digestion.
Manouélian (1906), dans la rage, a observé une véritable neuronophagie des cellules nerveuses par des macrophages qui les englobent, les dévorent et les digèrent.
Nageotte (1907), étudiant les greffes des ganglions rachidiens, a vu les cellules nerveuses mortes phagocytées par les cellules satellites de Cajal : ces dernières attaquent la cellule nerveuse morte en y creusant un réseau de galeries qui lui donnent un aspect vermoulu; puis le protoplasma nerveux se morcelle et ses fragments ainsi que le noyau sont englobés et digérés dans les cellules de Cajal; Nageotte suppose que le réseau de galeries se forme dans un réseau de canalicules préexistants, ou dans un trophospongium produit par les prolongements des cellules de Cajal, ou bien encore dans une substance disposée en réseau dont les cellules de Cajal sont particulièrement avides.
Nous voici donc en présence de deux groupes de travaux : les uns, morphologiques, admettant l'existence de canalicules dans les cellules nerveuses normales, les autres, pathologiques, signalant leur existence seulement après des lésions de la cellule.
A ces deux ordres d'observations se rapportent deux hypothèses, l’une, celle de Holmgren, supposant que ces canalicules sont nutritifs, l’autre, celle de N'issl et de Marinesco, admettant qu'ils sont destructeurs de la cellule nerveuse.
Les canalicules intracytoplasmiques existent-ils” Sont-ils de vrais canalicules, ou des vacuoles, ou des lacunes? Sont-ils morphologiques ou pathologiques? Quel rôle jouent-ils dans la cellule? Autant de questions auxquelles nous essaierons de répondre successivement.
Dans les cellules nerveuses des Vertébrés, aucun auteur n'a revu les voies sanguines décrites par Adamkiewiez et par Fritsch, et l’on peut penser très vraisemblablement qu'il s'agit là d'une erreur d'observation ou d'interprétation des coupes microscopiques.
Je n'ai jamais observé dans les cellules nerveuses des Mammifères de réseau de canalicules semblable à celui qu'Holmgren a décrit. Athias dit d'ailleurs très Justement à ce sujet qu'aucun auteur n’a confirmé jusqu'ici chez les Vertébrés les descriptions d’Holmgren : « Isto faz suppôr que o trophospongio à uma disposicäo que pertence exclusivamente as cellulas nervosas dos Invertebrados e que se nào estende, como este histologista pretenda, as dos Vertebrados. E mesmo nos Invertebrados, näo foram ainda sufficientemente confirmados as observacôües que Holmgren diz ter feito. »
Ce que l’on voit assez souvent dans le evtoplasma des cellules nerveuses des Vertébrés, ce sont des vacuoles et, parfois aussi,
des lacunes irrégulières. Les vacuoles, généralementsphériques,
Co
sont de deux sortes, les unes contiennent un liquide hyalin, les autres renferment une cellule étrangère et semblent causées par celle-ci. Les premières peuvent être artificielles; nous parlerons plus loin de diverses causes qui peuvent les produire; le plus souvent, elles sont réelles'. Elles apparaissent fréquemment
1. La vacuolisation des cellules nerveuses est bien connue : presque tous les auteurs qui ont fait des recherches d’histo-physiologie l'ont signalée. Van Gehuchten et Nélis (1898) la considéraient comme appartenant à un type spécial de cellules. Cox (1898) la signala dans les cellules ganglionnaires normales. Juliusberger (écrivit une dégénérescence vacuolaire. Lugaro (1900) admit une dégénérescence kystique par réunion des vacuoles et l'attribua à une stase lymphatique endocellulaire produite par loblitération des canalicules de
DE LA CELLULE NERVEUSE. 133 après une activité physiologique prolongée et dans certains élats pathologiques. Nombre d'auteurs ont déjà signalé leur présence dans des cellules nerveuses fatiguées ou lésées; je les ai retrouvées chez des Chiens subissant l'inanition ou l’insomnie prolongées. On les a même considérées comme un mode particulier de dégénérescence, la dégénérescence kystique.
Des vacuoles renfermant une cellule étrangère à la cellule nerveuse ont été observées trés fréquemment dans divers états pathologiques et surtout infectieux. J'ai déjà cité précédemment un grand nombre de travaux sur ce sujet et ne puis qu’accepter. les conclusions de René Sand que cette pénétration n'atteint jamais une cellule nerveuse saine. Je ne l'ai observée que dans des états graves de fatigue, d’inanition ou d'intoxication. Athias (1906), qui en a vu quelques exemples chez des animaux sains, dit : « Du fait d’avoir rencontré des cellules nerveuses vacuolisées chez des animaux qui se présentaient à l'état qu'on est convenu d'appeler normal, chez lesquels on ne constatait aucune manifestation morbide ni aucune lésion macroscopique des organes internes, je ne veux nullement conclure que le phénomène dont il s'agit soit normal dans les cellules nerveuses. La formation de vacuoles dans ces cellules, de même que toutes les autres altérations qui frappent souvent d’autres éléments lels que les ovules par exemple, doivent être, à mon avis, regardées comme des altérations pathologiques pour les éléments qui en sont atteints, car elles entraînent forcément chez eux des troubles plus ou moins profonds de la nutrition et du fonctionnement et en déterminent souvent la destruction complète. La pénétration de leucocytes à l’intérieur des cellules nerveuses est également à considérer comme un mode de destruction de ces cellules, qui se passe rarement chez les organismes jouissant d’une bonne santé, plus fréquemment lorsqu'ils sont malades. »
Quelquefois, dans certaines cellules nerveuses, j'ai observé
Holmgren. Nélis (1899) observa une vacuolisation des cellules ganglionnaires spinales dans la rage expérimentale et considéra ce fait comme pathologique. Mencl (1901) signala des vacuoles dans les cellules nerveuses du lobe électrique de la Torpille. Athias (4905) en vit dans les ganglions spinaux de Mammifères. d’aspect normal.
des fentes, des lacunes irrégulières, situées surtout dans le cytoplasma périphérique et ouvertes à la surface de la cellule. Cet aspect est, je crois, le plus souvent artificiel, car on l'obtient bien plus fréquemment avec des réactifs déformant les cellules qu'avec d’autres; il semble aussi parfois dù à des chapelets de vacuoles s'ouvrant les unes dans les autres. La rareté et l'inconstance de ces fentes périphériques me font leur refuser toute valeur morphologique et tout rôle physiologique dans la cellule. Restent les cellules vermoulues de Nageotte. M. Nageotte a bien voulu me montrer ses préparations et j'ai pu constater l'aspect très curieux des cellules creusées de galeries ; mais cette canaliculisation ne se produit que dans des cellules mortes et je ne crois pas qu'admettre à l'état vivant normal des voies préformées mais virtuelles, canalicules ou prolongements des cellules de Cajal, ou une substance directrice, attractive, soit une explication définitive de ce phénomène.
En résumé, mes observations sur les Vertébrés m'amènent à cette conclusion : Les voies sanguines intracellulaires n'existent pas; le réseau complexe, lymphatique ou névroglique, d'Holmgren n'est pas visible; les vacuoles intracellulaires sont dues à une activité physiologique très prolongée; les vacuoles renfermant des cellules étrangères sont pathologiques.
Je n'oublie pas que ce travail est consacré à la cellule nerveuse des Pulmonés, mais il était nécessaire d'établir d'abord ce que l'on à décrit et ce que l’on voit chez les Vertébrés, qui ont toujours été l’objet du plus grand nombre de travaux.
Holmgren {1900) dit qu'il « ne peut citer aucune espèce d'animal où l’on puisse mieux voir la nature des Sa/ftkanälchen » que chez Helix pomatia, et c'est dans la publication où il les décrit qu'il émet sa théorie du Trophospongium et de la dignité physiologique des diverses cellules.
Nous citerons d'abord ses observations et les confirmations qu’elles ont reçues, puis nos propres constatations.
Holmgren (1900), fixant les cellules nerveuses ganglionnaires d'Helix pomatia par le sublimé picrique et colorant les coupes par l'hématoxyline au fer-saurefuchsin-orange, observe les faits suivants : Souvent, les grosses cellules nerveuses sont entourées
par un tissu lâche qui est formé de cellules à petit noyau et richement ramifiées. En divers points de la surface des cellules nerveuses, des prolongements provenant des ramifications des cellules interstitielles pénètrent plus ou moins profondément dans le cytoplasma; ces prolongements se ramifient en branches de plus en plus fines qui se soudent de manières variées. En certains points on peut trouver des cellules interstitielles étoilées dont les prolongements entourent la cellule nerveuse sur une grande étendue: de ces prolongements partent des ramifications qui pénètrent dans le cytoplasma. Les prolongements du tissu interstitiel ont une prédilection pour la région située entre le noyau et le cône d’origine, ils se trouvent aussi sur le cône d'origine qu'ils pénètrent, dans le cylindraxe, ils sont parallèles aux neurofibrilles. Holmgren fait suivre cette description de l'exposé de la théorie du Trophospongium. Il ajoute : je recommande à ceux qui doutent de ces faits cette étude; la structure dont il s’agit ne se montre nulle part aussi schématique, claire et indubitable.
Bochenek (1901), sans souscrire aux déductions théoriques d'Holmgren, confirme sa description et y ajoute quelques détails intéressants : la zone de cytoplasma qui délimite un canalicule est hyaline, sans aucune granulation; les grandes granulations du cône (pigment) entourent souvent au contraire les canaux. N'ayant pas vu de variations importantes entre les animaux observés l'hiver et l'été, Bochenek fait de ces canaux un organe stable qu'il distingue des formations décrites par Nélis et des productions plus ou moins analogues décrites chezles Vertébrés.
Cette année, Smalwood et Rogers (1908) ont observé également les canalicules lymphatiques dans les cellules nerveuses d'Helix et d'Aplysia; ils les distinguent des vacuoles qu'ils ont observées à l’état frais.
De ces observations, il faudrait encore rapprocher celles de Rohde dont j'ai déjà parlé et sa théorie de la formation des cellules nerveuses par la névroglie, et de la continuité des cellules interstitielles avec le spongioplasma (Stützgerust).
Par contre, à ces observations s'opposent celles de Mac Clure (1897), qui, ayant différencié la névroglie des cellules nerveuses,
n'a jamais vu sa pénétration; Mac Clure s'élève contre l'existence de filaments névrogliques dans le cytoplasma nerveux et en donne les raisons suivantes : rien, dans la cellule nerveuse, ne se colore comme la névroglie externe quand on emploie certaines colorations électives; on n’observe jamais de ne dans les cellules nerveuses fraîches isolées.
J'ai étudié avec grand soin cette question des canalicules et mes observations m'ont amené à distinguer les vacuoles des canalicules (1905), et à considérer les canalicules comme pathologiques (1905). Ces observations ont porté principalement sur Helix pomatia, H. aspersa, Arion rufus, mais aussi sur À. nemoralis, Zonites algirus, quelques Opisthobranches, Philine aperta, Bulla hydatis, Acera bullata, Elysia virdis et un Céphalopode, Octopus vulgaris.
Dans la zone périphérique de certaines cellules nerveuses d'animaux tués en pleine activité, on observe des vacuoles plus ou moins régulières, sans parois propres, limitées par une couche de cytoplasma peut-être un peu plus dense et plus colorable. Ces vacuoles sont plus où moins nombreuses, parfois alignées en chapelet, certaines communiquant entre elles (Fig. XIV; PI. XV, fig. 4; PI. XVI, fig. 24 et 22). Les plus externes peuvent s'ouvrir à la surface dans les espaces péricellulaires. Elles renferment une substance claire, homogène et ne contiennent aucune granulation. Elles sont sans relations avec les filaments et les noyaux névrogliques et doivent done être distinguées des canalicules intracytoplasmisques. Leur visibilité à l'état frais est la meilleure preuve de leur réalité; cependant les cellules fixées peuvent en présenter d'artificielles : c'est ainsi que des cellules riches en substance lipochrome, dont les graisses ont été dissoutes, prennent un aspect très vacuolaire, chaque amas de pigment étant remplacé sur les coupes par des trous. Les cellules passées par un solvant des graisses, xvlol, chloroforme, toluène avant traitement par la méthode de Kopscnh ou celle de Sjôvall, ont également un aspect vacuolaire artificiel, leur cytoplasma paraissant piqueté d'une multitude de petites vacuoles. Je n'ai pu observer le mode de formation de ces vacuoles, mais le fait qu'elles ne sont nombreuses que dans cer-
taines conditions, jeûne prolongé peudant l’activité estivale chez les Pulmonés, diverses intoxications chez les Opisthobranches, me font penser à les comparer à celles qu'on a décrites et que j'ai observées chez les Mammifères. Une hypothèse très plausible est qu'elles seraient liées à un état d’altération peut-être physiologique, mais en tout cas très voisin d’un état pathologique, à la frontière de la maladie, et qu'elles seraient produites par accumulation des produits de déchet de l’activité cellulaire.
Fig. XIV. — Cellule nerveuse d'Arion rufus, renfermant de nombreuses vacuoles. (Laguesse, safranine). N, noyau; v, vacuoles; g, granulations lipochromes. (Bibl. Anat., 1906). Le dessin représente les vacuoles limitées par une ligne qui n'est que le bord du protoplasma.
A côté de ces vacuoles à peu près sphériques, on observe dans certaines cellules, après fixation, des fissures, des fentes rectilignes ou irrégulières, s’enfonçant dans le cytoplasma. Certaines ne sont dues qu'à des chapelets de vacuoles déformées, mais
la plupart sont des artifices dus à une mauvaise fixation ou à
une mauvaise inclusion. J'ai déjà signalé les fixateurs qui
altèrent le plus la forme des cellules; ce sont ceux qui mon-
trent le plus souvent ces fissures intracytoplasmiques. Dans
un ganglion fixé par le liquide de Zenker, j'ai vu de ces fentes
traverser la cellule de part en part en passant dans le noyau; je
refuse de considérer de pareils aspects comme réels et de les
décrire comme des canalicules. Les fixateurs osmio-chromiques, par contre, ne montrent pas ces formations.
Nous arrivons maintenant à l'étude des canalicules de Holmgren. Ceux-ci existent réellement mais ne présentent pas tout à fait l'aspect qu'Holmgren a décrit.
Dans le cytoplasma de certaines cellules, généralement très rares, parfois plus nombreuses, des ganglions nerveux d'Helix pomatia où d’autres Mollusques, on voit quelques très minces filaments provenant d'un noyau de névroglie logé dans une
Fig. XV. — Cellule nerveuse d'Æelir pomalia montrant quelques filaments névrogliques intracytoplasmiques (Laguesse D, safranine, vert lumière). N, noyau de la cellule nerveuse; ñ, noyaux de névroglie; a, noyau de névroglie situé dans le cytoplasma nerveux; g. granulations Jipochromes (Bull. Soc. Philom., 1905).
dépression de la surface cellulaire (Fig. XV; PI. XVE, fig. 22);
ces prolongements sont simples ou ramifiés. Dans d’autres cel-
lules, les ramifications dans le cytoplasma sont plus nombreuses
et avancent plus loin vers le centre (Fig. XVI: PI. XVE, fig. 16
et 18). Enfin dans quelques cellules on voit pénétrer dans le
eytoplasma non seulement des filaments mais aussi des noyaux névrogliques; la formation névroglique à l’intérieur de la cellule nerveuse occupe alors une assez grande partie du eyto-
plasma (Fig. XVII; PI. XVI, fig. 17).
Quand je signalai ces faits à la réunion de l'Association des Analomistes (Bordeaux, 1906), MM. Benda, de Nabias, Renaut voulurent bien me faire remarquer que les canalicules de Holmgren pourraient n'avoir pas toujours l’origine que je leur
DE LA CELLULE NERVEUSE, 139 attribuais, mais être souvent artificiels. La présence dans les canalicules d'un filament en continuité avec une cellule névroglique externe est une garantie qu’il ne s'agit ni de fissures, ni de produits artificiels résultant du gonflement ou de la rétraclion des corps de Nissl. Les ramifications des filaments montrent bien qu'il ne s'agit pas de simples dépressions au
Fig. XVI et XVII. — Cellules nerveuses d’ÆAelix pomalia à filaments névrogliques intracytoplasmiques (Bouin, bleu de toluidine, éosine).
fond desquelles la névroglie se trouverait engagée. D'autres raisons : l'accumulation des noyaux névrogliques au point de pénétration, l'aspect hyalin du cytoplasma voisin sont des preuves que les canalicules ne sont pas artificiels et qu'ils sont très différents d’une fissure ou d'un plissement quelconque.
Je ne parlerai pas ici des colorations différentielles de la névroglie ni de sa structure, cette étude étant mieux à sa place auprès de celle des enveloppes de la cellule nerveuse. Je renvoie done à ce chapitre pour la connaissance des méthodes techniques qui permettent d'observer la névroglie distinctement.
Je parlerai seulement de l'aspect des cellules nerveuses envahies. Chaque fois qu'on observe des pénétrations de filaments névrogliques dans le cytoplasma nerveux, on observe également dans celui-ci une zone hyaline entourant ces prolongements; ce fait, déjà signalé par Bochenek, s'accorde mieux avec l'hypothèse d'une attaque de la cellule nerveuse qu'avec celui d’une nutrition. La zone hyaline est d'autant plus étendue que la pénétration est plus profonde. La pénétration de la névroglie est surtout abondante dans le cône d'origine de l'axone, et particulièrement dans la région des grains Hpochromes. Ce fait est peut-être dù à ce que cette région est la plus éloignée du noyau ou qu'elle manque de substance chromatophile.
L'aspect de canalicules décrit par Hoimgren n'est pas tout à fait exact; à vrai dire, on voit un filament lisse, mince, homogène, bien différent par sa réfrangibilité du cytoplasma voisin ; l'aspect de canalicules ne saurait être dù, je crois, qu à une rétraction du cytoplasma nerveux ou qu'à la réfringence du filament donnant l'impression d'un canal à double contour. Le filament est en plein cytoplasma sans aucune membrane d’enveloppe. Il part toujours, à la périphérie, d'une cellule névroglique, près de son noyau; je n'ai jamais vu les anastomoses décrites par Holmgren et formant un réseau compliqué qui suggérerait la comparaison avec les réseaux internes de Kopsch et de Golgi. Je dois dire d’ailleurs que la méthode employée par Holmgren m'a donné constamment de mauvais résultats et que les déformations qu'elle produit la rendent peu précise pour l'étude des vrais canalicules.
Un autre fait important, qui n’a pas été signalé avant moi, est l'accumulation des cellules névrogliques autour du point de pénétration du ou des filaments névrogliques. Toujours, sans ancune exception, on observe un grand nombre de cellules névrogliques gonflées, dilatées, autour du pseudo-canalicule ; dans certaines cellules, on a même l'impression d'une véritable coulée de cellules névrogliques dans la cellule nerveuse (Fig. X VID. Malheureusement, le phénomène n'est pas visible sur les cellules vivantes et je ne puis dire ni la manière dont
s'accumulent les cellules névrogliques, ni leur mode de pénétration. Quoi qu'il en soit, ce fait est intéressant car il rapproche ces phénomènes de ceux observés chez les Vertébrés dans divers états pathologiques : accumulation et gonflement des cellules névrogliques semblent toujours accompagner et probablement précéder leur pénétration.
Les canalicules de Holmgren ne sont pas visibles dans toutes les cellules nerveuses, les petites et les moyennes n’en présentent jamais ; les grandes et les énormes, que quelquefois. Dans les cellules nerveuses d’animaux sains, bien nourris, d'activité normale, on n'observe presque jamais de canalicules. Tout au plus, par ci, par là, une cellule de grande taille montre quelques courts prolongements dans la zone la plus externe de son cytoplasma. Souvent des ganglions entiers n’en ont pas un. Ce fait est important, car il montre bien que les canalicules de Holmgren ne sont pas morphologiques. D’autres raisons abondent en ce sens : les canalicules ne sont pas plus fréquents pendant l’activité estivale que pendant l'hibernation; 1ls deviennent plus fréquents pendant la chromatolyse, comme Holmgren lui-même l’a observé.
Les canalicules sont nombreux et bien développés dans les cellules nerveuses d’Helix s'asphyxiant par immersion. Si l'on plonge un Helix dans un vase plein d’eau, on observe, vers la 36°-48° heure, l'abondance des canalicules; ceux-ci augmentent de taille et de nombre jusqu’à la mort de l'animal, vers le 2° ou 3° jour suivant la saison. Ils sont contemporains de la chromatolyse intense et les deux phénomènes semblent avoir lieu simultanément. Les mêmes faits peuvent être observés chez les Opisthobranches que j'ai étudiés, placés dans l’eau douce non aérée ou dans des solutions toxiques. Le détail de ces recherches sera relaté plus loin. Chez Bulla hydatis entre autres, j'ai vu, au moment de la mort, des cellules nerveuses détruites, réduites à leur noyau, entourées de très nombreuses cellules névrogliques accolées à celui-ci. Dira-t-on qu'il s'agissait là de phénomènes nutritifs?
Je crois avoir démontré que les canalicules de Holmgren ne sont pas morphologiques, puisqu'ils sont très rares ou absents
chez des animaux sains, en pleine activité et par conséquent à échanges nutritifs intenses. S'ils apparaissent seulement dans les cellules nerveuses altérées, peut-on leur attribuer un rôle nutritif ou destructeur? Tous les faits que j'ai cités plaident en faveur de la deuxième hypothèse : la zone chromatolytique qui les entoure, leur présence dans des cellules mortes, l'accumulation névroglique dont ils proviennent, sans compter leur grande analogie avec les phénomènes de neuronophagie observés par de nombreux pathologistes, chez l'Homme et les Vertébrés supérieurs, dans diverses lésions de la cellule nerveuse. Chez les Invertébrés que j'ai étudiés comme chez l'Homme, les cellules névrogliques ne semblent pas agir par phagocytose : jamais on ne voit de débris cellulaires dans leur protoplasma; leur action semble plutôt cytolvtique; la zone hyaline qui les entoure en est l'indice; il me paraît donc vraisemblable d'admettre que les canalicules de Holmgren sont pathologiques et détruisent par histolyse les cellules nerveuses déjà lésées.
Le fait qu'un elix asphyxié pendant 36 et même 48 heures peut revenir à la vie n'est pas un argument contre ma manière de voir, car on peut observer, quoique rarement, dans certains ganglions, des nids névrogliques vides qui ont contenu très probablement une cellule nerveuse disparue.
Comment se fait-1l que de si nombreux auteurs aient observé des canalicules dans les cellules nerveuses normales et que tant de travaux aient confirmé les descriptions de Holmgren? Tout d'abord, je ne nie pas que, très rarement il est vrai, on ait pu voir des canalicules dans des cellules nerveuses d'animaux considérés comme sains. J'ai déjà rappelé l'opinion d'Athias que je partage; il n'en faut pas conclure que ce phénomène est normal; il peut être dû à une altération d'une cellule nerveuse particulière, ou à ce que l'animal considéré comme sain est en réalité dans un état pathologique non reconnu. La théorie d'Holmgren bouleversant la théorie cellulaire classique et présentant par là un grand intérêt, on s'est empressé de signaler tous les faits qui s'accordent avec elle, même s'ils sont exceptionnels.
Mais le plus grand nombre des observations de canalicules est
dû, je crois, au peu d'intérêt que les morphologistes attachent trop souvent à l'état physiologique des animaux qu'ils examinent. Je crains fort qu'on n'achète des Escargots. de provenance inconnue, par exemple, et qu'on ne les laisse plusieurs jours, plusieurs semaines peut-être, dans un bocal, avant de prendre leurs ganglions; on observe ainsi des animaux sinon asphyxiés, tout au moins inanitiés depuis fort longtemps et dans un état tout à fait anormal. On recueille, à marée basse, des animaux marins, et on les fixe plusieurs heures, plusieurs jours après, quand ils sont restés inanitiés dans une eau plus où moins altérée. On prélève les tissus à examiner chez un Mammifère plusieurs heures après la mort. Des observations faites dans de telles conditions ne sauraient avoir de valeur morphologique.
Substance chromatophile. — Je me suis efforcé dans les paragraphes précédents, d’éclaireir la question des multiples réseaux qu'on à décrits dans la cellule nerveuse, j'essaierai dans les suivants de préciser ce que l’on sait des nombreuses granulations cytoplasmiques. La substance chromatophile étant de toutes la plus importante et la mieux connue, je l'examinerai tout d'abord.
La substance chromatophile a reçu de nombreux noms des auteurs qui l'ont étudiée. La liste de ces synonymies a été établie très complètement pas Athias (1905) et je ne puis que la reproduire d’après lui : granules chromatiques (Nissi), granulations ou concrétions chromatiques (Benda), stries chromatiques (Friedmann), fuseaux chromatiques (Simarro, Quervain), granulations, filaments et bâtonnets de chromatine (Schañfer), granules etblocs chromophiles (Lenhossék), grumeaux, fuseaux et granules chromatiques (Cajal), blocs et éléments chromatiques ou chromophiles (Van Gehuchten), granulations et corpuscules de Nissl (Goldscheider et Flatau), neurochondres (Schneider), etc. Je préfère employer le nom de substance chromatophile qui ne préjuge rien ni de la forme, ni de la nature chimique de ces éléments.
1. Les observations de canalicules dans les cellules autres que les nerveuses me semblent avoir la même cause.
J'étudierai d'abord la substance chromatophile chez les Vertébrés où elle est le mieux connue, puis chez les Pulmonés où elle n’a été l’objet que d’un petit nombre de travaux. Je décrirai d'abord son aspect, ses réactions colorantes, chimiques. puis ses variétés morphologiques, ses variations embryogéniques et physiologiques, enfin les hypothèses qu'on a faites sur son rôle dans la cellule.
La même question se pose pour la substance chromatophile que pour toutes les autres substances non visibles dans la cellule nerveuse vivante. Existe-t-elle sous une forme figurée? Ou bien précipite-t-elle par coagulation pendant la fixation? Kronthal (1890) la considère comme un produit de destruction post mortem des neurofibrilles; il n'y a pas lieu de s'arrêter à cette opinion, puisque nous verrons que Collin a pu mettre en évidence, successivement dans la même cellule, le réseau neurofibrillaire et la substance chromatophile, et que sur des coupes fixées à l'alcool ou au formol on peut, à volonté, colorer la subslance chromatophile ouimprégnerlesneurofibrilles. Held (1895), Fischer (1896), Bonne (1896) admettent que les blocs, les granules chromatophiles ne sont que les produits de coagulation, dus aux fixateurs, d'une substance dissoute dans le plasma vivant. Dogiel (1896) fait remarquer que l'invisibilité dans la cellule vivante n’est pas une preuve de non-existence, mais peut être due à une réfrangibilité semblable à celle du reste du cytoplasma. Held, au contraire, admettant que la substance chromatophile est soluble dans les alcalis, insoluble dans les acides, pense qu'elle se précipite après la mort quand la cellule devient acide; en effet, il provoque la précipitation et fait apparaître les granules aussitôt après la mort en baignant la cellule dans de l'acide acétique à 1/10 000°. Cette hypothèse de Held que la cellule est alcaline in vivo, acide post mortem est fort intéressante; divers auteurs ont cherché à l’appuyer sur des faits. Langendorf et Halliburton ont vu la substance grise, toujours alcaline pendant la vie, devenir acide peu de temps après la mort; Heidenhain et Geschleiden affirment que la substance grise du cerveau est {oujours acide; Moleschott et Battichini assurent également que la substance grise du cerveau et de la
moelle est acide plus que la substance blanche; Turner (1899) admet que le tissu nerveux à une réaction acide par le tournesol et la phtaléine du phénol, alcaline par le méthylorange, qu'il contient un complexe de substances alcalines et d’autres acides et qu'on ne peut expliquer la formation post mortem de blocs chromatophiles par acidification de la cellule. Athias (4905) a vu la substance grise d'animaux variés toujours alcaline pendant les 20 ou 30 minutes qui suivent la mort, confirmant ainsi les recherches de Langendorf et Halliburton; mais, contrairement à Held, il n'’admet pas que cette alcalinité soit une raison d'admettre que la substance chromatophile est en dissolution : la réaction alcaline peut être due aux tissus insterstitiel et lymphatique, et de plus la solubilité des corps de Niss1 en milieu alcalin n'est pas prouvée.
A part ces travaux sur l’état de solution n vivo de la substance chromatophile, la plupart des auteurs admettent la présence de corps chromatophiles dans la cellule nerveuse vivante. Lenhossék (1896) a vu des granules et des blocs immédiatement après la mort, sans addition d'aucun liquide fixateur ou colorant. 1 «:: (4896), colorant cinq à dix minutes par le bleu de méthylène en solution physiologique, à vu également des granules, mais Held pense que le bleu de méthylène agit comme fixateur et les précipite. Ewing (1898) admet que les éléments chromatophiles sont homogènes pendant la vie, granuleux après la mort. Turner (1899) constata que, dans une solution physiologique de bleu de méthylène, les corps de Niss1 sont visibles immédiatement après la mort. Arnold (1900) admit qu'ils sont formés de granulations de taille variable, de réfrangibilité et de colorabilité différentes et qu'ils existent #7 vivo. Martinotti et Tirelli (1900) considèrent la substance chromatophile comme formée d’éléments semi-liquides pendant la vie. Sjôvall (1899) prétend que la substance chromatophile est formée in vivo de petits granules qui se réunissent sous l’action nocive du bleu de méthylène en granules et blocs irréguliers. Poloumordvinow (1901), examinant les cellules nerveuses dissociées aussitôt après la mortdans du sang de l'animal additionné de bicarbonate de soude et de bleu de toluidine, colore les blocs chromatophiles pendant que
des cellules vibratiles continuent de battre; il en conclut qu'ils existent in vivo et qu'ils ne sont pas facilement solubles dans les liquides alcalins. Luzzatto (1902) confirma ces conclusions. Bethe (1903) affirme avoir vu les éléments chromatophiles dans des cellules nerveuses de Grenouille sans addition d'aucun réactif. Carrier (1904) admet également que la substance chromatophile existe dans les cellules nerveuses fraîches sous la même forme qu'après action des fixateurs et colorants. Athias (1905) soutient la même opinion que les corps de Niss1 ne sont pas des produits de coagulation post mortem, et il lui donne un nouvel argument : l'absence constante de substance chromatophile dans le cône d’origine du cylindraxe.
Je n'ai jamais pu voir la substance chromatophile dans les cellules nerveuses sans addition de réactifs. Je ne sais donc pas résoudre la question de savoir si elle est /n vivo en solution ou figurée. J'ai déjà dit, dans un paragraphe précédent consacré aux considérations générales sur la structure du cytoplasma, ce qui plaide pour et contre chacune de ces deux possibilités et l'incertitude dans laquelle nous devons rester actuellement; je ne pourrais que me répéter ici. La même question se pose, en effet, pour toutes les structures non observables in vivo et c'est la raison pour laquelle j'avais réuni tout ce que l’on peut en dire dans un paragraphe spécial, placé au début de l'étude du cytoplasma.
La substance chromatophile peut être étudiée par un grand nombre de procédés. Un des plus simples est celui par lequel Nissl l'a mise en évidence. Les pièces sont fixées dans l'alcool à 96°, et les coupes colorées par une solution de bleu de méthylène additionnée de savon de Venise. L'alcool peut être remplacé par le formol, le sublimé, etc.; le bleu de méthylène par le bleu de toluidine, la thionine, le rouge neutre, ete.
Sur des coupes ainsi traitées, la substance chromatophile apparait dans les cellules sous forme de blocs et de grains dont la taille varie de 0, & 1 à 2 x et plus. La forme de ces corps est très irrégulière et semble être en rapport avec leur disposition dans la cellule et avec la forme de celle-ci. Les corps chromatophiles, quelle que soit leur taille, n’ont pas une surface lisse ;
DE LA CELLULE NERVEUSE. 447 ils présentent une série d'aspérités d'où partent, d’après Nissl, de minces filaments qui vont à d’autres corps semblables. La plupart de ces corps ont une structure spongieuse, vacuolisée, comme l'ont signalé Nissl, Lenhossék, Cajal, etc. Ils semblent même formés de très petites granulations comme l’a vu Quervain. Quels sont les rapports de la substance chromatophile avec les autres structures du cytoplasma?
Benda (1895) et Juliusburger (1896) admettent que les très fines granulations des corps chromatophiles baignent dans une substance homogène. Lenhossék (1895), Flemming (1895), Becker (1895), Marinesco (1897), Bühler (1898) soutiennent qu'elles sont réunies par une substance fondamentale ou intermédiaire. Cajal décrit les corps chromatophiles comme formés d'un réseau ou d'un système d’alvéoles de substance achromatique incrusté de granulations de substance chromatophile; le réseau achromatique se continue avec le réseau spongioplasmique; Van Gehuchten partage l'opinion de Cajal que la substance chromatophile imprègne le réseau spongioplasmique dont elle occupe les points nodaux; França, Donaggio, Athias sont arrivés aux mêmes conclusions. Par contre, Lugaro admet que la substance chromatophile se trouve entre les fibrilles et dans les endroits non occupés par le réseau de spongioplasma; Cox dit également que la substance chromatophile est indépendante des fibrilles cytoplasmiques. Mes observations, tant sur les Vertébrés que sur les Invertébrés, me font confirmer les descriptions de Cajal; la substance chromatophile est disposée aux points nodaux des mailles du réseau spongioplasmique.
Si, comme je suis tenté de le faire, on admet que le réseau neurofibrillaire n'est qu'un aspect du réseau spongioplasmique, on dira que la substance chromatophile incruste les neurotibrilles du corps cellulaire. Bethe avait admis que les neurofibrilles passent entre les corps de Nissl; Cajal, que les fibrilles primaires passent entre les fibrilles secondaires dans la substance chromatophile. Récemment Colin (1906) à pu colorer successivement dans la même cellule le réseau neurofibrillaire puis la substance chromatophile, et, en comparant Îles figures obtenues, il arrive à cette conclusion que «les grains, les fuseaux
chromatophiles se superposent exactement aux neurofibrilles à trajet longitudinal. »
J'ai déjà dit que la substance chromatophile manque autour des canalicules de Holmgren. Je puis ajouter qu'elle manque également dans les parties du eytoplasma occupées par les grains lipochromes dont il sera question plus loin.
La distribution de la substance chromatophile dans la cellule n’est pas uniforme. Dans le cytoplasma, elle est généralement plus dense autour du noyau qu’à la périphérie; elle manque totalement dans le cône d’origine, de l’axone. Dans les prolongements protoplasmiques, elle se rencontre, tandis qu'elle manque dans le cylindraxe. Ce mode de répartition est très intéressant à rapprocher du fait que l'attaque de la névroglie se fait d'abord dans le cône d’origine et que les canalicules y sont les plus fréquents, et aussi de cet autre fait que les boutons terminaux d'Auerbach ne s’observent qu’à la surface du corps cellulaire et des prolongements protoplasmiques, par conséquent dans des régions contenant de la substance chromatophile.
On s’est efforcé de préciser la nature de la substance chromatophile, soit parles méthodes histologiques, soit par les méthodes histo-chimiques.
On a reconnu qu'elle n’est pas seulement visible après action de l'alcool ou du formol, mais aussi après fixation par le sublimé, le sublimé acétique, le liquide de Gilson, celui de Carnoy !. On a pu la colorer non seulement par les couleurs d’aniline bleues et basiques mais encore par la safranine, le rouge neutre, le carmin aluné, le rouge Magenta, l'hématoxyline de Bæhmer, l'hématoxyline de Delafield. Les anilines basiques sont cependant les colorants de choix de la substance chromatophile. Est-elle uniquement basophile ? Nissl (1894), Colucci (1897), Heimann (1898) admettentqu'elleestamphophileet peut se colorer par les couleurs acides; par contre Benda (1895), Rosin (1898), Eve (1896), Cajal (1896) affirment qu'elle est exclusivement basophile; Bühler (1898) observe qu'elle est basophile mais qu'elle peut se teindre par quelques couleurs acides : rubine, rouge Bordeaux ;
1. Remarquons que tous ces liquides sont de ceux qui font apparaitre un réseau.
Levi (1896) admet que sa basophilie est faible parce que dans le mélange de Biondi elle prend la fuchsine acide et parce que la safranine la colcre peu, en opposition avec la chromatine nucléaire; Athias (1905) la considère comme basophile mais différente de la chromatine nucléaire.
Les recherches microchimiques relatives à la substance chromatophile ont surtout porté sur l’action des acides, des alcalis, la digestion peptique, l'analyse des corps simples qui entrent dans sa constitution.
Held (1895) observa qu'elle est insoluble dans les acides, l'alcool, l’éther et le chloroforme, soluble dans les alcalis et les solutions de ferricyanure de potassium et de carbonate de lithine; elle n’est pas digérée par la pepsine chlorhydrique ; Bühler (1898), Macallum (1898), Scott (1898) confirmèrent que la substance chromatophile est insoluble dans les acides; Macallum et Scott confirmèrent également qu'elle n’est pas attaquée par la digestion chlorhydro-peptique mais observèrent sa digestion par la trypsine. Bühler, Eve (1896), Ewing (1898) constatèrent sa solubilité dans les alcalis, tandis que Scott admit qu'il s’agit simplement d'une perte de sa colorabilité. Ewing nia sa solubilité dans le carbonate de lithine. Bühler la dissout dans le chlorure de sodium en solution physiologique. Bethe (1903) nia la solubilité de la substance chromatophile dans les alcalis ; iladmit que les corps de Niss1 renfermentune substance, l'acide de Nissl, qui a une colorabilité primaire par les couleurs basiques d’aniline : cet acide forme avec les alcalis des sels solubles, mais laisse intacte une autre substance de même forme que les corps de Nissl mais non colorable. Bethe nia également l'insolubilité dans les acides et la résistance à la digestion chlorhydro-peptique. Athias (1905) reconnut que la substance chromatophile n'est pas entièrement soluble dans les alcalis, mais qu'elle est insoluble dans les acides. J'ai observé que la substance chromatophile n’est plus colorable après action de l’ammoniaque sans pouvoir dire s’il s'agit d’une dissolution ou d’une perte de colorabilité; par contre, elle est insoluble dans les acides puisqu'elle est nettement visible après action d’un fixateur acide; je n'ai pas
essuvé de digestions artificielles.
Held, Macallum, Scott ont reconnu la présence du phosphore dans la substance chromatophile, Macallum et Scott celle du fer ; ils la considèrent donc comme formée de nucléo-protéides, ce que nie Bethe qui croit l'existence du phosphore non démontrée.
Le fait que la substance chromatophile estcomposée de nucléoprotéides n’entraîne pas cette conclusion qu'elle est identique à la chromatine du noyau ou qu'elle en provient. Nissl, Levi ont déjà mis en garde contre cette confusion. La réaction de la substance chromatophile au mélange de Biondi, sa faible affinité pour la safranine et l’hématoxyline au fer la distinguent nettement de la chromatine au point de vue histologique ; nous parlerons plus loin de la question de son origine, cytoplasmique ou nucléaire.
La substance chromatophile varie en quantité etcomme aspect suivant les cellules, et, dans une même cellule, suivant l’état de son développement et ses états physiologiques.
Nissl (1895) classa les cellules nerveuses des Vertébrés, d'après leur richesse en substance chromatophile, en somatochromes, caryochromes et cytochromes; les somatochromes sont pour la plupart des cellules de grande taille, elles sont riches en substance chromatophile; les caryochromes, de petites dimensions, en renferment peu; les cytochromes ou granuli, très petits éléments cellulaires, n’en contiennent pas. A ces divers groupes se rapportent diverses structures nucléaires qui donnent à cette classification une plus grande valeur morphologique.
D'après la disposition des corps chromatophiles dans le cytoplasma des cellules somatochromes, Nissl distingua quatre types distincts : 1° cellules stichochromes, à corps de Nissl allongés et plus ou moins concentriques à la surface cellulaire ; 2° cellules arkyochromes à corps de Nissl en réseau ; 3° cellules arkyo-stichochromes, intermédiaires entre les précédentes:
cellules gryochromes à fines granulations chromatophiles. Nissl admit que les différences de structure de la substance chromatophile correspondent à des différences de fonctionnement physiologique; ainsi, toutes les cellules ayant la même
structure que celle des cellules des cornes antérieures de la
moelle seraient motrices, quelle que soit leur situation topographique. Benda (1895) s'éleva contre cette hypothèse car les ceilules motrices des cornes antérieures de la moelle ont la même structure que celles des cornes postérieures ; Bühler (1898) la déclara inacceptable parce qu’elle groupe des cellules physiologiquement différentes et en sépare d'autres physiologiquement semblables. L'hypothèse de Nissl et même ses classifications n'ont qu'une valeur limitée. Certes, toutes les cellules semblables d'un même organe, pyramidales de l'écorce cérébrale, cellules de Purkinje du cervelet, etc., ont morphologiquement la même disposition de la substance chromatophile, mais on ne saurait déduire de là qu'elles ont toutes le mème rôle physiologique. Bien plus, il ne faudrait pas croire que chaque catégorie de Nissl forme un groupe de cellules bien délimité : en réalité, la disposition de la substance chromatophile dans une cellule donnée varie avec son état physiologique et l’on peut obtenir, par exemple par action d'un agent physiologique ou pathologique donné, un aspect arkyochrome ou gryochrome, des mêmes cellules.
On a étudié l’origine de la substance chromatophile dans la cellule nerveuse, son mode d'apparition, ses variations au cours du développement.
Relativement à son origine, deux théories sont en présence, celle de l’origine cytoplasmique et celle de l’origine nucléaire. Solowtzoff (1898), Bombici (1899), Marinesco (1899), Olmer (1899) Van Biervliet (1900) semblent admettre sa formation dans le cytoplasma et voientune teinte diffuse de celui-ci préeéder l'apparition des corps de Nissl. Par contre Collin à récemment (1906) soutenu l'hypothèse d’une formation nucléaire de la substance chromatophile et invoqué les arguments suivants en sa faveur : 4° les recherches de Scott (1899) montrent qu'il existe un lien génétique entre la chromatine nucléaire et la substance chromatophile eytoplasmique; 2° les observations d'émigration du nucléole hors du noyau, celles de sortie de particules chromatiques dans le cytoplasma; les caractères cinétiques du nucléole, observés par Collin lui-même pendant la période d'apparition de la substance chromatophile, semblent
démontrer l'intervention du noyau dans la différenciation des corps de Nissl. J'ai déjà parlé des sorties de substances figurées à travers la membrane nucléaire et des caractères histologiques différenciant la substance chromatophile de la chromatine. Je crois la question de son origine non encore résolue et je n'ai pas fait de recherches sur ce sujet.
L'apparition de la substance chromatophile dans le cytoplasma et ses variations pendant le développement ont été assez longuement étudiées : Solowtzoff (1898) constata, chez des embryons d'Homme, de Bœuf et de Pore, qu’elle apparaît dans les cellules des ganglions spinaux avant que dans les cellules cérébrales et qu’elle se montre dans ces dernières sur les points nodaux et les trabécules du réseau spongioplasmique. Bombici (1899), chez le Poulet, observa que le cytoplasma des cellules nerveuses se colore d'abord uniformément puis montre des fuseaux grumeleux ou fibrillaires plus colorables ; la spécificité de la substance chromatophile augmente ensuite vers la fin de l’incubation. Dall Isola (1898), chez l'embryon de Veau, vit d'abord une masse amorphe fusiforme de substance chromatophile autour du noyau, puis des amas irréguliers à la périphérie, et enfin l'aspect adulte qui est réalisé bien avant la naissance. Marinesco (1899), chez l'embryon humain, observa une substance périphérique amorphe dans laquelle apparaissent des grains puis des blocs qui s'individualisent d'abord à la périphérie. Olmer (1899) vit, chez l'embryon de Brebis, une teinte diffuse du cytoplasma puis des granulations périphériques et parfois aussi un croissant autour du noyau. Van Biervliet (1900), sur l'embryon humain, fit les constatations suivantes : dès le premier mois de vie intrautérine, le cytoplasma se teinte uniformément en bleu: vers le troisième mois, des grains et des blocs apparaissent etenvahissent le corps cellulaire de la périphérie vers le centre; la substance chromatophile dissoute persiste jusqu'à la naissance mais manque chez l'adulte; l'état de « chromolyse physiologique qu’on observe au troisième mois est à rapprocher de l'état de chromolyse expérimentale obtenu chez l'adulte par section du cylindraxe. » Fragnito (1902), de la théorie duquel j'ai déjà parlé, admet que la substance chromatophile provient de la substance
DE LA CELLULE NERVEUSE. 153 nucléaire de neuroblastes secondaires dégénérés et qu'elle apparaît autour du noyau du neuroblaste primaire sous forme de couronnes de granules. Joris (1904) confirma les observations de Van Biervliet; Besta (1904) vit l'apparition des blocs chromatophiles chez l'embryon de Poulet vers le dixième jour. Collin (1906) arrive à des conclusions légèrement différentes : les éléments chromatophiles apparaissent d’abord au voisinage immédiat du noyau puis gagnent la périphérie du cytoplasma
Je ne me suis pas occupé de cette question.
On a beaucoup étudié les variations physiologiques et pathologiques de la substance chromatophile. J'en dirai quelques mots ici, car ils nous serviront à expliquer le rôle probable que joue cette substance dans le fonctionnement de la cellule nerveuse, et de plus ils montreront la valeur exacte qu'il faut attribuer aux classifications de Niss1.
On peut obtenir une modification de la substance chromatophile allant jusqu'à sa disparition, modification que Marinesco a nommée chromatolyse, en employant des moyens très variés. Les agents mécaniques (section, écrasement, arrachement du cylindraxe), les agents physiques (excitation électrique), les agents chimiques, les agents physiologiques (activité prolongée, fatigue, inanition, insomnie), les ligatures de vaisseaux, les extirpations de certaines glandes, les injections de toxines, les infections, certains états pathologiques, etce., amènent une destruction de la substance chromatophile. De très nombreux travaux ont paru sur cette question, dont un certain nombre seront analysés dans la deuxième partie. Les corps de Nissl diminuent puis disparaissent soit en prenant un aspect granuleux, poussiéreux, soit en rendant colorable tout le cytoplasma ; les granulations perdent leur colorabilité plus ou moins vite. Nissl, Marinesco, Lugaro ont vu la chromatolyse débuter près du cône d’origine de l’axone. Elle peut se présenter d’abord dans la zone périphérique du cytoplasma ou dans la zone cen-
[. Le terme de chromatolyse avait été employé auparavant par Flemming (1885) pour désigner une modification du noyau; il aurait peut-être mieux valu choisir un autre mot pour la substance chromatophile afin d'éviter une confusion possible.
trale ou encore dans la zone intermédiaire. Marinesco a cru pouvoir attribuer la chromatolyse périphérique à une lésion primitive de la cellule, produite par action directe d'un agent nocif sur le corps cellulaire, et la chromatolyse centrale à une ésion secondaire, due à une lésion primitive produite loin du corps cellulaire (section du cylindraxe par exemple). Cette distinction semble n'avoir rien d'absolu. De plus, dans certains cas, la chromatolyse peut être diffuse ou même intermédiaire comme Étienne et Champy (1908) l'ont encore récemment observé. Généralement la chromatolyse s'accompagne d’autres modifications cellulaires telles qu'augmentation du volume cellulaire, déplacement du noyau et du nucléole, formation de vacuoles intracytoplasmiques, ete. La facilité avec laquelle on peut observer ces différents états, le peu de causes d'erreurs que présente la méthode de Nissl font que ces recherches ont été des plus fructueuses pour la connaissance des centres nerveux. La chromatolyse à été interprétée de différentes façons : Niss1 la considère comme un phénomène régressif et cette opinion est à rapprocher des observations de Van Biervliet, qui a comparé les aspects de chromatolyse expérimentale à ceux de la substance chromatophile pendant le développement; Lugaro, Marinesco l'interprètent comme une dégénérescence. Van Gehuchten (1897) la considère comme une modification cellulaire plutôt que comme une lésion ou une dégénérescence. Je pense, comme Van Gehuchten que la chromatolyse n'est pas une destruction de la cellule, car on l’observe dans des conditions physiologiques, activité prolongée, fatigue, et, de plus, les cellules en chromatolyse peuvent redevenir normales, comme je l'ai observé (1907) chez des Chiens insomniques qui ont ensuite dormi. N'ayant pas fait de recherches embryogéniques, je ne saurais dire si elle représente un retour de la cellule nerveuse vers l'état embryonnaire, une régression.
Les hypothèses qu'on à faites sur la signification physiologique de la substance chromatophile peuvent se ramener à deux : elle jouerait un rôle nutritif ou bien elle produirait l'influx nerveux.
Nissl, Lenhossék, Cajal, Van Gehuchten la considèrent comme une substance nutritive, une réserve destinée à réparer
les pertes qu'entraine l’activité de la cellule nerveuse. Frédéricq (1907) exprime la même opinion en la comparant à un combustible. Le fait qu'elleest plus abondante dans les cellules au repos, qu'elle diminue et mème disparaît pendant l'activité et la fatigue donne une grande valeur à cette hypothèse.
Bühler suppose qu'elle est une matière de réserve destinée à se décomposer après une excitation même faible pour produire une réponse énergique de la cellule nerveuse. Juliusburger (1896) admet qu'elle représente l'énergie potentielle de la cellule nerveuse. Marinesco, qui lui donne le nom de kinétoplasma, déjà créé par Prenant, lui attribue un rôle très important dans l'activité de la cellule; pour lui, elle serait une substance constamment en intégration et en désintégration, dont la haute tension chimique permettrait la production rapide de l’influx nerveux. Pugnat partage la même opinion. La structure de la substance chromatophile, sa disposition dans la cellule et sa composition chimique même — autant que nous la connaissons — plaident en faveur de cette seconde hypothèse. De plus le fait, que nous décrirons plus loin, que les boutons terminaux d'Auerbach ne s'observent qu'à la surface des régions de la cellule pourvues de substance chromatophile nous fait penser que la substance chromatophile ne joue pas simplement un rôle trophique mais bien encore un rôle cinétique. Prenant (1899), qui décrit les éléments chromatophiles sur le réseau spongioplasmique, les compare à l’ergastoplasma des cellules glandulaires ; la cellule nerveuse serait une cellule glandulaire qui sécréterait l’influx nerveux; son protoplasma supérieur (kinétoplagma) serait la condition essentielle de son activité sécrétoire.
Quelle que soit l'hypothèse que l’on adopte, trophique ou kinétique, il ne faut pas oublier que la substanceïchromatophile n’est pas indispensable à la cellule nerveuse puisque les cellules cytochromes n'en ont pas.
Chez les Invertébrés, la substance chromatophile à été beaucoup moins étudiée.
Pflücke (1895) signala l'existence de corpuscules colorables par la méthode de Niss1 dans les cellules nerveuses des Crustacés, des Insectes, des Mollusques et des Vers.
Lugaro (1896) décrivit chez Lumbricus une structure réticulée de la substance chromatophile. Apathy (1897), dans les cellules nerveuses de la Sangsue, décrivit deux zones colorables par la méthode de Nissl, formées de granules qu'il considéra comme identiques aux corps chromatophiles des Vertébrés. Cajal, chez Astacus, observa également des granules chromatophiles disposés en réseau.
Dans les cellules nerveuses des Pulmonés, la substance chromatophile n'a été décrite que par Pflücke (1895), Mac Clure (1897), Bochenek (1901), moi-même (1906) et Smalwooë et Rogers (1908).
Pflücke dit que la substance chromatophile forme des grains reliés par un réseau : autour du noyau se trouve une rangée de gros corps chromatophiles de forme triangulaire à base tournée vers le noyau.
Mac Clure observa également, dans le cytoplasma des cellules nerveuses d'Aelix pomatia, un grand nombre de petits granules colorables par le bleu de méthylène, disposés en rangées concentriques, disparaissant dans la zone d'origine de laxone, soit brusquement, soit graduellement; c'est à la présence de ces granules qu'est due la coloration du corps cellulaire toujours plus intense que celle du eylindraxe; ces granules sont également colorables par la safranine; par l'hématoxyline au fer, on peut voir non seulement les mêmes granules, mais encore des « spindles » formés par la réunion de plusieurs d’entre eux. Ces granulations chromatophiles sont homologues des corps de Nissl des Vertébrés.
Bochenek conslata que les petites et les moyennes cellules nerveuses d'Helix pomatlia ne montrent pas de substance chromatophile figurée; dans les autres cellules, la méthode de Nissl montre de petits blocs irréguliers, très nombreux dans la zone périnucléaire à laquelle ils donnent un aspect sombre, plus rares à la périphérie et dans le cône d'origine; ils manquent dans le cylindraxe; à un fort grossissement, chaque granulation est formée de grains fortement colorés et d’une substance moins colorée qui les relie. Bochenek croit que ces grains ont la même signification physiologique que les corps de Nissi des Vertébrés ;
leur aspect ne varie pas chez les animaux tués l'hiver ou l'été. Smalwoodet Rogers décrivirent chez Limax des granulations colorables situées dans des vacuoles, visibles dans les cellules vivantes, différentes morphologiquement et chimiquement des corps de Nissi des Vertébrés, mais ayant le même rôle physiologique. Leur nombre augmente l'été et diminue par la fatigue jusqu'à disparition complète.
La description de Smalwood et Rogers est tellement différente de celle des autres auteurs et de ce que j’ai observé que je me demande s'ils n'ont point confondu les grains pigmentaires avec la substance chromatophile.
Je n'ai pu voir la substance chromatophile à l’état frais. La méthode de Niss1 et les autres techniques qui mettent en évidence les grains chromatophiles chez les Vertébrés Les montrent aussi chez tous les Mollusques que j'ai étudiés. Je ne puis que confirmer les descriptions de Mac Clure et de Bochenek sur leur distribution dans la cellule. Les petites cellules sont cytochromes, elles ne montrent aucune substance figurée colorable dans leur cytoplasma; les autres sont gryochromes ou mieux arkyo-gryochromes. Les grains, très nombreux contre la membrane nucléaire, y forment une zone si colorable que souvent on ne peut étudier sa constitution; ils sont moins nombreux dans la zone périphérique où l’on reconnaît mieux qu'ils occupent les points nodaux du réseau spongioplasmique; ils s'arrêtent dans le cône d’origine du cylindraxe; ils manquent dans les régions où se trouventaccumulés des grains lipochromes (PL. XVI, fig. 15, 20). Leur mode de développement el leur origine n'ont pas encore été étudiés, non plus d’ailleurs que chez les autres Invertébrés. Comme Bochenek et contrairement à Smalwood et Rogers, je n'ai pas observé qu'ils varient pendant l'hibernation; tout au plus, la légère diminution du volume cellulaire et la faible rétraction des mailles spongioplasmiques qui en résulte font-elles paraître la cellule un peu plus colorable. La substance chromatophile peut cependant varier. Pendant l'asphyxie par immersion, les cellules nerveuses d'AHelix pomatia entrent en chromatolyse. Vers la fin du premier jour, les mailles du réseau spongioplasmique s’agrandissent, puis
les granulations disparaissent pendant que la substance comprise entre les mailles prend une légère teinte; finalement le cytoplasma perd toute colorabilité (PI. X VI, fig. 20, 21, 22). Cette chromatolyse débute généralement à la périphérie et n'atteint la zone périnucléaire que vers le deuxième jour, au moment de la mort. Elle s'accompagne de vacuolisation et de dilatation du corps cellulaire comme chez les Vertébrés. Tous les caractères histologiques et physiologiques de la substance colorable par les anilines basiques dans le cytoplasma d’ÆHelix me la font identifier à la substance chromatophile des Vertébrés.
Granulations lipochromes. — Les granulations lipochromes sont les seuls éléments figurés qu'on observe nettement dans les cellules nerveuses examinées #x vivo dans les liquides de l’organisme; ce sont donc les seuls dont on puisse affimer la présence réelle chez l'animal vivant. Elles présentent alors la même situation, la même taille que dans les cellules traitées par les réactifs histologiques. Chez l'Homme, elles sont de deux couleurs distinctes correspondant à deux sortes de pigment : jauneverdâtres ou noires; chez les Vertébrés inférieurs et les Invertébrés, on n'observe que des granulations jaune-verdâtres. Chez l'Homme, les granulations jaune-verdâtres ont les réactions des lipochromes, les granulations noires sont considérées comme formées de mélanine.
Nous étudierons d’abord les réactions, la distribution et les variations des pigments chez l'Homme, puis rapidement chez les autres Vertébrés et les Invertébrés, enfin avec soin les granulations lipochromes des Pulmonés.
Le pigment lipochrome des cellules nerveuses de l'Homme a, in vivo, une teinte jaune-verdâtre; il se colore par l'acide osmique et par les fixateurs en renfermant (liquides de Flemming, Lindsay, Laguesse, etc.), en noir où en gris sombre: il devient rouge par action du Soudan IT; ces caractères le rapprochent des graisses, mais il est peu soluble dans leurs solvants : chloroforme, toluène, xylol, ete. L'éosine le colore en rouge, le bleu de méthylène et le vert lumière en vert. Le bleu d'aniline, d'après Lenhossék, le colore en bleu, l'acide sulfu-
rique, d'après Olmer (1901), en vert. L'alcool et l’éther le dissolvent; l'acide chlorhydrique, le ferrocyanure de potassium, a'agissent pas sur lui (Athias). Ces multiples réactions ne nous fournissent pas une idée précise de la nature chimique des granulations lipochromes. Selon Colueci (1897), elles ne sont pas tou jours colorables par l'acide osmique. Marinesco (1899) n’admet pas qu'elles soient de nature graisseuse, il distingue trois sortes de granulations : les une incolores et non colorables par le procédé de Romanovsky, les autres érythrophiles, devenant rouge rubis par le même procédé; les troisièmes cyanophiles, teintes en vert ou en bleu par le même procédé et par le mélange de Biondi suivi de toluidine; les premières dériveraient des autres par perte de la matière colorante; aucune ne renfermerait de graisse en aboadance, les substances albuminoïdes dont elles proviennent ne pouvant se transformer directement en graisse. Carrier (1904) distingue également trois sortes de granulations lipochromes, les premières, jaune obscur, situées à la périphérie des amas pigmentaires, seraient en voie d'évolution, elles deviennent vertes par le bleu polychrome, rouges par la safranine, brunes par l'acide osmique, le bleu de quinoléine et la teinture d’orcanette ne les colorent pas; les deuxièmes, jaunes, souvent plus grosses que les précédentes, seraient un stade plus évolué de la formation du pigment (stade de fixité) : elles sont peu colorables par les réactifs de la graisse; les troisièmes, jaune clair ouincolores, plus réfringentes et plus grosses que les autres, seraient le terme de l'évolution pigmentaire : elles se colorent intensément par l'acide osmique, le bleu de quinoléine, la teinture d’orcanette et se dissolvent en grande partie dans le xylol et l’éther. Je n'ai pas fait de recherches particulières à ce sujet, mais j'ai pu cependant vérifier les principales réactions du pigment lipochrome que j'ai citées au début, chez un Homme de soixante-deux ans, mort d'un cancer de l’estomac'. Je me suis assuré ainsi que le pigment lipochrome n’a pasles réactions caractéristiques des graisses, sans toutefois rechercher les diverses catégories de pigment observées par Marinesco et par Carrier.
1. Observation clinique de Mignard (Ann. médico-psychol. 1908), dont je compte publier prochainement l’examen histologique.
Le pigment mélanique est beaucoup plus rare que le lipochrome; il ne s’observe que dans quelques régions du système nerveux de l'Homme : ganglions spinaux (Marinesco), noyau du preumogastrique (Pilez); il n’est fréquent que dans les cellules du locus cœruleus et du locus niger qu'il peut occuper presque entièrement. Ses réactions sont très différentes de celles du pigment lipochrome. L’acide osmique, le Soudan TI ne le colorent pas; l’éther, les acides ne le dissolvent pas; la potasse le dissout; l'eau de chlore en présence d’alcool le décolore; les colorants qui peuvent le teindre disparaissent après lavage. Sa nature chimique est donc encore plus mal connue que celle du lipochrome; on peut toutefois le rapprocher des pigments tels que la mélanine.
Le pigment lipochrome est visible dans un très grand nombre de cellules nerveuses de l'Homme, chez l’adulte et surtout chez le vieillard. Il forme généralement un amas arrondi de granulations de taille variable, à la base d’un prolongement dendritique ou, dans les cellules ganglionnaires spinales, près du cône d’origine de l’axone. De cet amas partent souvent des traînées de grains formant autour du noyau un croissant ou même un anneau. Dans la région occupée par le pigment, la substance chromatophile est absente; le réseau neurofibrillaire présente, d'après Marinesco (1905), des mailles larges à travées épaisses entourant les grains lipochromes.
Divers auteurs ont étudié le mode d'apparition des granulations lipochromes. Pilez (1895) vit qu'elles apparaissent à deux ans dans les ganglions sympathiques, à six ans dans les ganglions spinaux, à buit ans dans la moelle, à vingt et un ans dans l'écorce cérébrale; il n'en observa pas dans les cellules de Purkinje. Mühlmann (1900) vit des granulations isolées dès le troisième mois. Zappert (1904) en observa dans les cellules des cornes antérieures de la moelle dès le sixième mois de gestation. Les granulations lipochromes apparaissent d'abord isolées puis se groupent en masses qui finissent par occuper une plus ou moins grande partie du cyloplasma. Certaines cellules, telles que celles de Purkinje, n'en renferment presque jamais, et Obersteiner
(1904) divise à ce sujet les cellules nerveuses en lipophobes et lipophiles.
Dans diverses maladies chroniques du système nerveux, telles que la paralysie générale, les polyomyélites chroniques, ete., dans l'artério-sclérose, les néphrites, etc., les granulations lipochromes apparaissent en abondance dans un grand nombre de cellules nerveuses. Ce fait est considéré par beaucoup d'auteurs comme une dégénérescence sénile. Cependant, Obersteiner a observé dans certains cas, non seulement un état pigmentaire stationnaire, mais encore parfois une dépigmentation. Le pigment mélanique ne semble pas varier dans les divers états pathologiques.
Si la nature et les causes des variations des granulations lipochromes sont encore mal connues, par contre les hypothèses sur leur rôle et leur signification sont nombreuses. Beaucoup d'anatomo-pathologistes considèrent le pigment comme une dégénérescence particulière à certaines altérations cellulaires. Schäffer (1893) admit qu'il est un produit de l’activité cellulaire; Cajal qu'il est un produit de désassimilation que la cellule ne peut excréter. Colucci donna à sa formation le nom de dégénérescence jaune globuleuse; Marinesco le considéra non comme un pigment mais comme un produit de régression et l’appela granules d’involution. Obreja et Tatuses (1898) le comparèrent au deutoplasma ovulaire et lui attribuèrent un rôle nutritif. Bohn (1901) supposa qu'il apparaît quand la cellule n'est plus en état de résister aux substances loxiques par suite de l’âge ou d’un état pathologique : il représente une réaction cellulaire à une attaque chimique. Mühlmann (1901) l'interpréta comme une transformation régressive, une lésion troublant le fonctionnement cellulaire normal; Olmer (1901) ne le considéra pas comme une formation pathologique mais bien comme une réaction cellulaire à de faibles intoxications et admit qu'il peut être utilisé par la cellule; Carrier (1904) l’attribua à un produit de dégénérescence de la substance chromatophile et probablement aussi d’autres parties du eytoplasma. Obersteiner (1904) supposa qu'il est un produit du métabolisme cellulaire, probablement un résidu de la nutrition, ne provenant pas de la substance chromatophile et ne gênant pas le fonctionnement. La multiplicité de ces hypothèses montre bien que nous sommes
encore loin de connaître le rôle du pigment dans les cellules nerveuses; nous les examinerons après avoir étudié les grains lipochromes des Pulmonés.
Les recherches sur le pigment des cellules nerveuses des Vertébrés, autres que l'Homme, sont beaucoup moins nombreuses. Un fait curieux est le peu de fréquence et le petit nombre des granulations lipochromes qu'on à signalées; il tient peut-être, comme le pense Athias, à ce que nous observons généralement des hommes morts d'infections ou d’affections chroniques, à troubles de nutrition plus ou moins graves, tandis que les animaux que nous étudions sont généralement jeunes et en bonne santé. Je serai très disposé à accepter cette manière de voir, car j'ai pu remarquer, dans les cellules de l'écorce cérébrale d’un vieux Chien somnolent, une accumulation anormale de pigment comparable à celle dont j'ai déjà parlé chez un Homme de soixante-deux ans.
Chez les Mammifères, Rosin (1899) prétendit que les granulations lipochromes n'existent pas chez les petites espèces et sont rares chez les grandes; Dexler (1899) en vit chez un Cheval de neuf ans, Rothmann (1901) chez un Macaque et des Chevaux de plus de quinze ans. Olmer (1901) chez le Cheval, Mühimann (1901) chez le Cobaye arrivèrent à cette conclusion que la quantité de pigment est en rapport avec le nombre des cellules qui en contiennent et l’état de l'animal; Carrier (1904) n'en vit pas dans les cellules cérébrales du Chien et du Lapin; Athias (1905) en observa dans les cellules ganglionnaires spinales du Chat, du Cobaye, ete. Les granulations lipochromes augmentent dans les états pathologiques, comme Popoîñf (1881) puis Lugaro (1897) l’ont vu chez le Chien après empoisonnement par l’arsenie ou le plomb, Kôster (1899) chez le Lapin après intoxication chronique par le sulfure de carbone. Le pigment mélanique n'a jamais été observé.
Chez les Oiseaux, Timofeew (1898) a vu des granulations lipochromes dans quelques rares cellules. Chez un Reptile, Pugnat (1891) en à signalé dans les ganglions spinaux. Chez les Batraciens, Bataillon (1891) à vu, pendant la métamorphose, une dégénérescence pigmentaire dans toutes les cellules; Athias
(1897) à constaté que le pigment, qui existe déjà dans les neuroblastes, disparaît à la fin de la métamorphose ; ce pigment brun sombre est différent de celui qu'on peut observer dans les ganglions de l’adulte; Bühler (1898) a observé que le pigment des cellules nerveuses de Grenouille est plus abondant l'hiver que l'été. Chez les Poissons, Romano (1900) a vu dans les cellules nerveuses du lobe électrique de la Torpille des granulations qu'il pense être de nature graisseuse et servir à opposer une grande résistance aux courants électriques.
Les granulations lipochromes des Invertébrés n’ont provoqué qu'un petit nombre de travaux. Nansen (1887) signala un pigment jaune dans certaines cellules d’'Invertébrés ; chez Patella, les grains jaunes du cytoplasma seraient dus à la coagulation d'une substance homogène ; ils seraient analogues à l'hémoglobine et contiendraient de la graisse; Nansen leur attribue un rôle nutritif. Rawitz (1887) reconnut un pigment jaune dans les cellules nerveuses des Acéphales; Retzius (1890) observa également des grains pigmentaires chez les Crustacés.
Chez les Pulmonés, la présence de granulations pigmentaires a été signalée par Vignal (1883), de Nabias (1894), Mac Clure (1897), Bochenek (1901), moi-même (1905), Smalwood et Rogers (1908).
Vignal les signale seulement et les considère comme des matières de réserve. De Nabias, tout aussi bref, pense « que les granulations pigmentaires correspondent à un état chimique spécial en rapport avec l’activité physiologique des centres ». Mac Clure les distingue des « spindles » et note qu'elles sont sphériques et homogènes. Bochenek est un peu plus précis : dans les cellules grandes et énormes, il décrit dans la région voisine du cône des granulations sphériques jaune-verdâtres; par la méthode d’Apathy, elles se colorent en rouge foncé tandis que par la méthode d'Heidenhain elles montrent un petit point noir en leur centre; elles envahissent souvent le cylindraxe où elles forment une ou plusieurs rangées en son milieu; les neurofibrilles qui les entourent sont fines et forment de larges mailles; dans les cellules moyennes, les granulations graisseuses apparaissent en hiver et manquent en été. Smalwood et Rogers
164 R. LEGENDRE. — CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE décrivent les grains pigmentaires de Limax et Planorbis; les grains sont brun doré et deviennent jaune citron dans l'alcool; ils sont souvent dans des vacuoles où les plus petits sont animés de mouvements browniens: ils noireissent lentement dans l'acide osmique et souvent à leur surface seulement: le Soudan Illeur donne une teinte orange passagère, la cyanine une teinte bleue temporaire; l'éther les dissout lentement: la pepsine ne les attaque pas: l'acide sulfurique les colore rapidement en bleu; ils diminuent pendant le jeûne, l'hibernation: ceux de Planorbis semblent différents de ceux de Limax et résistent à un courant électrique prolongé: chez Venus, les grains, plus gros que chez Planorbis, sont jaunes et présentent les réactions des craisses; ceux de Zymnæa semblent similaires à ceux de Planorbis; ceux de Melantho, jaune brillant, ont une composition différente car l'acide sulfurique ne les colore pas en bleu. Smalwood et Rogers semblent considérer les granulations pigmentaires comme un produit de réserve en rapport avec la nutrition de la cellule pendant le temps que lanourriture propre est inutilisable.
Antérieurement aux recherches de Smalwooë et Rogers, j'avais déjà publié plusieurs observations sur les granulations lipochromes des cellules nerveuses des Pulmonés.
Ces granulations sont visibles dans les cellules examinées sans addition de réactifs; elles présentent alors une teinte jaune-verdâtre et sont réfringentes, leur forme est sphérique, leur taille variable, leur aspect homogène. L'acide osmique les colore en brun sombre où en noir; la leinte varie avec la durée d'action de l'acide et aussi avec les grains qui ne semblent pas tous également réducteurs. Je n'ai pas observé de disposition spéciale des granules diversement colorés par l'acide osmique, comme celle que Carrier a décrite chez l'Homme. Les fixateurs osmiqués, liquides de Klemming, de Laguesse, de Lindsay, teignent également les grains en noir ou en brun sombre. Le Soudan IIL leur donne une leinte rouge. Les solvants des graisses, xylol, toluène, chloroforme, les dissolvent plus ou moins complètement: dans certaines cellules, la dissolution est rapidement complète et Ia place des grains n'y est plus indiquée
que par des vacuoles sphériques ; dans la plupart, les grains sont plus résistants; je n'ai pu établir s’il ÿ a un rapport entre les variations de solubilité etles variations de coloration par l'acide osmique, mais celui-ci est probable. L’hématoxyline au fer colore les grains en brun; je n'ai pu retrouver le granule central signalé par Bochenek; l'éosine les teint en rouge, le bleu de méthylène en vert sale, le vert lumière dans la triple coloration de Prenant en vert. L'acide sulfurique ne les colore pas et la liqueur de Gram ne vire pas à leur contact. Toutes ces réactions s'appliquent aux ganulations lipochromes d’Helix pomatia, H. aspersa el Arion rufus; j'en ai bien observé aussi chez les autres Pulmonés et les Opisthobranches que j'ai examinés, mais seulement dans des cellules fixées, et je n’ai pas recherché tous leurs caractères microchimiques. Ces réactions nous renseignent insuffisamment sur la composition exacte des grains ; évidemment, ils contiennent des graisses, ou des composés albuminograisseux ou des complexes lipoïdes-albumines, mais nous ne saurions préciser de quelle substance il s'agit. Quoi qu'ilen soit, il est intéressant de remarquer que les principales réactions de ces grains lipochromes sont identiques à celles observées chez l'Homme et les Mammifères: nous avions déjà fait la même remarque au sujet de la substance chromatophile et ces faits semblent indiquer une grande analogie de constitution entre les cellules nerveuses des animaux les plus variés.
Les granulations lipochromes des Pulmonés sont homogènes et situées en plein cytoplasma. Je n'ai jamais observé de vacuoles les entourant ni, in vivo, de mouvements browniens dans ces vacuoles, comme Smalwood et Rogers l'ont décrit. Les granulations lipochromes sont généralement groupées en amas dans le cône d’origine du cylindraxe; de cet amas partent parfois des traînées de grains qui sont répandues dans le cylindraxe jusqu’à son arrivée dans le neuropile (Fig. XVII). Plus souvent, vers le corps cellulaire, d'autres trainées partent de l'amas du cône d’origine et se disposent concentriquement au noyau formant dans la zone périphérique du cytoplasma un croissant où un anneau périnucléaire ou plus exactement une coupe ou une sphère creuse entourant à distance le noyau; le
166 R, LEGENDRE. — CONTRIBUTION A LA CONNAISSANCE pôle cellulaire opposé au cylindraxe est toujours le plus pauvre en granulations lipochromes.
Quand le pigment n’est pas trop abondant, il est directement en contact avec le cytoplasma normal, à substance chromatophile abondante; dans les amas de-grains, la substance chromatophile est absente et le réseau neurofibrillaire a ses mailles
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T7 és 6 7 « se Eh Fi y 1 Foi dé Le D = Es 7 LEE 2er Kie. XVIII. — Cellule nerveuse d'Æelix aspersa renfermant des grains lipochromes (Linüsay, hématoxyline au fer, méthyléosine, vert lumière). — N, noyau de la cellule ner-
veuse; #, noyau névroglique; g. granulations lipochromes. (Zibl. Anat., 1906.)
élargies sans que je puisse confirmer l'amincissement de ses travées signalé par Bochenex.
Le nombre des granulations pigmentaires varie dans les différentes cellules nerveuses; cependant aucune espèce n'en est totalement dépourvue et l’on ne pourrait distinguer, chez les Pulmonés, des cellules lipophobes et d'autres Hpophiles. Dans les petites cellules de l’'éminence sensorielle de de Nabias, les grains lipochromes sont rares, certaines en présentent un à l’origine du cylindraxe, d’autres en ont en outre deux ou trois disséminés dans lecytoplasma; dans les cellules moyennes, les granulations sont plus nombreuses mais le plus souvent encore isolées; les grandes cellules ont assez fréquemment un amas compact avec prolongements. Je dois ajouter qu'on retrouve des granulations
ayant beaucoup de ressemblances avec les lipochromes dans de rares cellules de névroglie et dans beaucoup de cellules de l’enveloppe conjonctive des ganglions nerveux. Toutefois, ces dernières granulations semblent différentes de celles des cellules nerveuses.
Je n'ai pas étudié le mode d'apparition des granulations pigmentaires des Pulmonés et ne saurais dire si elles sonten rapport avec l’âge; je n'ai observé en effet que des animaux adultes, d'âge indéterminé.
Les granulations lipochromes ne varient pas pendant l'asphyxie par immersion; elles semblent légèrement plus abondantes. pendant l’hibernation, comme Bochenek l’a observé et contrairement à Smalwood et Rogers. Les cellules d’une même région tantôt en renferment beaucoup, tantôt en manquent complètement sans que j'aie pu établir les causes de ces variations.
Une structure intéressante, et qui peut jeter quelque lumière sur la question du pigment, est celle que j'ai observée chez un individu d’Helix pomatia tué le 4 avril 1905 et que j'ai retrouvée depuis chez quelques rares animaux de la même espèce. Mac Clure l’avait décrite et figurée avant moï et l'avait interprétée comme un centrosome. J'ai dit précédemment les raisons qui m'ont fait rejeter cette interprétation. Je rappelle brièvement la description de cette structure : Dans quelques cellules, on voit dans la zone d'origine de l’axone, un peu latéralement, une figure sphérique, plus colorable que le protoplasma voisin, d'aspect finement fibrillaire ou réticulaire, renfermant quelques grains lipochromes disséminés surtout à sa périphérie; elle est entourée de très nombreux grains pigmentaires qui en dessinent le contour; de cet amas partent des trainées qui se répandent dans le cytoplasma. Dans une cellule où les grains sont séparés de la sphère par une zone claire, on voit nettement les travées de cette sphère se continuer avec celles du spongioplasma environnant; dans la même cellule, il v a à côté de la sphère une accumulation de grains énormes atteignant jusqu'à 10 x de diamètre. Une autre cellule présente trois de ces formations el est envahie par une quantité considérable de grains lipochromes. Toutes les cellules présentant ces détails de structure
sont enveloppées par un nombre anormal de cellules névrogliques accumulées surtout au voisinage de ces formations; la plupart même sont envahies par des filaments et des noyaux névrogliques qui décrivent des courbes autour des sphères.
Ces observations semblent bien indiquer que l'accumulation du pigment est un phénomène pathologique. L'abondance et la pénétration de la névroglie confirment cette hypothèse. Les sphères de protoplasma plus colorables sont-elles les productrices des grains? sont-elles du cytoplasma altéré subissant une dégénérescence pigmentaire? Cette question est plus difficile à résoudre, mais il me paraît probable, d’après l'aspect de mes préparations, que la sphère n’est pas une zone spéciale de cytoplasma sécrétant le pigment sur ses bords, mais bien une partie de la cellule déjà altérée et dégénérant en lipochrome. Ce fait d'une cellule atteinte à la fois par la neurolyse et la dégénérescence pigmentaire est très intéressant, ces deux modes d’altération dela cellule nerveuse étant, semble-t-11, différents d'origine, comme nous le verrons plus loin.
Nous sommes amené, par l'étude de ces structures singulières, à nous demander quel est le rôle des granulations lipochromes. Je ne crois pas que les grains lipcchromes soient un aliment ou une substance de réserve. Si les variations saisonnières étaient plus évidentes, nous serions conduits à cette hypothèse, mais celles-ci sont trop peu nettes pour que nous ne puissions les interpréter autrement. Il est possible que le pigment soit un produit de déchet, de désassimilation de la cellule nerveuse; quand il est en petite quantité, il se peut qu'il se résorbe au début de l’activité estivale. Quand il est en grande quantité, il ne semble pas avoir un rôle toxique, nuisible pour la cellule qui le renferme; il est seulement gênant par la place qu'il occupe, la distension du réseau qu'il produit; quand ilenvahit une grande partie de la cellule, seulement alors il peutempêcher son fonctionnement et peut-être les singulières figures que j'ai vues seraient produites par la destruction névroglique de cellules mourant de dégénérescence lipochrome. Ce n’est évidemment là qu'une supposition et je sais qu'on pourrait en faire d’autres, mais elle n’a rien de contraire à ce que nous savons de la mort
cellulaire et elle s'accorde avec les faits observés. Plutôt donc que de considérer le lipochrome comme un aliment, une substance de réserve, une réaction à une attaque chimique, etc., je suis tenté de l'attribuer à un état de dégénérescence lente de la cellule nerveuse, de le considérer comme un produit de déchet, de désassimilation. Certes, sa présence, aussi bien que celle des canalicules de Homigren, n'est pas un signe de mort prochaine; la cellule peut réagir et s'en débarrasser; mais leur production abondante est un indice d’une action pathologique, à marche lente pour le pigment, rapide pour les canalicules.
Granulations osmiophiles. — J'ai donné (1908) le nom de granulations osmiophiles à des granulations qui apparaissent dans les cellules nerveuses d'Helix pomatia, IT. aspersa et Arion rufus par les méthodes de Kopsch et de Sjôvall. Popofñf (1906) les avait déjà décrites et figurées, et en avait donné une interprétation que nous discuterons après avoir signalé leurs principales réactions.
Les granulations osmiophiles ne sont pas visibles dans les cellules nerveuses vivantes. Les techniques généralement employées en histologie et même les fixateurs contenant de l'acide osmique ne les mettent pas en évidence. Seul l'acide osmique employé directement (méthode de Kopsch) ou après fixation par le formol (méthode de Sjôvall) les fait apparaître. Le Soudan III ne les colore pas, non plus que le bleu de méthylène, l’éosine, le vert lumière, etc. Ces réactions les différencient nettement des granulations lipochromes. Les solvants des graisses, xylol, toluol, chloroforme, les dissolvent; dans les cellules ainsi traitées, leur place n’est plus indiquée que par une multitude de petites vacuoles donnant au cytoplasma un aspect alvéolaire.
Après traitement par les méthodes de Kopsch ou de Sjôvall, elles se présentent sous forme de sphères, d’ellipsoïdes, de bâtonnets, d’anneaux, de croissants (PI. XV, fig. 5). Ces différences d'aspect semblent dues à l’inégale réduction de l'acide osmique dans leurs diverses parties et sont vraisemblablement
liées à la durée et à la température du bain d'acide osmique.
170 R. LEGENDRE. — CONTRIBUTION À LA CONNAISSANCE Leur couleur est noire ou brun sombre; leur taille semble constante, elle est de 3 à 4 p dans les cellules traitées par la méthode de Sjôvall, légèrement plus petite dans celles traitées par la méthode de Kopsch. Les granulations existent dans toutes les cellules; elles y sont disposées très régulièrement en traïnées concentriques aux surfaces nucléaire et cellulaire ‘. Elles manquent dans les régions où s’observent les granulations lipochromes, dans le cylindraxe et même dans son cône d'origine (PI. XV, fig. 3, 4, 6).
De nombreux caractères permettent donc de les distinguer des granulations lipochromes. Je les résume dans le tableau
suivant :
Granulations lipochromes.
Inconstantes.
Visibles in vivo où après action d’un fixateur quelconque.
Colorables par le Soudan I.
Taille très variable.
Forme sphérique.
Disposition irrégulière et accumulation dans le cône d’origine de l’axone.
Granulations osmiophiles.
Présentes dans toutes les cellules.
Invisibles dans les mêmes conditions et mème après action d’un fixateur osmiqué; n'apparaissent que par les méthodes de Kopsch et de Sjovall.
Non colorables par le même réactif.
Taille constante (3 à 4 u).
Sphères, ellipsoïdes, anneaux, croissants, bâtonnets.
Disposition concentrique régulière; manquent dans le cône d'origine de l’axone.
Les granulations osmiophiles sont visibles chez les animaux
hibernant comme chez ceux en activité estivale; elles persistent
pendant l’asphyxie par immersion.
Elles n'ont pas encore été signalées dans les cellules nerveuses
d'autres espèces. Chez les Vertébrés, comme nous l'avons déjà signalé, les méthodes de Kopsch et de Sjôvall montrent non des grains mais un réseau.
Si nous ne pouvons préciser la nature des granulations osmio-
1. Je dois rappeler que Fürst (1900) a signalé dans les cellules nerveuses du ganglion acoustique d'un embryon de Saumon, fixées par le liquide de Perenyi et colorées par l’hématoxyline au fer, une série de petits anneaux disposés en ligne autour du noyau. Peut-on faire un rapprochement entre deux structures observées dans des conditions si différentes ?
philes, pouvons-nous avoir quelques renseignements ou tout au moins faire quelque hypothèse plausible sur leur rôle, leur signification dans la cellule?
Popoff homologue les granulations osmiophiles des cellules nerveuses des Pulmonés au réseau interne de Kopsch des cellules nerveuses des Vertébrés et aux Nebenkerne, chromidies, mitochondries, chondriomites, idiosome, pseudo-chromosomes, archoplasma des cellules sexuelles; il admet que ces aspects très divers ne sont que des stades de transition d'une même structure. Cette homologation me paraît bien hâtive. Certes, l'acide osmique montre un réseau (Binnennetz) dans les cellules nerveuses des Vertébrés, des grains dans les cellules nerveuses des Pulmonés, des grains et des Vebenkerne dans les cellules sexuelles mâles, des grains dans les cellules femelles des Pulmonés, mais ce n’est pas une raison pour considérer toutes ces structures comme homologues! L’acide osmique est facilement réduit par les corps les plus divers et l'on ne peut guère baser sur cette propriété une identification quelconque entre des cellules aussi différentes que les nerveuses et les sexuelles. Et puis, l'hypothèse trop hardie de Popoîff est loin d’être une explication. Les mitochondries, les chondriomites, les chromidies, les Nebenkerne, les idiosomes, les pseudo-chromosomes, etc., sont encore bien obscurs et confus. Qui pourrait donner actuellement une définition différentielle précise des structures ainsi désignées? Je ne voudrais pas entrer ici dans la discussion de ces questions cytologiques, étrangères jusqu'à présent aux recherches neurologiques, mais il me faut bien en dire quelques mots.
Le mot mitochrondries (uixros filament, oyôpioy grain) a été créé par Benda en 1898 pour désigner des granulations, observables dans beaucoup de cellules, et constituant une partie très importante du cytoplasma’; ces mitochondries ont une réaction caractéristique : elles sont colorables en violet par une méthode spéciale qu'imagina Benda. Pour juger de la valeur de l'hypothèse de Popoff j'ai donc traité par la méthode spécifique de
Benda des ganglions nerveux d'Aelix pomatia. Tandis que les
1. Certains auteurs les considèrent comme faisant partie de l’ergastoplasma de Prenant.
spermatocytes de l'ovotestis d'Helix, traités par la méthode de Benda, présentent les mêmes Vebenlerne et les mêmes grains que ceux traités par la méthode de Kopsch, les cellules nerveuses d'Helix prennentun aspect tout différent. Elles ont un cytoplasma homogène ou très finement granuleux, et seules les granula- ‘tions lipochromes ont une teinte noir violacé qui n’est d'ailleurs pas celle des mitochondries et paraît due principalement à l'action du fixateur osmiqué que nécessite la méthode de Benda. Comme les autres formations homologuées par Popoff ont les réactions des mitochondries, ou bien n’ont pas de réactions caractéristiques, je n'ai pas poursuivi ces recherches et je considère l'hypothèse de Popoff comme non fondée *.
J'avais songé à me demander, étant donnée la disposition si régulière des granulations osmiophiles des cellules nerveuses d'Helix, si elles ne proviendraient pas d'une partie des corps de Nissi que les méthodes à l'acide osmique mettraient en évidence, mais le fait qu'elles ne varient pas pendant l’asphyxie par immersion, alors que la substance chromatophile disparaît, ne m'a pas permis de confirmer cette hypothèse.
Je ne sais donc rien du rôle des granulations osmiophiles, non plus d’ailleurs que de celui du réseau de Kopsch, et les mêmes questions se posent au sujet des deux : artifice? précipité chimique *? structure morphologique?
1. Rohde (1904) a décrit des sphères, dont j'ai déjà parlé plus haut à propos
des centrosomes, qu’il considère comme formées par l'union de mitochondries et de chondriomiles.
Meves (1907) a admis que, chez les jeunes embryons, les neurofibrilles se forment de mitochondries disposées en files. Je n’ai pas fait de recherches à ce sujet, mais je serais bien étonné si les jeunes neurofbrilles présentaient la réaction caractéristique de Benda. Il me semble qu’on a abusé des mitochondries et qu’on en à décrit un peu partout, appelant ainsi trop souvent des granulations quelconques.
2. Des recherches de chimie biologique ont montré que toutes les cellules nerveuses renferment des lipoïdes, probablement en solution colloïdale (Ebhrlich, Overton, elc). Albrech, Sjôvall, Bing et Ellermann ont établi que c’est à la présence de ces lipoïdes que le système nerveux doit de s'imprégner par acide osmique. Faut-il attribuer aux lipoides colloïdaux, précipités par l'acide osmique, le réseau de Kopsch des Vertébrés et les grains osmiophiles des Pulmonés ?
D'autre part, Hans Mayer, Baum, etc., ont constaté que la plupart des anesthésiques, éther, chloroforme, etc., sont des solvants des lipoïdes et ont expliqué par là le mécanisme de la narcose. Les lipoïdes joueraient done un rôle important, quoique mal connu, dans le fonctionnnement des cellules nerveuses, et les méthodes histologiques à l'acide osmique permettraient peut-être d'étudier sinon leur nature, au moins leurs variations.
Autres granulations cytoplasmiques. — {1 me reste à signaler un certain nombre de granulations, de sphérules, de bâtonnets, etc., qui ont été décrits dans diverses cellules nerveuses. Ces formations, rarement observées jusqu'à présent, sont encore de nature et de signification assez obscures. J'ai déjà parlé de quelques-unes dans les paragraphes précédents. Pour plus de clarté, je les réunirai ici en quatre groupes : les grains, les sphérules, les bâtonnets, les parasites.
a) Granulations. — Outre les granulations chromatophiles, lipochromes, osmiophiles que nous avons décrites, oa a encore signalé des neurosomes, des eranulations fuchsinophiles, des corpuscules érythrophiles, des granulations amphophiles, oxyneutrophiles, basophiles, etc.
Les neurosomes sont des granulations découvertes par Helä (1895) à l'aide de la méthode d'Altmann, simples inclusions cytoplasmiques de nature inconnue. Cajal (1899) confirma cette observation. Jonnesco et Bruckner (1899) décrivirent des neurosomes dans les cellules des ganglions sympathiques. Lache (1905) admit que les neurosomes forment les neurofibrilles, qui seraient constituées de chaînes de neurosomes reliés par une substance intermédiaire. (L'aspect homogène que présentent même les plus fines fibrilles des Mammifères rend bien impro-, bable cette interprétation.)
Les granulations fuchsinophiles furent observées par Levi (1896) en employant la méthode de Galeotti; ces granulations, très fines, situées entre les fibrilles et en petit nombre dans le noyau, sont moins nombreuses pendant le repos que pendant l’activité prolongée ; Levi les considère comme des produits du métabolisme cellulaire. Motta Cocco et Lombardo (1903) ont confirmé l'existence de ces granulations, ont précisé leurs réactions colorantes et les ont considérées comme des produits de désassimilation; elles se produiraient dans le noyau, puis passeraient dans le cytoplasma où elles accroîtraient de volume.
Les granulations érythrophiles ont été décrites par Marinesco (1889) qui les a vues par la méthode de Romanowsky. J'en ai déjà parlé à propos des granulations lipochromes.
Les granulations amphophiles ont été vues par Olmer (1901) dans les cellules du locus cœruleus de l'Homme; elles sont rondes, homogènes, situées à la périphérie et se colorent par les couleurs acides et basiques comme les granulations amphophiles de certains leucocytes; Olmer les croit identiques aux granulations érythrophiles de Marinesco.
Les granulations oxyneutrophiles ont été signalées par Marinesco (1902) dans un grand nombre de cellules nerveuses : elles se colorent également par les couleurs acides et basiques et seraient de même nature que toutes les granulations précédentes : elles seraient en rapport avec la formation de la mélanine. Olmer (1902) s’est élevé contre cette interprétation et considère les granulations amphophiles comme distinctes de celles oxvneutrophiles et des neurosomes.
Marinesco (1903) a repris l'étude de toutes ces granulations et est arrivé aux conclusions suivantes : les granulations amphophiles sont identiques aux oxyneutrophiles; les neurosomes et les granulations fuchsinophiles sont probablement de même nature; elles ne sont pas produites par le noyau, mais naissent dans le cytoplasma; elles sont en rapport avec les graaulations lipochromes car elles sont très rares dans les cellules où le pigment est absent; sont-elles des états différents de l’évolution pigmentaire ? Marinesco ne peut l’affirmer.
Lôwenthal (1906) a signalé des granulations nucléoïdes dus les cellules des ganglions spinaux ; il croit qu'elles sont différentes de celles décrites précédemment et qu'elles naissent dans les cellules de la capsule pour pénétrer ensuite centripètement dans la cellule nerveuse.
Cesa-Bianchi (1907) distingue, outre les granulations lipochromes, des granulations chromatophiles et nucléoïdes. Les granulations chromatophiles (qui ne sont pas la substance chromatophile) se colorent intensément par les couleurs d'aniline acides et les neutres; elles représentent vraisemblablement un produit de l'activité cellulaire et comprennent toutes les granulations précédemment décrites sauf celles de Lôwenthal. Les granulations nucléoïdes, colorables uniquement par les colorants nucléaires, naissent directement dans le cytoplasma et sont pro-
bablement en rapport avec la formation du pigment dont elles représentent un terme de passage.
b) Sphérules. — Holmgren (1899) a décrit brièvement dans le cytoplasma des cellules nerveuses des ganglions de certains Mammifères une masse sphérique, entourée d’une sorte de capsule, qu’il compare à des terminaisons nerveuses.
Athias (1905) a repoussé cette interprétation, les terminaisons nerveuses étant toujours situées à la surface de la cellule. Il a de plus signalé, dans les mêmes cellules, des sphérules homogènes, trois, situées
de la grandeur du nucléole, au nombre de une à souvent près du cône d’origine de l’axone, parfois parmi les granulations lipochromes. Ces sphérules se colorent mieux par les couleurs acides que par les basiques et l’hématoxyline ; elles sont souvent entourées d’un espace clair. Athias leur trouve une certaine ressemblance avec les corps de Negri, dont il sera parlé plus loin.
Cesa-Bianchi (1906-1907) réunit sous le nom de corps énigmatiques, que j'avais donné à la structure singulière de quelques cellules nerveuses d’Helix, les sphérules observées par Holmgren et par Athias et les corps énigmatiques signalés par moi. « Fra le figure sferiche, descritte da Holmgren, le esphe- « rulas di Athias e di corpi enigmatici di Legendre, non mi « sembra esistano grandi differenze ; 10 ritengo anzi che essi non « rappresentano se non semplici modificazioni, nei diversi ani- « mali, di un'unica formazione. » Cesa-Bianchi y ajoute la description de corps sphériques de taille variable des cellules ganclionnaires spinales du Hérisson; ces corps, en nombre variable, sont homogènes, entourés d’une zone claire; ils se colorent intensément par l'éosine. Dans les ganglions spinaux de la Grenouille, Cesa-Bianchi décrit également quelques corpuscules, uniques dans chaque cellule, analogues à part cette différence, à ceux du Hérisson. Repoussant l'idée d’une similitude avec les corps de Negri, il tend à les considérer comme une formation de dégénérescence cellulaire.
Cesa-Bianchi (1907) signale encore d’autres structure s Singulières. Il décrit des structures grossièrement réticulaires, situées
généralement à la périphérie de la cellule, et qu'il considère comme étant en rapport étroit avec une dégénérescence vacuolaire de la cellule. 11 décrit également des corps composés d'une masse centrale petite, très colorable, entourée d'une zone claire et limitée par une zone radiée; leur structure peut varier quelque peu ainsi que leur taille et leur nombre; Cesa-Bianchi a observé leur division directe qui commence par le granule central; il n'admet pas que ces corps représententun centrosome, il ne croit pas qu'ils soient un produit artificiel et se demande s'il ne s'agirait pas d’un parasite. « Il significato tuttavia di queste formazioni resta ancora completamente oscuro. »
Athias (1907) a observé des corpuscules colorables dans les cellules ganglionnaires spinales de toutes les espèces de Mammifères qu’il a observées; ces corpuscules, assez fréquents, sont sphériques, homogènes, de taille variable, acidophiles. Athias ne pense pas qu'ils correspondent aux corpuscules radiés décrits par Cesa-Bianchi. Comme ce dernier, il ne croit pas qu'il s'agisse de centrosomes, de leucocytes englobés, de corps de Negri. « Peut-être s'agit-il ici d’un produit résultant de la transformation des éléments chromophiles du protoplasma nerveux, transformation dont les étapes intermédiaires nous échapperaient encore. » En terminant, il dit : « Quant aux corps énigmatiques que Legendre a trouvés chez Helix pomalia, je pense qu'il est hasardeux de les identifier à ceux des Mammifères, du moins pour le moment. »
Je suis entièrement de l'avis d'Athias el ne crois pas, contrairement à Cesa-Bianchi, qu'on puisse rapprocher les corps énigmaliques que j'ai décrits des structures singulières qu'ils ont observées, quelle que soit l'obscurité qui règne actuellement sur ces questions.
c) Bélonnets. — La présence de bâtonnets ou de cristalloïdes à été plusieurs fois signalée dans le noyau des cellules nerveuses. Dans leur cytoplasma, l'existence de bâtonnets a été moins souvent observée.
Holmgren (1899) décrivit, dans les ceilules ganglionnaires des Mammifères et des Oiseaux, des bâtonnets qui proviennent de
DE LA CELLULE NERVEUSE. 177 l'extérieur et pénètrent dans le noyau; il les considéra comme des fibres nerveuses.
Sjôvall (1901) signala la présence très rare dans le cytoplasma de bâtonnets qu'il sapposa être des matériaux de réserve.
Cajal (1903), par sa méthode à l'argent, observa, dans les cellules du corps trapézoïde, des bâtonnets intracyloplasmiques, colorés en noir, parfois entourés d’un espace clair; il nia que ces bâtonnets représentent des fibres nerveuses indépendantes, sans se prononcer sur leur signification.
Athias (1905), dans quelques cellules ganglionnaires spinales du Lapin, vit des bâtonnets et, dans celles de la Grenouille, des corps losangiques où rhomboïdaux; il considéra ces formations comme des cristalloïdes sans rien dire de leur origine et de leur signification.
Cesa-Bianchi (1907) vit dans les cellules nerveuses ganglionnaires des Mammifères des cristalloïdes qui normalement sont exceptionnels, au contraire ils sont fréquents chez les animaux hibernants pendant la période léthargique (Marmotte, Cheiroptères), ils se trouvent dans le noyau, mais surtout dans le cytoplasma ; ils naissent probablement dans la cellule même et représentent une substance de réserve qui peut être utilisée ultérieurement.
Je n’ai pas observé de bâtonnets, non plus que de sphérules et de granulations chromatophiles où nucléoïdes dans les cellules
que j'ai examinées.
d) Parasites. — Les observations de parasites dans les cellules nerveuses sont fort rares.
Les travaux les plus complets ont porté sur les corps de Negri. En 1903, Negri signala dans les cellules nerveuses d'Hommes et d'animaux rabiques la présence de corpuscules sphériques, hvyalins, de taille variable qu'il considéra comme étant les parasites de la rage. L'existence de ces corpuscules fut confirmée par de nombreux auteurs : Guarnieri, Daddi, Bertarelli et Volpino, Beck, etc. Remlinger (1904) refusa de considérer ces corpuscules comme étant des microbes rabiques, attendu que leur nombre n’est pas en rapport avec l'intensité de l'attaque, qu'ils
n'existent pas le plus souvent dans le bulbe et la moelle et enfin que le virus rabique passe dans des filtres imperméables à des microbes de 0 p. 1, tandis que les corpuscules de Negri ont # à 10 » de diamètre. Remlinger, Cajal (190%) et d'autres admirent donc que ces corps représentent un produit de dégénérescence cellulaire. Babès (1906), qui avait déjà signalé des corpuscules hyalins (4892) dans les cellules nerveuses des animaux rabiques, admit que les cellules nerveuses des animaux rabiques renferment deux sortes de grains : 1° des granulations, très fines, rondes, noires ou bleues par la coloration au Cajal-Giemsa, siégeant exclusivement dans le protoplasma des cellules dégénérées et représentant les agents de la rage en pleine activité; 2° des corpuscules de Negri se trouvant dans des cellules intactes ou peu modifiées, formes encapsulées renfermant le parasite en voie d'involution ou de transformation.
On a récemment signalé la présence du Treponema pallidum, agent de la syphilis, dans les cellules nerveuses, mais cette observation aurait besoin d'être confirmée.
Pace (1906) a rencontré des parasites à structure imal définie dans les cellules électriques de la Torpille et un Sporozoaire, Nosema lophii, signalé déjà par Thélohan, dans les cellules ganglionnaires spinales de Lophius piscatorius.
Nous avons vu que Cesa-Bianchi était tenté de supposer une nature parasitaire aux sphérules qu'il a observées.
Je n'ai jamais vu de parasites ni aucune structure pouvant en donner l'impression dans les cellules nerveuses que j'ai examinées. Seules les cellules nerveuses d'animaux en putréfaction peuvent présenter des bactéries nombreuses situées aussi bien dans leur noyau et leur cytoplasma que dans les tissus voisins. C'est ce que j'ai pu observer par exemple dans les ganglions d'individus d'Helix pomatia immergés pendant sept jours
(PI. XVI, fig. 23).
Enveloppes cellulaires. — A] ne nous reste plus, pour terminer l'étude morphologique des cellules nerveuses, qu’à décrire les divers réseaux qu'on à signalés autour de leur corps cellulaire.
Jusqu'en 1898, un grand nombre d'auteurs, Cajal, Renaut, Rosin, França, Valente, etc., décrivirent autour des cellules nerveuses une membrane d'enveloppe mince, homogène, élastique, mais aucun ne la colora électivement, et d’autres auteurs, Kôlliker, Obersteiner, Lenhossék, Prenant, etc., nièrent son existence. Il semble bien que ces observations n'étaient dues qu'à une interprétation erronée de phénomènes de réfringence ou d'artifices de fixation et de coloration et que les raisons qu'on donnait de son existence pouvaient mieux s’appliquer à des phénomènes de tension superficielle et de coagulation.
En 1898, Golgi, par sa méthode à l'argent réduit, imprégna un « revêtement réticulaire » autour de beaucoup de cellules nerveuses et de leurs prolongements dendritiques. Ce revêtement, le plus souvent réticulaire, parfois homogène, serait probablement, d'après Golgi, formé de neurokératine et aurait un rôle isolateur, formant obstacle à l'admission des courants par contiguité. De nombreux auteurs confirmèrent la découverte de Golgi, mais différèrent beaucoup au sujet de son interprétation. Semi Meyer (1899) le compara à un réseau qu'il avait observé, en 1897, par Ja méthode au bleu de méthylène, et le considéra comme formé de ramifications des cylindraxes provenant d’autres cellules. Auerbach (1899) observa un réseau péricellulaire de fibrilles nerveuses qu'il distingua du réseau de Golgi. Nissl (1898) et Bethe (1898), au contraire, nièrent le réseau de Golgi el admirent qu'il n'y a autour des cellules nerveuses qu'un réseau de fibrilles nerveuses. Cajal (1900), par la méthode d’Ehrlicn, observa un réseau qui n'est pas péricellulaire mais bien la partie périphérique du réseau spongioplasmique dont les mailles sont épaissies; le réseau de Golgi comprendrait ce réseau etleciment péricellulaire déjà vu par Cajal en 1890. Donaggio (1899-1900), par sa méthode, étudia un réseau péricellulaire en continuité avec les tissus voisins et qui serait de nature névroglique. Apathy (1898) admit également la nature gliale du réseau de Golgi. Simarro (1900) décrivit un réseau en mosaïque, visible par la méthode de Golgi, et qui ne semble pas être de nature nerveuse. Martinotti (1900), à cause de sa résistance à la
macération, considéra le réseau de Golgi comme réellement formé de neurokératine.
Bethe (1900), par sa méthode, arriva aux conclusions suivantes : toutes les cellules nerveuses sont enveloppées par un réseau de Golgi qui entoure toutes leurs parties non recouvertes de myéline. Ce réseau, de nature fibrillaire, est formé des ramifications des cylindraxes anastomosées et se continue avec les neurofibrilles intracellulaires.
Held (1902) admit que les cellules nerveuses sont entourées de deux réseaux intriqués, l’un de nature nerveuse, formé des ramifications terminales de fibres amyéliniques, l'autre, de soutien, idenlique au revêtement réticulaire de Golgi etau réseau de préenchyme décrit par Bethe comme un produit de coagulation. Ce dernier (Stütznetz) est de nature névroglique et se continue dans toute la substance grise et la blanche.
Bielschowsky (1903) chserva, par sa méthode, un réseau semblable à une membrane fenestrée, très peu résistant aux actions pathologiques et dont la nature neurokératinique, névroglique ou fibrillaire n’est pas démontrée.
Cajal (1903) colora, par la méthode de Bethe, les réseaux péricellulaires et obtint les résultats suivants : Les réseaux décrits par Bethe, Donaggio, Held ne sont en relation ni avec les librilles péricellulaires ni avec le réseau neurofibrillaire endocellulaire; ils ne sont donc pas de nature nerveuse; de plus, les réseaux diffus de Golgi et de Held sont probablement des coagulums péricellulaires car : 1° on ne les voit pas n vivo; 2 on les observe par fixation au molybdate d'ammoniaque qui coagule, et non par le picrate d’ammoniaque qui ne coagule pas le tissu nerveux; 3° le réseau de Golgi vu par la méthode de Bethe ressemble à un réseau de fibrine; 4° la méthode de Bethe colore la fibrine et la montre en réseau dans les vaisseaux; 5° elle montre dans la substance grise deux réseaux différents qui sont tous deux des produits de coagulation; 6° il en est de même du réseau de la substance blanche; 7° car, appliquée à d’autres tissus, la méthode de Bethe montre des réseaux semblable à ceux du tissu nerveux.
Athias (1905), qui cite toutes ces opinions, ajoute que le réseau
péricellulaire semble bien exister puisqu'il est visible par des méthodes aussi différentes que celles de Golgi, d'Erhlich et de Bethe et que les descriptions des divers auteurs sont concordantes dans leurs lignes générales et souvent même identiques, mais qu'on ne peut encore préciser ni sa nature ni sa sienification.
Je ne partage pas l'opinion d’Athias, et les multiples descriptions qu'on a données du revêtement réticulaire ne m'engagent pas à me prononcer en faveur de sa réalité. Coagulum? périphérie du spongioplasma? neurokératine? réseau neurofibrillaire ? réseau névroglique? vraiment les interprétations sont bien nombreuses! Tout d'abord on peut rejeter l'hypothèse d’un réseau névroglique ou neurofibrillaire, car nous avons des méthodes de coloration de ces substances suffisamment électives pour dire que, puisqu'elles ne le montrent pas, il n’est pas de cette nature; je serais tenté d’en dire autant d’un réseau spongioplasmique, invisible par les méthodes ordinaires de la technique qui montrent bien l'aspect spongioplasmique du cytoplasma. Reste donc la neurokératine. Je crains que Golgi, quand il a émis cette hypothèse, n'ait simplement associé à l'aspect de revêtement qu'il venait d'imprégner les observations d'Ewald et Kühne, qui signalaient la présence de la neurokératine dans la substance grise. Cette neurokératine, comme toutes les kératines, devait être une substance d’enveloppe; on voyait une enveloppe aux cellules nerveuses, le rapprochement était possible. Cependant, Kaplan (1902) a montré que le revêtement des cellules nerveuses ne se colore pas par une méthode qui met en évidence la neurokératine des fibres nerveuses myéliniques, et, de plus, l'enveloppe neurokératinique n'est jamais visible par les procédés histologiques ordinaires.
Je n’ai pas fait de recherches suivies sur ce sujet, mais j'ai observé à plusieurs reprises un réseau péricellulaire. Je ne parle pas, bien entendu, des fibrilles entrelacées qui passent autour des
1. Depuis 4905, diverses observations ont encore été faites du réseau péricellulaire. Economo (1906) l’a signalé tapissant même l’intérieur des canalicules de Holmgren ; Bravetta (1907) à observé un enduit croûteux irrégulier, kérati-
nique, autour des cellules nerveuses et de leurs prolongements protoplasmiques chez l'Homme.
cellules nerveuses, ni des nids péricellulaires des cellules de Purkinje et des cellules du noyau du corps trapézoïde, ni des boutons terminaux d'Auerbach, tous de nature nerveuse et non réticulés. Dans certaines préparations fixées au formol et traitées par la méthode de Bielschowsky, j'ai vu des fibrilles nerveuses des prolongements se continuer avec un réseau périphérique, tandis que le centre de la cellule n'était pas imprégné. Loin de considérer ce réseau périphérique comme péricellulaire et de faire une nouvelle hypothèse sur sa continuité avec les fibrilles des prolongements, je crois tout simplement qu'il s’agit ici de cellules mal imprégnées; le nitrate est resté à la surperficie et n’a mis en évidence que les mailles périphériques du réseau neurofibrillaire endocellulaire (ou réseau spongioplasmique); l'apparence de revêtement est un artifice d'imprégnation. Dans d'autres cellules, fixées par le formol et traitées par l'argent, on peut voir également des précipités granuleux à la surface du corps cellulaire. Le fait que j'ai vu ces aspects après fixation par le formol qui est un coagulant énergique, me fait penser que le réseau péricellulaire est probablement un produit de coagulation, ou un artifice d’imprégnation dû à l'argent.
Par les méthodes ordinaires, les cellules nerveuses paraissent nues, sans aucune membrane d'enveloppe.
Toute cette question des membranes d'enveloppe se rapporte aux cellules nerveuses des Mammifères. Chez les Pulmonés, je n'ai jamais vu de membrane et les cellules nerveuses ne sont mème pas entourées de fibrilles nerveuses. Seule la névroglie les environne, comme il sera décrit au chapitre suivant.
Résumé du chapitre TIT. — Les cellules nerveuses des Pulmonés présentent autour du noyau une couche de cytoplasina. Elles ne montrent aucun centrosome. Le cytoplasma, vu è vivo, est homogène, seuls les grains lipochromes y sont visibles. Par des méthodes histologiques variées, on peut mettre en évidence des réseaux et des grains. Le réseau spongioplasmique semble identique au réseau neurofibrillaire. Les réseaux de Golgi et de Kopsch ne sont pas visibles. Les canalicules d'Holmgren sont pathologiques et non morphologiques ; ils sont un phénomène de
neuronolyse lié à la destruction de la cellule. Les granulations chromatophiles semblent comparables à celles des Vertébrés ainsi que les granulations lipochromes. Les granulations osmiophiles correspondent peut-être au réseau de Kopsch des Vertébrés. Les autres granulations, sphérules, bâtonnets, parasites, signalés dans les cellules nerveuses d’autres animaux, ne sont pas observables. Les cellules sont nues et ne présentent aucune enveloppe réticulaire ou membraneuse.
LA NÉVROGLIE.
Nous avons eu à plusieurs reprises à nous occuper de la névroglie, notamment à propos de ses rapports avec le réseau spongioplasmique, les canalicules de Holmgren, le revêtement cellulaire. Je crois donc utile d'ajouter à l’étude morphologique de la cellule nerveuse qui précède quelques indications sur les rapports de la névroglie avec les tissus conjonctif et nerveux, sur sa structure et ses fonctions. Le résultat de mes observations a été communiqué en 1907 à la réunion de l'Association des Analomistes.
Je ne parlerai pas ici de la névroglie des centres nerveux des Vertébrés qui a déjà été étudiée dans un grand nombre de travaux et dont la structure (sinon l’origine et les fonctions) est aujourd'hui bien connue.
Chez les Pulmonés, la névroglie n'a guère été observée que par des auteurs qui ont étudié les cellules nerveuses et ne l'ont décrite qu'accessoirement. La littérature ne contient, je crois, que les observations suivantes :
Nansen (1886), l’un des premiers, a été frappé de la ressemblance des filaments de soutien et du spongioplasma nerveux etil en a conclu que le spongioplasma « very much resembling the neuroglia substance » est une structure de soutien, l'hyaloplasma étant seul conducteur.
Rohde (1893) a repris cette hypothèse et l'a développée; 1l
admet que le spongioplasma est en continuité de substance avec les fibrilles névrogliques.
Cependant, de Nabias (1894) s’éleva contre cette conception. Il fit remarquer que les aspects décrits par Rohde sont semblables à ceux dus à l'influence des réactifs; les colorations à l’hématoxyline cuprique de Viallanes laissent les fibrilles névrogliques incolores et donnent au protoplasma nerveux une teinte noire ou bleue intense qui permet de le différencier. Il distingua la névroglie du tissu conjonctif environnant les ganglions et la décrivit comme étant formée d’un fin tissu homogène, parsemé de petits noyaux.
Rohde (1896) décrivit plusieurs modes de multiplication des cellules nerveuses des Gastéropodes, danslesquels la névroglie prend part à la formation d’une partie du protoplasma des cellulles filles.
Mac Clure (1897) signala de nouvelles diflérences entre la névroglie et le spongioplasma nerveux. Par deux méthodes, bleu de méthylène-éosine et safranine-vert-lumière, il distingua les cellules nerveuses des cellules névrogliques et il en conclut, contrairement à Rohde, que les fibrilles névrogliques ne pénètrent pas dans le corps des cellules nerveuses.
Havet (1899) représenta, chez Limax, des cellules traitées par la méthode de Golgi dont l'aspect étoilé rappelle celui des cellules de Deïters des Vertébrés.
Smidt (1900) consacra un travail, accompagné de figures peu nettes, à l'étude de la névroglie d'Helix traitée par la méthode de Golgi. Il distingua trois sortes de cellules conjonctives d'accompagnement (Begleritzsellen) et plusieurs sortes de cellules névrogliques (Gliazellen).
Holmgren (1900) décrivit autour des cellules nerveuses d’Æelix pomalia un tissu lâche, formé de cellules à petit noyau, richement ramifiées, dont les prolongements anastomosés forment de vérilables nids péricellulaires. Dans la région d’origine de l’axone, les prolongements de ces cellules interstitielles pénètrent dans le protoplasma nerveux, s'y ramifient et forment des Saftkanälchen. C'est à leur sujet qu'Holmgren émit l'hypothèse du Trophospongium el qu'il considéra la névroglie comme servant à nourrir les cellules nerveuses.
Bochenek (1901) et K. C. Schneider (1902) ont à leur tour brièvement décrit les cellules névrogliques et leur pénétration dans le cône d'origine de l’axone des grandes cellules nerveuses.
Rapports de la névroglie avec les tissus conjonctif et nerveux. — On peut facilement colorer d’une manière élective le tissu conjonctf qui entoure les ganglions nerveux d’Helix pomatia. Les préparations que j'ai obtenues par la méthode d’Apathy montrent la gaine conjonctive plus foncée; l’éosine hématoxylique de Renaut, la méthode de Mallory pour la névroglie donnent aussi une teinte plus sombre à la gaine. Mais les méthodes de choix pour étudier les rapports du tissu conjonctif et des ganglions nerveux sont les méthodes spécifiques de coloration du tissu conjonctif de Curtis, de Burchardt, de Mallory. La méthode de Mallory donne une teinte bleue intense à la gaine et une teinte rose pâle à la substance du ganglion ; celle de Burchardt colore en rouge rosé vif la gaine et laisse presque incolore le ganglion ; celle de Curtis au naphtol 5 colore en violet la gaine, en rouge pâle le ganglion. Ces méthodes, et surtout les deux dernières, différencient admirablement la gaine conjonctive et les prolongements qui en partent; ces prolongements forment entre les ganglions sous-æsophagiens des cloisons incomplètes ne laissant passer d’un ganglion à l’autre que des faisceaux de fibres commissurales. La surface de séparation de la gaine conjonctive et des ganglions nerveux est toujours très nette. Le tissu conjonctif de la gaine est formé de grandes cellules vésiculaires à petit noyau, qui, au voisinage des ganglions nerveux, s'allongent, s’aplatissent puis sont remplacées par des faisceaux de fibres parsemés de petites cellules et d’amas de grains pigmentaires. La gaine se termine au contact de la surface du ganglion par un certain nombre de fibres ou de lamelles concentriques formant un faisceau très dense et continu. Contre cette paroi se trouvent immédiatement les plus grosses cellules nerveuses des ganglions, entourées de filaments névrogliques qui rejoignent de petites cellules interstitielles, placées assez régulièrement entre les cellules nerveuses (PI. XV, fig. 1). La méthode de Cajal montre à la surface de la gaine conjonctive une bande noire continue sur
laquelle les fibrilles névrogliques viennent s'inscrer par un renflement en bouton. Les méthodes spécifiques de la névroglie ne montrant en cette région que des fibrilles ondulées non accolées à la paroi conjonctive, il est difficile de savoir si la surface du ganglion est recouverte d’une mince couche de névroglie marginale ou si cet aspect est dû à une imprégnation de la surface de la gaine conjonctive (Fig. XIX:-I).
Il est moins facile de différencier la névroglie des cellules nerveuses. Certains fixateurs montrent à la surface des cellules nerveuses un grand nombre de petits prolongements qui se confondent avec les fibrilles névrogliques, comme de Nabias l'a déjà remarqué; d’autres, au contraire, les liquides chromoosmiques par exemple, donnent aux cellules nerveuses des contours nets et aux fibrilles névrogliques une réfringence spéciale qui permet de les distinguer. La méthode de Cajal (alcool ammoniacal suivi de nitrale d'argent à 6 p. 100 pendant quatre jours) donne de très belles imprégnations de la névroglie ; elle montre autour des cellules nerveuses de véritables nids de névroglie formés de fibrilles anastomosées et d’autres fibrilles qui accompagnent les cylindraxes jusqu'au neuropile où elles s'arrêtent le plus souvent, formant près de celui-ci un abondant plexus ou réseau (Fig. XIX-I et IT). Généralement, les nids névrogliques délimitent nettement les cellules nerveuses et ne pénètrent pas dans leur cytoplasma. Les méthodes spécifiques de coloration de la névroglie m'ont donné, chez Helix, des résultats très variables. Celle de Weigert modifiée par Benda (hématoxvline, Van Gieson) différencie bien les noyaux névrogliques, mais moins bien les fibrilles ; une méthode de Benda au Krystallviolett ne m'a pas donné de bons résultats; celle de Mallory m'a paru également peu précise ; par contre, celle d'Anglade montre, avec une très grande finesse, la disposition des fibrilles névrogliques et leurs rapports avec les noyaux névrogliques etles cellules nerveuses; malheureusement, elle fixe mal les éléments nerveux et colore le tissu conjonetif'. Comme la méthode de Cajai, celle
1. La méthode d’Anglade colore également les cellules névrogliques du neuropile etles cellules de soutien des troncs nerveux; c'est là une étude dont il ne sera pas question dans ce travail.
Névroëeue Des Gancuons NervEux D'HEUX PomATIA
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Fig. XIX. — Névroglie des ganglions norveux d'Aelix pomalit. —T. — Partie d'un ganglion sous-æsophagien traité par la méthode de Cajal. — IT. — Terminaison de la névroglie au contact de la gaine conjonctive du ganglion (Méthode de Cajal). — III. A. — Cellules névrogliques d'un animal hibernant (Bouin, glychemalun-éosine). — B. — Cellules semblables après un jour et demi d'immersion. — C. — Cellules semblables après trois jours d'immersion, — IV. — Cellules névrogliques traitées par la méthode d'Anglade. — C. N., cellule nerveuse; Cy, cylindraxe; /. n., fibre névroglique ; g. e., gaine conjonctive du ganglion; #. n., noyau névroglique; &. #., terminaison névroglique (?); (C. /. Ass. des Anat., 1907).
d'Anglade montre que les fibrilles névrogliques sont bien distinctes du protoplasma nerveux et n’ont avec lui aucune anastomose. Bien entendu ces colorations différentielles ne fournissent aucun argument pour la question de l’origine ectodermique ou mésodermique de la névroglie.
Structure. — Les méthodes techniques ordinaires montrent plus ou moins nettement, dans les ganglions nerveux d'Helix pomatia, outre les cellules nerveuses, un liquide vraisemblablement lymphatique, dans lequel baignent des cellules et des fibrilles névrogliques semblant disposées en réseau ; on n'y voit aucun vaisseau sanguin niaucun élément figuré du sang. Comme l'accord ne s’est pas fait entre les auteurs sur la question de savoir si les fibrilles dépendent des cellules névrogliques ou si elles en sont distinctes, nous examinerons successivement ces deux sortes d'éléments, puis nous étudierons leurs rapports.
Faut-il distinguer plusieurs sortes de cellules névrogliques? Chez les Vertébrés, Bonome en distingue sept variétés, Nissl, Marinesco, Sand, trois. Chez Helix, je ne crois pas qu'on puisse faire pareille distinction. Chez les animaux normaux, on voit sur les coupes deux aspects différents des noyaux névrogliques : les uns, accolés aux cellules nerveuses, où même logés dans une dépression de leur surface, sont allongés, fusiformes, fortement colorables ; les autres, situés entre plusieurs cellules, sont sphériques et plus clairs. Tous sont formés d'une membrane nucléaire basophile très nette renfermant un suc nucléaire dans lequel apparaissent des blocs chromatiques reliés par un réseau achromatique difficilement visible; les blocs chromatiques sont situés à la périphérie du noyau, sauf quelques-uns ou le plus souvent, un seul central; je n'ai pu distinguer de nuecléole. On pourrait croire qu'il s'agit là de deux espèces cellulaires distinctes, mails tout au plus faut-il ÿ voir deux variétés dues aux rapports avec les cellules nerveuses environnantes, à moins même que ces deux aspects ne soient ceux de noyaux semblables, lenticulaires, vus lantôt de face et tantôt de profil; en effet, les noyaux fusiformes et sombres sont toujours sur le bord des cellules nerveuses sectionnées, landis que, sur les cellules vues en surface, on
n observe que des noyaux arrondis et clairs semblables à ceux des espaces intercellulaires.
Quoi qu'il en soit, tous ces noyaux réagissent de même pendant l'asphyxie par immersion; ils se gonflent, s’arrondissent et deviennent pareils les uns aux autres. Sur un animal sain, les noyaux d'aspect fusiforme sont les plus nombreux; après trente-six heures d'immersion, ils deviennent déjà rares; le troisième jour, on n’en rencontre plus qu'exceptionnellement.
En même temps que ce gonflement, qui est considérable, on observe des modifications dans la forme et la disposition de la chromatine nucléaire, comme le montrent les figures XIX (LIL. A. B. C). Les blocs chromatiques nucléaires gonflent, se déforment et présentent des prolongements irréguliers et effilés qui arrivent à se rejoindre pour former un réseau incomplet.
Le cytoplasma des cellules névrogliques est très peu abondant et difficilement visible sur les animaux sains; pendant l'immersion, il se gonfle et se montre alors comme une masse hyaline parsemée de granulations pàles, d’où partent des prolongements qui vont en s'amincissant et se continuent par les fibrilles névrogliques. É
Y a-t-il d'autres éléments cellulaires que ces cellules fixes? On sait que, chez les Vertébrés, on a décrit des cellules névrogliques libres, et de plus, dans les états pathologiques, des leucocytes variés (mononucléaires, polynucléaires, Plasmazellen, Mastzellen, cellules granulo-graisseuses). Malgré un examen attentif, je ne puis affirmer l'existence certaine de noyaux névrogliques libres, et, pendant l’asphyxie par immersion, je n'ai jamais observé d'éléments émigrés du sang; il est vrai qu'il s’agit là non d'une inflammation, mais bien d’une dégénérescence non infectieuse.
Les fibrilles névrogliques peuvent être mises en évidence, comme nous l'avons vu, par la méthode de Cajal ou par celle d'Anglade. Elles paraissent homogènes et d’un diamètre toujours égal, plus épaisses après traitement par la méthode de Cajal, plus fines et plus onduleuses par la méthode d'Anglade. Certains fixateurs leur donnent un aspect réfringent. On sait que, chez les Vertébrés, la plupart des auteurs admettent qu'elles ne sont jamais anastomosées; chez Helix, la méthode de Cajal montre
des réseaux névrogliques péricellulaires très nets; celle d’Anglade montre bien aussi des bifurcations de fibrilles sans qu'on puisse affirmer s'il s’agit là de ramifications d'une seule fibrille ou d'anastomoses de plusieurs. La méthode de Cajal montre difficilement les cellules névrogliques ; celle d’Anglade, qui colore en bleu les noyaux de ces cellules, permet mieux d'étudier leurs relations avec les fibrilles, mais elle laisse malheureusement incolore le cytoplasma névroglique. Les fibrilles névrogliques viennent parfois se terminer près du noyau qu'elles approcbhent perpendiculairement; d’autres fois, elles le contournent et continuent à son autre extrémité; certains se replient en anses, laissant le noyau, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de la courbure; dans les cellules fusiformes, il n'est pas rare de voir des fibrilles se ramifier à une certaine distance du noyau (Fig. XIX-IV).
Certains auteurs, après Ranvier, ont admis que les fibrilles névrogliques sont simplement plongées dans le cytoplasma des cellules névrogliques sans être un produit de sa différenciation. C'est là une question que mes recherches ne me permettent pas de résoudre.
Fonctions. — On à fait jouer à la névroglie les rôles les plus divers. Chez les Vertébrés, Virchow, qui la découvrit, la considéra comme un tissu de soutien ayant un rôle de protection mécanique; Weigert admit qu'elle remplit les vides entre les cellules nerveuses vivantes et ceux produits par les cellules nerveuses mortes. Golgi lui donna un rôle nutritif, à cause de son abondance autour des vaisseaux; elle servirait à conduire les substances nutritives des vaisseaux aux dendrites, eux-mêmes nourriciers. Cajal suppose qu'elle à un rôle isolateur. Da Fano (1906) croit qu'elle sert de soutien et a un rôle probablement autritif. Lugaro (1907) lui attribue cinq fonctions : 1° un rôle mécanique de soutien et d’élasticité, dù aux fibres névrogliques : 2° une action isolatrice; 3° un rôle antitoxique pour le sang et les cellules nerveuses : elle agirait comme un filtre arrêtant les toxines du plasma et rendant rapidement inoffensifs jour les cellules nerveuses leurs produits de déchet; 4° pathologiquement,
une fonction histolytique; 5° embryologiquement, une action chimiotaxique ayant une grande part dans la détermination des rapports de topographie etde connexions nerveuses,
Chez les Mollusques, on lui a attribué des fonctions de soutien, de formation des cellules nerveuses, de nutrition et de destruction des mêmes éléments.
La fonction de soutien de la névroglie est la plus évidente; elle est admise par tous les auteurs. La disposition des fibrilles névrogliques, chez les Vertébrés comme chez les Invertébrés, sert évidemment à maintenir en place les cellules nerveuses et à leur conserver leur forme.
La fonction isolatrice de la névroglie est moins évidente. Elle ne saurait être efficace puisque les fibrilles névrogliques ne forment pas un revêtement continu autour des cellules nerveuses ; elle n'est pas en rapport avec l'accumulation de la névroglie autour des vaisseaux, chez les Vertébrés, ni, chez les Pulmonés, avec le fait que la névroglie est très rare dans le neuropile où cependant s’entrecroisent un grand nombre de prolongements nerveux nus.
J'ai déjà exposé la théorie de Rohde qui admet que la névroglie contribue à la formation du protoplasma nerveux; il dit avoir observé ces faits chez Doris, Pleurobranchus, Helix, Limax. J'ai observé ces mêmes animaux et divers autres Gastéropodes et je n'ai jamais rien remarqué qui puisse susciter une telle interprétation. Je me demande sur quoi reposentces singulières théories.
L'observation de fibrilles et même de noyaux névrogliques dans le cytoplasma des cellules nerveuses a suscité deux hypothèses contradictoires. Holmgren en a conclu que les cellules névrogliques doivent servir de voie nutritive aux cellules nerveuses; j'en ai conclu qu'il s’agit vraisemblablement d'un phénomène pathologique d’histolyse, deneuronophagie semblable à ceux observés chez les Vertébrés par divers auteurs. J'ai déjà longuement parlé de cette question à propos du réseau canaliculaire, je crois inutile de me répéter ici.
Quant au rôle antitoxique normal de la névroglie que suppose Lugaro, je crois que c'est une hypothèse possible, rien de plus.
Le rôle chimiotaxique de la névroglie, au cours du développement des fibres nerveuses et pendant leur régénération, est admis par de nombreux auteurs et est vraisemblable. Nous en reparlerons plus loin à propos de la théorie du neurone, mais comme personne n’a encore étudié le développement cytologique du système nerveux des Pulmonés, je ne puis dire si leur névroglie a aussi cette propriété.
Résumé du chapitre IV. — Chez les Pulmonés, diverses méthodes permettent de différencier la névroglie soit du tissu conjonctif entourant les ganglions, soit des cellules nerveuses de ces ganglions. La névroglie est composée de cellules et de fibres; les cellules ont un gros noyau entouré d'une mince couche de cytoplasma, les fibres sont lisses et homogènes. La névroglie a normalement une fonction de soutien et pathologiquement une fonction de cicatrisation du tissu nerveux; son rôle de destruction des cellules nerveuses lésées est très vraisemblable ; ses fonctions isolatrice et antitoxique sont problématiques; son rôle dans la nutrition et la multiplication des cellules nerveuses n’est pas démontré.