‹ Contribution à la connaissance de la cellule nerveuse: La cellule nerveuse d'Helix pomatiaChapitre 14 sur 23 · PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE DE LA CELLULE NERVEUSE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE ET PATHOLOGIE DE LA CELLULE NERVEUSE

Nous voici arrivé au terme de cette longue étude de la morphologie de la cellule nerveuse. Nous avons accumulé un grand nombre de renseignements, malheureusement trop souvent incertains, soit par insuffisance d'observation, soit par insuffisance de nos moyens d'observer. L’histologiste ne peut et ne doit se contenter de ces recherches morphologiques qui isolées seraient insuffisantes ; la signification des structures qu'il étudie ne lui est donnée que par l'examen d'états physiologiques variés et bien définis. Nous sommes ainsi conduit à étudier maintenant V'histo-physiologie ou mieux l’histo-biologie de la cellule ner-

veuse. Cette nouvelle étude présente plus de précision que la précédente ; en effet, peu importe alors que telle structure soit réelle ou artificielle; le problème de la forme, avec toutes ses difficultés, n'est plus que secondaire; ce qui importe, ce sont les variations de telle ou telle substance en rapport avec celles des états physiologiques où nous l’observons, quelles que soient les déformations que lui fassent subir nos méthodes d'examen. Et cette recherche est non seulement précieuse pour éclairer nos connaissances morphologiques, mais encore elle est féconde pour les études physiologiques. La meilleure preuve qu’on puisse en donner est l'emploi de la méthode histo-physiologique des dégénérescences, qui seule a permis d'éclairer la question fort complexe des voies de conduction — question que n'auraient pu résoudre ni les recherches morphologiques ni les recherches physiologiques isolées.

Mais si les recherches d’histo-physiologie sont fécondes, elles sont aussi très difficiles à réaliser d'une manière précise. Il n°v a pas de facteur physiologique simple qu’on puisse faire varier à volonté isolément; les variations d’une seule condition entraînent les variations d’un grand nombre d’autres qui, réagissant réciproquement, créent un changement final complexe dont nous ne savons pas reconnaitre tous les composants. Par exemple, si nous voulons étudier les variations cytologiques en rapport avec l’inanition, nous observerons en réalité ces variations en rapportavec des changements de la nutrition, de la composition chimique du milieu sanguin, de la circulation, de la respiration, de la température, etc., et il nous sera impossible de faire la part de chacun de ces facteurs. Il en est ainsi dans toutes les recherches biologiques, et ces difficultés doivent nous rendre prudents dans les conclusions que nous tirons de nos expériences. Une autre difficulté des recherches d'histo-physiologie est la suivante : les variations physiologiques normales ne sont pas décelables au microscope; la veille, le sommeil, et même l’anesthésie ne peuvent être différenciés dans les cellules nerveuses par nos méthodes actuelles'; des changements cytolo-

4. J'ai déjà parlé dans l’avant-propos des causes d'incertitude de ces sortes de recherches.

ciques n'apparaissent qu'après une veille prolongée, une anesthésie mortelle, une longue inanition, ete., mais ces chan-

gements ne peuvent alors être considérés comme normaux, ils

deviennent proches des modifications pathologiques si même ils n'en sont pas. De même, nous ne connaissons pas de signe certain de la mort cellulaire et nous ne pouvons observer que des modifications post-mortem dues à la cadavérisation.

Les échanges gazeux (oxygène, acide carbonique), liquides, (lymphe), les variations calorifiques, électriques, etc. des cellules nerveuses qui, d'après ce que nous savons par la physiologie, doivent jouer un rôle important dans leur fonctionnement, échappent complètement aux méthodes histologiques.

Tous ces faits nous obligent à répéter ce que nous disions dans l’avant-propos, que l’histo-physiologie n’est pas la clé de toute la biologie, la méthode unique et suffisante pour résoudre tous les problèmes de la vie. Dire ceci, ce n'est pas l’'amoindrir, car aucune science n’est capable à elle seule de répondre à toutes les questions biologiques; c'est seulement la limiter, la préciser, définir son domaine et lui donner ainsi sa valeur exacte.

1. Je trouve la justification de mon insistance sur ce sujet dans les travaux de nombreux histo-pathologistes, etentre autres dans une étude toute récente ! où l’auteur reproche aux neurologistes de parler un langage spécial et de ne pas prendre pour base de leurs recherches cliniques et psychiatriques l’anatomopathologie. Nous voici en présence d’un malade : maintes méthodes se présentent à nous pour l’examiner. Nous pouvons observer le rythme, l'amplitude de ses échanges respiratoires et de ses mouvements circulatoires; cette méthode fournira certainement des renseignements précieux, mais songerait-on à baser sur elle une classification des maladies nerveuses et mentales permettant un «diagnostic précis? Nous pouvons procéder à l'examen microscopique et à la numération des divers éléments du sang, de l'urine ou du liquide céphalo-rachidien; cette méthode fournira peut-être un renseignement plus précis que la précédente, mais suffira-t-elle pour le diagnostic? Nous pourrons, après la mort, couper et colorer le système nerveux, et observer les modifications de ses cellules; sera-ce là la méthode suffisante? Nous pourrons enfin procéder à l'examen clinique et même dans le cas de maladie mentale à l'examen psychologique du malade; dira-t-on que ces méthodes sont inutiles et que l’examen histolo gique est suffisant? Il est à remarquer que ces diverses méthodes sont d'autant plus fines qu’elles sont plus délicates à employer: les dernières, qui laissent une très large part à l'interprétation personnelle, sont en même temps celles qui permettent le mieux de différencier le processus morbide. Faut-il leur reprocher de ne pas employer le langage anatomique? Qu'en feraient-elles le plus souvent? Si l'association des diverses méthodes de laboratoire, de clinique, de psychiatrie est souvent nécessaire, il faut reconnaitre que ces der-

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