‹ Contribution à la connaissance de la cellule nerveuse: La cellule nerveuse d'Helix pomatiaChapitre 16 sur 23 · FONCTIONNEMENT · texte numérisé non relu

FONCTIONNEMENT

Nous avons déjà dit qu'il est impossible de dissocier, aussi bien morphologiquement que fonctionnellement, histologiquement que physiologiquement, les phénomènes de nutrition de ceux de fonctionnement de la cellule nerveuse. Ne pouvant constater par nos méthodes histologiques actuelles les échanges nutritifs normaux de cette cellule, nous pouvons chercher à connaître ses variations à divers stades d'activité. Les procédés que nous emploierons ne produiront pas d'ailleurs que des variations fonctionnelles, mais bien aussi des changements trophiques, et même tel facteur, comme l'oxygène ou la température, aurait pu tout aussi bien être étudié dans le chapitre I que dans celui-ci. Les structures cytoplasmiques dont nous observerons la variation seront les mêmes que dansles expériences précédentes : substance chromatophile, neurofibrilles, etc. Ce fait suffit pour prouver encore une fois que nous ne pouvons pas distinguer dans la cellule nerveuse de substances spécialement nutritives ou fonctionnelles.

On a attribué à différentes substances de la cellule un rôle spécial dans le fonctionnement : pour certains auteurs, la substance chromatophile serait productrice de linflux nerveux; pour d’autres, la fonction conductrice serait réservée soit à

l'hyaloplasma, soit aux neurofibrilles. Y a-t-il réellement une substance productrice et une autre conductrice de l'excitation ? Nous examinerons cette question après avoir relaté les expériences.

Peut-on, par l'examen microscopique, se rendre compte du mode de fonctionnement des centres nerveux? Des hypothèses nombreuses ont déjà été faites à ce sujet.

Rabl-Ruckhard (1890), Lépine (1894), puis Mathias Duval (1895) et ses élèves [Pupin (1896), Deyber (1898), Pelloquin (1898) émirent une théorie amæboïde du système nerveux : les ramifications de la cellule nerveuse pourraient s’allonger ou se rétracter et ainsi permettre ou empêcher le passage de linflux nerveux; les excitants, café, thé, etc., produiraient l'extension des ramifications; l'acide carbonique, les narcotiques, la rétraction. Mathias Duval, Manouélian, Soukhanoff admirent même l'hypothèse de nervi nervorum chargés de régler la réception des excitations par les terminaisons du neurone.

Cette théorie mécaniste avait le défaut de ne rien expliquer, car elle ne donnait pas la raison des mouvements amæboïdes des prolongements. Elle fut combattue par Lenhossék (1895), qui nia la possibilité de mouvements amæboïdes ; par Kôlliker (1895), qui les nia également, les prolongements ne montrant aucun déplacement et les phénomènes psychiques dépendant de toute la cellule et non seulement de ses extrémités: par Cajal (1895), etc.

En même temps que cette théorie amæboïde, d’autres hypothèses mécanistes apparurent. Tanzi (1893) admit une hypertrophie fonctionnelle des cellules nerveuses par influence de l'exercice prolongé; Lugaro (1895) supposa également que l'activité de la cellule produit sa turgescence et, rendant plus intime son contact avec les prolongements des cellules voisines, facilite son fonctionnement. Demoor (1896) admit que les cellules nerveuses sont plastiques, peuvent changer de forme et de volume, et il expliqua ainsi leur fonctionnement, le sommeil, l'hibernation, ete. Cette théorie de la plasticité fat admise par Berkley, Stefanowska, Querton, Kleefeld, etc.

Toutes ces théories, amæboïsme, turgescence. plasticité, ont le défaut de ne pas s'appuyer sur des faits, car on n’a jamais observé de modifications ni de déplacements des terminaisons nerveuses, et les variations de volume du corps cellulaire ne peuvent servir à les étayer. Elles ont un autre défaut plus grave, c'est qu'elles négligent totalement le rôle du corps cellulaire et ses variations si complexes. Enfin, elles n’expliquent rien, car elles ne donnent pas la cause des déplacements des prolongements : ceux-ci, s'ils étaient vrais, ne pourraient être que l'effet d'une action du corps cellulaire, même en admettant cette complication inutile, les nervi nervorum.

Les théories physiques du fonctionnement des cellules nerveuses sont forcément peu nombreuses en histologie. En effet, elles ne peuvent guère naître d'observations microscopiques. Cependant, la comparaison du système nerveux avec le télégraphe électrique a été souvent répétée : les fibres ou les fibrilles seraient les fils de conduction, les cellules, alimentées par leurs échanges chimiques, seraient les bureaux récepteurs ou transmetteurs alimentés par les échanges chimiques des piles. La comparaison est séduisante, mais elle ne peut se transformer en identification. Certes, les fils télégraphiques s’usent peu et les bureaux beaucoup, de même que les nerfs ont de faibles besoins d'oxygène et de sang, tandis que les cellules en sont avides, mais l'usure, la réparation, l’activité ne sont pas les mêmes et ne se produisent pas d’une manière comparable. L'image est jolie, mais ce n’est qu'une image.

Récemment, Dustin (1906) à émis, à propos des neurofibrilles, une hypothèse, déjà faite par Althaus (1898) à propos des fibres nerveuses : les neurofibrilles étant conductrices et l'influx nerveux étant comparable à l'électricité, on peut leur appliquer la loi d'Ohm que l'intensité du courant est proporlionnelle à la force électromotrice et inversement proportionnelle à la résistance du circuit; quand l’activité de la cellule s’affaiblit, l'énergie libérable diminuant, les neurofibrilles grossissent, la résistance devient plus faible, ce qui assure une certaine constance à l’influx nerveux. Dans certains cas même,

la cellule peut agir comme un rhéotome et, par fragmentation des neurofibrilles, interrompre le circuit.

J'ai déjà combattu (1907) cette hypothèse de Dustin, à qui l'on peut opposer que : 4° il n’est pas prouvé que les fibrilles soient seules conductrices; 2° l’influx nerveux n'est pas un courant électrique et l’on ne saurait lui appliquer les lois de l'électricité; 3° il est contraire à ce que nous savons de la biologie cellulaire qu'une cellule fonctionne constamment, sans stades de repos; bien au contraire, nous voyons, dans les cellules les plus diverses, alterner les phases d'activité et de repos, et l’on ne conçoit pas alors les variations de résistance de la cellule nerveuse; 4° enfin, les faits observés jusqu’à présent ne nous permettent pas d'affirmer qu'il y a des variations physiologiques des neurofibrilles.

On pourrait encore reprocher à l'hypothèse de Dustin, aussi bien qu'à celles mécanistes d’ailleurs, de ne pas tenir compte du chimisme cellulaire et, par conséquent, d'être forcément incomplètes et inexactes.

On a fait également des hypothèses chimiques sur le fonctionnement des cellules nerveuses. J'ai montré (1907) qu'il faut surtout tenir compte des modifications du corps cellulaire. Le rapprochement des faits suivants pourrait fournir déjà une indi cation : 4° le volume cellulaire augmente pendant l'activité, diminue pendant la fatigue; 2° la substance chromatophile disparaît pendant l’activité; 3° les alcalis gonflent les cellules, les acides les rétractent; 4° la substance chromatophile semble soluble dans les alcalis dilués; 5° les neurofibrilles gonflent après action d'un bain alcalin, s'amincissent après action d'un acide. Tous ces faits amèneraient à penser que l'activité de la cellule nerveuse est corrélative d’une alcalinisation du milieu cytoplasmique, la fatigue étant en rapportavec l'acidité du même milieu.

Malheureusement, cette hypothèse ne repose pas non plus sur des faits tous sûrement établis, elle néglige le rôle des excitations nerveuses, des substances cellulaires inconnues ou mal étudiées, et, de plus, elle ne saurait à elle seule rendre compte de la complexité des phénomènes nerveux.

Prenant à Comparé la cellule nerveuse à une cellule glandulaire et admis que, grâce à l'énergie de son ergastoplasma, elle sécrète l'influx nerveux. On a même admis que l'influx nerveux n'est autre qu’une action diastasique se produisant le long des prolongements cellulaires. Dustin dit que la transformation d'énergie qui se produit dans la cellule nerveuse est fonction de trois facteurs : la substance oxydable, le gaz oxydant, la température de la réaction.

La cellule nerveuse peut être comparée à une cellule gländulaire, mais l'influx nerveux n'est pas le produit de sécrétion visible. Le fonctionnement d'une glande s'accompagne de variations de température et vraisemblablement aussi d’autres facteurs physiques. L'influx nerveux n'est-il pas le facteur physique inconnu variant avec le fonctionnement, le produit de sécrétion matériel restant dans le corps cellulaire. Les cellules des organes lumineux, électriques, semblent fonctionner d’une manière analogue.

Il est possible que certaines de ces hypothèses mécanistes, physiques ou physico-chimiques, renferment une part de vérité ; il est vrai qu'elles peuvent fournir un langage commode pour la description des phénomènes nerveux, mais il ne faut pas oublier qu'elles ne sont que des hypothèses d’hypothèses, des imaginations de l'esprit avide de connaître les lois d’une énergie encore énigmatique. Retournons aux observations.

Le problème histo-physiologique du fonctionnement de la cellule nerveuse se pose ainsi : La nature de l'influx nerveux nous est inconnue, mais les recherches physiologiqnes nous ont appris que le fonctionnement des centres nerveux est accompagné d’une augmentation de température, d’une variation électrique (Baglioni, 1905) d’une consommation d'oxygène, de la production d'acide carbonique, etc. Pouvons-nous, par l'examen microscopique, constater les changements de la cellule nerveuse corrélatifs à chacun de ces facteurs, température, oxygène, etc., ou encore à chacune de ses variations d'activité, repos, travail, fatigue, sommeil, etc. ?

Le fonctionnement des centres nerveux produit toujours une élévation de température, puisqu'il y a alors hyperhémie.

Inversement, les variations de température semblent influer sur l’activité des centres nerveux. Il y a lieu de distinguer à ce sujet leur action sur la cellule de celle sur l'individu. Chez les animaux à température variable, les deux actions sont concomitantes ; chez les animaux à température constante, elles sont différentes. L'augmentation de température semble en rapport avec l’activité cellulaire, dans de certaines limites; elle peut amener la paralysie calorifique, probablement par augmentation de la dépense énergétique à laquelle la circulation ne suffit plus; et même, vers 40° chez la Grenouille, 47° chez les Mammifères, 50° chez les Oiseaux, elle produit la mort par coagulation de certains albuminoïdes du protoplasma. Sur l'individu tout entier, les variations de température, dans de certaines limites, ont une influence variable sur le fonctionnement, l'abaissement correspondant, chez les animaux à température variable, à un ralentissement d'activité et contribuant même à produire l'hibernation. On a étudié les modifications de la cellule nerveuse en rapport avec les variations de température. Lugaro (1898), soumettant 8 Lapins et un Chien à une rapide hyperthermie, a constaté audessus de 40° une dissolution de la substance chromatophile, la partie achromatique et le noyau étant peu modifiés et le foncüonnement encore possible. Tello (1903) signala la singulière transformation du réseau neurofibrillaire des Lézards en hibernation ou à une température basse, leurs neurofibrilles sont rares et épaisses ; après trente heures passées dans l'étuve à 30° ou pendant l'été, celles-ci sont au contraire très abondantes et très fines. Cette observation, confirmée par plusieurs auteurs, à suscité de nombreuses recherches. Cajal (1904), plaçant des Sangsues pendant douze heures à 35°, a vu leur réseau neurofibrillaire plus riche et plus fin; il a constaté les mêmes variations sur de jeunes Lapins placés les uns à 10°, les autres à 30°. Marinesco (1905), reprenant ces expériences sur de jeunes Chiens et Chats placés à 10, 20 et 30°, a vu que la chaleur produit une augmentation du volume cellulaire, une fragmentation des corps de Nissl, un amincissement des neurofibrilles; Cajal ayant admis que l'hypertrophie des neurofibrilles est en relation avec le ralentissement fonctionnel, Marinesco

(1906) a soutenu qu'elle se montre dans les troubles de nutrition les plus divers, et spécialement les intoxications, et qu'elle peut sobserver alors même que l'animal est placé dans un milieu chaud. Dustin (1906) confirma les observations de Cajal sur les Lapins jeunes et les Sangsues. Donaggio (1906) observa que le froid ne produit pas de modifications du réseau neurotibrillaire chez le Lapin adulte, s’il n’est associé à un autre facteur, tel que l’inanition. Balli(1906), par la méthode de Donaggio, arriva à la même conclusion et n'obtint de lésions, vacuolisation, destruction partielle du réseau, qu’en associant au froid l’exürpation de l'appareil thyro-parathyroïde. Scarpini (1906), par la même méthode également, étudia l’action de l'hyperthermie expérimentale en maintenant des animaux à 45°, et constata un épaississement des mailles, une perte de colorabilité et enfin l’'homogénéisation du cytoplasma. Kowalsky (1907) ne put, par la méthode de Cajal, imprégner les neurofibrilles du Lombric que pendant les périodes de froid et les vit alors épaissies et hypertrophiées. Boule (1907), qui a pu par la même méthode imprégner le système nerveux de Lombrics recueillis à Louvain, a cependant reconnu que ceux du Morbihan étudiés par Kowalsky ne s'imprègnent pas à la température ordinaire.

En résumé, les observations sur les variations de la cellule nerveuse en rapport avec la température sont incertaines. La cellule diminue de volume par le froid et augmente par la chaleur, ce qui pourrait expliquer partiellement les variations d'aspect de la substance chromatophile et des neurofibrilles; la substance chromatophile a été peu étudiée; les neurofibrilles épaississent par le froid, quand on emploie la méthode de Cajal, elles ne varient pas par ce seul facteur, quand on se sert de la méthode de Donaggio.

J'ai examiné des Aelix pomatia à diverses températures. Comme ces observations sont en rapportavec celles d'hibernation, nous en parlerons plus loin.

Le fonctionnement des centres nerveux s'accompagne d'une consommation d'oxygène. Des expériences récentes de Léonard Hill (1900) l'ont montré avec évidence : Le bleu de méthylène a la propriété de se décolorer en présence d'un corps réducteur; si

on l’injecte à un Chien ou à un Lapin légèrement anesthésié, le cerveau se colore en bleu, mais si l’on excite une zone psychomotrice de manière à provoquer des mouvements, cette zone se décolore aussitôt; la décoloration cesse si l’anesthésie est plus profonde. Le fonctionnement de la cellule est donc lié à une oxydation. On peut chercher à savoir, sinon les transformations de la cellule nerveuse sous l'influence de l'oxygène normal, tout au moins l'effet sur la cellule de la privation d'oxygène. Chez les Vertébrés, ces expériences sont peu nombreuses, car l'asphyxie est si rapide que l’on ne constate aucune modification. Dustin (1906) a asphyxié en vase clos, en trois heures, un Lapin de trois jours; il en dit : « Il y a, à toute évidence, un essai infructueux de la part des cellules à modifier leur réseau ; mais ces modifications sont bientôt entravées par l'intoxication et par la mort; un autre Lapin de quatre jours, maintenu quatre heures et demie dans une atmosphère très riche en oxygène, ne présente pas de changements cellulaires ».

On pourrait rapprocher de ces expériences celles que j'ai relatées sur les arrêts de circulation sanguine, mais l'influence du défaut d'oxygène est impossible à y distinguer des autres troubles : composition du milieu sanguin, accumulation des produits de déchet autour de la cellule nerveuse, etc.

Chez les Invertébrés, l'expérience de l'asphyxie est plus facile, parce que la mort est lente. Je l'ai essayée sur Helix pomatia. On ne peut songer à asphyxier un Æelix dans une atmosphère confinée ou irrespirable ; en effet, cet animal s'enferme dans sa coquille, sous son épiphragme, dès que le milieu extérieur est défavorable à son existence et il passe alors à l’état de vie ralentie. On peut conserver des Escargots pendant plusieurs mois dans un flacon bouché sans observer chez eux le moindre trouble. J'ai donc privé les Escargots d'oxygène, tout en les obligeant à conserver leur activité, en les plongeant dans un vase plein d'eau. L'eau douce ou l’eau bouillie produisent les mêmes effets. L'animal devient turgescent, il étend fortement son pied hors de sa coquille et bientôt même, il ne peut plus y rentrer qu'à la suite d'une forte excitation amenant une contraction générale des muscles et permettant le rejet de l'eau ayant

envahi son poumon. L'animal s’agite beaucoup, rampe rapidement à la surface du vase. Au bout de quelqnes heures, les mouvements se ralentissent puis cessent; la sensibilité des tentacules diminue puis disparaît; l'animal n'adhère plus à la paroi et flotte à la surface du liquide. Sa contractilité musculaire diminue puis cesse; l'animal meurt le deuxième ou le troisième jour, un peu plus tôt en été qu'en hiver’.

Cette expérience d’asphyxie est malheureusement assez complexe. L'absence d'oxygène s'y accompagne entre autres d’une imbibition par l’eau de tous les tissus et les modifications observables dans les cellules nerveuses ne peuvent être rapportées certainement à l'activité en milieu asphvxique. Quoi qu'il en soit de la signification précise des résultats, les voici brièvement relatés : Lorsqu'on incise les téguments distendus d’un animal immergé, on voit sortir une grande quantité de liquide; le collier-nerveux péri-æsophagien apparaît nettement augmenté de volume. Sur les coupes des ganglions, on se rend compte que les cellules nerveuses grossissent rapidement au début de l'immersion, puis plus lentement jusqu'à la mort. Dans le corps cellulaire, les mailles du réseau spongioplasmique deviennent d'abord plus grandes et plus apparentes, elles sont comme distendues par l'hyaloplasma, puis leur aspect devient moins net en même temps qu'elles perdent leur colorabilité ; à la périphérie apparaissent des vacuoles incolores puis des filaments et même des cellules névrogliques provenant des cellules névrogliques péricellulaires. La substance chromatophile qui d'abord avait l'aspect de fines granulations très serrées les unes contre les autres montre, après trente-six heures d'immersion, une structure réticulée à points nodaux seuls colorables; en même temps que cet écartement des grains chromatophiles, on observe leur disparition : la chromatolyse débute à la périphérie, la zone périnucléaire est la plus résistante : le troisième jour, la

chromatolyse est totale et le cvtoplasma finement granuleux, presque homogène. Le noyau devient très volumineux, ses grains chromatiques s’écartent, montrant plus nettement le

A. J'ai considéré avec Yung (1889) que les animaux sont morts quand l’excitabilité des muscles du corps et celle du cœur ont disparu.

réseau nucléaire dont ils occupent les points nodaux, puis diminuent de colorabilité. Les nucléoles sont généralement plusieurs dans un même noyau et leur position variable rend difficile l'étude de leurs déplacements, il se peut qu'ils se rapprochent de la surface nucléaire; ils augmentent peu de volume, mais parfois se déforment et prennent un aspect en croissant; beaucoup présentent alors deux zones, l’une centrale acidophile, l'autre périphérique basophile; vers le deuxième jour, leur colorabilité diminue en même temps qu'apparaissent souvent dans leur intérieur des sortes de vacuoles très réfringentes (PI. XVI, fig. 20, 21, 22). En résumé, l’asphyxie par immersion d'Æelix pomatia produit dans ses cellules nerveuses d'abord une augmenlation considérable de volume dilatant les réseaux etles rendant plus visibles, puis une diminution lente de colorabihité des structures observables, l'apparition de vacuoles et même de filaments et de cellules névrogliques.

Au lieu d'étudier l'influence de la température ou de l'oxvgène, sur la structure des cellules nerveuses, on peut chercher à connaître les modifications cellulaires en rapport avec le fonctionnement normal ou provoqué. De nombreux auteurs ont fait des recherches à ce sujet, et de manières très variées. Nous examinerons successivement les modifications dues à l'excitalion électrique, à l'activité normale, à la fatigue, à l'insomnie.

La méthode d’excitation électrique d'un nerf provoquant la mise en activité du centre nerveux correspondant a été fréquemment employée. Elle présente cet avantage qu'on peut étudier comparativementle centre excité et le centre symétrique supposé au repos. Par contre, elle n'emploie pas un excitant physiologique et le doute peut persister, malgré l’analogie des modificaons cellulaires, sur la valeur physiologique de l'excitation électrique.

Hodge (1888-1892) à excité ainsi un nerf du côté droit se rendant à un ou plusieurs ganglions spinaux, ceux du côté gauche au repos servant de témoins; chez la Grenouille et le Chien, il a observé une diminution de volume marquée, un changement de forme, une augmentation de colorabilité, la perte de l'apparence réticulaire du noyau; la diminution du corps

cellulaire, la perte de colorabilité et la vacuolisation du cytoplasma; ces changements sont semblables à ceux de la fatigue journalière normale; les cellules ganglionnaires du Chat excitées électriquement reprennent lentement leur état normal, le rétablissement n’est pas complet après dix-huit heures, il l'est après vingt-quatre heures de repos. Vas (1892), excitant faiblement pendant quinze minutes le sympathique cervical du Lapin, a constaté une augmentation de volume des cellules du ganglion sympathique supérieur, une augmentation et un déplacement du noyau, la localisation de la substance chromatophile à la périphérie. Lambert (1893) a obtenu des résultats comparables, sauf en ce qui concerne l'augmentation de volume de la cellule et du noyau qu'il n'a pas observée. Valenza (1895) excitant fortement le lobe électrique de la Torpille a vu, près des électrodes, la diminution du noyau et l'hyperchromatose de la zone cytoplasmique périnucléaire; loin des électrodes, le renflement du noyau et l’hyperchromatose périphérique ; il nie les variations des volumes cellulaire et nucléaire en rapport avec l'activité et la fatigue. Lugaro (1895) a établi des graphiques des variations de volume des cellules du ganglion sympathique cervical, soit après la mort rapide par le chloroforme {état de repos), soit après excitation pendant 5, 15, 30 minutes, 1, 3, 6 heures par un courant électrique faible; le corps cellulaire augmente pendant l'activité, diminue pendant la fatigue, le noyau varie d'une manière analogue, il ne se déforme ni ne se déplace, même après des excitations prolongées ; la substance chromatophile devient hyperchromatique pendant l’activité, hypochromatique pendant la fatigue, les nucléoles ne se déplacent pas, mais varient de volume comme le noyau et le cytoplasma, bien que diminuant très lentement par la fatigue. Levi (1896) à comparé les cellules d’un ganglion lombaire chez le Lapin, soit après repos produit par section du sciatique, soit après excitation du sciatique par un faible courant électrique; 1l a observé que l'excitation fait apparaître dans la partie achromatique du cytoplasma des granulations, colorables en rouge par la fuchsine, semblant provenir du noyau, dont le nombre et la taille augmentent jusqu'à l’état de fatigue; Levi les considère comme des

produits du métabolisme très actif de la cellule nerveuse. Eve (1896), après excitation électrique du ganglion cervical supérieur du Lapin et de la moelle strychninisée de la Grenouille, a constaté que le repos et l’activité produisent peu de modifications cellulaires; il attribue celles qu'on a décrites aux réactifs histologiques. Demoor (1896) a excité électriquement pendant eing minutes le centre psycho-moteur de Chiens morphinisés et trépanés et a vu, par la méthode de Golgi, que toutes les cellules corticales sont contractées et leurs prolongements moniliformes ; il y trouve une preuve pour sa théorie de la plasticité que nous avons exposée. Pugnat (1897-1901) a étudié les ganglions spinaux de jeunes Chats après excitations électriques d'intensité et de durée variées; il admet que l’activité produit l'augmentation du volume cellulaire, de la substance chromatophile, du volume nucléaire et le déplacement du noyau vers la périphérie; la fatigue produit la diminution du volume cellulaire, de la substance chromatophile, la formation de substance chromatophile diffuse, de granulations fuchsinophiles, la chromatolyse périnucléaire et la diminution du volume nucléaire; ces modifications sont plus grandes que celles produites par l’activité et la fatigue normales dont l’action est moins intense et moins continue. Pick (1898), excitant pendant une demi-heure à une heure le centre cortical moteur, a reconnu dans la moelle du côté excité une diminution de la substance chromatophile qui devient pulvérulente et disparait même dans la zone périnucléaire. Luxemburg (1898) a repris les expériences de Pick et a confirmé ses résultats, sauf que la chromatolyse serait périphérique. Odier (1898) a observé qu'une excitation prolongée produit la rétraction de la cellule, puis du noyau et enfin du nucléole, dans les cellules de la moelle; la chromatine serait réduite en raison de l’activité cellulaire. Ceni et de Pastrovitch (1901) ont fait agir un stimulus électrique croissant sur des Lapins et des Chiens, et en ont conclu que le Chien est plus résistant que le Lapin, et que les effets sont différents selon qu'on fait une application unique d'un courant de grande intensité ou des applications successives de courants d'intensité croissante; dans le premier cas, le corps cellulaire et les prolongements sont lésés, mécaniquement, semble-t-il; dans

le second cas, les cellules sont intactes ou très peu modifiées et il paraît donc que la cellule nerveuse peut s'adapter à l'hyperacüvité fonctionnelle produite par un courant induit‘. Dustin (1906) n'a observé aucun changement dans les neurofibrilles d’une Sangsue électrisée pendant 24 heures. Smalwood et Rogers (1908) ont forcé des Limax à se déplacer en leur appliquant un courant d'induction à la partie postérieure pendani 30 à 45 minutes, jusqu'à ce qu’elles ne se meuvent plus; ils ont vu dans leurs cellules nerveuses des vacuoles très nombreuses; ils ont observé sous le microscope des cellules nerveuses de Limax dont ils excitaient les prolongements, et ils ont vu le corps cellulaire grossir, les corps (chromatophiles) des vacuoles disparaitre puis reparaître sous une forme différente une heure ou deux après arrêt du courant.

Je n'ai pas été aussi heureux que Smalwood et Rogers; chez Helix, le simple contact des électrodes fait rétracter l'animal dans sa coquille; les autres Invertébrés que j'ai étudiés, Limax, Lombric, Sangsue, ne se sont pas montrés plus favorables : dès que le passage du courant est établi, leur peau sécrète un mucus abondant qui fait dériver le courant, lequel n’agit plus sur l'animal. Quant à l'observation directe des cellules nerveuses, faite par Smalwood et Rogers, elle me paraît très difficile à réaliser.

Si nous ne connaissons rien des effets de l'excitation électrique sur les cellules nerveuses des Invertébrés, nous possédons donc un assez grand nombre de renseignements sur celles des Vertébrés. Certes, toutes les expériences effectuées ne sont pas exemptes de critiques : l’anesthésie, la trépanation que nécessitent certaines d’entre elles, la section du nerf employée pour obtenir le repos ne sont peut-être pas des moyens excellents, mais de l’ensemble des expériences effectuées se dégage un certain nombre de faits qu’on ne peut tous attribuer à des erreurs d'observation ou de technique, et je crois, contrairement à Nissl et à Van Gehuchten, qu'on ne peut dénier toute valeur

1. Corrado (1889), Bordier et Piéry (1902), Modena et Fua (1907) ont étudié l'état des cellules nerveuses après mort par électrocution. Nous n'avons pas à nous occuper ici de cette question.

aux résultats les plus généralement obtenus : augmentation des volumes cellulaire et nucléaire pendant l'activité, diminution pendant la fatigue: disparition de la substance chromatophile : vacuolisation ‘. D'ailleurs ces mêmes modifications se retrouvent dans les cellules après activité ou fatigue normales.

Les observations des modifications cellulaires corrélatives à l'activité et à la fatigue normales sont assez nombreuses. Elles échappent complètement aux objections qu'on pouvait adresser aux expériences précédentes que l’excitant employé n'est pas physiologique. Par contre, elles ne permettent plus de comparaison avec les cellules homologues et symétriques et présentent ainsi une cause d'incertitude : l'ignorance de l’état initial.

Hodge (1888-1892) a étudié les cellules nerveuses de Moineaux, d'Hirondelles, de Pigeons tués soit au début, soit à la fin de la journée, et a observé que la fatigue physiologique produit les mêmes effets que l'excitation électrique prolongée. Magini (1890-1894) à remarqué que les cellules nerveuses du lobe électrique de Torpilles vivisectionnées, ayant par conséquent produit un grand nombre de décharges, présentent un nueléole excentrique toujours dirigé vers le prolongement, tandis que celles des Torpilles mortes tranquillement hors de l'eau, et des jeunes ne donnant pas encore de décharges, ont un nucléole situé d'une manière très variable; Magini en déduit cette hypothèse que la cellule nerveuse serait un transformateur d'énergie qui, recevant une onde éthérée des fibres sensitives, la transforme en mouvement mécanique du nucléole, lequel se change à son tour en onde éthérée de la fibre motrice. Valenza (1895) a controuvé les observations de Magini. Mann (1894), pour connaître la valeur des changements cellulaires dus à l'excitation électrique, a examiné comparativement deux Chiens dont l’un élait reposé et l’autre avait travaillé dix heures; dans l'écorce cérébrale du Chien actif, les cellules sont pâles ou incolores par la méthode de Nissl, leurs noyaux sont gonflés; Mann conclut de cette expérience, et d'une autre sur la rétine, que la substance chromatophile s'accumule pendant le repos, disparait

1. Il est curieux de remarquer que les méthodes neurofibrillaires n’ont guère été employées pour ces recherches.

pendant le fonctionnement; l'activité s'accompagne d'un grossissement des cellules, noyaux et nucléoles, la fatigue d’un déchiquètement du noyau et probablement aussi du corps cellulaire, et de la formation de substance chromatique diffuse dans le noyau. Nissl (1896) a repris les expériences de Mann et pense que les modifications observées par lui et par Hodge après la fatigue sont dues à des productions artificielles. Van Gehucnhten (1897), Pugnat (1898) ont publié une revue de cette question et admis que l’activité amène une augmentation de volume, la fatigue une diminution, toutes deux une diminution de la substance chromatophile pouvant aller jusqu'à sa disparition.

Je n'ai pas connaissance d’autres travaux plus récents sur cette intéressante question des variations cellulaires sous l'influence de l’excitant physiologique, et je ne crois pas qu'aucune recherche ait été faite avec les méthodes neurofibrillaires.

Divers auteurs ont étudié l'influence sur la cellule nerveuse de l’excitant physiologique, en employant un procédé qui permet la comparaison de l'état de repos avec l’état d'activité; ils ont bandé un œil à un animal et ont recherché Les différences entre la rétine à l'obscurité et la rétine à la lumière. Mann (1894), Demoor (1896), Pergens (1896), Carlson (1903), Chiarini (1904-1906), etc. ont entrepris ces recherches; presque tous sont arrivés aux mêmes conclusions : La fatigue des cellules rétiniennes s'accompagne de diminution de volume et de disparition de la substance chromatophile.

Les modifications des cellules nerveuses en rapport avec leur fonctionnement normal plus ou moins prolongé sont donc assez bien connues. On a étudié également leurs changements consécutifs à une fatigue provoquée, prolongée, et exagérée même jusqu’à la mort.

Guerrini (4899) employa le dispositif suivant : il plaça des Chiens dans une roue dont le mouvement les oblige à se mouvoir constamment; après 35 à 98 kilomètres, les cellules de l'écorce cérébrale montraient une augmentation de l’espace lymphatique péricellulaire, des leucocytes à leur surface, une diminution de volume, des contours irréguliers, de la chromatolyse et de la vacuolisation; leurs noyaux hypertrophiés, d'aspect vésicu-

laire, excentriques, irréguliers, étaient peu colorables; les nucléoles hyperchromatiques étaient vacuolisés où atrophiés; les cellules de la moelle présentaient des altérations semblables, qui étaient d'autant plus grandes que l'animal était plus fatigué. Pugnat (1900-1901), employant la même méthode, confirma ces résultats. Geeraerd (1901) a obtenu les mêmes modifications, sauf la diminution du volume cellulaire, et a suivi, pendant le repos consécutif, le retour à l’état normal qui est assez rapide. Récemment, Dustin (1906) a appliqué la méthode de Cajal à des recherches semblables; des Cobayes placés dans un cylindre tournant et épuisés ou morts de fatigue ont montré un épaississement des neurofibrilles dans les cellules de l'écorce pariétale; les grandes pyramidales étaient surtout atteintes *.

Ces recherches intéressantes nous montrent plutôt l'influence de la fatigue musculaire sur les cellules nerveuses que la fatigue de celles-ci. La fatigue musculaire s'accompagne de modifications de composition du sang qui peuvent avoir une grande part dans les changements constatés dans les cellules nerveuses. À vrai dire, on ne peut produire la fatigue des centres nerveux seuls, mais on peut diminuer l'influence de la fatigue musculaire en étudiant les effets de l’insomnie sans travail forcé.

Marie de Manacéine (1894) a examiné les centres nerveux de jeunes Chiens mourant après 92 à 143 heures d'insomnie et a signalé des altérationsgraves ; Daddi (1897) a observé trois Chiens morts d’insomnie, l'un après 17 jours, les deux autres après 8 et 13 jours; le premier, qui fut à jeun pendant toute l'expérience, résista aussi bien que les autres, mais ses cellules nerveuses étaient plus altérées; tous présentèrent des lésions inégalement réparties (la moelle et le bulbe normaux) consistant en chromatolyse plus ou moins complète, vacuolisation, varicosités dendritiques, ectopie et homogénéisation du noyau, disparition de la cellule; ces modifications, non spécifiques, semblent dues plus au surmenage qu'à la dénutrition; elles confirment l'opinion de Pflüger que le besoin de sommeil dépend des modifications cellu-

1. On pourrait rapprocher de ces expériences les très nombreuses recherches faites sur les modifications des cellules nerveuses dans la rage, le tétanos et aussi après injection de poisons convulsivants, strychnine, etc.

laires produites pendant la veille, mais Daddi ne pense pas qu'on puisse connaître actuellement la légère lésion initiale qui provoque le sommeil. En collaboration avec H. Piéron, j'ai également étudié les modifications des cellules nerveuses en rapport avec l’insomnie plus ou moins prolongée.

Dans une première note (1907), nous avons examiné ! le lobe frontal du cerveau de deux Chiens, l'un de 43 kg. 2, l’autre de 21 kg., insomniques pendant six jours. Ces deux animaux, nourris pendant toute l'expérience, étaient promenés la nuit, attachés le jour assez court pour qu'ils ne puissent se coucher et tenus en éveil par des excitations fréquentes de plusieurs personnes. Le sixième jour, ils étaient très abattus et manifestaient un besoin de sommeil intense. Le premier, sacrifié, montra une légère diminution du volume des cellules des lobes frontaux et de leurs noyaux, des nucléoles excentriques et vacuolisés, des vacuoles dendritiques, une chromatolyse périnucléaire. Le second échappa à son gardien la dernière nuit et fut retrouvé 2 h. 45 m. après, profondément endormi; il fut sacrifié 6 h. 45 après son réveil et présenta des altérations moindres que le précédent. Nous en conclümes qu'il semble y avoir un rapport entre les degrés du besoin impératif de sommeil et les modifications des cellules de l'écorce cérébrale.

Dans une deuxième note (1907), nous avons examiné deux Chiens jumeaux; l’un fut sacrifié après six jours d’insomnie et montra dans les lobes frontaux du cerveau les modifications suivantes : volume cellulaire diminué; noyaux ratatinés, souvent excentriques; varicosités dendritiques ; vacuoles cytoplasmiques; nucléole très souvent excentrique ; parfois deux nucléoles égaux ou inégaux; chromatolyse périnucléaire ou totale; ces modifications se rencontrent par zones, il y à des groupes de cellules en forte chromatolyse ou en achromatose, et d’autres sensiblement moins altérés. Le deuxième Chien, après six jours d'insomnie, fut laissé au repos et au sommeil et sacrifié quatre jours après; les cellules nerveuses de son lobe frontal ne présentaient aucun des changements observés chez le premier. Nous en conclûmes que

1. On trouvera tous les détails de ces expériences dans nos notes el dans notre travail d'ensemble qui paraîtra bientôt.

les modifications cependant très profondes des cellules nerveuses, pendant l’insomnie, ne sont pas définitives et disparaissent après le repos, quand le besoin de sommeil ne se manifeste plus.

Dans une troisième note (1908), nous avons fait l'examen histologique des diverses régions du système nerveux central d’un Chien de 21 kg. ayant subi dix jours d’insomnie. Les ganglions spinaux, la moelle, le bulbe étaient normaux, le cervelet présentait quelques cellules en légère chromatolvse; le cerveau avait des modifications variables dans ses différents lobes et surtout marquées dans la région frontale où l’on trouvait la diminution du volume cellulaire, le noyau et le nucléole excentriques, l'achromatose, la vacuolisation du cytoplasma; ces altérations étaient éparses et surtout fréquentes dans les grandes pyramidales.

Bien entendu, je n'ai pu reproduire toutes ces expériences d'activité prolongée, de fatigue, d'insomnie sur Helix pomatiu et les autres Gastéropodes que j'ai étudiés.

En résumé, de toutes ces recherches sur les signes histologiques de l’activité et de la fatigue des centres nerveux chez les Vertébrés, il semble ressortir nettement que les modifications sontles mêmes, que l’on étudie l'excitation électrique prolongée, l'activité physiologique prolongée, la fatigue ou l’insomnie. Ces modifications sont inégales dans les divers organes et pour un même organe, dans ses diverses cellules; elles ne semblent jamais généralisées à toutes les cellules ni à toutes les régions. Elles consistent surtout en variations des volumes cellulaire et nucléaire (augmentation au début puis diminution) et en chromatolyse; ce sont d’ailleurs les seules variations que les méthodes histologiques employées permettaient d'observer. Il est intéressant de faire remarquer que ces changements sont très voisins de ceux observés pendant l'inanition, l'anémie, l'arrêt de la circulation; ils ne sont donc pas spécifiques.

Au lieu d'étudier les signes histologiques du fonctionnement des centres nerveux, on peut chercher à connaître l'aspect des cellules nerveuses pendant leur repos, en les examinant soit pendant le sommeil normal, soit pendant le sommeil provoqué

par les anesthésiques. A cette question se rattache celle du sommeil hibernal !.

Nous avons vu qu'on a émis des théories histologiques du sommeil, et qu'on à admis qu'il est provoqué par la rétraction des terminaisons amœæboïdes des prolongements nerveux ou par la contraction de toute la cellule. Cette rupture des communications nerveuses aurait pour cause l'accumulation dans le sang d'acide carbonique ou d’autres substances narcotiques : acide lactique, leucomaïnes, etc. Je n'insiste pas sur ces hypothèses simplistes.

En vérité, le sommeil est un état physiologique mal connu, difficile à expérimenter et lié à des changements psychologiques dont l’examen chez l'Homme n’a pas contribué à éclaireir la question.

Le biologiste n'a pas à s'occuper de savoir si le sommeil est «le temps de repos de la conscience » (Manacéine), ou « un état de désagrégation suspolygonale » (Grasset), ou « une réaction de désintérêt » (Claparède). Ceci est du domaine de la psychologie etn'est d'aucune utilité directe pour l'expérience physiologique.

L'expérience physiologique nous apprend que le sommeil normal s'accompagne généralement d’un ralentissement cardiaque et respiratoire, de repos musculaire, de ralentissement de l’activité nerveuse, de l'absence d’excitation et de la diminution d'excitabilité des nerfs périphériques, ete.

Y a-t-1l des modifications histologiques des centres nerveux en rapport avec le sommeil?

Des psychologues ont donné diverses raisons du sommeil : habitude, instinct, association d'idées, réaction de désintérêt, ete. Certains physiologistes ont cru trouver sa cause dans l'accumulation dans le sang ou dans les centres nerveux de substances toxiques variées. Y a-t-il une cause histologique du sommeil?

1. Beaucoup d'auteurs ont cru provoquer le repos des cellules nerveuses en seclionnant leur cylindraxe, Les recherches récentes, qui seront relatées plus loin, ont montré que, bien au contraire, la section du prolongement n’amène pas le repos mais produit une activité très complexe de la cellule dont les manifestations sont les phénomènes de dégénérescence et de régénérescence. On ne peut donc employer la section des nerfs pour observer les cellules à l’état de repos, et les variations qui ont été décrites comme conséquence de la section se rapportent à la dégénérescence et à la régénérescence,

La question du sommeil se réduit donc pour l'histologiste à savoir si les cellules nerveuses ont un aspect particulier pendant le sommeil et si la différence entre cet aspect et celui de l’état de veille peut faire supposer une cause morphologique du sommeil.

L'expérience me semble impossible pour résoudre ces deux questions. On comprend que l’on puisse, chez un sujet endormi, noter le rythme respiratoire ou circulatoire, ou même examiner ses réflexes. Mais l’examen histologique nécessite une intervention violente, la mort, et ses résultats en sont faussés.

Stefanowska (1900) a cependant examiné par la méthode de Golgi les cellules nerveuses d’une Souris tuée par section de la tête pendant le sommeil provoqué par une marche d'une heure; Stefanowska a observé un aspect normal, mais son expérience n'a aucune valeur car, à la cause d'erreur du fait de la mort, elle ajoutait celle due à la fatigue.

L'histologiste ne peut répondre aux deux questions que j'ai posées relativement au sommeil et cela suffit pour infirmer la théorie histologique du sommeil.

Puisque l’examen du sommeil normal est impossible, on peut essayer de rechercher les variations des cellules nerveuses en rapport avec l'hibernation.

Querton (1898) a étudié la Marmotte, le Loir, la Chauve- Souris et a observé une rétraction partielle ou totale des cellules nerveuses Corticales chez les animaux hibernants. Levi (1898) n'a pas vu de modifications chez des Mammifères hibernants, mais chez Z'amenis viridis, Rana esculenta, Bufo vulgaris, il a reconnu pendant l'hiver une diminution de la substance chromatophile qui augmente ensuite graduellement pendant le réveil; de plus, pendant l'hiver, le cytoplasma nerveux renferme des granules graisseux ; les mêmes changements se produisent l'été quand on abaisse la température pendant trois mois; Levi conclut que la diminution de la substance chromatophile n’est due ni à l'inanition ni au long repos, mais est l'indice d’une plus faible capacité fonctionnelle. Legge (1899) a reconnu que, chez la Chauve-Souris, l'hibernation s'accompagne d'une diminution de la substance chromatophile des cellules cérébrales; à la fin

de l'hiver ces cellules sont pâles, leur noyau homogène et décoloré, leur cytoplasma ratatiné et vacuolisé. Baroncini et Beretta (1900) ont observé chez Myoxus, Vespertilio, Vesperugo, pendant l’hibernation, une chromatolyse variable des cellules des cornes antérieures de la moelle accompagnée de diffusion chromatique du noyau et de surcolorabilité du nucléole qui parfois sort du noyau et de la cellule; le cerveau, le cervelet et surtout le bulbe sont moins altérés. Tello (1903) a signalé l'hypertrophie et la coalescence des neurofibrilles dans les cellules nerveuses du Lézard hibernant. Marinesco (1905) a observé chez le Hérisson hibernant la chromatolyse des cellules nerveuses sans hypertrophie des neurofibrilles.

L'hibernation produit donc des modifications des cellules nerveuses, mais celles-ci ne peuvent servir à expliquer le mécanisme du sommeil normal. En effet, le sommeil hibernal est très différent du sommeil journalier. Il n'est pas dû aux mêmes causes, 1l ne s'accompagne pas des mêmes phénomènes physiologiques; et l’on ne saurait attribuer au sommeil journalier les modifications histologiques observées dans l’hibernation.

On a supposé comme causes du sommeil hibernal la température, la sécheresse, l'inanition, l’autonarcose carbonique, etc. Quoi qu'il en soit, il s'accompagne de phénomènes physiologiques : abaissement de température, ralentissement des rythmes respiratoire et circulatoire, diminution des sécrétions, affaiblissement des réflexes, etc., ces derniers phénomènes étant presque supprimés. Il semble également en rapport avec des variations des cellules nerveuses dont les mieux connues sont la diminution de volume et la chromatolyse.

L'Escargot se prête fort bien à l'étude de l'hibernation et j'ai examiné ses cellules nerveuses à toutes les époques de l'année. Mais je ne saurais dire si l’hibernation de l’Helix est comparable à celle des Mammifères et des Reptiles. Elles ne semblent pas liées aux mêmes conditions.

L'Helix hibernant est rétracté dans sa coquille fermée par une membrane poreuse incrustée de calcaire, l'épiphragme, ou même par plusieurs membranes successives dont l’externe est la plus épaisse. Il s’enferme ainsi dans sa coquille, dans beaucoup

de cas où le milieu environnant devient anormal : asphyxie par l'acide carbonique, froid, inanition, sécheresse, ete. Mais un de ces facteurs semble dominer tousles autres; les Escargots rentrent dans leur coquille, même en été, dans un vase contenant des feuilles de vigne, leurnourriture préférée, si le flacon estsec. Cette influence de l'humidité sur l’activité de l'Escargot est importante à considérer car elle peut expliquer les quelques différences qu'on observe dans ses cellules nerveuses pendant l'hibernation et l'activité estivale *.

Les cellules nerveuses d’Helix pomatia diffèrent peu d'aspect, qu'on les examine l'hiver ou l'été. Cependant, l'hiver, elles sont plus petites, plus éloignées les unes des autres, ce qui est en faveur de l'hypothèse de la déshydratation. Elles sont aussi plus colorables, ce qui semble dù à la diminution des mailles du réseau spongioplasmique et au rapprochement des granulations chromatophiles. Bochenek signale l'accumulation du pigment pendant l'hiver; la différence entre les cellules fixées l'été ou l'hiver m'a semblé peu nette; peut-être en effet y a-t-il un peu plus de granulations lipochromes dans les cellules des animaux tués à la fin de l'hiver.

Le sommeil hibernal ne peut donc être comparé au sommeil journalier et, s’il permet de nous renseigner sur l’état de repos des cellules nerveuses, il nous les montre dans des conditions particulières de vie qui diminuent beaucoup la valeur de ce renseignement.

On peut en dire autant du sommeil anesthésique; lui non plus ne peut être comparé au sommeil normal, peut-être montre-t-il les cellules nerveuses à l’état de repos, mais, en tout cas, dans une condition anormale, pendant une intoxication.

L'étude des modifications des cellules nerveuses pendant la narcose à souvent été entreprise. Lugaro (1895) s'était déjà servi de la mort par le chloroforme pour observer les cellules nerveuses à l'état de repos. Demoor (1896) rechercha les modifi-

1. Le sommeil hibernal de l’'Escargot semble être un phénomène d’anhydrobiose, et la diminution de volume de tous les organes, la diminution de pro-

duction du mucus, ele. qu'on observe alors paraissent bien confirmer cette interprétation.

cations des cellules de l'écorce cérébrale du Chien sous l'influence dela morphine, de l’hydrate de chloral et du chloroforme ; la morphine et le chloroforme à fortes doses produisent l'état moniliforme des dendritres etmême du cylindraxe, une diminution du volume cellulaire, le noyau et la substance chromatophile n'étant pas modifiés; l'hydrate de chloral a une action peu énergique. Lugaro (1898) examina l'écorce cérébrale de Chiens soumis à l’action de l’éther, du chloral, du chloroforme, de la morphine ; il reconnut l'absence d’altérations graves aussi bien dans es corps cellulaires que dans les prolongements et constata l'absence fréquente d’épines sur les dendrites de Chiens à l'état de veille et leur présence chez des Chiens profondément narcotisés, ou même tués par l’anesthésique. Soukhanoff (1898) étudia par la méthode de Golgi l'influence de l’éther, du chloroforme, du chloral sur les cellules nerveuses de la Souris; il reconnut, contrairement à Demoor, qu'ils n'augmentent pas l’état moniliforme des dendrites. Havet (1899) observa l’état moniliforme chez divers Invertébrés, et chez le Cobaye et le Lapin; il le vit s’accentuer par action de l’éther, du chloroforme, de la morphine, du chloral, et conclut, contrairement à Soukhanoff, qu'il n'est pas dû au temps écoulé entre la mortet l'observation. Stefanowska (1900-1901) étudia l’action de l’éther sur les cellules nerveuses des Souris blanches : l’éthérisation unique et modérée produit peu de modifications et celles-ci disparaissent lentement quand on cesse l'anesthésie; l’éthérisation prolongée ou répétée amène la formation de varicosités dendritiques et la disparition des appendices piriformes. Kleefeld (1900) admit également la disparition des épines et la formation des varicosités ; il expliqua par là le mécanisme de l’anesthésie. Wright, (1901) soumettant des Chiens et des Lapins à une anesthésie par le chloroforme ou l’éther, prolongée de trente minutes à neuf heures, observa la chromatolyse, puis l'état moniliforme des dendrites et enfin l’altération du noyau et du nucléole : ces modifications sont plus rapides chez le Lapin que chez le Chien ; lentes chez le Chien pendant les six premières heures, elles s’accentuent ensuite rapidement; elles sont transitoires et disparaissent quarante-huit heures après cessation de l’anesthésie. Cajal (190%), soumettant

des Lapins et des Chiens nouveau-nés à l’action de l’éther ou du chloroforme, n'observa pas de changements sensibles du réseau neurofibrillaire. Scarpini (1905), par la méthode de Donaggio, signala peu de modifications du même réseau dans la narcose et même l’empoisonnement parle chlorure d’éthyle. Dustin (1906), soumettant de jeunes Lapins à l’action du chloroforme, de l'éther, de la morphine, des Sangsues à celle du chloroforme ou de l'éther, n'observa aucune modification dans leurs cellules nerveuses. 3

J'ai examiné les centres nerveux de Chiens tués après injection de morphine ou après chloroformisation; je n'ai jamais vu d'altérations de leurs cellules.

L'étude histologique du sommeil anesthésique nous montre donc que les cellules nerveuses ne présentent aucune modification en rapport avec la narcose; seule l’action prolongée d'un anesthésique produit la varicosité des dendrites, la chromatolyse, parfois même l’altération du noyau; ces variations ne sont pas en rapport avec le sommeil, mais bien avec une intoxication prolongée.

L'absence de modifications cellulaires pendant l’anesthésie s'explique peut-être par l'insuffisance de nos méthodes de recherches. En effet, de récentes études de chimie physiologique ont montré que les anesthésiques agissent sur les lipoïdes de la cellule, et les méthodes histologiques employées ne permettent l'étude que de certains protéides cellulaires.

Hans Meyer et Overton ont admis que l’anesthésie est produite par la dissolution, dans les substances lipoïdes de la cellule, de substances solubles quelconques. Tous les corps solubles dans les graisses et les lipoïdes sont done des anesthésiques et leur intensité d'action est proportionnelle à un coefficient de partage entre leur solubilité dans les graisses et leur solubilité dans l’eau. Les dosages de chloroforme contenus dans divers tissus, faites par plusieurs auteurs, ont confirmé cette manière de voir. Récemment, Nicloux (1908), par des analyses nombreuses et précises, à élabli que les diverses parties des centres nerveux fixent d'autant plus de chloroforme au cours d'une anesthésie, qu'elles sont plus riches en substances grasses,

en lipoïdes, et il conclut ainsi : « Il existe une relation évidente entre l’anesthésie et la fixation du chloroforme par les lipoïdes. Nous ne voulons pasdire par là que la présence du chloroforme dans les graisses soit en elle-même la cause de l’anesthésie. Mais il est possible qu'elle suffise à modifier les fonctions des autres constituants de la cellule, en particulier les matières protéiques, et à troubler ainsi le jeu des fonctions vitales. » Ces conclusions semblent également s'appliquer à d’autres anesthésiques : éther, chlorure d’éthyle.

Nous trouvons là peut-être l'explication des résultats négatifs obtenus dans l'examen histologique des centres nerveux d’animaux anesthésiés.

Parvenu à la fin de cette étude histo-physiologique du fonctionnement de la cellule nerveuse, je ne puis que répéter les conclusions du chapitre 1. L'examen histologique des cellules nerveuses ne nous permet pas de constater les variations de leur activité normale. L'étude du sommeil nous est impossible; l'étude de l’hibernation ne fournit que peu de renseignements. Nous ne constatons de modifications que dans des états anormaux : froid, asphyxie, fatigue, insomnie, anesthésie prolongée. Tous ces états sont complexes et nous ne pouvons savoir dans chacun d'eux quels sont, parmi les nombreux facteurs variant, ceux qui agissent sur la cellule nerveuse. Quel que soit l'état étudié, nous observons toujours des lésions inégalement distribuées dans les divers organes et dans les diverses cellules, sans que nous connaissions les causes de cette inégalité. Les modifications cellulaires observées sont seulement celles que les méthodes histologiques employées ont permis de connaître. Elles consistent toujours en changements de volume, chromatolyse, vacuolisation, et parfois en déplacement et altération du noyau et du nucléole. Les variations des neurofibrilles sont souvent incertaines. Tous ces changements n’ont rien de spécifique puisque nous les avons déjà décrits dans les troubles de nutrition et que nous les retrouverons dans les états pathologiques. Ils atteignent toutes les structures qui ont été systématiquement étudiées et ne permettent donc pas de distinguer ni des substances fonctionnelles différentes des substances nutritives,

ni des substances énergétiques différentes d’autres conductri-

cesse.

JIT

Page 1