V. — Application par Rovsing de sa théorie au traitement
Dès qu'apparut la théorie de Naunyn, les chirurgiens en déduisirent que le seul traitement était la cholécystectomie en s'appuyant sur ces trois raisons :
1° Puisque les caleuls se forment dans la vésicule, l’enlever évite Les récidives; à
2° Puisque l’inflammation de la muqueuse vésiculaire est indispensable et précède la formation des calculs, la cholécystotomie ne peut suffire et doit entraîner, dans la majorité des cas, des récidives; |
3° La vésicule biliaire est un organe inutile, puisque de nombreux animaux, tels que le cheval, n’en ont pas et que les malades opérés ne souffrent pas de sa suppression.
À cela, Rovsing répond point par point :
1° Il y a des récidives après cholécystectomie (2,24 p. 100 des 3.032 cas de cholécystectomie de la Clinique chirurgicale
de Giessen), récidives qui ont lieu dans le choKdoque alors que ce dernier avait été trouvé-libre lors de la première inter-
vention. Donc, püisque l’ablation de la vésicule ne met: pas à l'abri des récidives, nous voyons une fois de plus que cet organe n'est pas obligatoire pour la formation des calculs.
2° Les récidives dans Ja vésicule après cholécystotomie, n’apparaissent que dans 1 p. 100 des cas environ.
3° La vésicule n’est pas inutile. s
a) La bile dans la vésicule s’épaissit et est ainsi envoyée sous une forte concentration dans l'intestin au moment où elle est utile; |
b) Les malades cholécystectomisés souffrent d’achylie gastrique.
La statistique de Rydgaard est probante à ce sujet : achylie ou hypochylie dans 74 p. 100 des cas de calcul-obstructeur du cystique empêchant la fonction vésiculaire. Il y a donc 26 p. 100 de cas de normochylie, mais Rovsing les explique de la manière suivante : e
Le sphincter cholédoco-duodénal est ou n’est pas suffisant.
S'il l’est, il retient la bile amassée dans le cholédoque et ne
se relâche qu’au moment voulu : il joue dans ce cas un rôle:
vicariant vis-à-vis de la vésicule enlevée. Mais s’il n’est pas suffisant, la bile s’'écoulera continuellement et lorsque le chyme acide arrivera dans le duodénum, il ne sera plus neutralisé, d’où danger pour la muqueuse : alors l'organisme se défend en diminuant ou abolissant la sécrétion d'Hel. Ceci explique comment se développe l'infection. S'il y a obstruction du cystique par un calcul, et que le sphincter cholédoco-duodénal soit insuffisant, l’achylie qui en découle favorise l'infection, car l'acide chlorhydrique est un puissant antiseptique.
De plus, Rost à démontré par des expériences sur les animaux que l’ablation de la vésicule entraînait une diminution très importante (les deux tiers) non seulement de la sécrétion biliaire, mais de la sécrétion pancréatique, ”
Enfin il a été démontré par de nombreux auteurs que, après cholécystectomie, s’il reste un moignon du cystique, il se forme une nouvelle vésicule biliaire.
Nôus voyons donc, par ce qui précède, qu'il est tout à fait inutile, sinon dangereux, d'enlever la vésicule.
En l’enlèvant, 6n favorise l'infection, en ne enlevant pas on peut drainer les voies biliaires s’il y a infection. [1 faut, en tous les cas, opérer le plus tôt possible, si possible avant qu'il y ait infection.
I n'y a que trois indications à la cholécystectomie : gangrène totale, sténose imperméable du cystique, néo de la vésicule.