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LEURS RELATIONS

Communication du Professeur SCHIFF A L’ACADÉMIE DE MÉDECINE DE FLORENCE (I)

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Le professeur Scliiff commence par déclarer que sa communication aura pour but de mettre en lumière les relations de la phlogose avec la pathologie cellulaire : de résumer ce qu’il a dit dans ses leçons, pendant l’année courante. Dans ses cours, il a fait des expériences et exposé des préparations micrographiques ; mais, ne pouvant en faire autant devant la Société, il présente seulement quelques dessins à la plume, qui se rapportent à ses diverses études sur ce sujet, comme il le démontrera successivement.

Pour procéder avec ordre, il exposera d’abord succintement quelques idées théoriques sur la phlogose, ei passera ensuite à la démonstration des résultats des expériences physiologiques.

(I) Séance du 16 juin 1871. présidée par le professeur Georges Pellizzari.

Relativement à la phlogose, le professeur Schiff ne croit pas qu'on doive en donner une définition : chacun la définit selon les idées générales, qu’il a sur la pathologie générale et la physiologie ; par conséquent, une même définition 11e pourrait convenir à tous. Au lieu donc d’une définition proprement dite, son intention est de ne donner qu’une explication du mot phlogose, telle, qu’elle 11e préjuge en rien les définitions qu’on voudrait en donner. Tout le monde est maintenant d’accord de voir dans l’inflammation une altération de la nutrition. Le professeur Schiff ajoute que cette altération de la nutrition doit être produite par un irritant. Si ce n’est pas là une définition, c’est du moins une explication de ce que l’on veut dire par le mot phlogose.

On pourra trouver trop génériques les termes que

nous avons employés, en disant que l’altération de la nutrition est produite par un irritant, et qu’il eût autant valu dire produite par telle ou telle cause. L’expression dont npus nous sommes servi de préférence à toute autre, ne parait plus de trop, quand on considère la valeur du mot irritant , et qu’on s’explique]comment agissent les irritants. O11 qualifie d 'age-nts irritants les moyens capables de modifier la nutrition, ou la fonction d’un organe ; et, dans ce sens, tout ce qui altère d’une manière quelconque la nutrition ou la fonction d’une partie ou d’un organe serait un irritant , que, par son action, la fonction soit augmentée ou diminuée. En effet, l’école de G. Muller parle des irritants qui excitent, des irritants qui dépriment, et même des irritants qui conservent, qui sont les aliments : s’appuyant sur l’action physiologique, il appelle irritantes les substances qui, appliquées sur les tissus irritables oii excitables, déterminent une aug-

mentation de leur fonction. Tel est l’usage général en physiologie.

Il y a différentes espèces d’irritants, savoir : les irritants mécaniques, les irritants chimiques, les irritants thermiques et les irritants électriques ; parmi eux, quelques-uns agissent sur le système nerveux et sur la substance contractile, d’autres agissent seulement par l’intermédiaire du système nerveux. Chacun est capable de produire des phénomènes spéciaux, non-seulement selon sa nature, mais encore selon l’organe et le tissu sur lequel il agit. Dans le muscle, un irritant, quelle que soit sa nature, produira une contraction ; l’effet sera aussi uniforme pour le nerf, que l’irritant soit mécanique ou chimique : c’est-à-dire que nous avons toujours une manifestation exagérée de sa fonction , une sensation d’abord, puis la douleur, et cela pour le nerf sensible, tandis que, pour le nerf moteur, l’action d’un irritant produit une altération, qui se traduit par une contraction musculaire, du muscle auquel le nerf moteur lui-même se distribue. En général, tous les irritants agissent sur tous les tissus irritables ; quelquefois , cette action varie avec la concentration des irritants. Mais une exception à cette règle s’observe principalement dans les acides, qui sont irritants pour les 'nerfs sensibles et pour les muscles, sans l’être pour les nerfs moteurs; il faut excepter toutefois' un acide trop concentré, qui irrite le nerf moteur, en lui enlevant de l’eau. Pourtant, contrairement aux autres acides, l’acide lactique, et l’acide phosphorique (l), dans quelques-unes de leurs formes

(1) L’acide lactique extrait de la viande, et la modification do l’acide phosphorique, connue sous le nom d’acide pyrophosphorique.

isomériques, sont irritants, même pour les nerfs moteurs. De tout ceci, il résulte qu’en observant le mode d’action d’un irritant, on voit que, lorsqu’il se trouve en contact avec une substance irritable et excitable, il produit une augmentation de son action physiologique.

Nous avons donc maintenant le droit de conclure que là où existe une fonction animale, là où existe l'excitabilité, l’ irritant agit en augmentant cette fonction.

Ce que nous venons de dire pour le nerf et pour le muscle, nous devrions l’appliquer aussi aux organes destinés à quelque sécrétion-, aux fonctions de I’assimilation et de la nutrition, etc. Même dans ces organes, on ne devrait regarder comme irritant, que ce qui augmente la fonction ; et, d’un autre côté, .nous avons le droit de nous attendre à ce que les substances, qui se montrent irritantes pour les systèmes nerveux et musculaire, augmentent la fonction et agissent aussi sur un organe nutritif excrétoire.

Les considérations précédentes montrent quelle valeur ' a le mot irritant et comment l’action de cet agent, dans l’explication que nous avons donnée de l’inflammation, se résout toujours dans une augmentation de l’action physiologique d’un organe.

Après avoir ainsi expliqué les phénomènes que l’on observe dans l’inflammation . il est important de rechercher si le concours de la circulation sanguine est nécessaire à leur production; c’est-à-dire, si sans vaisseaux on peut avoir, sous l’action d’un irritant, un effet que l’on doive cliniquement taxer d’inflammation.

A cet égard, il faut d’abord considérer que, tandis que dans quelques cas la circulation sanguine est un agent très puissant de nutrition, comme cela arrive pour les

plaies ordinaires, et pour la plus grande partie des organes, dans d’autres cas au contraire, la nutrition a lieu même sans vaisseaux. Et non-seulement la nutrition, mais même une altération de la nutrition, est le résultat d’une irritation, dans ces organes privés de vaisseaux. Même sans la circulation, une blessure peut encore produire une modification de la nutrition, comme le .prouvent entre autres expériences, celles de M. Vulpian sur la queue de la larve de la grenouille : Si à un têtard, on coupe la queue et qu'on interrompe ainsi sa communication avec le cœur, on voit que sur la plaie béante de la queue même, il se fait une certaine nutrition, et cela avec le matériel et par le moyen des cellules dn tissu préexistant-

Ordinairement pourtant, ce sont les vaisseaux qui apportent les matériaux de la nutrition, laquelle de plus n’a lieu que très imparfaitement, si le tissu préexistant, est altéré. C’est un fait, qui est très manifeste dans la régénération des nerfs. Il est nécessaire pour que cette régénération s’opère, que, outre le concours des vaisseaux, le tissu préexistant* soit en bon état, pour qu’il puisse déterminer la nutrition qui va donner naissance au tissu nouveau.

Dans les organes parenchymateux, nous voyons le même fait : Ici aussi la circulation n’est pas le seul agent de leur nutrition, et les éléments mêmes du tissu parenchymateux y contribuent activement: et dans ces organes, l'action d’un irritant peut aussi se manifester, sans avoir besoin de la circulation sanguine. *

Quelques auteurs, étudiant l’inflammation, se sont seulement arrêtés à observer l’altération des vaisseaux sanguins ; sous le microscope, les uns ont noté la dilatation,

d’autres le resserrement de ces vaisseaux ; d’autres enfin ont vu d’abord la constriction, puis la dilatation. L’ensemble de ces observations n’est pas en rapport avec ce qui s’observe aussi cliniquement dans l’inflammation : l’observation clinique fait voir constament dilatés les vaisseaux d’un organe enflammé. D’où il résulte que ces faits, relatifs à l’altération des vaisseaux sanguins, altération regardée par quelques-uns comme l’expression de la phlogose, ont une valeur très limitée. Ces résultats ont toujours été obtenus par le moyen des irritations mécaniques ou chimiques, dirigées immédiatement sur un organe vascularisé, ou plutôt dirigées immédiatement sur le tissu vasculaire : nous avons donc, à coté de l’irritation générale du tissu, une irritation locale du vaisseau ; et l’effet de cette irritation locale pourra entrer pour beaucoup dans les observations mentionnées. On comprend que de cette manière nous avons diverses constrictions et dilatations, qui peuvent manquer, quand l’irritation est moins immédiate, moins violente, comme généralement cela a lieu dans les inflammations cliniques. Ainsi, par exemple, la pneuftionie ne se produit pas par l’application de l’acide sulfurique sur le poumon ; et, par conséquent, tous les phénomènes qui dérivent de l’action directe de cet acide sur le tissu pulmonaire, doivent manquer dans cette maladie.

Le résultat de l’observation microscopique sur l’inflammation des tissus vascularisés s’explique facilement, quand on considère que nous avons, dans les expériences précitées, diverses causes qui peuvent produire différentes sortes d’irritation : 1° Une irritation sensitive qui, par action reflexe , peut réagir sur l’organe lui-même, en produisant généralement une dilatation vasculaire. On

comprend donc que, de cette façon, un irritant appliqué directement peut produire des dilatations et des constrictions dans un ordre variable, suivant le mode selon lequel son action s’étend, dans l’intérieur de l’organe, sur les vaisseaux et sur les nerfs moteurs et sensitifs; 2° Une irritation des nerfs moteurs dans le tissu enflammé, qui peut déterminer une contraction, et parfois une dilatation vasculaire; 3° Une irritation directe des vaisseaux, qui détermine leur resserrement.

L’Ecole de Virchow a admis l’inflammation de la cornée, qui, comme on le sait, est un organe dépourvu de vaisseaux ; mais ici aussi on ne peut pas exclure l’influence de la dilatation vasculaire, dilatation qui, précisément en se manifestant à la périphérie, sert à fournir au centre de la cornée elle-même une plus grande quantité de liquide nutritif. Mais il y a des cas plus rares, où une irritation du centre non vasculaire de la cornée ne réagit pas sur les vaisseaux marginaux, mais produit une altération entièrement locale dans le point même que l’on a irrité': dans ces cas, la cornée perd sa transparence; elle se trouble, et, au microscope, les lacunes interstitielles existant entre ses fibres paraissent plus grandes, les cellules s’y trouvent en plus grand nombre et dans un état de division ; elles deviennent mobiles et cheminent dans les interstices du tissu cornéen ; selon Reklingausen, elles deviennent aussi contractiles.

Ces expériences sur la cornée i'éussissent beaucoup plus facilement et plus nettement que celles, sur les tendons. Ceux-ci aussi ont des vaisseaux seulement à la périphérie, mais en très petit nombre, surtout en comparaison de la grande quantité de vaisseaux que possède le tissu musculaire, dont ils sont la continuation. Il est

possible cependant que, dans les tendons, l’inflammation amène une dilatation vasculaire périphérique, comme on peut l’observer dans le tendon d’Achylle durât, lorsqu’il a été artificiellement blessé, même dans le tendon irrité par un fil. Lorsqu’il ne se produit pas de dilatation vasculaire périphérique, on observe aussi et mieux que dans la cornée, l’augmentation numérique des cellules tendineuses de Virchow, leur gonflement, leur subdivision. leur mobilité dans tout le tissu tendineux irrité.

Peut-on maintenant appeler cet état une inflammation:' De quelque manière qu’on veuille caractériser cette altération de nutrition, il manque ici beaucoup des symptômes qui se montrent dans la véritable inflammation : il manque la tuméfaction, la suppuration, la production de membranes, l’exsudât.

Virchow croit que, dans les cas que nous venons de décrire, l’exsudât est constitué par les cellules dont le nombre s’accroît. Quant à la suppuration, il croit qu’elle ne fait pas défaut, qu’elle peut survenir dans les derniers temps, et qu’elle a lieu par une division et une subdivision non interrompues des corpuscules cellulaires. Ainsi, sans pouvoir le prouver d’une manière indiscutable, il a rapporté tout le processus inflammatoire au tissu cellulaire ; en examinant d’ailleurs ce tissu avec beaucoup de soin, on voit bien qu’il ne s’y forme pas du véritable pus. Pour que le pus se forme, il faut le concours des éléments des vaisseaux. C’est ainsi que, dans la cornée, on peut observer la suppuration , la formation du vrai pus ; mais alors l’irritation des vaisseaux marginaux ne fait pas défaut. S’il n’y a pas de dilatation vasculaire aux bords de la cornée , il n’y a pas de vrais corpuscules de pus, et ceux du centre de la cornée, qu’on a crus tels et

caractéristiques de la suppuration, n’étaient que les corpuscules cellulaires mobiles, dont nous avons parlé plus haut. On peut donc conclure en disant que, dans les tissus non vascularisés, un agent irritant peut déterminer une perturbation dans leur nutrition, mais non pas ce qui cliniquement s’appelle une inflammation.

Examinons maintenant ce qui se passe dans les tissus vascularisés. Les expériences faites sur ces tissus, sur le mésentère, par exemple, démontrent qu’un irritant y produit une altération de la nutrition analogue à celle qui s’observe dans la cornée ; mais nous y trouvons , de plus, une dilatation vasculaire, que Virchow regarde comme un phénomène accessoire, et qui, au contraire, a une grande influence sur la nutrition du tissu irrité par les matériaux que les vaisseaux mêmes portent avec eux. Cette dilatation vasculaire représente une augmentation dans l’activité fonctionnelle des vaisseaux ; et cette augmentation de leur propriété physiologique n’est qu’un effet de leur irritation, directe ou réfléchie, par les nerfs vasomoteurs : par conséquent, la dilatation vasculaire peut être regardée comme l’expression d’une irritation, depuis que la physiologie a prouvé qu’il existe une dilatation (que l’on peut dire active) des vaisseaux, par l’effet d’une irritation nerveuse.

A cette augmentation d’activité fonctionnelle des vaisseaux, est aussi due l’intumescence des tissus irrités, qui manque précisément, comme la suppuration, dans les tissus privés de vaisseaux. Elle est très considérable dans quelques tissus, comme, par exemple, dans la rate ; peu appréciable dans d’autres, comme, par exemple, dans la plèvre. Dans des cas de ce genre, nous avons non seulement la dilatation des vaisseaux, mais presque une sorte

d’hydropysie albumineuse , parfois même fibrineuse , qui peut aller jusqu’à produire l’intumescence du tissu irrité. Ainsi l’exsudât représenté par la production de nouveaux éléments morphologiques, est le propre des inflammations des tissus pourvus de vaisseaux, dont il dépend.

Après avoir démontré que la suppuration est intimément liée à la vascularisation, voyons, dit le professeur Schiff, si ses éléments morphologiques dérivent euxmêmes des vaisseaux. Les corpuscules cellulaires du pus ne se distinguent pas des globules blancs du sang. On peut en dire autant des éléments cellulaires ou globules de la lymphe. Ce fait d’observation est déjà un grand point déjugé. Maintenant nous savons par des observations récentes que, dans les vaisseaux des tissus enflammés, les corpuscules blancs se trouvent augmentés. Conlieim, élève de Virchow, et à qui sont dues beaucoup d’expériences et d’observations sur le sujet qui nous occupe, a dû reconnaître que la doctrine de Virchow, relative à la formation du pus, est erronée. Il a trouvé que les corpuscules blancs du sang accourent dans le tissu qui est frappé d’inflammation, et que ces mêmes corpuscules blancs concourent à former le pus. Cette nouvelle doctrine est désormais acquise à la science; et on pourrait citer des observations en très grand nombre, en confirmation de cette manière de voir. — Conlieim a observé comment les globules blancs émigrent des vaisseaux du tissu sain dans ceux du tissu enflammé ; il lui est arrivé de voir, dans quelques cas, un globule blanc ayant une moitié dans le vaisseau et l’autre moitié hors de sa paroi; et maintenant nous savonsde plus que lesparois des vaisseaux se montrent précisément plus perméables dans

les tissus enflammés. Par d’autres expériences, Conlieim et Recklinghausen ont prouvé la migration lointaine des corpuscules blancs du sang, pour concourir à la production de la suppuration. Ils les ont colorés par le moyen du carmin ou du bleu de Prusse, substances qui pénètrent dans l’intérieur de ces cellules blanches ; en injectant ainsi la -crurale, ils ont observé que les corpuscules blancs, ainsi colorés, apparaissaient dans la chambre antérieure de l’œil, 'dont on avait irrité et enflammé artificiellement la cornée.

Tous ces faits et toutes ces expériences prouvent que les éléments cellullaires du pus proviennent des vaisseaux; donc la suppuration devient impossible sans la présence des vaisseaux. Conlieim en a donné une autre preuve par l’expérience suivante : il a cherché à enlever à une grenouille tout son sang, en lui substituant une solution de chlorure de sodium, dans la proportion de neuf dixièmes pour cent, solution qui a l’avantage de maintenir la vie animale sans altérer la structure intime des tissus. Les injections à travers le système sanguin, furent continuées pendant un temps très long, jusqu’à ce que, du vaisseau ouvert, on ne vit plus sortir d’éléments sanguins. Alors on ferma le vaisseau et ensuite on irrita la cornée ; sous l’influence de cette irritation, on obtint une augmentation du nombre des cellules, leur division, mais jamais la formation de pus, comme quand le sang existait dans la grenouille.

Les suppurations sont quelquefois très étendues: on se demandera dans ce cas, comment il se fait que le sang puisse contenir assez de globules blancs, pour suffire à compenser la perte énorme qui s’en fait par la suppuration. A ce propos, le professeur Schiff pense qu’il

est utile de rappeler les expériences qu’il a faites sur les résultats, que produit sur le sang l’extirpation de la rate. Les globules blancs du sang augmentent énormément en nombre chez les chiens, lorsqu’on leur a enlevé la rate, surtout si les animaux sont sains ; cette augmentation est encore plus grande, si l’opération est suivie de péritonite : cette augmentation est constante ; mais seulement, elle n’a plus lieu et même au contraire on observe une diminution, lorsque l’état de l’animal devient très grave, ou quand par hasard un corps étranger a pénétré dans la plaie, ou lorsque la suppuration commence. L’absence de la rate n’a, il est vrai, rien à faire dans la suppuration, et il faut rechercher l’augmentation des corpuscules blancs du sang dans une autre cause : cette cause, nous la trouvons dans l’irritation de la paroi interne des vaissseaux : lorsqu’une blessure intéresse la paroi interne d’un vaisseau, on a toujours une augmentation des globules blancs, et cette augmentation est proportionnelle à l’étendue de la partie lésée des vaisseaux. D’où il résulte, que tout ce qui irrite la membi’ane interne des vaisseaux, donne lieu à une augmentation du nombre des corpuscules blancs du sang ; et il est raisonnable, par conséquent, d’admettre que ceux-ci sont un produit, ou mieux une transformation de la lame épithéliale, qui tapisse la membrane interne elle-même. Quelque chose d’analogue à cette conversion des éléments épithéliaux desquammés en globules blancs, s’offre à notre observation dans certaines membranes muqueuses, par exemple dans celles qui tapissent les conduits salivaires. Et ainsi, on peut regarder l’augmentation des globules blancs du sang comme une espèce de catarrhe, si cette expression est permise, de la

memDrane interne des vaisseaux, produit par une irritation locale.

Un autre fait d’observation est le suivant : l’augmentation des cellules blanches du sang dure encore quelque temps après que l’irritation est passée.

Enfin les expériences ont démontré que, quand une irritation a eu pour effet la suppuration, lorsque celle-ci commence à se produire, on observe une diminution considérable du nombre des éléments cellulaires blancs du sang, ce qui confirme de plus en plus les observations de Conheim. Enfin, quand on irrite le vaisseau dans une petite étendue, après vingt-quatre heures, on voit par exemple chez le chien, une telle augmentation des corpuscules blancs dans tous les vaisseaux, que leur nombre surpasse parfois quatre fois leur chiffre normal. Que doit donc être l’augmentation des corpuscules blancs du sang, si tout un lobe pulmonaire se trouve irrité avec les vaisseaux qu’il contient, et si cette irritation n’est pas passagère, mais dure plusieurs jours, de façon que la production des corpuscules se continue ?

De tout ceci, nous concluons que les vaisseaux contribuent à la formation du pus, que les corpuscules blancs et purulents ont la même origine, et que toute inflammation qui intéresse les vaisseaux, en même temps que les autres tissus, doit produire, avant la suppuration extravasculaire, une suppuration intravasculaire. On dit que l’on peut avoir, sans vaisseaux, une prolifération cellulaire, dont le produit ressemble en quelque manière aux cellules du pus. Dans ce cas pourtant, nous ne retrouvons pas toutes les propriétés du pus. Ce produit n’offre pas les caractères propres du pus ordinaire.

Des vaisseaux sanguins dépend donc le gonflement,

l’hydropisie des tissus enflammés : ce phénomène manque dans les tissus privés de vaisseaux; ceux-ci seuls sont la cause déterminante de l’effusion du liquide, qui constitue le gonflement.

On objecte que l’on peut avoir effusion, sans irritation précédente : ainsi, par la simple ligature d’une veine, on peut avoir du gonflement, de l’œdème, qui semble ne pas différer en principe de ' celui que l’on a par inflammation. Dans ce cas il est vrai, ce qui d’ailleurs n’est pas constant, que la circulation sanguine est altérée : mais pour que l’œdème se produise, une augmentation de pression sur les parois des vaisseaux est indispensable.

Maintenant, précisément dans l’inflammation, on rencontre de plus une augmentation de pression du liquide sanguin sur les parois des vaisseaux, qui porte avec elle la production d’un œdème albumineux. On a prouvé cette augmentation de pression au moyen du manomètre (1). (Ici le professeur Scbiff décrit les expériences qu’il a instituées et exécutées lui-même, pour démontrer physiologiquement cette augmentation de pression.)

Après cela, l’auteur conclut qu’il n’est pas possible de donner une définition de l’inflammation, qui puisse satisfaire tout le monde. L’inflammation se compose d'une quantité de phénomènes d’irritation , et selon qu’on demandera, pour se faire une idée complète de l’inflammation, que l’irritation soit plus ou moins étendue aux différents constituants des tissus animaux , la définition de l’inflammation variera. L’un pourra- regarder comme une inflammation une altération irritative de la nutrition, qui peut n’influer en rien sur la circulation : un

(1) Voir le mémoire suivant: De la Pression Veineuse.

autre regardera la participation de la circulation comme nécessaire, et refusera le nom d’inflammation à toute autre action, qui ne comprendrait pas les vaisseaux. Le progrès essentiel qui résulte des recherches modernes, c’est que nous pouvons comprendre sous le même point de vue, toutes les altérations produites par un irritant.' Si un irritant agit sur un tissu non vascularisé, il augmentera les fonctions qui existent dans ce tissu ; il produira une irritation nutritive et, avec elle, l’inflammation perenchymateuse de Virchow ; il pourra produire de la douleur, quand l’organe possède des nerfs sensitifs. Lorsque le tissu est pourvu de vaisseaux , nous n’avons pas d’autre différence dans l’inflammation que son extension à ces vaisseaux; mais, comme nous l’avons prouvé, et c’est là un point essentiel, l’irritation des vaisseaux peut produire leur dilatation et l’endo-suppuration, et par la dilatation des vaisseaux, on a des effets mécaniques, qui conduisent à la rougeur et au gonflement ; et ce dernier peut encore augmenter la douleur et prendre la forme de l’œdème. L’endo-suppuration conduit ensuite, par l’augmentation de perméabilité des vaisseaux, à la suppuration extra-vasculaire.

Il est inutile de dire que, si l’organe contient des muscles, ou des nerfs sensibles, ou des nerfs moteurs, ceux-ci aussi peuvent produire des symptômes spéciaux, résultant de leur irritation. Sous ce point de vue, on peut dire que l’inflammation parenchymateuse de Virchow est l’inflammation d’un organe, qui ne contient pas tous les éléments, qui peuvent se trouver dans d’autres organes, et au nombre de ces éléments manquant, sont les vaisseaux qui , au point de vue clinique , peuvent être regardés comme essentiels pour une véritable inflam-

mation, mais qui manquent dans une inflammation rudimentaire. La présence des vaisseaux donne à l’inflammation un nouvel élément, qui est la source des symptômes les plus caractéristiques ; mais ceux - ci , quant à leur nature, ne diffèrent pas des symptômes de l’inflammation rudimentaire, c’est-à-dire que les uns et les autres sont l’expression d’une fonction élémentaire augmentée.

Quant à l’exsudât, il peut lui aussi être regardé comme l’effet d’une irritation des parties, qui constituent le parenchyme des organes et de leur fonction nutritive. Le temps lui manquant pour s’expliquer avec plus de détails sur ce sujet, le professeur Scliiff déclare qu’il en fera probablement l’objet d’autres communications.

Enfin, M. Schiff, après avoir terminé sa communication, présente quelques dessins graphiques, relatifs aux expériences qu’il a exécutées, sur le sujet qu’il s’était proposé de développer.

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