‹ Contribution à la Production d'un Lait Pur et SainChapitre 26 sur 28 · BASS · texte numérisé non relu

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le lait se paye toujours au prix de la qualité la plus médiocre » (Le Ravitaillement en lait d’une grande ville française, P. Saint-Olive et Guyot-Sionnet).

Bien mieux, la production d’un lait, quelle qu’en soit la qualité, parfois, n’assure pas le moindre profit au producteur. Tout dernièrement, un agriculteur pouvait écrire les lignes suivantes : « Il y a dans le public une tendance générale à payer les articles les plus frivoles ou les plus inutiles sans jamais en discuter le prix. Mais si le pain ou le lait viennent à hausser de quelques centimes, alors les gens les plus prodigues protestent avec autant d’énergie que la ménagère la plus économe. Examiner les causes de la hausse, personne n’en a cure. La cherté des fourrages, la formidable sécheresse de l’été, tout cela les laisse profondément indifférents, et tout se ramène pour eux à une exploitation éhontée du consommateur.

«Et cependant le lait est actuellement de beaucoup l’aliment le meilleur marché. Un litre de ce précieux liquide égale, au point de vue nutritif, l’un des produits ci-dessous :

125 grammes de gruyère valant 3 francs.

4 beaux œufs de poule valant 3 fr. 50.

250 grammes de viande fraîche valant 4 francs.

«Il y a donc une forte marge en sa faveur et il est loin d’avoir atteint la parité des autres aliments :

« En août dernier, visitant une ferme hollandaise, je constatais que le laït s’y vendait 2 fr. 50 le litre pris au parc. Les herbages étaient d’une abondance

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extrême et la température d’une fraîcheur exceptionnelle. Or, à la même époque, le ramasseur en Médoc me payait le litre dix sous, pour Bordeaux. Mes prairies étaient calcinées par un soleil de feu, et sans l’alimentation à l’aide d'herbes ensilées, j'aurais pu liquider mon vacher et mon troupeau. Mon prix de revient atteignait alors environ 1 fr. 75 le litre de lait que je vendais dix sous » (D. Raymond, La Vie agricole, 1926, p. 374).

En présence de cette situation, que font les pouvoirs publics ?

Le Tribunal de Tours a condamné pour suroffre un honnête cultivateur, M. Nail qui achetait le lait à ses voisins à raison de 85 centimes le litre au lieu de 70 et 75 centimes payés par les sociétés laitières tourangelles, et le revendait aux consommateurs cinq centimes de moins que les dites sociétés. Ce n’est que grâce à l'intervention de M. Gauthier, président de la Confédération des Associations agricoles, que l'accusé finit par être acquitté.

Une affaire semblable a failli éclater, depuis, dans la Loire. Huit petits producteurs étaient poursuivis pour avoir vendu au prix de 1 franc le litre, du lait qu’ils livraient auparavant pour 80 centimes. Le Parquet les poursuivit d’abord en vertu de la loi sur la spéculation illicite, puis s’apercevant que cette loi était abrogée, il continua sa procédure en s'appuyant sur l’article 419 du Code Pénal (certains de ces laitiers avaient été vus ensemble dans un café et auraient

Malvezin

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prononcé d’imprudentes paroles). L'affaire se termina par un non-lieu grâce à l'intervention de la Fédération des Syndicats Agricoles du Sud-Est.

D'ailleurs, la jurisprudence elle-même semble prendre en considération l’erreur fondamentale qui préside à l’estimation des produits de laiterie. « Alors que,le mouillage du vin est puni avec une sévérité formidable, bien qu’inoffensif pour la santé publique, le mouillage du lait qui, dans certaines circonstances, peut être mortel pour un enfant ou un malade, entraîne péniblement une peine de 100 francs d'amende et une semaine de prison avec sursis. C’est vraiment pour rien, c’est proportionné aux bénéfices réalisés ». (Dariu Raymond).

Comme l’a dit Roeland, on est en présence du dilemme suivant : le paysan ne peut donner du bon lait au prix actuel et le consommateur ne veut pas payer plus cher. L'Etat devrait montrer à ce dernier . où est son véritable intérêt. Le producteur y gagnerait, et la santé publique aussi.

Ces arguments sont d’ailleurs sanctionnés par les faits.

D’après Guibert, Directeur des Services Vétérinaires de la Marne, depuis la taxation du lait et les poursuites dirigées contre les vendeurs, plus de 80 vaches très bonnes laitières ont disparu des environs de Châlons.

Scoffier, Directeur des Services Vétérinaires des Alpes-Maritimes fait la même constatation dans son département.

Dane

Guichard, Directeur des Services Vétérinaires de [a Loire rapporte l’histoire d’une coopérative laitière qui donne du lait offrant toute garantie de propreté et de salubrité et dont l’équilibre budgétaire devient impossible actuellement. « Il se pourrait que prochainement, dit-il, elle renonce à la tuberculination annuelle. » de

Lucas et Leroy ont montré que depuis l'application de la loi sur les spéculations illicites, des producteurs de lait ont été condamnés à des peines infamantes pour avoir relevé légèrement le prix de vente de leur lait qui était à peine supérieur à celui d’avant-guerre. On est ainsi arrivé à leur faire abandonner là production du lait. !

Nous restons donc persuadés que, dans n'importe quelle région, lorsque le paysan pourra tirer de la vente du bon lait un bénéfice certain il améliorera son installation et toutes les conditions de la production. Le vétérinaire pourra alors intervenir pour lui montrer la bonne voie. C’et seulement à ce moment-là que le contrôle officiel pourrait être étudié. D'ailleurs, les pouvoirs publics pourraient intervenir d'autre manière, probablement plus efficace, en encourageant le producteur par l’organisation de concours laitiers dotés de nombreux prix.

Nous avons longuement développé les principaux facteurs qui interviennent dans l’obtention d’un lail

propre et sain.

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