CHAPITRE III
La combinaison des deux méthodes
Au cours des deux précédents chapitres, nous avons cherché à mettre en évidence les défauts et les qualités des deux grandes méthodes employées actuellement pour s’opposer à la marche de l’affection tuberculeuse de la hanche.
Nous avons vu que le principal avantage de l’exlension continue résidait en ce fait qu’elle maintient écartées, en annihilant la contracture musculaire, les deux surfaces articulaires l’une de l’autre, que cet écartement avait pour résultat la suppression rapide des douleurs et la non-apparition ou la disparition de l’ulcération compressive.
Nous avons signalé également l’excellence des résultais obtenus au point de vue fonctionnel dans les cas où ce traitement a pu être méthodiquement employé.
Par contre, nous lui avons reproché la difficulté, la rareté avec laquelle on rencontre les conditions nécessaires pour mener à bien de bout en bout une pareille
technique. Ces conditions, nous l’avons vu, peuvent se
résumer en ces quelques mots : surveillance incessante et surtout docilité exemplaire du malade. à
D’autre part, nous sommes arrivés à conclure que les appareils rigides obligeaient le malade à une immobilité générale et locale beaucoup plus parfaite, sinon absolue, que la surveillance du coxalgique était rendue ainsi beaucoup plus facile; mais nous avons reproché aux appareils rigides de ne pas lutter contre la contracture et ses conséquences, ulcération compressive, luxation pathologique et plus tard raccourcissement et claudication et de conduire fatalement l’articulation à l’ankylose, etc.
Voilà donc deux méthodes qui ont toutes deux de
grandes qualités et qui, bien mieux, ont chacune les
qualités qui précisément manquent à l’autre. *
Avant de voir dans quelles conditions le problème de leur combinaison est possible et rationnel, et d'indiquer quelle est notre technique habituelle — nous pouvons presque dire quotidienne — nous voulons donner ici un aperçu de la part que nous demandons en les combinant à chacun de deux facteurs : plâtre (1) et extension.
De l'extension continue nous n’exigeons qu'une chose : Za traction. Il ne s’agit plus pour nous d’immobiliser un membre inférieur en fixant à son extrémité
un poids capable de rendre tout effort pénible, tout
mouvement presque impossible : notre seul but en fai-
1. Le mot plâtre est pris ici dans le sens général d’appareil
rigide.
— 64 — / sant de l’extension est d'obtenir l’écartement des deux surfaces articulaires, l’entre-bâillement de l’interligne articulaire. Nous verrons à la fin de ce chapitre si la traction faite sous un plâtre répond à notre attente.
Quant au plâtre, nous lui demandons de maintenir la cuisse en bonne position par rapport au bassin, nous lui demandons surtout cette immobilisation générale, qui facilitera la surveillance et donnera au malade cette docilité forcée qu'on ne saurait exiger de sa bonne volonté et de sa patience pendant une période qui atteint parfois deux et même trois ans.
Nous laisserons la parole à notre maître le D' Mayet pour la description de la partie technique de la méthode (1). €
« Je commence par appliquer avec soin un appareil à extension continue selon la méthode classique. Mais au lieu de mé servir de diachylon, qui a l'inconvénient de glisser et qu’il faut remplacer toutes les six semaines environ, j'emploie des bandes de leucoplaste (une spécialité de nos voisins d’Outre-Manche) : elles sont plus souples, plus résistantes et ne glissent pas. L'appareil à extension est appliqué seul pendant quinze jours ou trois semaines ; je pousse quelquefois très loin la traction afin d'obtenir la suppression de toute contracture et l’abaissement certain de la tête fémorale. C'est seulement une fois ce résultat obtenu que je me mets en demeure de superposer à l'extension l'appareil plâtré,
1. Dr Mayet. Revue mensuelle de gynécologie, d’obstétrique et de pédiatrie, 1909, n° 4. Comment faut-il traiter la coxalgie ?