PATHOGÉNIE
« // 7i'est pas rare de voir chez des individus cjui se livrent continuellement à un travail pénible, une attitude et une expression de sou/fraîice des plus manifestes. »
(FÉRÉ. Sensation et mouvement, 1887).
Trois théories permettent d'expliquer la pathogénie de la neurasthénie vraie ou essentielle, en même temps que son action néfaste sur les fonctions organiques. Ces trois théories servent à interpréter scientifiquement (( l'influence, si bien connue, du moral sur le physique. »
Cette influence, grâce aux savantes expériences de M. Féré, peut aujourd'hui avoir une explication physiologique. Nous allons, en commentant les résultats expérimentaux du médecin distingué de Bicêtre, chercher quel est le rôle pathogénique que l'on peut attribuer aux causes morales dans l'évolution de la neurasthénie. Nous nous permettrons pour cela de puiser largement dans les remarquables travaux de ce savant maître.
1° Théorie vaso-motrice.
Lombard avait vu, dit M. Féré, que l'activité cérébrale coïncidait avec une élévation de température de la tête, prise à travers les téguments du crâne.
Broca^ x\midon, ont apporté un grand nombre de faits à l'appui de cette constatation, en parfait accord d'ailleurs avec cette loi formulée par Claude Bernard, qu' « il y a un rapport constant entre l'intensité des propriétés nerveuses et celle de la circulation ». L'activité cérébrale se caractérise par une plus grande rapidité des échanges nutritifs dans la substance nerveuse et par une élimination plus abondante des matériaux d'oxydation.
Les expériences de Schiff ont montré que l'élévation de la température superficielle coïncidait avec une élévation de température du cerveau (1).
D'autre part, « La contraction, phénomène de nutrition du muscle, ne peut se produire sans une exaltation de la circulation locale qui détermine en même temps une augmentation de la sensibilité » (2).
Ne pourrait-on pas par analogie avec les phénomènes vasomoteurs qui s'observent dans le muscle au moment de son travail, et qui en exagèrent la sensibilité, phénomènes analogues à ceux qui se passent dans la substance cérébrale au moment de son activité propre, exphquer l'hyperesthésie particulière, produisant cette céphalée spéciale à la neurasthénie (le casque), céphalée qui rend physiquement douloureuse toute pensée pénible : « la tête se prend, selon l'expression assez précise d'un neurasthénique fobs. XVII)?
D'un autre côté comme l'admet Davy, si l'augmentation de chaleur produite par le travail intellectuel, d'abord limitée au cerveau, se répand aux téguments du crâne et s'étend ensuite à tout le corps, n'en serait-il pas aussi de même de l'élément douleur, qui, émanant également du cerveau, se prolongeant dans la moelle épinière, se transmettrait aux téguments externes de la
(1) Fkré. — Sensations et mouvements. (l>aris 1887).
(2) Fkrk. — . JJégénérescence et criminalité. (Paris (888).
tête et expliquerait tV abord celle hyperexcitabilité douloureuse du cuir chevelu, propre à un grand nombre de neurasthéniques ? De même l'hyperexcitabilité rayonnant de la moelle vers la périphérie et se transmettant à tout le corps rendrait compte de ces douleurs névralgiques, rhumatoïdes et autres, souvent si mobiles^ qui accablent les neurasthéniques et dont l'intensité, parfois trèsvive, a pu faire croire à certains d'entre eux, surtout aux médecins, qu'ils étaient atteints d'une affection organique de la moelle. (Douleurs fulgurantes du pseudo-tabes).
Les changements vasculaires qui accompagnent les émotions se traduisent non-seulement par des variations de volume des membres, mais encore par des modifications importantes et appréciables, à simple vue, de la circulation de l'orbite. Dans les émotions agréables, ou sthéniques, on observe une projection du globe de l'œil, tandis qu'il se produit au contraire une rétraction dans les émotions pénibles. Cette condition physiologique est particulièrement intéressante, car la projection et la rétraction de l'œil résultent des modifications de la circulation de l'artère ophtalmique, dont Torigine commune avec les importantes artères du cerveau est située dans le crâne, de sorte qu'elle peut servir de témoin de l'état de la circulation encéphalique. On sait d'autre part que les émotions agréables, s'accompagnent d'une exagération de la sécrétion salivaire, tandis que la sécheresse delà bouche s'observe dans les émotions pénibles. Or les expériences de Bochefontaine et d'Albertoni ont montré que, sous l'influence des excitations modérées de l'économie cérébrale, il se fait une hypersécrétion salivaire.
Les émotions agréables produisent encore, avec une augmentation de la sécrétion du suc gastrique, un accroissement corrélatif des fonctions de nutrition (1).
(i) Fkré. Dégénérescence el crïminulilé, loc. cit.
Les émotions pénibles, au contraire, altèrent en sens inverse la sécrétion gastrique, ou, faugmentent en la faisant dévier de sa normale habituelle. 11 semblerait que la pensée pénible provoque, suivant les cas, une sorte de phénomène d'inhibition ou d'excitation, suspendant ou troublant les relations de l'organe avec son système nerveux. Alors les éléments cellulaires de cet organe retrouvant leur activité autonome deviennent malades et le trouble de la fonction atteinte va réagira son tour sur l'économie générale.
La théorie vaso-motrice peut donc, jusqu'à un certain point expliquer la patliogénie de la Neurasthénie essentielle Qlàt'A troubles secondaires organiques qui en dérivent.
2'' Théorie vibratoire ou nerveuse pure.
Chaque impression met en mouvement tout l'organisme et Broca, dit M. Féré, avait entrepris dans les dernières années de sa vie des recherches tendant à étudier par la méthode dynamométrique l'état des forces, constatées à la main, chez des sujets appartenant à différentes classes de la société.
Il avait constaté, et M. Féré a repris ses expériences en les précisant, que la pression produite par l'effort de flexion des doigts est moins forte chez les ouvriers dont la profession est exclusivement manuelle que chez des ouvriers d'art qui dépensent moins de force musculaire, mais dont l'intelligence est plus enjeu.
M. Manouvrier, en 1882, refit des expériences sur des sujets qu'il choisit parmi ceux qui ne sont pas professionnellement bien musclés ; ses résultats le portent à penser que l'énergie de la contraction musculaire pourrait être mise en rapport avec le volume du cerveau. On arriverait donc à formuler cet axiome « que
l'énergie de l'elïort momentané est en rapport avec Texercice habituel des fonctions intellectuelles » ; de plus M. Féré démontre que l'énergie d'un mouvement est en rapport avec la représentation mentale de ce même mouvement. On comprendra donc que^ par une réciprocité toute naturelle, sous l'influence de la fatigue déterminée par un travail psychique prolongé, la force dynamométrique diminue. Si cette représentation mentale est trop intense, il peut en résulter un véritable épuisement et on cite dans le BiiL soc. Mol. 20 novembre 1886, ce cas d'unejeune fille qui, <'àlasuite d'un rêve de courses prolongées, fut atteinte de paralysie des deux jambes. »
Nous pourrions déjà tirer de ce fait l'explication de la fatigue musculaire des sujets neurasthéniques qui se trouvent d'autant plus brisés au réveil qu'ils ont été en proie à des rêves plus pénibles et à des cauchemars plus effrayants.
Dans les émotions violentes, les muscles au lieu de présenter une simple modification de tension, s'animent de véritables convulsions, ce qui nous fait comprendre comment ces émotions sont capables de déterminer la manifestation des affections spasmodiques convulsives : épilepsie, hystérie, chorée, tics, paralysie agitante, tremblement dans la neurasthénie chez les individus prédisposés: « le tremblement émotionnel sert en quelque sorte d'amorce aux spasmes morbides en puissance » (Féré).
Ce qui se passe en somme à la suite d'une excitation quelconque, c'est une transformation de force, une modification de la forme du mouvement. Cette transformation du mouvement que l'on voit se produire chez les organismes les plus simples qui réagissent aux excitations par un changement de forme appréciable, constitue en réalité la fonction essentielle des éléments du système nerveux. Le corps humain se comporte comme toute masse de
matière quelconque qui transforme et transmet le mouvement communiqué avec des variations en rapport avec la constitution moléculaire.
Or chaque individu, chaque partie de l'individu, réagit suivant son énergie spécifique, et les systèmes nerveux réagissent d'une façon différente à la même excitation suivant les circonstances et leur degré de résistance.
Les émotions vives ne se manifestent que chez les individus particulièrement prédisposés ou fatigués. Un sujet quelconque, même de tempérament normal, sous l'influence de la misère, du surmenage, d'une hygiène insuffisante, d'intoxication volontaire ou professionnelle, peut, à un moment donné de son existence, se rapprocher plus ou moins des dégénérés héréditaires et être aussi sensible qu'eux aux influences extérieures. Les sujets affaiblis, les dégénérés, les névropathes, sont plus soumis que les autres aux effets dynamogènes ou épuisants des excitations venues du dehors ; ils sont, dit M. Féré, « dans un état d'équilibre instable, ressemblant à une balance folle qu'un simple mouvement suffit à faire dévier dans un sens ou dans l'autre » (1).
Aussi, les voit-on soumis à la contagion des émotions et à tous les phénomènes d'induction psychomotrice.
« Certains dégénérés ou épuisés arrivent ainsi à avoir le système nerveux tellement instable, offrant alternativement des manifestations d'excitation ou de dépression sous des influences si légères, qu'ils sont en quelque sorte tétanisés et présentent des phénomènes spasmodiques divers que l'on a rapprochés avec raison des mouvements spasmodiques ou tics, des idées spasmodiques ou
(1) Féré. Sens, et Mouv. loc. cit.
impulsions, suivies, lorsqu'elles sont assez intenses, d'actes impulsifs plus ou moins complexes » (1).
A côté de cette catégorie de dégénérés excitables, strychnisés en quelque sorte par un épuisement morbide quelconque, se produisant en dehors de toute lésion organique connue du système nerveux, on peut placer ces sujets présentant une aboulie plus ou moins caractérisée ou un de ces types de paralysie psychique que Ton rencontre chez les hystériques. Or il est prouvé que, dans toutes paralysie psychique d'ordre hystérique, il suffit d'un simple choc sur le membre pour la produire (Charcot) ; cette paralysie étant précédée d'une exitation très grande, accompagnée d'une exagération de la puissance motrice, facilement constatée au dynamomètre et qui peut faire présumer que cette paralysie est en somme une paralysie par épuisement. Ces paralysies psychiques peuvent être provoquées également par une série de petits coups successifs, frappés sur le membre et conduisant, après de petites secousses de moins en moins fortes, à la paralysie complète du membre.
Nous pouvons donc dire que l'excitation, qu'elle soit physique ou psychique, lente ou brusque, met en jeu une activité qui s'épuise, se tétanise en quelque sorte par impuissance ou s'immobilise complètement dans un épuisement final poussé quelquefois jusqu'à l'aboulie, et caractérisée par l'impossibilité absolue de i:ouloir ou jusqu'à la paralysie psychique caractérisée par l'impossibilité cV exécuter un mouvement, bien que le sujet se croie capable, dans une certaine mesure, de vouloir le faire . Le système nerveux épuisé ne vibre plus que maladivement, par secousses, en quelque sorte tétaniques ou, ne vibre plus, pour avoir trop vibré.
(1; Gilles de La Tourette. Étude sur une affection nerveuse caractérisée par de l'incoordination motrice etc. {Ai^ch. de Neurologie, n'^'ZQ,'\.W6 . et GuiNON. Sur la maladie des tics convulsifs [Rev. de Méd. 1886.)
Chez les sujets sensibles les excitations, dont l'ciction peut varier comme nous l'avons vu pour chaque sujet, mais qui provoquent une sensation agréable, sont toujours accompagnées d\me tension musculaire au moins dans les membres supérieurs. Les excitations pénibles, au contraire, soit par leur intensité, soit par leur brusquerie, provoquent, suivant leur degré de souffrance, qu'on ne peut malheureusement mesurer que par les expressions des sujets, des effets différents Les émotions simplement désagréables, comme celles qui sont provoquées par une odeur nauséeuse, par une des dernières couleurs du spectre, par une hallucination plutôt repoussante qu'effrayante s'accompagnent d'une tension musculaire plus grande dans les membres supérieurs, et d'un relâchement dans les membres inférieurs.
Les émotions décidément pénibles, surtout lorsqu'elles sont brusques, s'accompagnent au contraire d'un relâchement simultané dans les deux membres. (1)
Les expressions triviales : les bras m'en sont tombés, j'en ai eu les jambes brisées, que l'on emploie pour caractériser l'action dépressive produite par un saisissement quelconque, l'annonce d'une mauvaise nouvelle, la vue d'un accident terrible, confirment assez bien la théorie que nous venons de passer en revue.
Chaque excitation pénible, comme nous venons de le voir, étant suivie d'un épuisement proportionnel au degré de l'excitation et également proportionnel à la durée de l'effort, il en résultera que Tépuisement du centre, la désorientation ou la dénutrition de ses éléments pourra se produire d'une façon quelquefois brusque ( A^f??<rasthénie traumatique) ; ou bien la désorientation se produira
(1) Féré. Dégénérescence et criminalité, loc. cil.
IcnLcmenl et, l'excitation prolongée, due par exemple à une pensée pénible, amènera alors un épuisement proportionnel à sa durée.
Brusquement ou progressivement atteint, le centre de commandement s'épuise. Les fonctions qui sont sous sa dépendance vont s'en ressentir ; et, suivant que l'épuisement nerveux retentira plus particulièrement sur Tun ou l'autre de nos organes, nous obtiendrons les diverses formes cliniques de la neurasthénie.
L'épuisement nerveux retentit-il plus spécialement sur les organes de la respiration et de la circulation on a la forme clinique cérébro-cardiaque de Rrisliaber se manifestant par son cortègebien connu de troubles divers que nous retrouvons représentés (Obs. XVll) : vide cérébral extrêmement pénible, vertiges, insomnies, cauchemars^, photopsies, palpitations, angoisses de poitrine, lipothymie, syncopes, etc.
Si le retentissement secondaire de l'asthénie cérébrale se fait sur le tube digestif, on se trouve alors en présence de la forme gastrique de la neurasthénie avec ses symptômes connus, accompagnés des troubles sécrétoires, moteurs et sensitifs de l'organe secondairement atteint.
Enfin si les organes essentiels delà respiration, de la circulation et de la digestion restent indemnes de toute manifestation fonctionnelle morbide dûe à l'épuisement nerveux si celui-ci, en quelque sorte, se localise dans les centres, on peut avoir alors les formes cliniques de la neurasthénie à symptômes purement nerveux, produisant, suivant les cas, lacérébrasthénie, lamyélasthénie, l'hémineurasthénie, etc.
La théorie nerveuse nous permet donc encore d'expliquer la pathogénie de la Neurasthénie essentielle, ainsi que celles des troubles secondaires qui peuvent en être la conséquence. Elle nous montre de plus que la fatigue nerveuse appartient aux émo-
lions pénibles, les émotions agréables lonifiayit au contraire V activité nerveuse.
Nous n'oublierons pas celte double indication quand, dans Tétiologie de la maladie de Beard, nous aurons à rechercher les causes déterminantes de l'épuisement nerveux, et nous saurons aussi que l'élément psychique est loin d'être une quantité négligeable lorsqu'il s'agit de la cure de cette névrose.
3° Théories de i'ai-to-im-oxication des centres nerveux.
11 est démontré depuis longtemps que l'injection dans le sang de certains produits alimentaires, d'origine animale, contenant des alcaloïdes toxiques, détermine parfois des accidents assez graves, se traduisant tantôt par des troubles gastro-intestinaux, tantôt par des phénomènes nerveux. Quelquefois^ les troubles gastrointestinaux eux-mêmes, suivis d'accidents nerveux, peuvent être considérés comme la cause déterminante des troubles mentaux ; dans ce cas, selon M. Bouchard, ces troubles mentaux tiennent à une sorte d'auto-intoxication produite par la résorption des produits toxiques, élaborés dans le canal intestinal. 11 est certain que l'on peut^ d'après ces considérations, expliquer lapalhogénie des neurasthénies symptomatiques d'une lésion de l'appareil digestif, mais alors comment expliquer ces formes de neurasthénies, quelquefois très rebelles, où l'estomac n'est nullement en jeu? D'un autre côté, M. Bouchard lui-même a produit des intoxications, en injectant dans le sang des peptones et il est prouvé que d'une façon générale tout alcaloïde d'origine animale, leucomaine ou ptomaïne, peut, en intoxiquant le sang, et par retentissement sur le système nerveux, produire ces neurasthénies
symptomaliquei^ diverses, consccuLives à une longue maladie. La neurasthénie des convalescents, les neurasthénies symptomatiques de certaines lésions du foie (obs. XXXV) toutes les' neurasthénies d'origine gastro-intestinale trouveraient Texplication de leur pathogénie dans Tinterprétation des faits précédents.
La théorie de Tauto-intoxication peut aussi expliquer la genèse des troubles nerveux de la Neurasthénie essentielle, indépendante de toute altération fonctionnelle primitive des organes delà digestion ou autres pouvant faire penser à un état neurasthénique symptomatique.
Les centres nerveux, composés essentiellementde globules, ont besoin d'une quantité considérable de matériaux et rendent au milieu ambiant, par l'intermédiaire du sang, une grande quantité de déchets. S'il était possible de connaître le chimisme cérébral correspondant à un travail fonctionnel donné, on pourrait peutêtre trouver parmi ces déchets un produit toxique, qui, excrété en trop grande quantité par un système nerveux surmené, produirait une sorte d'auto-intoxication de la substance nerveuse elle-même, dont la nutrition, alors profondément troublée, retentirait secondairement sur les autres organes. L'épuisement du système musculaire par une fatigue poussée à l'extrême ne provoque-t-elle pas la formation de principes résiduels constants tels que l'acide lactique dont l'action coagulante sur la substance musculaire (myosine) est bien connU(i ?
On sait également que plus le travail nerveux est intense, plus les déchets de la combustion des albuminoïdes, surtout l'urée, sont abondants dans les excrétions, dans l'urine et dans les produits du foie. Les recherches de Biasson ( 1868) n'ont-elles pas montré que la quantité d'urée excrétée par l'homme, varie selon que l'activité cérébrale est nulle, d'intensité moyenne ou portée au
plus haut degré? D'un aulrecôlé, Flint, de New-York, n'a-t-il pas également démontré que la cholestérine, produit excrémentitiel, formé par la désassimilation du cerveau et des nerfs, séparé du sang par le foie et déversé dans l'intestin avec la bile, était aussi excrété en raison directe de l'activité nerveuse.
Monsieur le professeur Dieulafoy, dans sa belle étude sur le mal de Briglil, a montré que, au début de la forme chronique d'emblée, on retrouve pour ainsi dire tous les symptômes de la neurasthénie, troubles digestifs, céphalée, palpitations, essoufflement, crampes, secousses électriques, cryesthésie, sensation du doigt mort, polyurie, pollakiurie, troubles de la vue^ bourdonnement des oreilles, en un mot tous les premiers symptômes de l'insuffisance rénale et de l'auto-intoxication par élimination incomplète des déchets de la nutrition dans la néphrite chronique (1).
Enfin dans ces dernières années (1889 à 1892) MM. Deny et Chouppe, MM. Féré et Jules Voisin, à Paris, MM. Weill et Dubois à Lyon, MM. Mairet et Bosc à Montpellier n'ont-ils pas démontré expérimentalement que les urines des épileptiques et de certains déments étaient toxiques (2)? MM. Bosc et Mairet ont même cons-
(1) DuiVLWOY. Manuel de Palholofjie interne, 1890. Tome II, page 42^4 et suivantes.
(2) lo Deny et Chouppe. Communie. Société do Biologie, Paris. 1889. 2» Féré. De la toxicité des urines chez les épileptiques. Société de
Biologie. Séance du 26 avril 1890.
3o .Iules Voisin. Note sur la toxicité des urines chez les épileptiques avant, i)endant et a[)rés les accès paroxystiques. Soc. méd. des Hop. séance du 21 juin 1892.
4o Weill et Dubois. De la toxicité des urines des aliénés. Compte-rendu, congrès de médecine mentale, tenu à Lyon séance du 7 aoiit 91, Sem Med.1891. page 335.
5« Maiukt et Bosc. Recherches expérimentales sur la toxicité des urines
taté que dans les diverses formes d'aliénation mentale, le degré de toxicité a varié suivant la forme et surtout suivant l'acuité de la maladie ; c'est ainsi que l'urine du maniaque agité est très toxique, celle du maniaque non agité l'est beaucoup moins.
Ces expériences tendraient cà nous prouver que, dans les diverses variétés de névrose, il se forme des excréta anormaux, produits résiduels sans doute de la dénutrition des centres nerveux.
L'analyse des urines des névrosés a déjà donné de beaux résultats. Peut-être la chimie biologique pourra-t-elle un jour, par l'analyse des centres nerveux et l'étude approfondie du chimisme cérébral, arriver à déceler les phénomènes intimes qui se produisent dans la nutrition normale de ces centres et dans leur dénutrition possible sous l'influence des diverses causes qui peuvent conduire aux névroses. On pourrait ainsi arriver à la solution du problème que nous nous sommes posé : la Neurasthénie essentielle est-elle tributaire ou non de l'auto-intoxication des centres nerveux par les produits d'excrétion de ces centres, substances résiduelles, formées en trop grande abondance pendant un travail cérébral exagéré conduisant à l'épuisement nerveux ?
Cette étude du chimisme cérébral est difficile, pour ne pas dire impossible à faire chez l'homme. En admettant que la neurasthénie puisse conduire à la mort ou que l'on meure neurasthénique ; l'examen et l'étude des organes, ne pouvant qu'exceptionnellement être faits immédiatement après la mort, on comprend toute la difficulté d'une semblable étude ; les résultats de l'analyse pouvant être faussés par les décompositions cadavériques.
pathologiques. Association française pour Vavancement des sciences. Session de Marseille 1891. Section des sciences médicales, séance du 21 septembre. Compte rendu, Semaine mécl. 1891, page 892.
Peut être, dit Clausse (I) qu'en expérimentant sur les animaux, on arriverait à produire chez eux la neurasthénie ; cela n'est pas impossible. Le chagrin, Tennui, la frayeur déterminent chez eux des états analogues aux états neurasthéniques de l'homme, On le constate, par exemple chez les chiens qui ont perdu leur maître, que l'on tient enfermés et chez les animaux sauvages devenus captifs. On pourrait peut être ainsi, en provoquant de véritables neurasthénies expérimentales, suivies de vivisections, arriver à connaître Tanatomie pathologique de la neurasthénie et, par Tétude rendue ainsi possible du chimisme cérébral^ jeter quelques éclaircissements dans la pathogénie encore très-obscure de la maladie de Beard.
(1) Clxusse. Th. inaiiourale 1891.
ÉTIOLOGIE.
« La sensation de plaisir se résout dans une sensation de puissance; la sensation de déplaisir dans une sensation d'impuissance. » (Féré)
« La neurasthénie, dit le D"" Levillain dans son beau livre sur la maladie de Beard, est la seule de toutes les grandes névroses qui puisse se développer et s'acquérir de toutes pièces accidentellement en dehors de l'hérédité » (1). Il est évident que comme pour les autres névroses, on peut dire que l'intensité nécessaire de la condition déterminante, varie en sens inverse de la prédisposition c'est-à-dire de la faiblesse congénitale ou préalablement acquise ; mais la physiologie, dit M. Féré, nous permet de comprendre comment, en dehors de toute hérédité, de toute prédisposition apparente un choc violent, ou toute autre cause déterminant une secousse nerveuse intense, peut développer les conditions physiologiques d'une neurasthénie ou d'une névrose traumatique (2).
Pour la Neurasthénie essentielle^ comme pour les autres névroses relevant directement du système nerveux et non de lésions orga-
(1) Levillain. Traité de la Neurasthénie, 1891.
(2) Fkrk. La fatigue et l'hystérie expérimentale : Théorie physiologique de rhystérie. Comptes rendus Société de Biologie. Séance du 24 mai Sem. Med." 1891.
niques primitives, nous admettrons deux ordres de causes, les causes prédisposantes et les causes déterminantes ou occasionnelles. En première ligne, parmi les causes prédisposantes nous citerons riiérédité, tout en ne pensant pas que la neurasthénie soit une maladie fatatement héréditaire. La misère, le surmenage, l'hygiène insuffisante, les intoxications volontaires ou professionnelles, pouvant, comme nous l'avons déjà dit^ amener la déchéance de l'individu jusque là indemne de toute tare héréditaire ; il devient alors un véritable dégénéré expérimental, prédisposé au même titre que les dégénérés héréditaires, susceptible comme eux de ressentir trop vivement les efifets dynamogènes ou épuisants des excitations venues du dehors.
Outre l'hérédité, nous admettrons donc comme causes prédisposantes pouvant provoquer la neurasthénie, enracttant lesystème^, nerveux en état de réceptivité de cette affection, toutes celles qui, par leur influence plus ou moins directe peuvent diminuer sa résistance et exagérer sa susceptibilité. C'est ainsi que la fatigue physique poussée à l'excès, le surmenage intellectuel, le surmenage sensoriel, l'abus de l'alcool et des boissons alcoohques peuvent préparer le terrain sur lequel viendra s'implanter la névrose de Beard, si le choc moral, que nous considérons comme l'unique cause déterminante de la Neurasthénie essentielle, vient achever de déséquilibrer le système nerveux, déjà déprimé par l'une ou l'autre des causes précédemment citées.
Nous avons pu voir dans Tétude de la pathogénie des accidents neurasthéniques quelle était l'influence profondément dépressive des émotions morales et constater jusqu'oii pouvait aller leur retentissement sur tout Torganisme.
Chacun sait, pour l'avoir constaté sur lui-même, que, si l'émotion agréable augmente Tamplitude des mouvements respiratoires,
lucilite les digestions, met Tindividu dans cet état de bien être particulier qui lait qu'il se sent vivre, les émotions morales pénibles agissent en sens inverse, la respiration devient difficile, arytlimée, saccadée quelquefois : on digère mal, on a à la gorge une sorte de sensation de constriction qui s'étend jusqu'à la poitrine, ce qui fait dire dans les grandes douleurs, que l'on a comme un poids sur la poitrine. Le pouls et la circulation sont aussi modifiés : accélération des battements du cœur, palpitations, angoisses. 11 peut môme se produire quelquefois un arrêt du cœur pouvant aller jusqu'à la syncope.
L'être en général est tellement secoué par la cause originelle qui a primitivement frappé le cerveau que les organes sécrétoires eux-mêmes sont atteints : sueurs froides, diarrhée, etc., troubles, réflexes et vaso-moteurs émanant des centres nerveux et nous montrant que lorsque ces centres, qui président directement ou indirectement à toutes ces fonctions, sont atteints dans leur nutrition, même pendant un temps très-court, il y a toujours retentissement secondaire sur tous les organes.
« Observez, dit M. Bouveret, un homme qui vient d'éprouver une vive frayeur. Il tremble de tous ses membres il n'a plus de force et ses jambes semblent se dérober sous lui, il éprouve des sensations pénibles de brisement dans les genoux, de serrement à l'épigastre, de vide et de pesanteur dans la tête ; le pouls est faible, fréquent, et il y a parfois des tendances à la syncope ; l'appétit est supprimé ; il peut même arriver que, pendant plusieurs nuits, le patient reste sans sommeil ou que son repos soit troublé par des cauchemars qui lui rappellent sans cesse les causes de sa violente émotion » (1). Supposons que cet état neurasthénique passager que
(1) La Neurasthénie (épuisement nerveux) Paris 1890.
dépeinl si bien M. BouvoreL, au lieu de durer quelques heures et quelques jours, dure des mois sous riiiflueuce d'une cause morale prolongée et constamment ressentie, par exemple chagrins d'amour^ (obs. III, obs. IX) etc, pertes d'argent, (obs. XXIV), appréhension péfiible de la réussite dans un concours, préoccupations constantes occasionnées par une maladie désagréable quoique peu dangereuses, (obs. XXVII), etc. la névrose se confirmera et apparaîtra bientôt avec son cortège habituel de symptômes.
Nous pensons que la cause morale joue le rôle prépondérant dans la genèse de la neurasthénie essentiôlle que Ton pourrait à juste titre appeler la « névrose de la douleur morale. »
Pour nous chez l'écolier qui se livre à un travail intellectuel excessif, chez le commerçant et le financier qui assument de grandes responsabilités pécuniaires, chez l'ouvrier qui se livre à des fatigues physiques considérables pour arriver peut-être à faire vivre sa famille et, d'une façon générale, chez tout individu qui se surmène c'est plutôtla préocctcpatwnmoraleconstantecimaimène l'épuisement nerveux, que le surmenage lui même, car, à quelque classe delà société que l'on appartienne, l'on ne se surmène souvent que par nécessité et toute nécessité implique une préocupaLion morale quelconque : ambition, lutte pour la vie, etc.
Le surmenage prépare le terrain soit, mais on peut se surmener longtemps sans fatigue si l'on reste heureux.
Le terrain ainsi préparé chez un individu surmené, qu'il survienne alors chez lui un choc moral quelconque, tel que la nonréussiie dans son concours pour l'écolier, la perte d'une fortune pour le banquier ou le commerçant, la misère persistante malgré ses luttes quotidiennes, pour l'ouvrier ; le sujet, à quelque classe de la société qu'il appartienne, tombera presque fatalement dans la neurasthénie.
uEl il ne laulpas croire, dit leprofesseur Gharcot, que lanévrose soit Vapanage exclusif des grands de la terre. On ne saurait oublier que la constitution psychique des travailleurs est la même que la nôtre et que, comme d'autres, plus peut-être, ils sont soumis aux conséquences perturbatrices des émotions morales pénibles et de l'anxiété qui s'attache aux difficultés de la vie » (1).
On peut considérer la neurasthénie traumatique comme une névrose essentielle déterminée également par un choc psychique violent se produisant, par exemple, dans les grandes catastrophes de chemins de fer, ou bien encore, comme nous en avons un exemple, (obs. XXX) lors d'un trauma quelconque, bien plutôt psychique que physique.
La NEURASTHÉNIE TRAUMATIQUE, en effet, se rapproche beaucoup comme étiologie de l'hystéro-traumatisme ; par exemple, l'impmssance fonctionnelle d'un membre que l'on rencontre dans l'hystérotraumatisme est due à l'idée de cette impuissance amenant le non accompUssement du mouvement etl'impossibihté de le reproduire ; car, pour l'accomplissement d'un mouvement, il faut que l'idée de ce mouvement soit représentée et reproduite mentalement avant son accomphssement.
Dans la neurasthénie traumatique comme dans l'hystéro-traumatisme, ceserait le choc psychique initial qui serait la cause de l'ébranlement nerveux conduisant à la névrose, bien plus parle fait d'une sorte d'auto-sggestion consécutive que par le fait du traumatisme physique primitif qui peut ne pas exister ou être insignifiant (obs. XXX.)
L'influence considérable du moral sur le physique peut même
(1) Gharcot. Leçons cliniques professées à La Salpétrière.
expliquer jusqu'à un certain point l'iiérédité morbide de la neurasthénie.
Nous empruntons à M. Féré les considérations suivantes, nous montrant quelles relations intimes paraissent exister, même au point de vue du retentissement psychique, entre le fœtus et la mère.
M. Féré démontre expérimentalement que les chocs physiques et moraux, les émotions violentes éprouvées par la mère sont susceptibles de provoquer des mouvements du fœtus, et la facilité avec laquelle on peut provoquer ces mouvements par les excitants sensoriels agissant sur la mère, permet de soutenir que tous les mouvements dits actifs du fœtus sont en réalité des mouvements réflexes, consécutifs à une excitation dont la mère peut ou non avoir eu conscience.
L'influence de l'excitation psychique de la mère n'est pas moindre : sous l'influence de la colère, les mouvements du fœtus se manifestent avec une grande intensité ; et il en est de même dans les autres états psychiques violents.
M. Féré ajoute même (1) qu'interrogeant une femme enceinte de sept mois qui avait déjà un jeune enfant : « il semble, me disait-elle, qu'il y a une sympathie étrange entre l'enfant que je Porte et l'autre. Quand le second crie ou pleure le premier s'agite extraordinairement au point de me donner des douleurs très vives. »
« D'autres femmes qui ont eu plusieurs enfants m'ont confirmé la réalité de cette remarque «(Féré).
Chez quelques-unes, c'est seulement dans ces conditions qu'on voyait se révéler l'influence des irritations périphériques sur le fœtus : aucun ébranlement mécanique de même intensité n'est
(1) Féré. Loc cil. Sensation et raouvemcnt.
ranable do, déterminer chez la mère un élal émour équivalent a celui que provoque les cris de son enl'ant et de prodmre par conséquent des contractions musculaires aussi intenses
M Féré cite des exemples de femmes enceintes réveillées par les mouvements du fœtus au milieu de rêves qui, à l'état normal n'auraient pas interrompu leur sommeil.
Ce fait nous montre que les représentations mentales de la mère provoquent des réactions motrices chez le fœtus, et que même tout comme pour les excitations sensorielles, ces reactions sont plus fortes chez lui que chez elle. Or, quand un sujet fatigué est en état de faiblesse irritable, comme on dit, ces réactions aux excitations sensilives ou sensorielles sont beaucoup plus intenses et si les réactions sont plus fortes chez le iœtus que chez la mère, il semble qu'en raison de sa faiblesse il reagisse plus fortement à toutes les excitations, et constitue une sorte de multiplicateur des réactions de la mère.
En somme le fœtus dans la cavité utérine réagit, on peut dire fatalement, non-seulement à toutes les excitations qm peuvent latteindre directement mais à toutes les sensations perçues ou non à toutes les représentations mentales de sa mère. Cette communication des réactions et par conséquent des sensations entre la mère et le fœtus ne peut-elle rendre compte, au moins pour une partie, de la transmission possible d'habitudes héréditaires ?
Ne serait-il par conséquent pas vraisemblable, pour ce qm concerne la neurasthénie, de penser que l'état mental particulier de la mère dû à la névrose en puissance ne pmsse retentir suthsamment sur le fœtus pendant la gestation, pour en faire, sinon nn
(i; Ch. Fkrk, La Famile névropathique {Arch. de Neurologie, 1884)-
neurasthénique de naissance au moins un prédisposé héréditaire?
« L'hérédité de la dégénérescence est aujourd'hui un fait des mieux établis, de même que son aggravation progressive ; et la localisation de la prédisposition morbide peut-être influencée par un accident de la conception ou de la gestation » (1).
Or si les émotions répétées ou violentes de la mère pendant la grossesse peuvent déterminer des troubles profonds dans la nutrition du fœtus et en particulier dans son système nerveux, à plus forte raison une névrose acquise par la mère, avant ou pendant la grossesse, ne peut-elle pas produire ces dégénérés congénitaux qui ne pourraient guère alors se distinguer des dégénérés héréditaires ?
Un bon nombre de névroses : (épilepsies, hystéries, etc.) ne reconnaissent-elles pas pour cause l'alcoolisme des parents ?
Pourquoi les troubles physiques et mentaux quelquefois profonds dans la neurasthénie de la mère pendant la gestation ne pourraient- ils pas agir dans le même sens ?
SYMPTOMATOLOGIE. - ÉTAT MENTAL
Nous passerons rapidement sur les symptômes de la Neurasthénie essentielle.
Ils sont d'ailleurs les mêmes, quant aux signes physiques, que ceux que l'on rencontre en général dans les divers états neurasthéniques et aussi variables qu'eux dans leurs manifestations. Nous énumérerons pour mémoire les symptômes principaux caractéristiques ou stigmates de la neurasthénie.
La céphalée neurasthénique consistant en une constriction pénible de la tête (sensation de casque), l'insomnie et les troubles du sommeil la rachialgie et l'hyperesthésie spinale, l'amyosthénie, les troubles gastriques, les troubles génitaux et l'état mental des neurasthéniques. Les caractères de chacun de ces stigmates de la névrose deBeard ainsi que les autres troubles secondaires tels que le vertige, l'asthénopie, le tremblement neurasthénique etc., ont été trop bien décrits, antérieurement à notre travail, pour que nous
ayons à y insister.
" Nous allons cependant nous arrêter un peu sur 1 état mental qui souvent se trouve être en rapport direct avec l'élément causal de la névrose. Le neurasthénique en effet est souvent poursuivi d'obsessions émotives ou instinctives, se rapportant très souvent à la cause morale qui a amené la névrose.
M Falret, dans son rapport sur les obsessions neurasthéniques, .(Congrès international de médecine mentale de 1889) résume ainsi leurs principaux caractères :
1° « Elles sont toutes accompagnées de Ja conscience de l'état de maladie.
2" Elles ne restent pas isolées dans l'esprit à l'état monomaniaque, mais elles se propagent à une surface plus étendue de la sphère morale ; elles sont toujours accompagnées d'angoisse ou d'anxiété, de luttes intérieures, dliésitation dans la pensée et dans les actes, elles sont dues à l'aboulie cérébrale et résultent enfin de symptômes physiques de nature émotive plus ou moins prononcés.
3" Elles ne présentent jamais d'hallucination.
4° Elles conservent leurs mêmes caractères psychiques pendant toute la vie des individus qui en sont atteints, malgré des alternatives fréquentes et souvent prolongées de paroxysme ét de rémission et ne se transforment pas en d'autres espèces de maladies mentales.
S° Elles n'aboutissent jamais à la démence.
6° Enfin dans quelques cas rares, si elles se compliquent de délire de persécution ou de délire mélancolique anxieux, à une période avancée de la maladie, elles conservent encore leurs caractères primitifs. »
D'une façon générale l'état mental du neurasthénique est caractérisé par des phénomènes de dépression intellectuelle et morale. Du côté de l'inlelligence on observe une impotence fonctionnelle du cerveau (cérébrasthénie) qui rend difficiles et même pénibles les travaux ordinaires de l'esprit. La mémoire est considérablement diminuée; les malades oublient, non seulement les noms propres ou communs, mais souvent aussi oublient les faits, surtout les plus récents.
Cette particularité de l'amnésie neurasthénique permet de la distinguer d'autres amnésies provoquées par Thystérie ou le trau-
matisme, c'est-à-dire par des affections qui peuvent s'associer à la neurasthénie. (Levillain).
Du côté du caractère l'affaissement moral se traduit essentiellement par l'indécision et par une véritable aboulie. Les neurasthéniques manquent le plus souvent d'énergie mentale et se laissent aller au découragement ; aussi sont-ils enclins aux préoccupations tristes et à certaines obsessions parfois angoissantes, lesquelles la plupart du temps, comme nous l'avons déjà dit, se rapportent presque toujours à l'élément causal.
C'est ainsi que l'étudiant en médecine se préoccupera particulièrement de sa santé ; bien souvent il sera poursuivi de l'idée qu'il possède tous les symptômes de la dernière maladie étudiée.
Le banquier devenu neurasthénique à la suite d'une ruine sera obsédé par l'idée constante de son malheur, qui lui paraîtra toujours irréparable, car il ne se sentira pas l'énergie morale pour le surmonter.
Au point de vue de la volonté, le neurasthénique est aussi considérablement atteint, frappé d'abouUe il ne sait pas prendre une décision et selon l'expression pittoresque de M. Levillain, il est presque constamment dans la situation de l'âne de Buridan : il hésite et se demande s'il doit faire ceci ou ne pas le faire, aller ici ou ne pas y aller, écrire une lettre ou ne pas l'écrire. Ces hésitations sont quelquefois très pénibles, tourmentent l'esprit du malade et peuvent aller jusqu'à produire l'angoisse (1). Il se crée alors de véritables états d'anxiétés, de craintes exagérées, conduisant aux phobies diverses telles que l'agoraphobie (peur des grandes places), lanosophobie (peur des malades), l'anthropophobie (peur de la société), la monophobie (peur de l'isolement), la claustrophobie
(1) Levillain . La Neurasthénie, Paris, 1891.
(peur des endroits fermés), (la pliophophobie) (peur d'avoir peur,) etc.
Ce qui caractérise toutes ces phobies, ou peurs des neurasthéniques, c'est qu'elles se raisonnent en général: elles trouvent une explication naturelle dans une exagération de l'instinct défensif proportionnel au degré de l'atTaiblissement et de l'infériorité physiologiques dus à l'épuisement nerveux.
Enfin le neurasthénique présente une irritabilité excessive du caractère, une impressionnabilité exagérée à tout ce qui peut exciter son système nerveux; il se met en colère pour des riens, tout l'agace et cette irritabilité, par défaut de résistance, par « une diminution du contrôle mental » selon l'expression de Beard, rend le neurasthénique désagréable à lui-même et aux autres.
En faisant le diagnostic différentiel de la maladie de Beard avec quelques autres affections nerveuses nous allons pouvoir compléter et caractériser d'une façon plus précise l'état mental dans la neurasthénie. Celui-ci est en effet le syndrome le plus caractéristique de la maladie de Beard^ il est le plus constant, quoique variable dans ses manifestations.