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DIAGNOSTIC

Paralysiegknkrale. — La paralysie générale au début, est peut être la maladie qui se rapproche le plus par quelques-uns de ses symptômes de l'état mental du neurasthénique. En effet, les troubles mélancoliques, l'affaiblissement de la mémoire, l'hésitation de la parole, la perversion morale et le tremblement sont quelquesuns des signes communs aux deux affections. Mais, tandis que, chez le paralytique général, il y a réellement maladresse des membres supérieurs, si bien qu'un graveur commet des erreurs avec son burin, le peintre avec son pinceau, chez les neurasthéniques, il n'y a pas véritablement maladresse, mais seulement tremblement. S'il y a apatliie, amyosthénie, courbature des membres inférieurs dans les deux affections, celles-ci s'accompagnent de maladresse chez le paralytique général et non chez les neurasthéniques. Les troubles psychiques sont également communs aux deux maladies; la mémoire défaille, il y a amnésie récente, peu d'assurance en public, ralentissement de l'élocution autrefois rapide, mais tandis que chez les paralytiques l'intelligence usuelle peut rester longtemps intacte ftel, cet ingénieur dont M. Charcot parle dans ses leçons du mardi qui au début d'une paralysie générale était encore capable de travaux intellectuels pénibles). Chez les neurasthéniques au contraire il y a plutôt diminution de l'intelligence ou mieux impotence fonctionnelle du cerveau. Bien plus, au début d'une paralysie générale il y aurait plutôt hypérexcilation cérébrale exagérant la puissance intellectuelle des malades.

Le neurasthénique ne présente pas à proprement parler, de pé-

riode délictueuse. S'il a parfois le sens moral émoussé oudévié, les impulsions malsaines sont beaucoup plus conscientes que celles des paralytiques généraux qui se trouvent poussés vers un acte immoral par une sorte de déviation impulsive de l'instinct ou perversion des sens, analogue aux vésanies de certains déments.

TiiMEUHS DU CERVEAU ET DU CERVELKT. — Daus certaius cas de tumeur du cerveau et du cervelet, les malades sont pris de vertiges, d'engourdissement des membres, de perte de mémoire, de perversion du sens moral, de troubles de leurs sentiments affectifs qui peuvent être exagérés ou affaiblis, mais dans presque tous ces cas, en outre des phénomènes de localisation, il y a laplupart du temps, pour ne pas dire toujours, des crises d'épilepsie Jacksonienne, qui permettront d'établir le diagnostic. Quelquefois cependant, celui-ci est très difficile, sinon impossible à établir, surtout en ce qui concerne les tumeurs du cervelet.

Ataxie LOCOMOTRICE. — Il est quelquefois difficile, dans certains cas d'ataxie locomotrice au début oîi les symptômes peuvent être réduit à des douleurs fulgurantes, communes aux deux affections, à de l'amyosthénie qui peut simuler l'incoordination (eic, ) d éf.ibiir le diagnostic, surtout lorsque la neurasthénie vient se compliquer d'un certain état de mélancolie, de tristesse, de désespoir, d'idées de suicide. Cela est si vrai que l'on a créé l'expression de pseudo tnhesneurasthénùjue, ce qui montre que certaines apparences cliniques de la neurasthénie ont pu faire penser nu tabès.

Mais labobtion des réflexes rotuliens, la constatation de troubles oculaires, le caractère et surtout l'acuité des crises viscérales de l'ataxie permettront toujours de faire le diagnostic.

Hystéhie. — En générah l'hyslérie se diagnostiquera facilement de la neurasthénie par les stigmates si bien connus de la première de ces affections : hémi-anestliésie, zones liystérogènes, perte des réflexes pharyngiens et cornéens, rétrécissement du

champ visuel, etc.

Au point de vuemental, un signe, cependant commun aux deux affections, permet d'en faire le diagnostic différentiel, ce signe consiste en l'obsession de pensées douloureuses. Ce ■ pensées dans la neurasthénie sont toujours objectives; elles sont seulement exagérées par un système nerveux déséquilibré et malade ; tandis que, dans Thystérie, elles sont la plupart du temps subjectives: ei, certes, si les souffrances, soit physiques, soit morales de certains hystériques peuvent quelquefois être taxées d'imaginaires, il n'en est pas de même des souffrances du neurasthénique qui sont toujours réelles, quoique exagérées par un système nerveux hypérexcitable.

Lorsqu'il s'agit des doléances du malade et que celui-ci interrogé par son médecin, sur les causes de sa tristesse lui répond : « Je ne sais, je me forge des idées, j'ai toujours été triste, tout m'agace sans raison » il faut bien souvent chercher ailleurs que dans la Neurasthénie esssentielle, la cause de ces chagrins plus subjectifs qu'objectifs, et si l'on ne trouve aucune lésion primitive de l'estomac, ni des autres organes dont les lésions peuvent amener des idées hypochondriaques, il faut penser à l'hystérie et peut-être soupçonner une tare vésanique quelconque en train d'évoluer.

Epilepsie. -- S'il est une forme d'épilepsie facile à diagnostiquer, nous voulons parler de l'épilepsie à crises convulsives, il n'en n'est pas de même de la forme non convulsive de cette névrose.

A celle-ci, en ellel, apparlienl unélalmenlal particulier, très-bien décrit par M. Falret, étal mental qui, sur certains points, peut se rapprocher de celui des neurasthéniques et faire hésiter le clinicien.

Aux deux affections appartiennent, en effet, des vertiges, des absences ; mais tandis qu'en dehors de ces troubles, l'état mental de l'épileptique est indemne, celui du neurasthénique, au contraire^ reste toujours identique à lui-même avec les caractères nettement définis que nous avons énumérés plus haut.

Le diagnostic peut être quelquefois rendu très difficile, cardans certains cas, les vertiges sont les seuls symptômes de l'épilepsie. La perte de connaissance estalorscomplète, mais momentanée. Le malade ne tombe pas s'il est assis, et il a le temps de prendre un point d'appui pour prévenir sa chute s'il est debout. Il sort spontanément de son accès comme s'il n'avait rien ressenti et s'étonne de la sollicitude qu'on lui témoigne. Il arrive cependant qu'il reste troublé pendant quelques secondes, quelques minutes, quelques heures. Il a alors de l'incohérence des idées une susceptibihté exagérée, une gaieté ou une tristesse excessive et peut commettre des actes extravagants et délictueux.

Mais ce vertige alterne le plus souvent avec les grandes attaques et s'accompagne souvent de l'émission involontaire des urines.

Nous ne parlerons pas dans cet aperçu sommaire de l'état mental chez l'épileptique, de l'aliénation mentale transitoire, des délires épileptiques impulsifs, de l'abolition plus ou moins complète de la conscience, ni de la manie épileptique si bien décrite par M. Falret, symptômes qui n'ont rien de commun avec l'état mental des neurasthéniques ; mais M. Voisin a signalé des cas de délire dépressif qui, à la rigueur, pourraient donner le change. Le désespoir dans lequel

sa maladie jeUe l'épileplique est quelquefois, en effet, la source d'un véritable délire hypocliondriaque . Le délire lypémaniaque n'est pas non plus exceptionnel. Le malade qui en est atteint garde un silence obstiné et serait facilement confondu avec le lypémaniaque vulgaire ou le neurasthénique si on ne prenait pas le som de l'observer et de se livrer à des enquêtes sur ses accidents convulsifs Les idées de persécution ne sont pas rares non plus chez les épileptiques qui attribuent leur cruelle maladie à l'influence occulte d'un ennemi qui leur aurait jeté un sort; dominés par un sentiment vague d'angoisse et de terreur, ils accusent leurs amis de leur en vouloir, et c'est alors qu'ils peuvent accomphr, surtout s'ils sont en proie à leurs hallucinations, des actes malfaisants ou criminels.

Hypocoîsdkie. — Ordinairement et pour les formes simples de la maladie deBeard, la confusion entre l'hypochondrie et l'état mental d'un neurasthénique est impossible.

« Les préoccupations hypochondriaques de l'épuisement nerveux n'ont pas la fixité, la ténacité, l'inconscience et la fatalité systématique des formes vésaniques de l'hypochondrie. Le neurasthénique s'inquiète et a quelques raisons de s'inquiéter : il se croit atteint d'une maladie organique et grave du cœur, de l'estomac et du cerveau, mais il éprouve des symptômes correspondants et le médecin est quelquefois inquiet et indécis sur leur nature. Enfin l'hypochondrie neurasthénique est très accessible aux encouragemenls et aux espérances, de même qu^aux craintes exagérées de l'entourage ; elle ne se cantonne pas en elle-même dans un système invariable d'idées fixes et obsédantes. » (Levillain).

Mélancji.ik et psychoses vÉsAiMQUEs. — Oii peut l'aire de la façon suivante le diagnostic de la neurasthénie au point de vue de l'état mental avec quelques psychoses vésaniques qui s'en rapprocheraient par certains points. Si dans la mélancolie vésanique on trouve de la tristesse, une raréfaction ou un arrêt des mouvements, une absence d'énergie comme dans la neurasthénie, dans celle-ci cependant on n'observe jamais le déhre des petitesses (Micromanie) ni cette autre manie d'auto-accusation qui rend le mélancolique triste parce qu'il trouve son état analogue à celui d'un criminel. Le mélancolique est particulièrement caractérisé par son déhre de culpabilité imaginaire.

Si dans la neurasthénie on trouve quelquefois unpeude déhre de persécution, exagération peut-être de la cause morale primitive ayant provoqué l'évolution de la névrose, on ne trouve pas chez le neurasthénique cette résignation dépressive qui fait que le mélancohque regarde la persécution comme une chose qu'il a mérité contre laquelle il ne cherche pas à réagir, ne dédaignant que luimême. Chez le mélancohque vrai il y a une sorte de restriction non consciente de la personnalité qui n'existe pas dans la neurasthénie et il faut attribuer le déUre du mélancolique à une sorte d'affaiblissement primordial de son moi, lui donnant une sorte d'existence subjective le conduisant aux hallucinations, existence subjective tout à fait en opposition avec l'existence parfaitement objective et sentie du neurasthénique.

Alcoolisme. — Certains symptômes de l'alcoolisme chronique tels que l'émotion et le tremblement, les rêves pénibles, obnubilation de l'inteUigence ; tout cela associé à l'engourdissement et au fourmillement des extrémités, à laparésie des membres inférieurs

el des troubles gastriques pourrait l'aire pensera la naurasthénie confirmée. Mais, l'interrogatoire du malade, les caractères différents de ces symptômes communs, l'absence de catarrhe piluitaire chez les neurasthéniques, leur dépression psychique déjà décrite plus haut permettront toujours de faire le diagnostic.

Aboulie consécutive aux maladies graves infectieuses. — On a vu après certaines maladies graves (épidémie de grippe de 1889) des individus avoir de l'aboulie persistante ou paralysie de la volonté. Cet état mental particuher a obligé des malades ayant dans les affaires publiques une certaine responsabihté (juges, avocats, notaires; à se démettre de leurs charges. Dans ces cas TabouHe est le seul symptôme de la névrose et ne peut être confondue avec une neurasthénie confirmée.

Il serait même permis peut-être de faire entrer dans cette catégorie d'abouliques la plupart des malades traités comme neurasthéniques de convalescence.

Phobies. — Le neurasthénique peut présenter un certain nombre de phobies, mais ce qui caractérisera toujours la phobie neurasthénique de la phobiehéréditaire c'est que chez le neurasthénique lapeur morbide résulte du défaut d'énergie, de la conscience de Tincapacité ressentie ; chez le dégénéré c'estune véritable impulsion.

« L'émotion de la peur est normale à l'esprit humain » a dit Beard : la peur est le préliminaire obligé de l'instinct de la défense. Or on comprend que sous l'influence de l'épuisement nerveux général, l'organisme inconsciemment prévenu de son état normal de faiblesse et d'infériorité, prenne peur plus facilement.

Mais les peurs des neurasthéniques se raisonnent en général et

Beard t'ait remarquer que les malades les raisomient et les discutent eux-mêmes, qu'ils s'en rendent compte sans avoir la force de les combattre, qu'elles évoluent parallèlement à l'état général, disparaissant quand les forces reviennent et reparaissant à la suite de nouvelles causes d'épuisement.

La faiblesse cérébrale est si bien la cause de la phobie neurasthénique que l'un de nos mahades (Obs. XXV) s'arrête aussi bien devant un espace vide que devant un espace rempH de monde^ craint autant de traverser, comme il nous le dit, la place Notre- Dame que d'entrer dans un restaurant ; il craint que les forces ne lui manquent pour accomplir l'acte qu'il a projeté.

Anémie . — Si les anémiques se fatiguent à l'occasion de tout exercice musculaire le travail mental leur est encore permis. Chez le neurasthénique à moins qu'il ne s'agisse de myélasthénie grave, le travail musculaire reste possible mais le travail intellectuel est excessivement pénible.

Les signes classiques de l'anémie permettront toujours, d'ailleurs, d'établir le diagnostic. D'un autre côté la neurasthénie peut conduire à l'anémie, anémie d'origine nerveuse qui vient alors compliquer la neurasthénie dont elle n'est qu'un symptôme secondaire.

NÉVROPATHiE CÉRÉBRO-CARDIAQUE. — Bien que nous pensions devoir faire de la névropathie cérébro-cardiaque une des formes cliniques de la Neurasthénie essentielle, la névrose de Krishaber, selon M. le Professeur Dieulafoy resté fidèle à la conception si nettement exprimée, par un ami regretté, doit être considérée comme une entité morbide ayant ses caractères nettement tranchés et ses symptômes presque toujours constants.

M. Dieulat'oy avec la netteté et lu vigueur si caractéristiques de son style donne le tableau clinique suivant de la névropathie cérébro-cardiaque :

« Le sujet a une sensation de vide cérébral, extrêmement pénible; il se plaint vertiges, d'insomnie, de cauchemars, de photopsie, de palpitations, d'angoisse de poitrine ; il est sous le coup de lipothymies et de syncope.

Le malade vit au milieu de sensations de vide, de rêve ou d'ivresse ; l'aspect du monde extérieur lui paraît changé, sa propre voix lui est étrangère; il se trouve lui-même si modifié, qu'il se reconnaît à peine, et volontiers il se prendrait pour un autre individu, si la raison qui finit toujours par avoir le dessus, ne rectifiait les aberrations de ses sens.

Un y a jamais d'aliénation, le malade se rend compte que « ses sens seuls sont pervertis et lui donnent des notions inexactes sur le monde extérieur » (Krishaberj (i).

Les t7^oubles cardiaques consistent en palpitations, angine de poitrine, lipothymies, syncopes : il sont souvent accompagnés de sensations de strangulation.

Les névralgies sont multiples, névralgies de la tête, de la face, de l'oreille, névralgie sciati que.

L'insomnie est un des symptômes les plus douloureux de la forme grave ; le malade ne peut goûter un instant de repos, et s'il s'endort, c'est pour être aussitôt réveillé par des cauchemars accompagnés d'angoisse et de palpitations. La durée de la névropathie cérébro-cardiaque varie de quelques mois à plusieurs années.

(1) Krishaber. De la névropathie cérébro-cardiaque Paris, 1878. Art. Névropathie cérébro-card. du Dictionnaire encyclopédique.

Elle guérit presque sûrement ; elle n'aboutit jamais à l'aliénation mentale, mais la nature et la ténacité des symptômes en font une maladie douloureuse et cruelle. (Observation XVII) (1)

(1) DiEULAFOY. Manuel de pathologie interne Tome I p. 686.

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