‹ Contribution à l’étude des troubles de la circulation veineuse chez l’enfant, et en particulier chez le nouveau-néChapitre 12 sur 14 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

De l'importance des troubles de la circulation veineuse chez l'enfant.

Après cette étude des lésions d'origine veineuse qui se rencontrent dans les viscères de l'enfant, nous devons chercher en terminant quelle est l'importance clinique de ces désordres circulatoires.

Aquoi servirait-il d'étudier minutieusement des lésions et des troubles qui ne seraient que des curiosités anatomiques?

Un fait a dû nous frapper déjà : c'est la gravité de ces désordres.

Lorsqu'une congestion passive a été produite par une cause extérieure, par les violences et les efforts d'un acrouchement long et pénible, ou par une compression, cette cause disparaissant, l'équilibre circulatoire se rétablira si l'asphyxie n'est pas trop avancée et s'il ne s'est pas produit déjà des lésions irrémédiables. La masse du sang noir s'hématosera au contact de l'air et l'enfant reviendra à la vie, surtout si on facilite l'action de la nature en excitant la respiration.

Si l'enfant naît avant terme, la stagnation du sang dans les tissus est toujours un fait important, car, à la teinte violacée des premiers jours pourra succéder un oedème généralisé. Mais, cet œdème disparaîtra peut-être, si l'athrepsie ne survient pas ; l'équilibre circulatoire se rétablira peu à peu, et l'enfant, longtemps chétif, finira quelquefois par triompher de cette faiblesse native.

C'est surtout dans les cas où la congestion passive a pour cause une altération et une concentration du sang que l'on peut en observer les graves résultats. Jetons un coup d'œil sur ces nouveau-nés à face bleuâtre, qui sont frappés par l'athrepsie aiguë.

Ce qui attire notre attention, c'est la cyanose, c'est-àdire la congestion passive de tout le système veineux, et cette congestion a une influence énorme sur l'évolution de la maladie.

Le sang, trop épais, circule mal et encombre tous les organes : l'estomac ne conserve pas les liquides ingérés, l'intestin au lieu d'absorber ces liquides si nécessaires pour diluer la masse sirupeuse du sang, sécrète des mucosités abondantes; les organes sécréteurs s'altèrent, les excrétions ne se font plus; les produits de désassimilation n'étant plus rejetés empoisonnent la masse du sang, l'hématose se fait mal : bientôt des lésions organiques se produisent et l'enfant est emporté rapidement.

La guérison; dans ces cas est rare, on pourrait dire exceptionnelle, si la diarrhée s'arrête, si l'intestin absorbe du liquide, les désordres se répareront peut-être. On voit guérir quelques atherpsiés, de même que l'on voit des cholériques échapper à une mort imminente.

Si j'ai pris pour exemple ce type grave de l'athrepsie, c'est parce que les congestions veineuses ont ici le principal rôle; dans les formes lentes elles sont beaucoup moins redoutables.

Chez l'enfant au-dessus de deux mois, même dans les états cholériformes, les troubles circulatoires n'ont pas une importance aussi grande que chez le nouveau-né. Les vaisseaux et les tissus sont plus résistants, et la concentration du sang n'est pas la cause principale de la stase. Le sang s'accumule dans les veines parce qu'il traverse

avec peine les poumons ou le cœur malades. Les congestions règlent leur marche sur celle des lésions qui les ont produites, et quelle que soit la gravité des désordres qu'elles font naître au loin, on ne les considère en somme que comme secondaires.

Mais parlons surtout des thromboses et de leur gravité.

Les thromboses, quand elles se produisent, indiquent déjà l'existence d'une altération profonde du sang, elles sont l'expression d'un trouble grave de la circulation. L'organisme est déjà bien malade quand elles apparaissent. Mais ce n'est pas tout : chez l'enfant, les caillots se forment d'ordinaire dans les veines des organes les plus indispensables à la vie, et ils causent souvent des désordres irrémédiables.

Les thromboses marquent alors le point de la maladie au delà duquel il n'y aura plus de guérison à espérer. Comment tous les efforts de la thérapeutique pourraientils ramener à la vie un enfant dont les deux reins sont littéralement supprimés en tant que glande éliminatrice par l'oblitération de leurs veines efférentes? Comment obtenir la guérison d'un enfant dont les hémisphères cérébraux ont été détruits par un ramollissement consécutif à une thrombose des sinus? Comment se fera l'hématose quand l'artère pulmonaire ou ses branches sera obstruée par des caillots ?

Quelle que soit cette gravité on peut cependant voir guérir des thromboses, mais il s'agit alors de thromboses peu étendues; encore ces faits sont-ils rares. J'en rapporte un cas, (voir Obs. VI). Chez les enfants au-dessus d'un an, le trouble circulatoire étant moindre en général que chez les nouvenu-nés, on rencontrerait peut-être plus souvent la guérison de ces accidents.

Puisque les lésions d'origine veineuse, quoique très-

graves ne sont pas fatalement suivies de mort, il serait intéressant de voir comment elles se réparent, surtout dans l'encéphale. Malheureusement on ne peut faire sur ce point que des hypothèses. 11 n'est peut-être pas trop téméraire d'attribuer à l'existence d'anciennes lésions les atrophies, les destructions partielles, plus ou moins symétriques que l'on rencontre parfois dans les hémisphères cérébraux. Le Dr John Little, de Londres, pense que les lésions cérébrales datant de la naissance pourront plus lard engendrer diverses infirmités, (strabisme, paralysies circonscrites, pieds bots, torticolis, bégaiement, etc.). Ce n'est encore là qu'une hypothèse.

L'importance des troubles de la circulation veineuse ne saurait plus être mise en doute. On pourrait donc y chercher des indications précises pour le pronostic. Malheureusement ces troubles ne nous indiquent bien souvent que le mécanisme de la mort.

D'ailleurs il est bien difficile de reconnaître l'existence des lésions d'origine nerveuse les plus graves. Sans doute on jugera facilement de l'intensité des congestions passives à l'intensité de la cyanose, mais les thromboses? Existe-t-il chez un nouveau-né malade une thrombose des sinus, des veines rénales ou de l'artère pulmonaire? Nous avons vu combien ces questions sont difficiles à résoudre. La cause de cette difficulté, c'est l'absence de signes subjectifs, c'est aussi le peu de réaction des viscères malades. Examinons un des symptômes les plus graves, les convulsions par exemple. Nous les avons rencontrées à la suite des lésions rénales, à la suite des lésions encéphaliques et même dans les effections pulmonaires ; elles accompagnent les congestions simples aussi bien que les thromboses. Comment fonder sur ce symptôme un pronostic assuré? Le diagnostic des lésions viscérales chez le

nouveau-né n'est encore possible que dans certains cas; toujours il est entouré d'énormes difficultés.

Plus tard les signes se dessinent davantage et la gravité des lésions est mieux indiquée par l'appareil symptomatique.

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