‹ Contribution à l’étude des troubles de la circulation veineuse chez l’enfant, et en particulier chez le nouveau-néChapitre 9 sur 14 · PHYSIOLOGIE · texte numérisé non relu

PHYSIOLOGIE

Pourquoi les lésions encéphaliques des nouveau-nés ontelles si peu de retentissement ?

Consultons "West : « Cette particularité, dit-il, s'explique en grande partie par le fait que le sang, étant presque toujours versé dans la cavité de l'arachnoïde, la pression qu'il exerce sur le cerveau, se trouve, en général, disséminée sur une très-grande surface, et n'est jamais très-considérable. »

Que faut-il penser d'une explication qui ne tient aucun compte des hémorrhagies en foyers, des ramollissements rouges, etc. ?

Nous nous rallions plus volontiers à l'opinion de Billard, dont nous citions plus haut les paroles. Si, chez le nouveau-né, les lésions encéphaliques ne donnent guère lieu à des paralysies ; si, au contraire, les paralysies s'observent habituellent quand le cerveau d'un enfant au-dessus d'un an est lésé, c'est qu'il existe de grandes différences de structure entre le cerveau d'un enfant qui vient de naître et celui d'un enfant plus âgé.

L'encéphale du nouveau -né est incomplet et presque embryonnaire : c'est le plan d'un organe, et non un organe parfait. Au bout de quelques mois il s'est développé, et il semble métamorphosé. Ce fait n'a pas échappé aux nom-

breux anatomistes qui se sont occupés de cette question.

Soemmering (1) et plus tard les frères Wenzel (2) avaient vu combien la substance blanche et la substance grise sont peu distinctes au moment de la naissance. Meckel (3) avait indiqué avec soin le mode d'apparition de la substance blanche, et l'époque à laquelle ses tractus commencent à prendre de l'importance. M. Parrot (4), dans plusieurs publications, Jastrowitz (5), Flechsig (6), et M. Pierret (7), ont étudié récemment le cerveau du nouveau-né et fait connaître plusieurs particularités intéressantes. Je me bornerai à résumer quelques points de leurs savantes recherches.

Sans faire une description complète du cerveau, tel qu'il se présente à la naissance, je dois indiquer brièvement sa structure. La partie qui répond au centre ovale est occupée par une substance intermédiaire entre le blanc et le rouge, légèrement transparente. Cette substance se fond graduellement avec celle qui occupe la périphérie, ou contraste légèrement avec elle par sa transparence et sa vascularité. Les circonvolutions peu saillantes, mal dessinées, molles, n'adhèrent à la pie-mère, qui les recouvre, que par des tractus extrêmement friables. L'encéphale, dans son entier, ressemble à une masse gélatineuse.

Si l'enfant n'est pas à terme, on chercherait en vain dans ce cerveau crémeux quelque point qui tranchât par sa coloration sur la teinte rosée uniforme des lobes encéphali-

(1) Sômmering. Lib. II, p. 33.

(2) Wenzel. Prodrom., etc., p. 299.

(3) Meckel. Deutsches archiv. fur physiol. Bd. I, 1815.

(4) Parrot. Archiv. de phys. 1873. L'Atrepsei 1877.

(5) Jastrowitz. Studien ùber encephalitis, etc. Arch. fûr psychiatrie, Bd II-2, Bd. 1II-I.

(6) Flechsig. Die Leitungsbahnen im Gehirnund Rûckenmark Leipzig

(7) Pierret. Soc. de biologie 1876.

ques. Chez un enfant à terme, on voit apparaître à quelque distance de la paroi externe et inférieure du ventricule latéral, en dehors du point où se trouveront plus tard la couche optique et le noyau caudé une mince zone blanche, plus épaisse en arrière qu'en avant, et qui vient du pédoncule : c'est le rudiment de la capsule interne. Bientôt cette ligne blanche s'élargit et pousse des prolongements, d'abord dans les cornes occipitales, puis en dehors des masses qui constitueront le noyau lenticulaire. Au bout d'un mois, l'épaisseur de la capsule interne et de ses prolongements, s'est notablement accrue : la substance blanche commence à se distinguer de la substance grise des circonvolutions, des tractus blancs se rendent aux circonvolutions du lobe sphénoïdal. A trois mois, les parties blanches des cornes occipitales sont très-avancées dans leur formation ; les circonvolutions se distinguent nettement. Un gros tractus pénètre dans les cornes frontales ; des arcs blancs et minces relient les circonvolutions les unes aux autres. Les différentes parties du cerveau sont déjà très-nettement ébauchées.

A quatre mois, on voit pénétrer dans toutes les circonvolutions des tractus blancs, plus parfaits et plus épais dans la région occipitale et dans la région sphénoïdale que dans les autres parties du cerveau. La capsule interne et la capsule externe sont parfaitement nettes.

A partir de six mois, on peut regarder la substance blanche comme entièrement formée.

A neuf mois, l'encéphale de l'enfant rappelle assez bien par son aspect, l'encéphale de l'adulte.

Ces détails seraient bien peu importants si l'on ne savait pas au juste à quoi correspondent les parties grises et les parties blanches. Dans la pulpe rosée du cerveau d'un avorton, on ne trouve pas d'éléments nerveux complètement formés ; les cellules sont encore à l'état nucléaire ;

l'élément dominant est la névroglie dont la trame est encore très-imparfaite. Les vaisseaux sont nombreux, mais leurs parois sont extrêmement délicates.

Les parties blanches apparaissent dans les points où se développent les fibres à myéline, ces agents conducteurs de l'influx nerveux. Ces fibres ne se forment que dans les points où elles communiquent avec des systèmes cellulaires corticaux préformés. La disposition des tractus blancs dans Fencéphale de l'enfant, nous permet donc de conclure que les différentes régions du cerveau ne se développent pas simultanément, et que les parties postérieures, c'est-à-dire les parties sensitives apparaissent les premières. C'est l'ancienne opinion des philosophes, reprise et confirmée par l'école moderne.

Là où les tractus blancs ne se montrent pas, il n'y a pas de fibres nerveuses, et ces fibres elles-mêmes n'existent que si elles doivent mettre en communication des systèmes d'éléments nerveux cellulaires. Comment admettre alors qu'une lésion qui détruit une partie de l'encéphale où manquent ces éléments nerveux, puisse produire une paralysie limitée et localisée ? Si donc les paralysies sont rares dans les premières semaines de la vie, à la suite des lésions encéphaliques, c'est parce que le cerveau de l'enfant n'est encore qu'incomplètement formé.

Je devrais faire voir ici que le cervelet, le bulbe et la moelle épinière sont beaucoup plus précoces dans leur développement : on pourrait tirer de cette notion de curieuses déductions, au point de vue des mouvements du nouveau-né, mais je sortirais de mon sujet. Il me reste à dire un mot des convulsions. Faut-il admettre avec Setchenow et M. Cl. Bernard, que certaines parties du cerveau exercent sur les réactions de l'axe médullaire une action modératrice, et faut-il chercher dans l'organisation incomplète de ces parties la rai-

son des convulsions qui surviennent si facilement chez l'enfant? Ou bien, doit-on avec M. Luys, croire que le cervelet est le générateur des mouvements, et penser que la prédominance de l'innervation cérébelleuse chez l'enfant est la cause des convulsions?

Ces problèmes sont bien difficiles à résoudre, et des travaux récents ne me paraissent pas en avoir donné la solution.

liutinel.

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