DE LA THÈSE DE M" NAGEOTTE
‘Mme Nageotte termine sa thèse par les conclusions suivantes, conclusions que nous allons passer en revue et discuter point par point :
« Les brûlures, qu’elles soient superficielles ou profon- « des, peuvent guërir sans suppurer, lorsqu'on les traite « avec une antisepsie rigoureuse ».
Nous nous associons pleinement à ces mots ; nous allons même plus loin; non seulement les brûlures récentes peuvent guérir, mais encore elles le doivent ; tout médeein devant d'une part considérer toute brûlure comme une plaie, et d’autre part appliquer à cette plaie une antisepsie rigoureuse, avec les détails de laquelle il doit être familiarisé. |
Pour nous, nous avons toujours assimilé une brûlure quelconque à une plaie, nous l’avons traitée en consèquence et nous n'avons eu qu’à nous en louer. Nous avons ainsi pu éviter ces vastes suppurations qui épui-
saient les malades, les rendaient un objet d'horreur et pour GIRAUDON 5
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eux-mêmes et pour leur entourage ; de même encore jamais nous n’avons observé chez nos brûlés les cicatrices vicieuses et rétractiles, qui étaient la consèquence naturelle de ces vastes suppurations, et auxquelles aboutissait foreèment le bourgeonnement indéfini de la plaie.
« Lorsqu'une brûlure a suppuré, on peut encore la « désinfecter complétement ; l’évolution ultérieure est « alors presque la même que si l'infection n’avait pas eu
« lieu ».
Ici encore, tout ce que nous avons vu confirme les paroles de Mme Nageotte ; que lon nous permette néanmoins de faire une pelite restriction Sur la deuxième partie de cette phrase. |
En règle générale, il nous à paru qu'une brülure ayant commencé à suppurer et soignée par la méthode que nous allons indiquer plus loin, présentait un retard de quelques
jours, de deux à six suivant les cas, et que d’autre part
les cicatrices étaient plus visibles et par leur coloration un peu plus foncée et par leur consistance un peu plus “épaisse ; mais que néanmoins, coloration un peu forte et consistance plus épaisse disparaissent en gênèral dans l'espace de deux ou quatre mois au point que les places brûlées ne se reconnaissent plus.
Donc à ce point de vue, résumons-nous en disant que les brûlures ayant suppurè guèrissent aussi bien que celles qui-n’ont jamais été infectées, mais avec un lèger retard dans Ja cicatrisation et dans la restitutio ad integruin.
« Quand la Suppuration est établie depuis quelque
« temps, et que la surface à Conimeñcé 4 bourgeonner,
Le de
« la désinfection est encore trés nie mais elle n'arrive «€ pas à farir la suppuration. »
Dans ces cas, sans doute, on n'arrive plus à tarir la Suppuration, mais on arrive à la diminuer considérable-
ment; partant, on évite cette production surabondante de
pus signalée par tons les vieux auteurs et la stagnation de ce même pus au niveau des plaies bourgeonnantes. Ici encore qu on nous permette une petite observation :
il vous arrivera souvent d’être appelé auprès d’un malade qui s’est brûlé il y a 45 ou 20 jours, dont les plaies boureonnent et sont recouvertes d’une épaisse couche de ce pus crémeux si spécial aux vastes surfaces bourgeonnantes. Il va sans dire que vous ferez une désinfection soignée
de toute la plaie, n’hésitant pas à déchirer les bourgeons,
ni à frotter fortement sur eux avec des tampons imbibès d'une solution antiseptique, avant de les recouvrir du topique employé. Vous aurez pleinement raison ; mais -ne
faites cela que lors du premier pansement, alors que le
malade vous arrive. Dans les pansements consécutifs, gar-
dez-vous bien de renouveler cette manœuvre : elle serait
plus’ nuisible qu'utile, elle dèchirerait, en effet, la légère pellicule qui, au bout de huit jours quelquefois, recouvrira déjà les bourgeons, ou une partie des bourgeons et sera le prélude de leur affaissement el ‘de leur cicatrisation. Dans les pansements consécutifs, contentez-vous d’arroser les plaies et de les laver avec nne solution antiseptique, de sublimé de préférence. Gela suffira amplement; et les résultats obtenus vous émerveilleront. Nous reviendrons d’ailleurs amplement sur ce sujet. « L'anesthèsie générale est souvent indispensable pour
« arriver à la désinfection complète des brülures; le « chloroforme est bien supporté, même dans les brûlures « trés étendues ».
Dans aucun des cas que nous avons eu à panser le chloroforme n’a ètè nécessaire. Avec une certaine habitude, et l’habileté de main assez grande que doit avoir tout médecin, on arrive très bien à panser les brülures, même étendues, sans le secours d’un anesthèsique.
« Le choix des topiques importe relativement peu pour « lesbrüluresnon suppurées. L’emploi prolongé des subs- « tances antiseptiques entrave l’épidermisation et retarde « la cicatrisation des plaies bourgeonrantes et ulcéreu- « ses ».
A notre avis, le choix des topiques importe au contraire beaucoup. Des nombreux essais comparatifs que nous avons faits et dont nous rapportons un exemple dans l’observation IV, il résulte que pour les brûlures non suppurées, le topique donnant ïes meilleurs résultats, était le thyol, substance dont le pouvoir antiseptique est presque nul, mais dont les qualités épidermisantes, kèratoplastiques sont considérables et très intenses. Cette même substance jouit également d’un pouvoir cicatrisant considérable pour les plaies bourgeonnantes et ulcèreuses, alors que pour ces mêmes plaiesles antiseptiques usuels paraissent entraver. l’épidermisation et retarder la cicatrisation.
Ce fait que les antiseptiques sont plus nuisibles qu'utiles dans certains cas, notamment dans le traitement des plaies plates comme les ulcères de jambes, nous a frappé depuis longtemps. Bien souvent nous avons supprimé
les antiseptiques dans ces cas et en général nous n’avons eu qu’à nous en louer. C’est dans cet ordre d’idées que nous avons employëè le thyoi dans le pansement des ulcéres de jambe et comme pour les brûlures nous avons obtenu de bons résultats ; c’est du reste une question sur laquelle nous nous proposons de revenir ultérieurement.
« Lorsqu'une. brûlure est aseptique, elle devient immé- « diatement indolente ; l’asepsie est le meilleur des « moyens analgésiques et naturellement le seul inoffen- « sif. »
Ce fait, quelque paradoxal qu’il paraisse de prime abord, n’en est pas moins vrai et bien réel. Toujours nous avons vu nos malades éprouver un soulagement considérable après la désinfection rigoureuse que nous faisions subir à leurs plaies ; et ce bien-être persistant compensait larsement les courts instants douloureux que leur imposait l'institution d’une antisepsie rigoureuse.
Chez deux de nos malades, qui il y a quelques années ont êtè brûlés d’une facon analogue et par le même agent, nous avons pu nettement nous en rendre compte. Ces malades, se souvenant des tortures qu'ils subissaient lors des pansements fréquents qu’on leur faisait à ce moment, étaient apeurès par l’idée des nouvelles
douleurs à affronter. Mais aussitôt le pansement fait, vra,
coup de théâtre, les malades ne souffraient plus et se trouvaient dans un bien-être auquel ils ne s’attendaient pas, même après nos nombreuses exhortations.
« La guérison aseptique des brûlures est rapide; elle « demande une huitaine de jours pour les brûlures au « deuxième degré, quelle que soit leur êtendue ; deux ou
« trois semaines pour les brûlures au troisième degré. »
Le terme assigné par Mme Nageotte à la guérison des brûlures nous paraît un peu court, surtout lorsque les brûlures vous arrivent le lendemain ou le surlendemain, alors. qu’elles sont déjà infectées ; pour les brûlures au deuxième degré pansées aussitôt après lPaccident, quatre à huit jours suffisent en général; pour les mêmes brülures infectées mais non bourgeonnantes, huit à douze jours constituent leur durée moyenne. Enfin, pour les brûlures au troisième degré, la guérison s'obtient en trois ou quatre semaines, lorsque l’eschare s’est éliminée par suppuration, et en deux ou trois semaines lorsqu'on peut panser le brülé aussitôt après l'accident.
En résumé, lorsque le malade vous arrive aussitôt après s'être brûlé, la durée indiquée par Me Nageotte est vraie et largement suffisante dans la grande majorité des cas. Dans les autres cas, il faut ajouter de quelques jours à un septenaire à ce laps de temps, suivant le degré de la ‘brûlure.
< Elle s'effectue sans laisser de traces pour les deu- « xiéme et troisième degrès: elle laisse des cicatrices « visibles mais non rêtractiles pour les brûlures au qua- « trième. Les cicatrices des brûlures profondes sont d’au- « tant plus difformes que les plaies ont moins suppurè. »
Nous sommes parfaitement de cet avis, et nous pourrions citer de nombreuses observations à l'appui de ce dire. Chemin faisant, nous ferons du reste des remarques à ce sujet.
Est-il besoin de nous arrêter à montrer l'importance de semblables résultats ; un point dè vue simplement
se
à esthétique, point. LÉ vue qu’ on ne dés jamais négliger, surtout lorsqu’ il s’agit de femmes malades. Et si nous arrivons à établir que par notre traitement, les cicatrices peuvent être évitées, ou tout au moins considérablement x diminuées, nous estimerons ee notre travail n'aura pas ét inutile. TE Ie Ça Que de pauvres feniies, défébiiaes. cuisinières, femmes de chambre, ouvrières, victimes d’un de ces acci- FE : sa . dents si frèquents dans les ménages ou les ateliers (explosion d’une lampe à esprit. de vin, chute dune lampe à pêtrole, renversement d'eau bouillante) n'ont pu à leur à sortie de l’hô ôpital repréndre leur place; ni en trouver une - nouvelle, refusées | qu elles étaient partout à : Gausé des SR VaS | cicatrices affreuses que der avaient laissé les panseinénts, F. “cependant les plus minutieux, faits suivant les métliodes . . | classiques! HS
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