HISTORIQUE
Pendant très longtemps, et jusqu’au commencement de ce siècle on considérait les brûlures comme des phlogoses; le soul traitement qui leur était applicable était le traitement antiphlogistique : saignées répétées, purga= tions, diète absolue, boissons délayantes en abondance. Aussi du xvr° à la fin du xvrre siècle ne se fit-on pas faute de l'appliquer dans presque tous les cas. Ce n’est que secondairement que l’on songeait au traitement local, et c’est ainsi que l’on voit appliquer sur les brülures les topiques les plus extraordinaires, depuis la bouse de vache et le crottin de cheval, jusqu'aux produits plus ou moins complexes de la pharmacopée du temps.
C’est ainsi également qu’en compulsant les auteurs du temps nous trouverons un certain nombre de traitements qui, quoique bizarres, nous semblent néanmoins intèressants, et à cause des idées qui ont présidé à leur confection, et en ce que l’on rencontre à chaque pas des essais involontaires de traitement antiseptique.
Pour donner une idée des raisonnements auxquels se livraient les praticiens du temps, qu’on nous permêtte de
reproduire quelques lignes d’un Traité de la gangrène
Li ES publié en 1789 par M. Quesnay, médecin consultant du Roy :
« Les praticiens mêthodiques ont saisi dans ce genre de
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maladie quelques indications qui leur ont paru essentiel- <
les, et ils ne se sont pas livrés si aveuglèment aux spécifiques, qu’ils n’aient tâché de les concilier avec les connaissances que Part pouvait leur découvrir. L'amortisse-
« ment de l’action du feu et l’arrivée des sues qui viennent « s’embarrasser dans les chairs qui ont reçu l'impression « du feu, attirent d’abord leur attention ; ils ont recours aux « défensifs, aux astringents, comme au vitriol, à l’encre, « au frai de grenouille, au blanc d’œuf, aux noix de galles,
aux herbes vulnéraires astringentes, etc. Mais aussitôt
que l’engorgement paraît, ils cessent ces remèdes et pen-
sent à dissiper par les émollients et par lesrelàächants, la
contracture ou les froncements que l’activité du feu a cau-: « sès dans les chairs; c’est ce qui à introduit l’usage des « remèdes gras, huileux, onctueux, le beurre, etc.; mais « quand linflammation s’allum?>, on bannit ces remèdes « gras, on a recours aux fomentations d’eau tiède, aux « mucilages et aux remèdes laiteux et farineux, etc. La « douleur, qui est ordinairement très vive, y fait ajouter « les anodins. »
« Si on examine de près les autres états de la maladie, « onpourra aussi rendre raison de l’usage de différents « remèdes qui composent les différentes recettes qu'on « a adoptées comme spécifiques. L'action des chairs qui « est faible et languissante, jointe à la douleur qui accom-
pagne la brûlure, « nous fait connaitre l’utilité des ano-
dins un peu volatils et actifs, comme le camphre, la fleur
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x Ad.
de sureau, les feuilles de tabac, de jusquiame, Île savon, la fiente des animaux surtout du genre des volatils. Quand la douleur n’est pas vive, où peut com prendre pourquoi les oignons éuits ou pilés, qui sont des stimulants, peuvent convenir dans les brûlures; mais lorsque les parties brülées commencent à fournir une suppuration putride, les remèdes qui peuvent s’opposer à la pourriture, ‘ou la corriger, sont clairement indiqués : aussi on ne doit pas être surpris de ce qu'on emploie le nitre, le sel marin, le vin, l’eau-devie, éto
Reyne (de Vaucouleurs) emploie un moven populaire
très répandu dans son pays, eten obtient de bons résul-
tats : ce sont des fricassées de lard et de crottin de cheval.
Sage, membre de l’Académie des Sciences, recommande
aux praticiens l’alcali volatil : « lorsque la brûlure n’est
point accompagnée de cloches, il suffit de tremper lescompresses dans do Palcali volatil fluor fort, et d'appliquer ces compresses sur la partie brûlée, 8-10 minutes après il n’y à plus ni douleur, ni vestiges de brûlure. « Lorsqu'elle est accompagnée de vessies où cloches, il faut commencer par crever ces véssies, et on trempe des compresses dans un mélange d’eau et d’alcali volaüil fluor dans la proportion de deux gros de cette liqueur sur une chopine d’eau et l’on applique ces compresses sur la partie brûlée : on renouvelle ce pansement trois fois par jour (1).
1. Médecine domestique, par G. Bucham. M. D. du collège Royal
des Med. d'Edimbourg. Traduit de l'anglais par J. D Duplanil. Paris, 1789,
ES Ver 4e
Kentish (4) fut un des premiers qui, rejetant les applications empiriques de son temps et même rompant en visière avec le traitement antiphlogistique alors encore én grande vogue, supprima les saignées, les purges, la diète pour alimenter et soutenir ses malades, leur donner du quinquina, de Palcool, du laudanum à hautes doses. Comme traitement local il lava les brûlures pourvues cu dépourvues d’épidèerme avec de l’huile essentielle de tèrè- -benthine. :
« Aussitôt après l’accident, lorsque là douleur est « encore extrème, cette lotion loin d’être irritante, est
aw contraire sédative ; et l’auteur à vu des enfants
s'endormir sous l'influence du lavage.
« Il recouvrait ensuite les parties lèsées d’un onguent
préparé avecdelemplâtre basilicon et de Pessence de té- KÇ
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rébenthine. Le premier pansement restait en place nc
24 heures, ce qui était une véritable révolution; car un des grands principes du traitement des brûlures était la
fréquence des pansements au début, leur renouvelle-
ment toutes les 1/2 heures, tous les 1/4 d’heure même. « Le lendemain, Kentish procédait à un nouveau lavage
1. Kentish (Edward). An essay on Burns ; principally upon those which happen to workmen in nimes, from the explosion of inflammable air ; coutaining a review ofthe opinion of ancient and modern authors upon the subject of burus et a Londres 1797.
Kentish (Edw). A second essay of Burns; in which an attempter is made to refute the opinions of M. Earle, on the supposed benefit of the application of ici in such accidents, with cases and communications confirming the practice brought forvard in the former essay. Newcastle 1800.
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«à la térébenthine dansles cas graves, mais le plus « souvent il se servait de la teinture d’opium chaude ; «en aucun cas les applications térébenthinées n’étaient « continuées plus longtemps, car elles deviendraient irri- «tantes, pernicieuses au plus haut point. Dans ces Con- « ditions des brülures superficielles, même trés étendues, « sont en voie de guérison dès le troisième pansement « (troisième jour); elles guérissent pour ainsi dire par « première intention; ou bien un pus louable apparait « dès le troisième jour et les plaies guérissent rapidement « sous un cérat doux, Les eschares des brûlures profon- « des tombent de bonne heure, la suppuration est beau- « coup moins abondante que chez les malades exténués, « saignés, traités par des cataplasmes, et les cicatrices « définitives sont moins déformantes (1).
La théorie bizarre (2) que Kentish donne de ce mode de traitement nous importe peu. Ce qui est plus intéressant c’est d'y voir un essai involontaire de traitement antiseptique.
Nous avons de lui deux observations de brûlures au deuxième degrè où Kentish se trouvant prèsent à l’accident put appliquer son traitement de suite. La guérison fut obtenue par première intention (3).