LES CARACTÈRES HISTOLOGIQUES DU CANCER RECTAL
Nous n'avons pas cru utile de reprendre l’étude histologique des cancers rectaux. La banalité de la formule habituelle semble enlever tout intérêt à cette recherche. Il existe cependant des travaux américains qui, s'appuyant sur les notions histologiques actuelles, établissent pour le cancer du rectum une échelle de malignité.
Cette notion présente un intérêt chirurgical certain et nous oblige pour la rapporter à un bref rappel de l’histologie du cancer du rectum.
Sans tenir compte des classifications complexes de Steward et Spies, de Maisin, nous suivrons les classiques descriptions de Quénu et Landel, de Lecène, de MM. Bensaude et Cain.
On distingue 2 sortes d’épithéliomas : l’épithélioma épidermoïde (C. Regaud) qui, essentiellement localisé à la région ano-ampullaire ne relève plus de la chirurgie
Re
(Lacassagne, Gouverneur) et l’épithélioma cylindrique qui comporte des formes typiques et atypiques :
L'épithélioma cylindrique typique peut dans des cas assez rares, présenter une structure glandulaire tout à fait typique avec des cavités glanduliformes tubulaires, bordées par une à trois assises de cellules.
Beaucoup plus fréquemment à côté de telles zones on trouve des plages où la structure est beaucoup moins typique ; les cellules s’ordonnent autour de multiples cavités secrétoires formant ainsi de petites rosettes ; la secrétion muqueuse est diminuée et un petit nombre seulement d’éléments conserve le pouvoir secrétoire qui se manifeste par la présence de gouttelettes de mucus dans la zone apicale du cytoplasme et dans les lumières des rosettes.
Les épithéliomas cylindriques typiques ou carcinomes se caractérisent par la présence d’atypies cellulaires plus ou moins prononcées : la perte de la sécrétion cellulaire, lapparition de plages indifférenciées sans structure glandulaire sont les caractères dominants de ces formes histologiques ; elles peuvent aboutir à des formes presqu'entièrement 1indifférenciées.
Enfin l’on isole sous le nom d’épithéliomas colloïdes ou muco-secrétants (mucoïdes de certains auteurs) les épithéliomas cylindriques typiques ou atypiques qui présentent un aspect particulier par suite de secrétion muqueuse exagérée ; cette infiltration muqueuse siège le plus souvent entre le tissu conjonetf et l’épithélium ; elle traduit d’ailleurs de nombreux processus sur lesquels l'accord est loin d’être établi.
Indice de malignité.
La classification histologique de Broders et Mac Carty est basée sur le principe de la différenciation cellulaire et prétend pouvoir établir un pronostic sur les données de l'examen histologique.
Broders considère que les tumeurs présentant des cellules bien différenciées ont une croissance lente et une faible tendance à la diffusion ; les tumeurs à cellules indifférenciées présenteraient des caractères exactement opposés. En se basant sur la différenciation cellulaire, Broders a proposé une division des cancers en 4 degrés : le degré T comprend les tumeurs présentant de 75 à 100 % de cellules différenciées ; le degré 2 comporte 50 à 75 % de cellules différenciées : les degrés 3 et 4 présentent une irrégularité croissante de la structure avec proportion de moins en moins marquée de cellules différenciées ; degré 3 : 25 à AUS degré A:0 à 25 % de cellules différenciées. Rankim et Chumley d’abord, Karsner et Clark ensuite ont appliqué cette graduation aux formes histologiques des cancers coliques et rectaux.
Rankin et Chumley sur 92 cas de cancers du côlon et du rectum trouvent que les survies dépassant trois ans s’observent dans 40 %, des cas du degré 1, dans 19 % des cas du degré 2, et seulement dans 6 à 10 0, des degrés 3 et 4. Rankin et Broders ont montré sur un ensemble de 598 cas de cancers du rectum, que cette classification histologique apportait une aide utile au pronostic. Ils ont constaté que dans les degrés 1 et 2 les résultats éloignés étaient relativement bons : et qu’au contraire dans les degrés 5 et 4 la malignité des tumeurs était plus grande et les métastases plus fréquentes. Pour eux la proportion totale des mauvais résultats augmente parallèlement au degré de malignité, en considérant que les tumeurs les plus malignes sont les tumeurs les plus indifférenciées.
La proportion des cancers ainsi classés a été étudiée pour le rectum par Karsner et Clark qui ont adopté les chiffres suivants :
Degré 1 Degré 2 Degré 3 Degré