LA VACCINATION INTRA-PÉRITONÉALE
L'idée d’immuniser le péritoine est loin d’être neuve. Elle a germé dans l'esprit des chercheurs, dès que l’on sut la perméabilité et les qualités d'absorption de l’énorme surface (environ 17.000 centimètres cubes) que représente cette enveloppe séreuse.
Nous ne reviendrons pas sur les travaux classiques de Starling et Tubby, Matthes et Leathesm, Clairmont et Haberer, Prima, Achard et Gaillard, Delbet, Danielsen, Fleischer et Loeb, Klein, Thiele et Embleton, Peiser, Buxton, Wells et Johson, Metchnikoff, Metalnikoff et Toumanoff, Twort. Ces auteurs ont, par leur travaux, mis en évidence les notions suivantes :
— la surface péritonéale est une surface absorbante ;
— elle permet aux liquides hyper, iso ou hypotoniques aux cristalloïdes et aux colloïdes, aux micro-organismes, aux toxines de passer dans la circulation générale soit par voie sanguine, soit par voie lymphatique ;
— la rapidité de passage est en proportion inverse du poids moléculaire ;
— le péritoime ayant absorbé une quantité massive de liquide arrive à être saturé et perd momentanément ses qualités d'absorption.
Telles sont les notions essentielles de la physiologie péritonéale qui permettent d'envisager les moyens de défense
du péritoine.
MoYEnNS DE DÉFENSE DU PÉRITOINE
Le grand épiploon.
L'examen de la cavité péritonéale après introduction de corps étrangers tels des grains de carmin, montre leur prédominance et leur immobilisation dans les replis épiploïques ; il s’y trouvent pour ainsi dire emprisonnés ; il en est de même lorsqu'on injecte des bactéries peu virulentes dans le péritoine.
L’exsudat péritonéal normal.
Par ailleurs l’exsudat normal de la cavité péritonéale possède lui aussi des propriétés plastiques importantes. Gengou a démontré que préalablement débarassé de tout
élément cellulaire l’exsudat péritonéal normal agglomère pour ainsi dire instantanément, des suspensions de sulfate de baryte, de noir animal. La substance à laquelle l’exsudat doit ce pouvoir présente tous les caractères de la mucine.
Mais il y a plus. En effet l’injection dans la cavité péritonéale du lapin et du cobaye, soit de substances telles que l’aleurone, soit de bouillon, détermine une hyperémie à la faveur de laquelle une abondante migration phagocytaire s'établit.
L’'exsudat péritonéal provoqué.
A l’état normal l’exsudat péritonéal du cobaye (animal d'expérience classique en bactériologie) ne contient que de rares cellules, des lymphocytes, peu de polynucléaires, quelques éosinophiles ; ce liquide est incolore et transparent ; 15 minutes environ après l'injection de quelques centimètres cubes de bouillon le liquide qu’on extrait est limpide ; une heure plus tard les polynucléaires affluent dans l’exsudat qui petit à petit va devenir trouble. Ce phénomène s’accentue d'heure en heure, le liquide devient de plus en plus épais ; il a tendance à se concentrer par résorption, tandis que sa viscosité augmente en raison de l’afflux ininterrompu des cellules ; lexsudat prend un aspect purulent. L'examen microscopique montre dans les premières heures une énorme majorité de polynucléaires, quelques mononucléaires et des éosinophiles. Ultérieurement de nouvelles cellules apparaissent : macrophages de Metchnikoff qui 24 heures après l'injection sont en nombre égal aux polynucléaires ; puis 1ls deviennent prépondérants, tandis que les polynucléaires se résorbent ; enfin le nombre des cellules de toutes sortes diminue, l’exsudat devient moins trouble et moins visqueux et au bout de 3 à 4 jours tout est rentré dans l’ordre.
L'examen de l’exsudat recueilli 24 à 36 heures après l’injecuon de bouillon dans le péritoine de cobaye montre le rôle actif des macrophages qui sont aussi aptes à résorber
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les polynucléaires qu’à emprisonner les microbes, où qu’à s'emparer de particules telles que grains de carmin, gouttelettes de graisse. En somme les recherches classiques démontrent de façon manifeste l’exquise sensibilité du péritoine vis-à-vis des influences irritatives et la facilité de la migration leucocytaire à sont niveau.
Ainsi donc les moyens de défense du péritoine normal sont nombreux et ellicaces : les qualités plastiques du grand épiploon,, l’exsudat péritonéal normal, l’exsudat provoqué par l'injection d’une substance étrangère
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LA PÉRITONTTE EXPÉRIMENTALE
ET L'IMMUNISATION PÉRITONÉALE
Les moyens de défense du péritoine étant connus, il était naturel de s'attacher à renforcer ces éléments de défense.
Une série de recherches sur la péritonite expérimentale devait précéder les tentatives d’immunisation.
LA PÉRITONITE E XPÉRIMENTALE
Les premières recherches sur ce sujet sont dues à Pfeiffer et Issaef : ces auteurs ont démontré la possibilité de la bactériolyse dans la cavité péritonéale d'animaux IMMUNIsÉS ; ils ont pu démontrer que cette lyse était humorale et due aux bactériolysines du sérum. L’on à donné à la bactériolyse intra-péritonéale le nom de phénomène de Pfeiffer. C’est sur lui qu'est basée la plus grande partie des travaux expérimentaux sur l’immunité intra-péritonéale.
Piervallini eut ensuite le mérite de démontrer que l’on pouvait provoquer l’apparition d’un exsudat leucocytaire péritonéal par l’introduction de substances étrangères variées, ct que même les solutions physiologiques injectées dans la cavité péritonéale provoquaient une vive réaction avec migration de leucocytes.
Garnier confirma la présence d’exsudats leucocytaires dans la cavité péritonéale d'animaux immunisés ;: il établit
Dufour. | il
également que les microbes sont rapidement détruits en présence de ces exsudats.
Solieri appliqua définitivement ces notions d’immunité péritonéale ; 1l provoqua expérimentalement des exsudats leucocytaires péritonéaux ; l'injection de germes virulents aux animaux porteurs de telles hyperleucocytoses —- ne provoquait pas de réaction péritonéale et était suivie de survie de l’animal.
V. C. David et J. L. Sparks ont étudié l’absorption de la toxine diphtérique dans le péritoine normal et dans le péritoine enflammé ; ils ont ainsi pu montrer que la toxine diphtérique est rapidement absorbée par le péritoine normal, que l'existence d’un transsudat favorise encore cette absorption, mais que par contre toute réaction inflammatoire, tout exsudat péritonéal diminue de façon considérable les qualités d'absorption du péritoine. Et ces auteurs ont pu conclure en disant que la formation d’un exsudat plastique gêne la circulation des toxines et que par conséquent dans toutes les péritonites exsudatives seule l'absorption des premières heures est importante, car elle est massive, mais elle diminue d'heure en heure et fur et à mesure de la constitution de l’exsudat.
Les travaux ultérieurs devaient tenir grand compte des recherches précédentes. A la suite de $. F. Herrmann nous avons recherché expérimentalement les causes de mort dans la péritonite et nous avons été frappés de l'absence d'exsudat péritonéal dans les inoculations massives du péritoine.
Le détail de nos expériences a été le suivant :