II. - ROLE DES SÉCRÉTIONS TESTICULAIRES
En effet, à partir d’un certain âge, les hormones mâles son sécrétées en moindre abondance : aussi n’y a-t-il qu’un pas à faire pour dire qu’à ce moment, sous l'influence des hormones femelles, les parties femelles, c’est-à-dire les parties müllériennes de la prostate, prendraient un développement anormal et donneraient naissance à l’adénome prostatique. Ainsi seraient établis avec une logique rigoureuse, non seulement la pathogénie de cette hypertrophie, mais aussi son traitement. Des observations faites chez les pseudo-hermaphrodites ou chez certains animaux à la période de ralentissement vital semblaient tout
d'abord donner corps à cet ensemble : malheureusement à cause de nombreuses différences notées au cours de certaines expérimentations on ne peut asseoir cette théorie de facon définitive.
Pour conclure, on peut donc interpréter les choses de la façon suivante. Pendant la période génitale, le testicule sécrète à la fois une hormone mâle et une folliculine. Celle-ci peu abondante est neutralisée largement par l'hormone mâle qui règle le développement normal de la prostate. À un moment variable pour chacun, surtout à partir de 50 ans, le testicule sécrète moins d’hormone mâle et il arrive que celle-ci ne peut plus neutraliser la folliculine qui, de ce fait, devient prépondérante et intervient dans l’apparition de l’hypertrophie prostatique comme si elle favorisait uniquement le développement des cellules de la lignée femelle. Il en résulte un accroissement excessif des cellules müllériennes et la naissance d’un véritable adénome müllérien qui constituent l’hypertrophie du lobe utriculaire.
A cette théorie, soutenue par MM. Cunéo, Courrier et Lacassagne qui invoquent une surproduction de folliculine, Heitz Boyer et Champy soulèvent d’importantes objections dont la principale est qu’il a été impossible de mettre en évidence cette hyperfolliculinémie. : Aussi proposent-ils une autre interprétation.
RS L’hypertrophie prostatique est évidemment due à
une anomalie de la sécrétion testiculaire qui produit des lésions analogues à celles qu’engendrent chez les ‘ animaux les injections de folliculine. Mais l'action de celle-ci n’est pas directe, ‘elle agit par l'intermédiaire de l'hypophyse. Cette glande est en effet influencée par la folliculine et donne naissance à des substances gonadotrope qui provoqueraient l’apparition de lésions adénomateuses. Les altérations que l’on observe alors au niveau du testicule rappellent celles du testicule sénile d’où l’on peut dire que la folliculine agit en modifiant le testicule.
Pour asseoir cette théorie sur des bases inébranlalables, il lui faudrait la sanction expérimentale. Lacassagne a bien obtenu chez la souris, grâce à l'injection ë de fortes doses de folliculine, l'apparition de lésions
À prosiatiques, mais il s’agissait de lésions néoplasiques
et une d’adénome. Aussi a-t-on tenté de voir si chez l’homme le traitement hormonal pouvait amener des modifications dans l’hypertrophie prostatique : ce traitement sur lequel nous nous étendons a provoqué des améliorations nettes dans de nombreux cas, ce qui fait qu'il jouit déjà d’une certaine renommée malgré sa jeunesse.
= III. — SIÈGE DE LA SÉCRÉTION TESTICULAIRE de
Mais avant de l’étudier davantage nous voudrions 2 è | passer en revue les: modifications histo-physiologiques nt du testicule, modifications sur lesquelles a beaucoup insisté Niehans dans ses différents travaux et qui mon-
trent que les altérations de la prostate vont de pair avec 1 ‘évolution des glandes sexuelles mâles. . Des différentes cellules que Von. rencontre au ar niveau du testicule, on peut distinguer trois groupes LA rés Pete agissent & sur la prostate. |
Les cellules de Sertoli ont une Lecrétion mixte à la fois. externe et interne sous la dépendance étroite de l'hormone gonado-stimulante À: des cellules basophiles hypophysaires. Leur sécrétion externe est en rapport avec la spermatogénèse tandis que leur sécrétion interne joue un rôle important ee la nutrition cellulaire.
Les cellules de die ont par contre uniquement une sécrétion interne qui joue un rôle considérable dans le développement des glandes sexuelles, secon-
daires, en particulier de la prostate. Comme les cellules de Sertoli, elles sont sous la dépendance de l'hy- Ro: A ‘pophyse. - :- 6 FIRENES LES Enfin, Steinach a déerit des cellules féminines qui -sécréteraient l'hormone féminine de l’homme. Cette
Vo | 3 fa AE
hormone analogue à l’hormone folliculaire aurait une influence primordiale sur le développement des glandes paraprostatiques d’origine mixtes ou femelles. De ces: connaissances histologiques découlent des déductions physiologiques sur lesquelles avait déjà insisté Aschner en 1911 lorsqu'il eut trouvé une hormone féminine dans les extraits testiculaires. Aussi, peut-on dire que chez l’homme on trouve deux hormones mâles provenant des cellules de Sertoli et de Leydig et une hormone femelle venant des cellules
de Steinach.
Le développement de la prostate est: de toute évidence régi par les deux premières hormones. Les hormones des cellules de Leydig président au développement de la prostate, tandis que celles des cellules de Sertoli empêchent la prostate et les glandes paraprostatiques de se développer de façon anormale.
Pendant la période d'activité génitale, ou tout au moins jusqu'à l’âge critique, ies hormones des celiules de Sertoli contrebalancent l'influence de l'hormone féminine qui a une action élective sur la paraprostate. À partir d’un certain âge cette hormone diminue malgré l’action de l’hypophyse qui, à ce moment, lance dans l’organisme une plus grande quantité de prolan pour exciter la sécrétion sertolienne. C’est alors que Fhormone féminine devenant prédominante entraîne de ce fait une hypertrophie glandulaire, particulière-
je
ment marquée au niveau des glandes paraprostatiques: On assiste alors à l’évolution progressive de ladémone prostatique. Les parties centrales d’origine
bisexuelle ont tendance à s’hypertrophier, tandis que
la partie périphérique reste stationnaire ou même s’atrophierait suivant Berblinger.
Des expérimentations sur l’animal, faites par de Jongh, Courrier et Gros, ont montré le rôle joué par le déséquilibre hormonal consécutif à des injections d’hormone folliculaire et ont renforcé les données tirées de l’histophysiologie.
C’est grâce à toutes ces constatations qu’est née l’idée du traitement de l’hypertrophie prostatique par les hormones mâles dans le but de donner à l’organisme les éléments dont il est privé et qui ont un rôle si considérable dans le développement de la prostate.
Cette interprétation des faits n’est pas admise par tous les auteurs et c’est en partant de principes un peu différents que Champy arrive néanmoins aux mêmes conclusions thérapeutiques : La croissance adénomateuse, dit-il, prenant le pas sur la sécrétion qui n’a cependant pas disparu.
Quelle que soit donc l'hypothèse admise, nous arrivons à ce principe qui semble désormais solidement établi, à savoir que l’hypertrophie prostatique est provoquée par le déséquilibre des sécrétions hormonales testiculaires.
—24— RS. ÉPOREN
par A IV. — TRAITEMENT HORMONAL
IVe Nous avons déjà vu que l’expérimentation chez
mA in l'animal n'avait pu donner à ce sujet tout ce qu’on esae pérait; par contre une expérimentation a été tentée TN chez l'homme, expérimentation aussi rigoureuse et ‘34 aussi logique, nous voulons narler du traitement de lue © l'hypertrophie prostatique parles hormones mâles qui, FA # s’il donne des résultats satisfaisants, présente autant [ se de valeur que l’expérimentation sur les animaux. è ë) ne Aussi déjà de nombreux auteurs ont-ils essayé ce raie 11 tement avec un certain succès.
ne Les substances employées étaient obtenues de façon À 174 très diverse. On s’est d’abord adressé aux principes " % “ actifs extraits des testicules ou de l'urine, puis en 1935, ‘HR grâce à Laqueur qui découvrit la testostérone et à 4 D Butenaudt et Ruzick a qui en réussirent la synthèse, 14 f on a pu obtenir suivant le procédé de Girard des HA
M éthers, acétate et propionate de testostérone qui, à Pavantage d’une action évidente, joignent celui d’un A prix de revient {très abordable. - £ Ces médicaments furent administrés, soit par la voie sous-cutanée, soit par la voie digestive : mais ainsi que le fait remarquer M. Cunéo, cette dernière voie plus agréable et plus facile est également très efficace. Guy À Laroche, Heïitz Boyer, Van Cappellen, Wôhling, We-