‹ Contribution au traitement de la pleurésie purulenteChapitre 4 sur 19 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

DES ACCIDENTS INFLAMMATOIRES SE PRODUISENT SUR LE TRAJET DE PONCTIONS ANTERIEURES OU AUTOUR D'UNE CANULE PLACEE A DEMEURE.

Dans ces cas, le malade a subi déjà un traitement quelconque.

Le plus souvent, le médecin se propose d’amener l'effacement graduel de la cavité pleurale par des ponctions réitérées à des dates plus ou moins rapprochées. Comme il n’est malheureusement pas toujours possible de varier autant qu’il le faudrait le point où l’on agit, l'espace intercostal subit parfois, à des intervalles peu éloigmés et dans une étendue souvent trop restreinte, une série de petits traumatismes qui irritent à la longue le tissu cellulaire sous-cutané et intermusculaire. Tel est le mode de production de ces abcès qui peuvent modifier du tout au tout le plan thérapeutique.

Ailleurs, c’est une canule établie en permanence comme en nécessite par exemple l’ingénieux procédé du siphon de M. le professeur Potain ; s’il se fait de la suppuration au voisinage, c’est que l’instrument a joué le rôle de corps * étranger.

De tels accidents n’étaient pas rares au temps de la canule de Reybard, dont le calibre était moins facilement supporté par les tissus que les fines aiguilles de nos appareils aspirateurs actuels. Il arrivait même avec l’instrument de Reybard ce qui ne doit plus guère se présenter aujourd’hui (du moins à notre connaissance), à savoir que le trajet créé par le trocart restant béant dans ses parties profondes, le pus s’infiltrait ainsi directement de la plèvre dans les espaces intercostaux, amenant la formation plus ou moins rapide d’un abcès pariétal.

« L’établissement d’un trajet fistuleux après la thoracentèse avec ou sans injections, était presque la règle, o dit M . Moutard-Martin (joe. cit. ).

Pour être plus rares avec les ponctions capillaires, ces accidents ne laissent pas que de se produire de temps en temps. Nous nous rappelons avoir vu, au début de nos ; études médicales, un fait bien remarquable à cet ég’ard.

C’était en 1872, dans le service de M. Bucquoy, un ser- \ geat de ville atteint de pleurésie purulente était très heureusement traité par des ponctions capillaires fréquemment renouvelées. Le kyste pleural ne fournissait plus qu une quantité assez minime de pus, lorsque, après la trente-sixième ponction, il se forma dans la paroi thora- 1 cique un abcès qui nécessita la pleurotomie.

La guérison du malade s’acheva d’ailleurs rapidement; mais une fistule persistait encore en 1874 ou 75.

11 ne faudrait pas croire cependant queces lésions inflammatoires se produisent toujours aussi facilement. Nous verrons, dans une observation très remarquable de M. 'e D Gimbert, de Cannes, dont nous donnons plus loin le I résumé, qu il chercha vainement à plusieurs reprises û piovoquer la formation d’une fistule pour décider les parents à accepter une pleurotomie urgente et constamment Robert. 0

refusée. Il eut beau employer à plusieurs reprises des fils métalliques fins, des canules capillaires et même de minces tig’es de laminaire qu’il abandonnait plusieurs heures au lieu de la ponction, jamais il ne put atteindre le but qu’il se proposait.

Nous nous supposerons en présence de cette complication effectuée. Que faut-il faire?

Si l’on ne croit pas devoir agir trop énergiquement et si d’ailleurs rien ne presse, ni dans l’état général ni dans l’état local, nous proposons d’imiter la conduite de M. le professeur Laboulbène (1),

Il obtint la guérison sans empyème d’une enfant de 7 ans, en la traitant par la dilatation de l'orifice résultant d’une thoracentèse antérieure et l’introduction d’un gros tube de caoutchouc (observation VII du Mémoire de M. Moutard-Martin).

Mais si la sortie du pus est difficile et par conséquent intermittente, si la fistule est tortueuse et non pas droite, ne sont-ce pas là un peu les conditions de l’empyèine de nécessité que nous venons d’étudier dans le précédent chapitre.

On fera bien alors de ne plus hésiter et de ne pas attendre que le pus prenne de l’odeur sous l’influence de la pénétration de l’air dans la cavité pleuraleoù il va stagner; on fera bien surtout de ne pas attendre les phénomènes généraux qui, d’ailleurs, ne tardent guère à survenir dans ces f conditions d’infection, et bon ne craindra pas de pratiquer une incision largement ouverte et suivie des précautions d d’usage en pareil cas.

Dans d’autres circonstances, les accidents sont moins sérieux; c’est un emphysème plus ou moins étendu, c est

(1) Laboulbène. Bull, de Hier., 15 février 1872.

de l’érysipèle, c’est un décollement au voisinage de la région intéressée. 11 n’y a peut-être pas lieu de se presser autant dans ces cas là, tant que l’état général n’est pas influencé et que l’écoulement du pus paraît suffisant malgré son intermittence.

M. Peyrot, dans une observation de sa thèse, raconte que la malade, lorsqu’il l’opéra, présentait une rougeur érysipélateuse de toute la région dorsale et n’en guérit pas moins.

Ainsi donc, il faut ne pas craindre d’opérer de bonne heure et savoir en même temps qu’il n’est jamais trop tard pour intervenir.

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