‹ Contribution au Traitement du Mal de Pott Cervical: Nouvelle Minerve PlatréeChapitre 10 sur 24 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Traitement

Le traitement du mal de Pott cervical doit être à la fois médical et chirurgical. Nous n’insisterons pas longuement sur le traitement médical parce qu’il diffère peu de celui de la tuberculose en général. Ce n’est pas que son importance soit minime, il tient au contraire une place considérable dans la thérapeutique de la tuberculose vertébrale, et toutes les ressources dont peut disposer le chirurgien seraient dépensées sans grand bénéfice, si les ressources médicales ne leur étaient étroitement associées, car à côté des lésions locales, il y a un état général diathésique qui tient ces mêmes lésions sous sa dépendance, et sur lesquelles il a une si grande influence.

L’huile de foie de morue, le biphosphate de chaux, larsenic, le quinquina, le fer, la créosote préconisée par M. le professeur Bouchard, soit par la voie stomacale, soit en injections hypodermiques, soit enfin suivant une

PISE méthode plus récente, par la voie rectale, constitueront la base du traitement médical. Mais avant tous les méllicaments il faut placer l'hygiène, et la vie au grand air, dans les stations élevées, ou au bord de la mer, si toutefois les complications viscérales ne viennent pas contre-indiquer le séjour dans un climat maritime, circonstances dans lesquelles on aura alors recours à un climat plus chaud et aux stations thermales, enfin l’exercice modéré jouissent d’une efficacité non douteuse.

Le traitement chirurgical nous occupera plus longtemps; il doit être envisagé aux différentes périodes d'évolution de la maladie.

1° Au début, alors qu’il n’y a pas encore de déplaccment articulaire et que les phénomènes douloureux con stituent à eux seuls toute l'affection.

2° À une période plus avancée lorsqu'il y a déformation

avec attitude vicieuse plus où moins fixe et déplacemeut avec ankylose plus ou moins marquée.

À chacune de ces périodes répondent des indications spéciales, en rapport avec les symptômes observés.

Période de début : La douleur et l’attitude vicieuse sont les deux symptômes principaux, lindication qui domine le traitement est de faire disparaître les phéno mènes douloureux et la contracture musculaire, celle -ei est en effet à cette époque de la maladie la seule cause de la mauvaise position de la tête. Le repos est le seul moyen d'arriver au but que l’on se propose. La gouttière de Bonnet modifiée par M. le professeur Ollier où l’immobilisation est combinée avec la traction rendra de grands services. La partie supérieure de cctte gouttière présente sule des dispositions particulières : de chaque côté au ni-

veau de la tête se trouvent deux aileittes mobiles à volonté, destinées à appliquer fortement contre les régions tempo rales du malade et à empêcher ainsi les mouvements de rotation et de latéralité dela tête. Un collier de cuir embrassant le menton et lanuque, est réuni à la partie supérieure des ailettes où à un crochet situé en haut de la gouttière par un ensemble de courroies sur le trajet desquelles on peut interposer des bandes de caoutchouc, on a aussi une traction continue et progressive. Une poulie placée au-dessus du lit permet d’incliner la gouttière; cette disposition a pour but d'empêcher le corps de remonter, ce qui permet à la traction de s'effectuer dans de bonnes con-ditions. Les effets désirés sont rapidement obtenus par l'emploi de cette méthode, l’action de la pesanteur se trouve supprimée, la pression réciproque des surfaces osseuses est diminuée, les mouvements sont devenus impossibles, les phénomènes douloureux s’amendent, et progressivement la contracture musculaire disparaît et avec elle lattitude vicieuse.

Le redressement obtenu, c’est à l’immobilisation absolue qu’il faut avoir recours.Delpech est l’un des premiers qui ait reconnu l'utilité de l’immobilisation ; il y soumet le malade dans un lit mécanique où il est astreiut à un repos prolongé, mais ce n’est qu’en 1829 que Bérard dans une thèse soutenue à Paris préconise l’immobilisation à l’aide d'appareils mécaniques, en montre les avantages et en prescrit les indications. Brodie dans son Traité des maladies des articulations s'exprime ainsi : «Je ne saurais croire qu’il y ait quelqu'un qui puisse nier la prudence de l’immobilité horizontale, et qu'on puisse même se refuser

à en admettre l’absolue nécessité. »

Nélaton admet aussi un appareil dont le but est d’im mobiliser les deux segments de la colonne qui par suite de la destruction des liens qui Les unissent ont de la tendance à exercer l’un sur l’autre des frottements dangereux, ceux ci en effet provoquent de la douleur, ils entretienne nt dans les parties profondes un état inflammatoire dont le moindre inconvénient serait de mottre un obstacle à la consolidation,

Mais l’immobilisation n’a pas été acceptée au début par tous les chirurgiens. Malgré les avantages qu'elle présente, Vidal de Cassis la repousse énergiquement, il considère que « dans le cas de carie ou de tubercules des vertèbres c'est peut-être agir en sens opposé des efforts de l'organisme que d'empêcher le rapprochement de deux fragments vertébraux, ce serait agir contre les principes de la saine chirurgie, qui veut qu’on efface toute cavité anormale ».

Ollivier d'Angers voit dans l’immobilisation une cause d’altération de l'état général : Recommander l’emploi d’une médication tonique et fortifiante, avec le repos continu au lit, c’est dit-il prescrire simultanément deux moyens dont l’un tend à détruire les bons effets de l’autre et réciproquement, En effet, nous avons vu qu'elle était l'importance du traitement général, et l’immobilisation ne doit pas mettre un obstacle à la vie au grand air, elle doit trouver au contraire un auxiliaire puissant dans le séjour au bord de la mer et les stations thermales indiquées contre les manifestations de la tuberculose. Or, im mobiliser un malade dans son lit, c’est sacrifier les béné fices qu’on est en droit d'attendre du traitement général. Sans doute, il peut paraitre contradictoire de prescrire à la

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fois l’immobilisation, la vie au grand air et l’exercice, mais il s’agit de s’entendre, il ne faut pas confondre le repos avec les réclusions comme le fait remarquer M. le professeur Lannelongue ; par le repos, nous entendons l’immobilisation de la région malade et non le décubitus prolongé. Et, si l'opinion des auteurs que nous venons de citer était en somme acceptable autrefois, alors que le repos au lit constituait presque l’unique moyen d’immobilisation, que cette méthode fatalement imparfaite et difficile à prolonger d’une façon sufisante, le mal de Pott étant une maladie de longue durée, les résultats devaient être peu satisfaisants ; il en est tout autrement aujourd’hui que les appareils orthopédiques sont venus remplacer le décubitus horizontal.

Aujourd’hui l’accord est fait, l’immobilisation rigoureuse est une des plus importantes indications du traitement du mal de Pott cervical; mais où il y a encore divergence d'opinion, c’est lorsqu'il s’agit de préciser l’époque de la maladie à laquelle il faut immobiliser. Duplay prescrit le repos à la première période, et permet l’exercice dans les périodes ultérieures. Gosselin immobilise à la deuxième période et laisse le malade libre dans les autres. Nous croyons qu’il y a avantage à immobiliser à toutes les périodes : au début, l’absence de mouvements favorise la résolution, les articulations ne sont pas profondément atteintes, l’engorgement des parties molles peut disparaître et la guérison se faire complètement sans ankylose. A la période de ramollissement, elle s’oppose aux lésions graves des organes contenus dans. le canal médullaire, enfin, elle favorise la période de réparation. Nous croyons pouvoir résumer ainsi ses principaux avantages :

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1° Si la tête a de la tendance à s'incliner vers tel ou tel point, elle soulage l’action musculaire employée à lutter coutre ce poids, elle modifie donc l’attitude vicieuse ;

2° Elle supprime ou du moins atténue considérablemen la douleur ;

3° Elle s’oppose à ce que le déplacement fasse de nouveaux progres ;

4 Si, par suite de la laxité des ligaments et des surfaces articulaires la tête est mobile en tous sens sur le rachis, ele empêche un déplacement brusque des os dont le résultat est une lésion instantanée et profonde de la moelle ou du bulbe, pouvant même déterminer la mort, malheureusement si fréquente dans les luxations spontanées, chez les malades qui n’ont pas été immobilisés ;

ü° L'absence de mouvements dans l’articulation favorise la formation de l’ankylose ;

6° Elle évite, ou du moins diminue, dans une proportion notable, le nombre des abcès par congestion, en s’opposant à l’inflammation et à l’irritation des vertèbres. Du reste, les observations prouvent que les abcès sont beau coup plus rares chez les malades immobilisés que chez ceux qui jouissent de leurs mouvements.

La réalisation de l’immobilité absolue, si simple en apparence, présente cependant de sérieuses difficultés; il suffit, pour s’en convaincre, de voir les nombreux procédés et appareils quiont été préconisés depuis un certain nom-bre d'années.

Nous n'avons pas l'intention de les décrire tous ; du reste, ils se rapportent à un certain nombre de types et dif férent seulement par le détail. Néanmoins, croyons-nous devoir décrire sommairement ceux qui ont été le plus géné-

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