OBSERVATION IX
Molluscum papillomateux et Cpithélioma carcinomateux Chambard 1883
La femme B..., âgée de 31 ans, grasse et bien portante, entra vers la fin d'octobre 1882 dans le service de M. le Professeur Gailleton à l’Antiquaille pour s’y faire soigner d’une syphilis de moyenne intensité. Vers le 15 novembre, M. le Docteur Dron qui remplacait alors M. Gailleton remarqua en examinant cette femme au spéculum, qu’elle portait à la partie supérieure de la face interne de la cuisse gauche, à 5 centimètres environ au dessous du pli de l’aine, une petite tumeur pédiculée, à surface papillom ateuse, de constance assez molle, ne présentant aucune trace d’exulcération et tout à fait semblable à un petit molluseura papillomateux. Cetie tumeur avait le volume d’un noyau de cerise et la malade déclarait l’avoir apportée en venant au monde, n’en avoir jamaissouffert, et ne J’avoir jamais vu grossir. L’excision pratiquée et l’examen histologique révéla les faits suivants :
Une coupe mince passant par le pédicule et colorée par le picro-carmin montre lorsqu'on l’examine à un faible grossis-
sement que les éminences papillomateuses qui donnent à la
tumeur un aspect muriforme sont formées par des plicatures de la peau qui s’adosse à elle-mêmeavec une interposition de tissu conjonctif lâche; ces coupes présentent donc à étudier, en allant de la profondeur vers la surface, trois couches superposées, une profonde formée de tissu conjontif lâche représentants le tissu cellulaire sous-catané, une moyenne répondant au derme, et une superficielle représentant l’épi-
. derme et ses cônes intra-dermiques.
À, Couche profonde. — Cette couche est constituée par le tissu conjonctif fasciculé qui forme le centre de la tumeur et
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l'axe des excroissances papillomateuses ; on y rencontre des artères et des veines volumineuses et de vastes lacunes lymphatiques.
B. Couche moyenne. — La couche moyenne représente Île derme dont les replis forment la zone corticale des végétations qui hérissent la surface de la tumeur.
‘ C'est dans cette couche que l’on peut constater l’existence et les caractères de la néoplasie qui depuis un temps qu’il est impossible de déterminer, s’est surajoutée à la tumeur primi: tive ; nous la décrirons aussi clairement que possible.
Les régions les plus profondes de cette couche moyenne présentent parallèlement à la surface de la peau, les saillies papillomateuses, des traïnées de cellulés peu volumineuses, polyédriques par pression réciproque, d’un diamètre moyen de 20, munies d’un noyau sphérique nucléolé fortement coloré par le picro-carmin et assez analogues aux cellules qui se montrent sous forme de trainées linéaires dans les espaces lymphatiques de la peau atteinte de carcinome secondaire, Seulement, au lieu d’être libres les unes par rapport aux autres et de pouvoir être chassées individuellement par l’action du pinceau, ces cellules sont soudées entre elles par un ciment et réunies sous forme de boyaux étroits et pleins, assez régulièrement cylindriques, qui s’isolent tout d’une pièce par l’écartement mécanique des fibres conjonctives qui leur servent de gangue. Ces caractères permettent de rattacher cette forma'ion épithéliale non au carcinome de la peau, à alvéoles linéaires, mais à lépithéliome tubulé de cette membrane. |
Plus superficiellement, et jusqu’au sein des papilles d’ailleurs régulières et peu développées dans cette région, les cylindres épithéliaux changent d'aspect, tout en conservant leurs caractères essentiels. Ils sont plus volumineux, à contours plus nettement arrêtés, et moins régulièrement
ordonnés par rapport à la surface de la tumeur ; ce sont toujours des cylindres d’épithéliome pavimenteux tubulé, et certains points de la préparation rappellent volontiers l’aspect des lobes de l’épithéliome sudoripare,
Ailleurs, au contraire, les lésions sont d’une ‘interprétation plus difficile, et paraissent notablement différentes ; elles varient encore selon qu’on les envisage dans les régions profondes ou superficielles de la couche moyenne, c’est-à-dire en somme du derme.
Profondément, à côté et au milieu mème des cylindres épithéliaux rectilignes et parallèles, on rencontre des trainées, également rectilignes, de cellules représentant les mêmes caractères que celles des cylindres, mais libres les unes par rapport aux autres et même séparées par un petit intervalle. Ailleurs, le tissu du derme est le siège d’une infiltration diffuse de cellules semblabes, parfaitement isolées et distinctes les unes des autres. Enfin, à certains points, on voit des groupes assez étendus, se présentant comme des taches jaunes, irrégulières sur les préparations examinées à un faible grossissement, de cellules plus volumineuses et infiltrées d’un pigment brun jaunâtre diffus. Il est, d’ailleurs, en dehors même des tumeurs mélaniques, peu de tumeurs épithéloïides de la peau qui ne présentent quelque foyer d'infiltration pigmentaire.
. Ces lésions rappellent les trainées épithélioïides du squirrhe de la peau. Ces points, en un mot, sont du carcinome, mais du carcinome se présentant sous un aspect un peu spécial.
Dans les régions superficielles du derme, notamment au soin des végétations papillomateuses, et des papille ellesmèmes, le doute n’est plus permis et l’on constate l'existence d’alvéoles carcicomateux parfaitement arrondis, volumineux : et bourrés de cellules absolument indépendantes les unes des autres. Ces cellules différent quelque peu par leur aspect de
celles qui constituent des cylindres épithéliaux et les trainées épithélioïdes; elles sont plus volumineuses, beaucoup moins régulières, etserapprochent plus par leur forme et leur aspect de la cellule classique du earcinome, Ces alvéoles, isolés ou réunis en groupe, sont superficiels et en beaucoup de points
immédiatement sous-jacents à l’épidermique,
C. Couche superficielle. Épidermique. — La couche épidermique qui revêt toute la surface de la tumeur est bien développée et ne manque en aucun point. Elle présente seulement des traces d’atrophie, au niveau du point où les alvéoles car-
cinomateux lui sont immédiatement sous-jacents.