‹ Contribution clinique à l'étude de l'évolution maligne de certains molluscumsChapitre 9 sur 32 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Le volume de ces tumeurs est ordinairement très variable. Généralement de la grosseur d’un pois, elles peuvent acquérir la grosseur d’un poing et même plus. Leur forme varie également beaucoup, tantôt lobulée, arrondie, tantôt plus ou moins ovoïde. La consistance en est ferme ou mollasse, suivant l’âge de la production épidermique. La coloration rosée ou blanchâtre se modifie souvent et revêt, dans quelques cas, une couleur brune très prononcée. A la coupe, ces tumeurs laissent écouler un liquide blanc, filant, albumineux, qui se coagule sous l'influence de la chaleur et des acides. La surface de section rappelle celle de la glande mammaire. : :

L’adhérence à la peau est quelquefois très intime, d’où l’impossibilité d'isoler la tumeur de son enveloppe cutanée. D’autres fois, ce n’est que par leur base que ces tumeurs sont adhérentes à la peau ; dans ce cas on dit qu’elles sont pédiculées. L’isthme qui les relie aux téguments peut être plus ou moins long. Ce pédicule peut être formé par un prolongement effilé de la tumeur ou par une duplicature de la peau.

Pat Re

Le molluscum est une variété des fibromes de la peau; mais ces fibromes ont des caractères spéciaux qui sont leur mollesse et leur grande tendance à la pédiculisation. Cette donnée générale qui fait du molluscum un fibrome est parfaitement établie par les recherches modernes et acceptée sans conteste par tous les auteurs; mais les divergences commencent lorsqu'il s'agit de fixer le siège du développement de cette néolormation.

Ernest Besnier, en 1880, avait divisé en deux grandes classes les fibromes cutanés, suivant que leur naissance se faisait dans la peau ou dans le tissu cellulaire sous-cutané; encore ceux de la peau pouvaient provenir des couches superficielles ou bien des couches profondes du derme. Pour Ernest Besnier chacun des lieux d’origine se traduirait cliniquement par des tumeurs différentes ; c’est ainsi que le fibrome de l’hypoderme serait une petite tumeur sphérique plus ou moins molle et dure et le fibrome profond du derme serait dur et plus sessile, Enfin, ce serait le fibrome superficiel du derme de consistance molle qui tendrait. à devenir pendulum.

Cette classification est exacte, mais elle est trop absolue ; il existe en effet des molluscums pendulums qui proviennent du tissu sous-cutané.

Les travaux de Rokitansky, Virchow, Billroth, Neu-

wann, Rindfleisch, en Allemagne; ceux de Verneuil,

de Cornil et Ranÿier, Malassez, en France, ont beaucoup contribué à faire connaître la structure intime de ces tumeurs, Pour ces différents auteurs, elles sont. constituées par des fibres de tissu conjonctif entre-

môlées souvent de fibres élastiques. Ces fibres sont dirigées en tous sens et forment éomme un « feutrage dontia trame est plus lâche dans les parties profondes, plus serrée au niveau des papilles ». Au milieu sont disséminées de nombreuses cellules du tissu conjonctif qui paraissent étoilées et anastomosées entre elles. Entre ces mailles se trouvent des amas de cellules rondes. Ces tumeurs sont très riches en vaisseaux et c’est surtout autour d'eux que sont accumulées les fibres du tissu conjonctif.

Recklinghausen admet que les fibromes de la peau se développent dans la couche réticulaire du derme, s'ils n’ont pas leur origine dans le tissu cellulaire souscutané. Il a établi des différences de structure entre les diverses régions du tissu conjonctif de la peau, autour des vaisseaux sanguins, des nerfs et des glandes et il conclut en disant que le molluscum solitaire est un lymphagio-fibrome, tandis que le molluscum généralisé est un neuro-fibrome. Dans ces différentes tumeurs, cet auteur a rencontré des follicules pileux, des glandes sébacées le plus souvent atrophiées. A la périphérie de ces formations cutanées, il a de plus trouvé des prolongements en forme de languette à extrémité souvent aplatie, prolongements qui correspondraient à des follicules pileux ou à des glandes sébacées. Enfin, il a décrit des glandes sudoripares, dont les tubes siègeralent à la périphérie des tumeurs : « on dirait, dit-il, que le corps fibreux de formation nouvelle a poussé entre eux. »

Recklinghausen se résume ainsi : « Siège originel de la tumeur dans les couches profondes du derme,

os

és

développement du fibrome autour des ramuscules nerveux et de la gaine lamellaire des nerfs ; participation inconstante et secondaire des glandes de la peau, les glandes n'étant comprises dans la tumeur que plus tard. »

Selon M. Quénu, Je molluscum fibreux cutané occupe tantôt la couche superficielle du derme, tantôt la couche profonde.

Pour M. A. Broca, on rencontrerait dans la structure du molluscum des fibres musculaires lisses-qui seraient très abondantes dans les molluscums du scrotum et des grandes lèvres. On les a désignés quelquefois sous le nom de fibro-myome. M. Challand, dans le Bulletin de la Société anatomique, en rapporte un exemple.

MM. Pilliet et Mauclaire donnent au molluscum la constitution suivante : « tumeur d'origine conjonctive, comprenant tous les éléments mésodermiques de la peau et revêtue de l’épithelium ordinaire ou modifié par suite de circonstances accessoires ». Nous verrons dans le chapitre VII, les circonstances qui peuvent faire modifier ces tumeurs, ainsi que les changements qu’elles subissent. à

En résumé, nous dirons que le molluscum, et particulièrement le pendulum, est une tumeur de nature fibreuse, à éléments peu serrés, entremêélés de cellules plasmatiques et dissociés par un liquide particulier. La structure de ces tumeurs présente une grande analogie avec celle de l’éléphantiasis des arabes, ce qui pour certains auteurs et pour Lancereaux er parti- culier, les avait fait rapprocher de cette affection.

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