A AS
force un système de protection et réadaptation sociales en France. Et nous joignons notre voix à celle de M. PIPROT D’ALLEAUME qui a organisé des commissions et sous-commissions pour l’étude d’un projet de loi.
Exposé positif de quelques motifs
Onze médecins psychiatres de formation diffé- rente ont dépisté bénévolement les anormaux: psychiques, de façon régulière, à la Maison d’Arrêt de Toulouse. Ce dépistage a ensuite fait l’objet de la thèse de Hilde STERN: 1.000 détenus ont été examinés du 15 juin 1947 au 7 mars 1949, chaque examen durant de 30 à 40 minutes en moyenne. Voici les résultats obtenus :
—— 14 ont été reconnus « aliénés », à interner en hôpital psychiatrique.
— 467 se sont révélés anormaux.
— Parmi ces derniers: 25 % environ étaient des débiles; plus de 50 % étaient des récidivistes.
Vers la même période, un dépistage des psychopathes (nous disons bien psychopathes, à la différence du dépistage de Toulouse qui visait les anormaux psychiques) a été effectué par examen systématique de tous les prévenus (tandis qu’à Toulouse, il s’agissait des détenus) entrés à la Maison d’Arrêt de Loos, par neuf médecins psychiatres, du 1” juillet 1947 au 30 juin 1948. Donc, pendant ces onze mois, sur 2.632 prévenus examinés, 168 relevaient de la psychiatrie, dont 30 étaient de véritables & aliénés » à interner d'urgence, et 138 s’étaient révélés comme ‘anormaux psychiques vraves aux actes anti-s0Claux.
Enfin, tout le monde est unanime à déclarer que la prison n’arrive qu’à aggraver la & dangerosité » du plus srand nombre de ces délinquants psychiques. & La prison, écrit le Professeur BALTHAZAR, constitue un moyen de défense de la Société contre les méfaits des criminels, à condition qu’au moment où ceux-ci sont relâchés, ils se trouvent amendés, réadaptés à la vie sociale, reclassés dans la mesure du possible ». Que penserait-on, comme nous l’avons déjà dit, du médecin qui soumettrait à la même médication tous les malades recourant à ses soins? Il est aussi illogique de traiter de la même façon tous les condamnés, de faire dépendre le régime qui leur est imposé bien plus de la disposition des locaux pénitentiaires que du caractère et des aptitudes des prisonniers. «€ Elle s’ingénie, déclarent BLACQUE-BELAIR et CEILLIER, à les abrutir, à les contraindre à l’oisiveté ou à un travail inintéressant, à développer en eux les mauvais penchants et l’esprit de révolte ».
Au Congrès International de Criminologie de 1950, à la question: & La prison est-elle un facteur criminogène ? », la constatation des données suivantes a été établie:
1°) Du point de vue physique :
Les mauvaises conditions d'hygiène des locaux, les déficiences de l'alimentation, le développement de la tuberculose, sont difficilement évités sous le régime prisonnier, spécialement dans les prisons de type classique. Même dans les prisons de type moderne où ces inconvénients sont diminués ou quelquefois évités, le rythme général de la vie, la place trop importante réservée au sommeil et celle trop minime réservée à l’éducation (conditions de vie spécifiquement criminogènes en raison de leur influence sur la psychologie des détenus), retentissent parfois sur la condition physique des détenus.
Du point de vue psychologique :
IL faut déplorer dans la plupart des prisons. mais surtout dans celles de type classique:
La ségrétation sexuelle des détenus là où elle existe et ses conséquences (anxiété et perversions sexuelles, jalousie).
L’influence exercée par la privation de liberté ellemême sur l’état psychique et mental de certains
détenus (dépression psychologique du début et par-
fois psychose carcérale transitoire, affaiblissement intellectuel et affaissement de la personnalité dans les longues peines, automatisme pernicieux et état d’anxiété lié à l’idée de la libération prochaine). La contamination morale résultant d’une insuffisance de sélection dans le régime pénitentiaire. L'influence réciproque de l’indigence culturelle de la plupart des détenus et de l’insuffisance de qualification et préparation professionnelle du personnel des prisons.
Du point de vue social :
Il convient de souligner:
La désintégration familiale qui n’atteint pas seulement le détenu, mais, peut-être encore plus, les membres de sa famille.
La désocialisation progressive des ar résultant de leur isolement et particulièrement aggravée dans les longues peines d’emprisonnement.
Les difficultés de reclassement social découlant de l’attitude du public envers ceux qui ont subi une peine d’emprisonnement.
L’ « état dangereux »
des délinquants est maintenu et souvent accentué par les courtes peines dont la nocivité n’a plus besoin d’être démontrée en l’état actuel de notre science pénitentiaire. Îl est acquis qu’il n’est plus possible aujourd’hui de maintenir exclusivement