‹ Contribution expérimentale à la pathologie et à l'anatomie pathologique de la moelle épinièreChapitre 10 sur 27 · Archives d,; physiologie norm. et pnth · texte numérisé non relu

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voies que MM. Tùrck, Bouchard, etc. avaient déterminées chez l'homme. Il est aussi le premier qui ait attiré l'attention sur la distinction entre la dégénération traumatique et la dégénération secondaire proprement dite. Il a constaté les premiers signes de 'dégénération chez les chien-adultes au bout de quinze jours environ. Sans entrer dans les détails histologiques, il dit que dans cas de quinze jours les cordons postérieurs ont une coloration anormale au-dessus de la lésion, c. à. d. que la myéline des fibres nerveuses (qui autrement ne se colore pas par le bleu d'aniline) offre une coloration bleuâtre et qu'on distingue à peine le cylindre-axe, si coloré à l'état normal ; il en est de même dans les faisceaux cérébelleux des cordons latéraux; au-dessous de la cicatrice il a trouvé le processus un peu plus avancé à cette époque. Mais, d'après M. Schiefferdecker , la dégénération diminue rapidement dans les deux directions, surtout audessous de la lésion; ainsi le changement de coloration est déjà moins marqué dans l'intervalle d'une racine nerveuse à une autre plus haut; cette différence est encore plus notable au-dessous de la lésion. Ce n'est qu'au bout de quatre à cinq semaines que M. ;Schiefierdecker juge l'image typique complète : à ce moment on peut suivre la dégénération, d'une part jusqu'au bulbe, de l'autre jusqu'à l'extrémité de 'la moelle lombaire; partout il manque des tubes nerveux, comme s'ils eussent été tirés hors de la névroglie. C'est ce moment et jusqu'à sept, au plus huit semaines, qu'il juge le plus favorable pour étudier les circonstances topographiques : après la huitième semaine, des altérations du tissu conjonctif commencent à troubler l'image. On voit d'abord la névroglie S'épaissir un peu et, par suite, les places laissées vides par les nerfs détruits se rétrécir; même à l'oeil nu, les parties colorées au bleu d'aniline paraissent plus foncées qu'auparavant; puis le processus continue lentement, les vides disparaissent peu à peu, jusqu'à ce (lu'enfin le tissu se resserre comme dans une cicatrice.

Pour expliquer la dégénération secondaire en général et le fait qu'elle est limitée à certains faisceaux dans la moelle, M. Schiefïerdecker admet que les fibres nerveuses ont une propriété conductrice ou incitative spécifique, et qu'une partie d'entre elles ne conduisent que dans une direction (fibres conductrices)^ d'autres dans les deux directions (fibres commissuraîes), mais que les unes et les autres sont en communication avec des cellules nerveuses à leurs deux extrémités. Les premières seules pourraient être le siège de la dégénération secondaire, et seulement dans le sens oîi elles conduisent; encore ne dégénéreraient- elles que lorsqu'elles seraient séparées de celle des cellules de leurs extrémités d'où part l'incitation; cependant il ne paraît pas vouloir reconnaître à ces cellules une action trophique spécifique mais seulement une influence fonctionnelle.

C'est de la même période que datent les travaux si remarquables de M. Fleclisig '. Lui aussi a indiqué très exactement les trajets de la dégénération secondaire chez l'homme, et a montré que la dégénération secondaire consécutive à des lésions en foyers du cerveau est strictement limitée aux voies auxquelles, se fondant sur l'ordre d'évolution embryologique lors de la formation de la myéline, il a donné les noms de faisceaux pyramidaux des cordons antérieurs et latéraux,

M. Singer- dilîère en (Quelques points de M. Schiettérdecker sur la topographie, surtout de la dégénération descendante consécutive à une section de la moelle an niveau de la 12* vertèbre dorsale. Ainsi il n'a pas constaté, comme M. Schiefferdecker, une distinction bien tranchée entre les faisceaux pyramidaux dans les cordons antéro-latéraux , et les

1. FlechSIG : Die Leituvgsbahnen iw Gehirn itini linckfnmark. liCipzig. 1876. — Ueber « Systemerln-ankungen » im Riickeumarlc. Archiv der Jleilkunde. Leipzig. 1877. 1878.

2. Singer : Ueber secmidare Degeneratioii im Ruckenmarke de* llundes. Sitznngsberichte der Wiener Acad. .\fathem.-naitirivifseni>ch. C/(t,».-v- Ed. LXXXIV. 1881.

autres fibres de ces cordons. M. Singer trouva au-dessous de la lésion dans les cordons antéro-latéraux des fibres dégénérées éparses qui, vu leur distribution, n'ont rien de commun avec les faisceaux pyramidaux. Cette dégénération ditïuse ne devient un peu plus compacte que dans l'angle antérieur adjacent au sillon médian. Il nie ensuite complètement la présence de fibres motrices dans les cordons antérieurs, parce qu'après extirpation de la sone psychomotrice cliez les chiens, il a trouvé dans les cordons latéraux une dégénération correspondant à celle qu'on constate chez l'homme, mais il n'a rien trouvé dans les cordons antérieurs.

M. Singer n'a pas étudié de près les altérations histologiques. Il croit que la dégénération a pour origine une altération graisseuse de la myéline. Il donne douze jours comme le temps le plus court où il ait trouvé les cordons de GoU et les faisceaux cérébelleux atteints jusqu'au bulbe. Le processus cependant n'atteint son plein développement que dans la cinquième semaine après l'opération. Sur la question de savoir si le développement du processus est instantané ou successif, M. Singer paraît tenir une opinion intermédiaire entre MM. Bouchard et Schieiî'erdecker. L'altération morphologique des nerfs, dit-il, a lieu progressivement, de point en point, mais les expériences faites nous montrent comme probable i[u'une fois commencée, cette altération s'étend très rapidement à tout le faisceau.

Dans un travail publié au printemps de 1882 ' , j'ai le premier émis l'opinion que ce n'est pas, comme on le croyait généralement, dans la myéline qu'on peut trouver les premières altérations, mais dans les cylindres-axes, et que ceux-ci sont par conséquent le point de départ de la dégénération

1- HoMftN : .c Uebei- secundare Degeiieratiou ira verlaugeiten Mark und Ruckeumark ». Vivchows Archiv. Bd. 88. H. 1. Ce travail est basé sur liuit cas de dc'génération secondaire chez l'hoinme, recueillis par M. Friedlaender et mis par lui avec la plus grande bienveillance a la disposition de l'auteur.

secondaire. J'y ai aussi relaté un cas où il y avait une dégénération descendante dans le ruban de Keil (lemniscus) de la protubérance et de la moelle allongée. L'année suivante, dans une |note, déjà citée, j'ai montré qu'on peut constater ces altérations des cylindres-axes au moins sept jours après une section de la moelle chez les chiens'.

Parmi les travaux plus récents, il faut signaler ceux de MM. Kusmin-, Kahler'', Schultze-^ et Pitres^.

M. Kusmin, se fondant sur des expériences faites sur des chiens, est d'avis, comme M. Singer, que les faisceaux pyramidaux de M. Schiefferdecker ne forment pas un système distinct de faisceaux. Pourtant, à rencontre de M. Singer, il a trouvé une dégénération secondaire aussi dans les cordons antérieurs, après extirpation des zones psychomotrices. Lui aussi il semble regarder les cylindres-axes comme les premiers altérés. Selon lui, la dégénération secondaire, aussi bien ascendante que descendante, est visiblement établie à toutes les hauteurs au bout de deux semaines.

Dans un supplément que M. Kahler ajoute à son travail précité sur la compression de la moelle, il s'occupe de la dégénération secondaire, surtout ascendante, après lésion des racines postérieures des nerfs cervicaux inférieurs et des deux nerfs dorsaux supérieurs, et il arrive à des résultats conformes à ceux de M. Singer pour la moelle lombaire.

M. Kahler a observé la dégénération secondaire déjà dix jours après la lésion. Quant au temps en général, il dit

1. Comptes Rendus. 1883. Je n'avais pas alors de chiens sacrifiés au bout des 4», 5e et 6e jours.

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