‹ Contribution expérimentale à la pathologie et à l'anatomie pathologique de la moelle épinièreChapitre 9 sur 27 · EXPÉRIENCE VIII · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE VIII

Section de la moelle au niveau de la 9* vertèbre dorsale, sans toucher la partie antérieure des cordons antérieurs.

29 mars 1884.

30 mars. — Paralysie complète des deux extrémités postérieures ; la sensibilité y paraît presque disparue; réflexes exagérés.

3 avril. — Paralysie presque complète; sensibilité à peu près

nulle.

20 avril. — L'animal peut un peu s'appuyer sur ses membres postérieurs quand on le place debout.

2 mai. — S'appuie assez bien sur ses pattes de derrière, mais ne peut pas marcher.

20 mai. — L'animal essaie de marcher, mais son arrière-traintombe bientôt d'un côté ou de l'autre.

12 juin. — Il peut marcher un peu en s'aidant de ses pattes postérieures ; son arrière-train tombe pourtant encore quelquefois d'un côté ou de l'autre. On le tue. La moelle est mise dans le liquide de Muller.

A l'examen microscopique, on voit que la section a épargné à peine la moitié antérieure des cordons antérieurs et les parties adjacentes des cordons latéraux.

Les différences dans le degré de la sensibilité sont, je l'ai déjà dit, difficiles à observer, à moins d'être très marquées. En général je n'ai pas, après une hémisection dorsale, constaté une diminution ou une exagération bien prononcées de la sensibilité des membres postérieurs en comparaison des membres antérieurs, sauf les premières heures après l'opération, où la sensibilité peut être affaiblie; je n'ai pas non plus observé une différence bien évidente sous ce rapport entre les deux membres postérieurs, ni une hyperesthésie indubitable du côté opéré : pourtant il m'a semblé voir quelquefois, les premiers temps après l'opération, une légère exagération de la sensibiUté du membre postérieur de ce côté. Surtout quand la section dépassait la ligne médiane, cette différence de sensibilité entre les deux côtés paraissait quelquefois plus prononcée. La section ou la destruction des faisceaux postérieurs ne semble pas empêcher, ni même influencer d'une manière incontestable, la transmission des impressions sensitives; en effet, il m'est arrivé quelquefois de couper tout le cordon postérieur du côté opposé, et par conséquent de trancher aussi une grande partie de la substance grise, sans que j'aie pu observer une différence certaine, quant à cette transmission, entre ces cas et ceux où je n'avais fait qu'une hémisection; cela semblerait parler en faveur de l'opinion que les cordons

latéraux jouent un rôle, sinon exclusif, du moins prépondérant, comme voie conductrice de la sensibilité, et que ces cordons contiennent des fibres sensitives conduisant à l'un et à l'autre côté.

Dans quelques cas j'ai noté la température des membres après hémisection dorsale. Comme d'autres expérimentateurs, j'ai constaté une élévation de celle-ci dans le membre postérieur du côté opéré en comparaison de celle des autres membres, la différence pouvant aller jusqu'à 10° entre les orteils et durant quelques jours pour disparaître ensuite peu à peu. En supposant que les nerfs vasomoteurs sont contenus, au moins pour la plupart, et sans être croisés, dans le cordon latéral, on pourrait expliquer cette élévation de la température par une paralysie des nerfs vaso-constricteurs ou peutêtre par une irritation, soit directe, soit réflexe des nerfs vaso-dilatateurs, d'où suivrait la dilatation des vaisseaux et l'afflux du sang.

Je n'ai pas, après hémisection parfaite ou approximative de la moelle dorsale, pu constater de différence bien marquée entre les membres postérieurs pour ce qui concerne les réflexes tendineux. Pourtant il m'a semblé souvent voir une exagération de ces réflexes du membre du côté opéré et des deux membres postérieurs dans des cas où la section avait traversé presque toute la moelle.

Altérations Mstologiques après hémisections de la moelle épinière.

Dans les faits histologiques il faut, comme M. Schieflferdecker le premier l'a fait remarquer, distinguer l'inflammation ou dégénération traumatique («traumatische Degeneration»), qui s'étend sur '/a à 1 cm. des deux côtés de la plaie, et la dégénération secondaire proprement dite. C'est environ une semaine après l'opération que la première est la plus prononcée (voir l'expérience N° XIII). A ce moment on voit, dans la plaie même formée par l'instrument et qui 'semble s'être déjà un peu cicatrisée, surtout des noyaux, des globules rouges, et une quantité de débris et fragments des tubes nerveux détruits contribuant à former une masse finement grenue, contenue dans un réseau fibrillaire. Immédiatement des deux côtés de la plaie, j'ai trouvé les faits reconnus par tous les auteurs : beaucoup de lacunes, de forme et de gi-osseur variables, contenant quelquefois des blocs vitreux, blancs, mi peu luisants et qui ne se colorent pas bien par les réactifs ordinaires (bleu d'aniline, picrocarminate, etc.), et encore, pour les cylindres-axes, disparition des uns, gonflement diffus des autres, augmentation des noyaux, quelques globules rouges, les vaisseaux capillaires, spécialement dans la substance gnse, souvent dilatés et très remplis de corpuscules du sang; parfois, surtout quand la section avait dépassé la ligne médiane, .] ai trouve aussi le canal central très dilaté sur une étendue

d'un à deux centimètres des deux côtés de la plaie et alors le plus souvent rempli de sang, ainsi que quelquefois aussi en partie le tissu environnant. En outre j'ai rencontré, dans les coupes transversales, des masses généralement rondes, presque homogènes, un peu jaunâtres, de grosseur différente, atteignant jusqu'à 40 |x et plus en diamètre, quelquefois entourées d'une zone incolore, homogène ou un peu fibrilleuse. Ces masses rappellent, à en juger par ses descriptions et ses dessins, celles que M. Kahler' a observées à la compression de la moelle expérimentalement provoquée chez les chiens, et aussi ces renflements bien circonscrits ( « kolbige Auftreibungen » ) des cylindres-axes que M. Kusmin^ cite parmi les altérations traumatiques après sections transversales de la moelle. Dans les coupes longitudinales, ces masses avaient pour la plupart une forme plus ou moins ovale; elle étaient orientées dans le sens de la longueur de la moelle, avec souvent un prolongement distinct, rarement deux, un à chaque extrémité. Au bleu d'aniline et au picrocarminate, par exemple, elles se colorent comme les cylindres-axes, et alors on peut souvent voir nettement leurs prolongements se continuer dans un cylindre-axe, qui bientôt reprend sa grosseur- normale pour être quelquefois ensuite, après un court trajet, interrompu, une ou plusieurs fois, par une masse semblable; il arrive qu'on peut les voir ainsi disposées en chapelet. (Voir la figure N" 4, dessinée d'après une préparation par le bleu d'aniline d'une coupe longitudinale de la région de la plaie dans la moelle d'un chien, qui avait vécu sept jours après une hémisection. Zeiss C, Oc. 2, 145 diamètres.) Une coloration par la purpurine montre les noyaux bien colorés tandis

1. Kahler : Ueber die Verànderungen. welche sich im Ruckenmarke in Folge einer genuggradigen Compression entwickeln. Nebst einem die secundare Degeneration im Riickenmarke des Hundes betreffenden Anhang. Zeitschri/t fur Heilkxmde. Bd. III. 1882.

2. KusMiN : Mikroskopische Untersuchung der secundâren Degeneration des Riickenmarkes. Mediziniiche Jahrbncher. Wien. 1882.

que les cylindres-axes et ces masses sont d'une teinte beaucoup plus faible, mais de la même nuance. Quelquefois, en dehors des parties sectionnées, dans la région de la moitié saine la plus voisine de la section, j'ai pu observer de ces masses, isolées, plus petites et se présentant plutôt sous l'aspect d'un simple gonflement du cylindre-axe.

A mesure ,qu'on s'éloigne de la plaie, les masses colorables deviennent plus petites et plus rares, et toutes les autres altérations diminuent aussi peu à peu; on peut les suivre quelquefois pendant près d'un centimètre des deux côtés, peut-être un peu plus en bas qu'en haut. En général les cordons postérieurs m'ont paru les moins altérés, ils oflrent en particulier moins de lacunes, comme M. Schieff'erdecker l'a déjà fait remarquer; cela tient peut-être à ce que les fibres nerveuses y sont plus ténues.

Chez des animaux qui n'ont vécu que deux ou trois jours après l'opération, on trouve déjà un commencement de dégénération traimiatique des deux côtés de la plaie, à savoir : des noyaux en petit nombre, des lacunes, des cylindres-axes gonflés et aussi de ces masses colorables dont nous avons parlé plus haut, plus petites pourtant et moins nombreuses, mais beaucoup de globules rouges du sang. Dans la plaie même on ne trouve que des globules rouges, de petites cellules rondes et des fragments et débris de tubes nerveux. Dans des cas de deux à trois semaines, même plus tôt (voir figure 4), j'ai rencontré souvent, dans des préparations colorées, I des points incolores, comme des vacuoles, dans l'intérieur des masses citées plus haut et qui sont quelquefois un peu granuleuses.

Les cas d'un à deux mois off"rent un tableau tout difterent : peu ou point de globules rouges, un certain nombre de noyaux, et des lacunes des deux côtés de la plaie, peu de cylindres-axes gonflés; les masses rondes ou ovales colorables I semblent être moins nombreuses et plus petites que dans les cas d'une à deux semaines; elles sont souvent un peu plus

grenues et contiennent des vacuoles. A ce moment la plaie est complètement cicatrisée; elle est remplie d'un tissu fibrillaire contenant beaucoup de noyaux ronds et fusiformes; ce tissu a, au moins en grande partie, une direction transversale et semble pénétrer dans la plaie par le bord extérieur, presque comme une continuation des méninges.

Les cas de six à sept mois n'offrent presque plus les altérations ci-dessus décrites ; çà et là pourtant on peut encore rencontrer dans les environs de la plaie, complètement cicatrisée, des lacunes et quelques masses colorables, mais petites, La neuroglie semble un peu épaissie, ce qu'on peut du reste constater plus tôt, la substance grise avoisinante est atrophiée et les cellules ganglionnaires souvent atrophiées ou disparues. Mais ici prédomine la dégénération secondaire, qui offre quelque ressemblance avec la dégénération traumatique et, dans les cas récents, se confond avec elle.

Les cylindres-axes des parties contiguës à la plaie sont toujours interrompus à une distance plus ou moins grande de la cicatrice. Même dans des cas de huit à neuf mois je n'ai pu constater aucune trace de régénération des fibres nerveuses; tous les expérimentateurs sont arrivés au même résultat négatif, au moins pour les mammifères. Seuls MM. Dentan etEichhorst, dans leurs travaux faits sous la direction de M. Naunyn, sont aiiivés à un résultat opposé; mais l'inexactitude de leurs conclusions a déjà été irréfutablement démontrée par M. Schieflèrdecker K

On peut conclure de ce qui précède que les masses colorables sont le produit des cylindres-axes altérés, ce qui ressort aussi des nombreux stades intermédiaires que l'on peut constater entre eux et les simples gonflements des cylindresaxes; leur formation est provoquée sans doute par la dégénération, ou mieux l'inflammation, traumatique, soit par suite de l'action de la lymphe sur les tubes interrompus dans leur trajet et ainsi altérés dans leur nutrition, comme M. Kahler l'a avancé hypothétiquement pour des masses semblables pro-

venues à la suite de la compressiou artificielle de la moelle soit par toute autre cause. La section en elle-même ne peut pas les produire : cela ressort avec évidence d'un cas où j'ai tué l'animal immédiatement après l'opération et où l'examen a doimé un résultat absolument négatif , quant à ces produits : seulement les bouts libres des cylindres-axes dans la plaie même étaient un peu gonflés. Pour voir si peut-être les procédés de durcissement pouvaient être pour quelque chose dans cette production, j'ai coupé quelques morceaux de la moelle de ce même animal tout de suite après la mort et d'un autre au moment de le tuer; j'ai mis ces fragments dans différents liquides de durcissement : liquide de Mùller, solution d'acide cliromique, bichromate d'ammoniaque, alcool ; l'examen microscopique n'a révélé aucune trace de ces altérations des cylindres-axes.

En dehors des effets directs de l'interruption des fibres conductrices par la section, on pourrait peut-être considérer les altérations des cylindres-axes, constatées quelquefois dans les parties non sectionnées contiguës à la plaie, comme étant en partie l'expression anatomique de la commotion et des troubles fonctionnels des premiers jours. La rigidité des membres que l'on constate quelquefois les premiers jours après l'opération pourrait peut-être aussi être mise en connexion avec le commencement de la dégénération traumatique.

L. Turck a le premier, comme on sait, étudié de près le processus de la dégénération secondaire. La description qu'il a donnée de la localisation dans les différents faisceaux de la moelle des altérations consécutives à diverses lésions cérébrales et aussi à certaines destructions partielles du tissu

1. Comparez aussi iluMPj.- : Ueber die Einwirkung der Lymphe auf die Ceutralorgane. Archiv fUr Pln,iiologie you FflQger. Bd. XXVI.

même de la moelle (le plus souvent par le mal de Pottj, cette description^ est si complète, jque ses successeurs n'ont presque rien eu d'essentiel à y corriger ou à y ajouter. Ainsi l'étude de la dégénération secondaire l'amène à décrire les deux faisceaux pyramidaux, qu'il appelle « Pyramiden-Seitenstranghahn » et « Hiilsen- Vorderstrangbahn » . — Il a montré comme quoi la dégénération ascendante consécutive à une lésion de la moelle n'existe pas seulement dans les cordons postérieurs, mais aussi dans les cordons latéraux. Il a aussi reconnu que la dégénération est le plus étendue des deux côtés de la lésion, pour diminuer à mesure qu'on 's'éloigne d'elle. Tùrck considère la dégénération secondaire comme résultant de l'inertie fonctionnelle, et fixe le temps nécessaire à son évolution à six mois dans sa première publication ' , mais deux ans plus tard - il décrit un cas où il l'a constatée déjà au bout de cinq à six semaines. — Étant donné les méthodes encore très primitives que Tiirck avait à sa disposition pour l'examen microscopique, on ne peut pas s'étonner que les détails histologiques qu'il donne soient très insuffisants : il s'est borné, en effet, à un examen à l'état frais. Il indique seulement la présence dans le tissu malade d'un grand nombre de corps granuleux et de granulations moléculaires libres, et attribue leur formation à un exsudât anormal qui se transformerait ainsi sur place.

Entre les travaux sur ce sujet d'une date postérieure, sans parler des communications isolées de MM. Leyden. Vulpian, Charcot, Cornil, etc., il faut citer en première ligue le travail de M. Bouchard^. Il a consacré une étude soigneuse à cette question et est arrivé à des conclusions importantes

1. TuEKCK : Ueber secuudiire Erkrankuug eiuzeluer Ruckcuuiarksstrâuge und ihrer Fortsetzuugeu zuin Gehirne. Sitsunpsher. der Wiener Acad. Mathem.-naturwissensch. Classe. Bd. VI. 1851.

2. TuEBCK : SilzunffsbericlUe der Wiener Acad. ^Mathetu.-naluiivissentchafllichen Classe. Bd. XI. 1853.

3. BoucHAED : Des dégénérations secondaires de la moelle épi-', niôre. Archives générales de médecine. 1866. N° 3, 4, 5.

sur la structure et la conductibilité physiologique de la moelle. Ses conclusions sont basées sur l'observation d'un grand nombre de cas de dégénération secondaire recueillis dans les hôpitaux de Paris et provenant soit de lésions cérébrales, soit de lésions de la moelle, soit enfin d'altérations des racines postérieures. Elles sont pleinement confirmatives des idées de Tûrck quant au siège de l'altération. Ainsi, comme Tilrck, il admet dans les cas provenant d'une lésion cérébrale deux voies conductrices dans la moelle : celle qui se trouve à la partie postérieure du cordon latéral opposé à la lésion, et qui se poursuit jusqu'à l'extrémité inférieure de la moelle, il l'appelle faisceau encéphalique croisé ou externe (répondant au Pyramiden-Seitenstrangbahn de Tûrck), et l'autre, dans la partie interne du cordon antérieur du même côté et dont les fibres ne vont pas plus loin que le milieu de la région dorsale : faisceau encéphalique direct ou interne (Hiilsen-Vorderstrangbahn de Tiirck). Ce faisceau n'est pas fréquent.

M. Bouchard admet également, à la suite de lésions de la moelle, deux faisceaux qui dégénèrent dans la direction ascendante : l'un, peu intense, dans la partie postérieure des cordons latéraux, n'est pas noté dans toutes les observations; il n'existe, en effet, que si la lésion est située suffisamment haut dans la moelle. L'autre faisceau dégénéré, dans les cordons postérieurs, qui pouvait occuper toute la surface de section au dessus du point lésé, se rétrécissait graduellement à mesure qu'on se rapprochait du bulbe et laissait à la partie externe le tissu médullaire parfaitement sain, est constitué d'après lui en partie des fibres venant directement des racines postérieures (fibres radicales ascendantes)^ en partie aussi des fibres qui naissent dans la substance grise de la moelle et dont quelques-unes s'étendent du i-enflement lombaire jusqu'au plancher du quatrièmi,' ventricule. 11 les appelle fibres commissurales postérieures. — Il a montré qu'outre les faisceaux qui, aussi après une lésion cérébrale,

dégénèreut dans une direction centrifuge, il y a dans les cordons antéro-latéraux, après lésion de la moelle, un nombre de tubes qui dégénèrent dans la direction descendante et qui n'établissent des relations qu'entre différents étages de la substance grise. Ces fibres, propres à la moelle, il les appelle fibres commissurales longues et courtes, selon la durée de leur trajet dans les cordons blancs. Les fibres commissurales courtes seraient dans les cordons antérieurs et dans la partie antérieure des cordons latéraux, les fibres commissurales longues, dans la partie postérieure de ces mêmes cordons.

M. Bouchard, se basant sur les expériences de Waller sur les dégénératious des nerfs après qu'ils ont été sectionnés ou que leurs racines postérieures ont été coupées entre les ganglions spinaux et la moelle, s'appuyant aussi sur les résultats négatifs des amputations pour ce qui concerne la moelle, a combattu l'opinion que l'inertie fonctionnelle serait la cause de la dégénération secondaire; il nie aussi qu'une inflammation primitive dans la névroglie joue aucun rôle dans la production de cette dégénération. Conformément aux conclusions de Waller, M. Bouchard admet que la cause de la dégénération secondaire et ce qui détermine eu quel sens elle aura lieu, par exemple après une lésion de la moelle, s'erait la séparation des fibres et ainsi la suppression de l'action de leurs « cellules ou centres trophiques » dans la substance grise, soit dans le cerveau, soit dans la moelle, soit dans les ganglions des racines postérieures.

Cette dégénération se développerait très rapidement et presque en même temps dans toute l'étendue de la moelle.

En résumé, il caractérise comme suit la nature du processus morbide ' : l'apparence athéromateuse des capillair et la formation des corps granuleux dans le tissu qui se dégé nère; l'altération puis la disparition d'un nombre plus o

moins grand de tubes nerveux; la formation d'un tissu coujonctif qui se substitue aux tubes.

Les publications subséquentes de MM. Bartli ' , Westphal -, Millier Schûppel* , ont plutôt le caractère de communications isolées et ne font pas faire à la question un pas décisif, jusqu'à ce que M. Westphal la fasse entrer dans une ère nouvelle de développement en provoquant expérimentalement la dégénération secondaire chez les animaux Il causa une lésion dans la moelle de plusieurs chiens en la perçant au moyen d'une vrille (il s'est servi aussi d'un trépan pour ouvrir le rachis). Il rapporte deux de ces cas. Au bout de deux à trois mois, les chiens furent tués et la dégénération secondaire constatée. On vit alors, contrairement aux cas précédemment décrits, que la dégénération des cordons postérieurs s'étendait encore à une certaine distance au-dessous de la lésion et celle des cordons antérieurs au-dessus. Ici, comme dans son travail précédent, M. Westphal paraît avoir fait ses dessins d'après la moelle vue à l'oeil nu ou cà la loupe, aidé par la coloration jaune-clair que prennent les parties dégénérées après durcissement dans l'acide chromique. Une

1. Barth : Ueber secuiulave Degeneration des Riickenmarkes. Archiv der Heilkunde. 1869.

2. Westphal : Ueber ein eigentluiniliches Verhalten der secimdiiren Degeneration des Riickenmarkes. Archiv fur Faiichiatrle und Nervenkrankheiten. Bd. II. 1870. Dans cet article, M. Westphal relate deux cas de dégénération secondaire consécutives à une compression de la moelle, et dans lesquels il a observé des foyers circonscrits de dégéuération eu dehors des voies ordinaires de la dégénération secondaire. Des loyers semblables ont été décrits depuis par plusieurs auteurs.

3. Mdbller : BeitrUge sur Pathologi.Khen Anatowie J>nd Physioloaie des Riickenmarkes. Leipzig. 1871.

4. BciTOEPPEL : (( Ein Fall von Allgemeiner Aniisthesie ». Archiv der //eilkunde. 187 i.

5. Westphal : Ueber kiinstlich erzeugte secundiire Degeneration einzelner Rtickenmarksstriinge. Archiv frn- Psuchiatrif und Nervenkratikheiten. Bd. II. 1870.

méthode aussi incomplète offrait bien des chances d'erreurs'. Ce n'est guère qu'ainsi qu'on peut s'expliquer l'opinion émise par M. Westphal - que la dégénération secondaire ne serait pas causée en général par l'interruption de certaines voies conductrices déterminées, mais par un processus inflammatoire se propageant de proche en proche le long du tissu conjonctif.

La même année, M. Vulpian-' aussi annonce qu'il a réussi à provoquer chez des chiens, des lapins et des cobayes, une dégénération secondaire consécutive à une lésion de la moelle, ce qu'il avait essayé sans succès avec M. Philipeaux un an auparavant

Mais c'est M. SchiefferdeckerS qui le premier a soigneusement étudié expérimentalement la dégénération secondaire, c'est-à-dire spécialement sa localisation dans la moelle. Il se servit pour son étude des moelles d'un grand nombre de chiens que M. Goltz, pour des observations physiologiques, avait sectionnées, la plupart dans la région entre la 10^ vertèbre dorsale et la l'''^ lombaire, et poui- deux cas dans la partie supérieure de la moelle dorsale. M. Schiefferdecker a déterminé très exactement les faisceaux qui dégénèrent au-dessus et au-dessous de la lésion, et il a tiré de ses observations des conclusions importantes sur la structure de la moelle. En somme il a trouvé une concordance parfaite avec les

1. Ainsi, par exemple, la partie colorée en jaune-clair (cette coloration étant causée par l'épaississement de la névroglie) est en général plus étendue que la partie vraiment dégénérée. De plus, les différences presque imperceptibles des nuances rendent impossible de constater par cette méthode (même dans une période avancée de la dégénération secondaire) de petites altérations, comme par exemple, la destruction de fibres disséminées. Cette méthode ne permet pas non plus de distinguer entre la dégénération traumatique et la dégénération secondaire.

2. Virchow's Archiv. Bd. 40. p. 279. (1867.) — Archiv fur Psychiatrit und Nervenkrnnkheiten. Bd. II. p. 387.

3. VuLl'iAN : Archives de physiologie normale et pathologique. 1870.

Page 1