‹ Contribution expérimentale à la pathologie et à l'anatomie pathologique de la moelle épinièreChapitre 24 sur 27 · EXPÉRIENCE XVII · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE XVII

Hémisedion à gauche, au niveau de la It vertèbre dorsale.

22 novembre 188-?. — Chien de moyenne taille. vécu 35 jours.

2.3 novembre. — La patte postérieure gauche est complètement paralysée; la droite se meut librement. Pas de différence sensible entre les menjbres postérieurs quant à la sensibilité. Les réflexes tendineux paraissent un peu exagérés du côté gauche.

25 novembre. — Quand on place l'animal sur ses quatre membres, il s'a,ppuie un peu sur sa patte postérieure gauche, mais ne peut pas s'en servir pour marcher.

1 décembre. — En marchant, l'animal se sert un peu de sa patte postérieure gauche, qui toutefois traîne beaucoup et fléchit souvent.

10 décembre. — L'animal marche passablement, bien qu'en traînant la patte postérieure gauche; il saute et court un peu et commence à pouvoir marcher sur les pattes de derrière seules quand on le soulève par celles de devant. La plaie est guérie.

20 décembre. — L'animal marche bien, court et saute assez librement,' mais avec une évidente incertitude dans les mouvements de la patte postérieure gauche, qui fléchit souvent.

27 décembre. — A la marche, on ne remarque presque plus rien d'anormal. Dans les mouvements rapides et quand l'animal marche sur les pattes de derrière seules, la patte gauche est encore incertaine et fauche. L'animal est tué. On met de petits tronçons de la moelle dans les liquides de M. Plemming : acide chromique 0,2.5, acide osmique 0,i, acide acétique 0,i pour 100 d'eau, et : acide chromique 0,0, acide acétique 0,i p. 100 d'eau; et aussi dans acide osmique 2 p. 100 ; le reste dans le liqufde de Muller.

Examen macroscopique. — Jusqu'à quelques centimètres au-dessus de la plaie le cordon postérieur gauche, sauf la partie externe contiguë à la corne postérieure, et la partie la plus voisine du sillon postérieur du cordon droit, tranche par une couleur jaune-clair ; puis cette zone va en diminuant peu à peu, de sorte que dans la région cervicale la partie postéro-interne à côté du sillon a seule cette couleur.

Eocam en microscopique. — L'hémisection a été presque parfaite, sauf que le cordon postérieur droit a été effleuré. La plaie est complètement cicatrisée, remplie d'un tissu fibrillairo avec de nombreux

noyaux ; ce tissu forme on partie comme une continuation de la pie-mère et pénètre par le travers dans la cicatrice. Dans les environs immédiats de la section, des deux côtés, il y a des noyaux, des lacunes, et quelque renflements de cylindres-axes, bien que petits pour la plupart, souvent grenus et contenant des vacnolos.

Dans les préparations de différentes portions de la moelle prises au-dessus de la lésion, on trouve presque toutes les fibres altérées, et généralement sur toute leur épaisseur, dans les parties altérées des cordons postérieurs et de la partie périphérique postérieure du cordon latéral. Ainsi, dans les préparations colorées par la fuchsine, on ne trouve plus d'anneau érytlirophile, et toute la coupe de la fibre forme une masse incolore ou rose-pâle, translucide, légèrement grenue, et qui ne se détache pas nettement sur la névroglie environnante. — Dans les préparations colorées par la fuchsine-acide, on ne trouve de masses rouge-foncé que dans nu petit nombre de tubes, encore sont-elles très petites et n'occupent qu'une partie de la coupe du tube. Toutes les autres altérations ont à peu près le même aspect que dans les préparations par la fuchsine ; voyez la fig. 10, dessinée d'après une coupe de la moelle prise dans le renflement cervical. (Zeiss D, Oc. 3. 320 diamètres.) — La névroglie, ou proprement un certain nombre de points d'entrecroisement des fibres, sont gonflés et souvent plus fortement colorés; dans plusieurs d'entre eux on peut découvrir deux no)'aux. plus ou moins ovales, semblables à ceux qui se trouvent en ces endroits à l'état normal.

Dans les préparations, colorées par différents réactifs, de morceaux de moelle durcis dans les liquides de M. Plemming, j'ai quelquefois, dans les noyaux des points d'entre-croiseu-ent gonflés constaté des figures se rapprochant plus ou moins des formes en peloton ou en étoile ou même des noyaux filles.

Il y a çà et là des corpuscules amyloïdes; on peut aussi rencontrer quelques corps granuleux dans les préparations par l'acide osmique le long des vaisseaux.

Dans les préparations de coupes prises au-dessous de la section, on ne trouve guère les tubes altérés réunis en groupe que dans la partie antéro-interne du cordon antérieur; ailleurs ils sont disséminées çà et là, plus nombreux pourtant daus la moitié postérieure du cordon latéral; là, comme dans les parties citées tout-à-l'heure du cordon antérieur, on jieut suivre les fibiys iiltérées jusque dans le reiiMenieut loinltinrc.

EXPÉRIENCE II (suite) (voir page 31).

Examen microscopique. — Dans les préparations de coupes vécu 72 jours, transversales prises au-dessus de la section, les libres nerveuses des parties les plus dégénérées sont presque toutes complètement altérées sur toute leur épaisseur, de sorte que le tout forme une masse composée de fibrilles et de granules où il est souvent difficile, surtout à un faible grossissement, de distinguer les débris de tubes nerveux de la névroglie, qui est un peu épaissie; cela est surtout le cas pour les préparations colorées par l'hématoxyline, où tout est d'une nuance jaunâtre unie, à l'exception de quelques tubes nerveux plus ou moins intacts, qui, à un faible grossissement, paraissent comme des points noirs. Voyez la flg. 11, représentant une préparation prise dans la partie supérieure de la moelle dorsale (Zeiss aa, Oc. 3. 41 diamètres). Dans les préparations colorées par la fuchsineacide, il n'y a presque plus de points rouge-foncé, et ceux qu'on découvre encore sont très petits. — Il y a aussi un peu d'augmentation des noyaux, mais c'est surtout dans les points d'entre-croisement des fibres qu'on peut en découvrir.

On rencontre aussi des corpuscules amyloïdes.

Dans les préparations de coupes prises au-dessous de la section les fibres altérées sont éparses, sauf dans l'angle aiitéro-interne du cordon antérieur, où elles sont un peu plus groupées.

On voit çà et là quelques lacunes.

EXPÉRIENCE VIII (suite) (voir page 42).

Les altérations histologiques sont les mêmes que dans le cas vécu 75 iours. précédent. Quant à la topographie, il y a dans les deux cordons postérieurs au-dessous de la lésion une zone étroite de dégénération descendant à environ un centimètre et demi. Cette zone commence un peu en arrière de la commissure postérieure et s'étend en arrière dans les cordons cunéiformes, parallèlement aux cornes postérieurs, sans aller jusqu'à la périphérie.

EXPÉRIENCE I (suite) (voir page 29).

Exame7i macroscopique. - Après durcissement préalable on vécu 106 jours, voit au-dessus de la section la partie postéro-interne du cordon postérieur gauche, la partie la plus voisine du cordon postérieur

droit et la partie périphérique postérieure du cordon latéral gauche se différencier par une couleur jaune-clair. Au-dessous, la partie antéro-interne du cordon antérieur et une partie limité, de la partie postérieure du cordon latéral dans la moelle dorsale ont une nuance un peu plus claire que leur entourage.

Examen microscopique. — Les altérations histologiques sont à peu près les mêmes que dans les deux cas précédents, sauf que la névroglie est plus évidemment épaissie. Dans les préparations colorées par la fuchsine-acide, on ne trouve plus guère de points rougefoncé. De plus, il y a ici, dans la moitié postérieure du cordon latéral droit, des fibres isolées dégénérées, correspondant à celles qu'on trouve dans le cordon latéral gauche; on peut suivre cette altération jusque dans le ronflement lombaire, où ces fibres occupent une portion limitée de la périphérique postérieure, sans pourtant atteindre la corne postérieure. Il n'y a aucune altération visible dans les colonnes de Clarke, ni dans la corne antérieure au-dessus et audessous de la lésion.

EXPÉRIENCE VI (suite) (voir page 38).

vécu 5 mois. Examen microscopique. — A '/^ centim. des deux côtés de la plaie complètement cicatrisée, on peut encore rencontrer çà et là de petits renflements de cylindres-axes, ainsi que des cylindres-axes simplement gonflés. La névroglie est un peu épaissie. * Dans la masse de fibrilles et de granules dont les parties les

plus altérées se composent dans les coupes faites au-dessus de la lésion, on peut distinguer çà et là, à un fort grossissement, les limites entre les tubes nerveux dégénérés et la névroglie épaissie. Les quelques tubes plus ou moins intacts qu'on rencontre encore sont très étroits et comme comprimés. Dans les préparations colorées par la fuchsine-acide, on ne découvre plus de points rouge-foncé. On trouve dans les parties altérées, en les comparant avec les parties saines, une légère augmentation du nombre des noyaux. Les corpuscules amyloïdes sont abondants; en revanche on ne trouve que çà et là, et rarement, des corps granuleux. En comparant un grand nombre de préparations colorées par l'hématoxyline et prises aussi bien au-dessus qu'au-dessous de la lésion, il semble qu'il y ait dans les premières une légère altération des colonnes de Clarke du côté gauche; l'altération consiste en ce que les fibres à gaîne de myéline de la colonne de gauche semblent moins nombreuses que dans celles de droite, et que les cellules sont un peu atrophiées;

pourtant la colonne de Clarke à gauche contient beaucoup plus de ces fibres que la substance grise environnante.

EXPÉRIENCE Vn (suite) (voir page 41).

Examen macroscopique. — Au-dessus de la section, dans la vécu 6 mois, partie supérieure de la moelle cervicale, le cordon postérieur gauche, sauf la partie externe, contiguë à la corne postérieure, et la partie interne, à côté du sillon postérieur, du cordon droit, ainsi que la partie périphérique postérieure du cordon latéral, ont une couleur jaune-clair. Au-dessous de la section, dans la région cervicale inférieure et dans la partie supérieure de la moelle dorsale, on voit une zone d'altération bien distincte, affectant sur la coupe transversale la forme d'une poire dont la queue serait dirigée en avant; cette zone occupe la partie centrale du cordon latéral gauche ; elle se distingue par sa nuance jaune-clair. A mesure qu'on descend le long de la moelle, cette zone diminue par sa partie la plus étroite ainsi; dans la partie inférieure de la moelle dorsale, elle ne constitue plus guère qu'un point très légèrement nuancé de jaune dans la partie postérieure du cordon latéral ; dans le renflement lombaire on ne distingue plus rien.

Examen microscopique. — Les altérations histologiques sont à peu près les mêmes que dans l'expérience précédente, mais les circonstances topographiques sont un peu différentes. Ainsi dans la région supérieure de la moelle cervicale, l'altération s'étend presque sur toute l'épaisseur du cordon postérieur gauche et la partie avoisinante du cordon droit; dans la partie périphérique du cordon latéral, elle va jusqu' à environ la moitié de ce cordon. Au-dessous de la section, les tubes altérés sont passablement disséminés ; ce n'est que dans l'angle antérieur du cordon antérieur et dans la partie postérieure du cordon latéral, qu'ils sont un peu plus réunis en groupes dans la partie supérieure de la moelle; pourtant on peut suivre quelques fibres dégénérées en bas jusque dans le renflement lombaire ; là elles occupent dans le cordon latéral une zone limitée, près de la périphérie et qui ne s'étend pas en arrière jusqu'à la corne postérieure. On ne remarque pas d'altérations dans le cordon latéral à droite, ni dans les cornes antérieures, ni dans les colonnes de Clarke.

EXPÉRIENCE III (suite) (voir page 35).

Examen microscopique. — Des deux côtés de la plaie cicatrisée vécu 8 mois on trouve un petit nombre de renflements de cylindres-axes, très

petits, la plupart en voie de dégénération granuleuse. La névroglie est visiblement épaissie.

Dans les coupes prises au-dessus de la section on voit dans les parties altérées, surtout dans le cordon postérieur, un commencement d'atrophie et de racornissement ; ces parties sont formées d'une masse uniformément composée de fibrilles et de granules, dans laquelle les fragments et débris de tubes détruits, mais non encore résorbés, ne se distinguent pas bien de la névroglie épaissie; les quelques tubes qui y subsistent encore sont très étroits. On voit dans cette masse des fibres épaissies du tissu conjonctif qui se prolongent à une petite distance dans les parties saines environnantes. Il y a une augmentation évidente, pourtant pas grande, de noyaux, et abondance de corpuscules amyloïdes.

En comparant un grand nombre de coupes prises au-dessus de la section et colorées soit par l'hématoxyline, soit par la fuchsine et la fuchsine-acide (celles-ci donnant cependant des images moins nettes), on constate une différence positive entre les colonnes de Clarke des deux côtés : celles du côté gauche ne sont pas aussi nettement limitées; il y a aussi diminution sensible des fibres à gaîne de myéline du côté gauche, qui en contient pourtant davantage que la substance grise environnante; les cellules nerveuses sont aussi moins nombreuses de ce côté et beaucoup d'entre elles sont visiblement atrophiées. Au-dessous de la section, la différence entre les colonnes de Clarke n'est pas évidente; en revanche le nombre des cellules nerveuses paraît diminué dans la corne antérieure du côté opéré; quelques-unes sont un peu atrophiées, ou fortement grenues, de façon que le noyau ne se distingue pas nettement.

La comparaison des cas de différentes époques fait voir avec évidence la première évolution et la marche de la dégénération secondaire. L'observation des cas de date récente porte décidément à admettre l'opinion la plus répandue, que les altérations morbides ont leur origine et leur siège principal dans les éléments nerveux, et qu'on ne doit pas y voir avec M. Westplial un processus analogue à la marche d'une inflammation qui se propagerait par le tissu conjonctif entourant les éléments nerveux. Le peu fondé de cette théorie a été abondamment démontré; Flechsig,

entre autres, l'a combattue par des raisons irréfutables', et conformes, du reste, aux idées de Tûrck sur cette matière.

Mes expériences m'ont amené à la conviction que, contrairement à l'opinion généralement reçue jusqu'à ces derniers temps, c'est dans les cylindres-axes que se montrent les premières altérations, et que les cylindres-axes sont par conséquent le point de départ ou d'origine de la dégénération secondaire. Cette opinion, que j'avais émise déjà en 1882 à la suite d'observations de cas de dégénération secondaire chez l'homme, se fonde, en résumé, sur les raisons suivantes :

Chez les animaux ayant vécu seulement trois à cinq jours après l'opération, ou bien le cylindre-axe des tubes attaqués était seul altéré, ou bien, quand la myéline l'était aussi, ce n'en était que la couche contiguë au cylindre-axe altéré; dans les cas un peu plus anciens (jusqu'à 14 jours, par exemple), il y avait encore des tubes oii le cylindre-axe était seul altéré, d'autres (la plupart) où la myéline l'était aussi, souvent dans toute son épaisseur, mais aucun où la myéline le fût seule; on ne constate des indices certains d'altération de la névroglie qu'environ vingt jours après l'opération.

Ces altérations des cylindres-axes se traduisent par la tuméfaction et la décomposition en granules, ainsi que par l'impuissance à se colorer par les substances ordinaires, tandis qu'ils le sont très fortement par la fuchsine-acide.

Quant à la cause de la dégénération ascendante et descendante, on ne peut rien encore affirmer positivement. M, Vulpian avait cru d'abord y voir un processus irritatif, se propageant par les fibres nerveuses à partir d'une lésion primaire; mais il revint bientôt lui-même de cette opinion, quand il se fut convaincu qu'on pouvait provoquer ces lésions par de simples sections médullaires chez les animaux Restent en présence deux théories qui méritent d'être dis-

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