‹ Contribution experimentale à la recherche des streptocoques dans l'air atmosphériqueChapitre 4 sur 10 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Travaux antérieurs concernant la recherche des germes pathogènes dans l’air.

On peut dire que l’étude des microbes de l’air est à la base de la bactériologie. Tous les premiers travaux importants dans cette science eurent comme point de départ l’étude des germes de l’air. C’est ainsi que Lister inventa son pansement occlusif pour défendre les plaies du contact de l’air riche en germes. Quelque temps après, Pasteur démontrait victorieusement l’inanité de la doctrine de la génération spontanée, en montrant que des liquides, rendus aseptiques par isolement de Tair extérieur, demeuraient indéfiniment stériles. Puis sont venus les travaux de Tjndall sur l’air optiquement pur. Les microbes existent donc très nombreux dans l’air. Miquel et un assez grand nombre d’auteurs : Hesse, Pétri, Frankland, pour ne citer que les

principaux, les ont même comptés et étudiés avec soin, mais, contrairement à l’espérance dont on croyait pouvoir se flatter au début, les microbes pathogènes ont été rarement trouvés dans l’atmosphère, et l’énumération des travaux relatifs à cette question est facile et rapide.

Cependant, les faits cliniques sont là qui prouvent indubitablement que la contagion par l’air existe. 11 est vrai que l’on tend de plus en plus à invoquer la nécessité d’un contact immédiat, précisément peut-être parce que les recherches faites sur l’air sont restées sans résultat ; il est vrai aussi que, de plus en plus, on incrimine les microorganismes qui sont nos commensaux ou nos parasites ordinaires, et vivent à l’état de saprophytes innocents, jusqu’au jour où ils acquièrent une virulence plus grande, ou trouvent dans l’organisme débilité un terrain plus favorable.

Ces théories répondent évidemment à des faits, mais pas à tous. Il est certain que l’eau, l’air, le sol peuvent servir de véhicules aux germes pathogènes. Pour l’eau, nous avons des faits bien acquis : la recherche du bacille d’Eberth dans les eaux suspectes a absolument passé dans la pratique. Pour les bactéries du sol, nous sommes en présence de quelques faits précis, notamment pour le tétanos et la gangrène gazeuse.

Pour les germes de l’air, les faits que nous avons à signaler sont plus rares. Ce n’est pas que les recherches aient manqué cependant. Miquel, dans son beau traité Les Microor g dnismes rivants de Vabnosghère, qui date de 1883, cite ses prédécesseurs, Pouchet, Eiselt (de Prague), Ghalvet, Thompson, Lemaire, Nepveu et Miflet.

(( Tous ces auteurs, dit-il, ont constaté dans l’atmo-

sphère des hôpitaux la présence d’abondantes bactéries, de globules de pus, mais leurs recherches en sont demeurées là » .Aussi Miquel, se borne-t-il à des recherches purement quantitatives, et, relativement aux maladies zymotiques, il se contente d’établir le parallélisme de la courbe des maladies contagieuses avec celle du nombre des microorganismes atmosphériques.

« Les bactéries lécoltées dans les salles d’hôpitaux, cultivées et inoculées aux animaux vivants, dit-il, sont presque toutes inoffensives.Injectées dans le sang,les tissus divers, elles sont résorbées rapidement sans laisser de traces de leur passage. » En se servant du sérum humain (liquide d’hydrocèle, de pleurésie) ou du jus de viande, l’auteur avoue que, là encore, ses recherches sont restées sans résultat. Sur ses innombrables expériences l’auteur n’a que deux cas où ses cultures se soient montrées patho gènes.

« Le premier organisme microbien tombé sous ma main, dit-il, est un micrococcus d’apparence commune, un peu plus petit cependant; injecté sous la peau des lapins et des cochons d’Inde, il y produit rapidement un abcès qui guérit le plus souvent, mais peut se terminer par infection purulente chez les animaux âgés. » Les cultures des abcès métastatiques ont donné à l’auteur de très nombreux microbes différents.

« Le second organisme pathologique trouvé dans les salles de malades est, dit Miquel, un bacille grêle produisant une adénopathie dont les suites ont toujours été bénignes.» D’autres microorganismes produisent des lésions plus inconstantes, telles que des inflammations passagères des tissus où on les injecte, ou des chancres rongeurs.

Tels sont les faits connus en 1883. Voyons maintenant quels sont les travaux expérimentaux parus depuis dix ans sur la question.

Les recherches devaient porter, pour avoir chance d’a boutir, sur des microbes qu’on pouvait supposer très répandus dans l’air, notamment sur les microorganismes produisant des infections pulmonaires ou sur les germes causes des suppurations et des infections des plaies chirurgicales.

Pour la tuberculose, dont, semble-t-il, le germe doive être suspendu à profusion dans l’air des salles d’hôpital, on n’a eu aucun résultat absolument probant, c’est-à dire dans lequel le bacille de Koch ait été recueilli directement dans l’air circulant. Les recherches inverses, consistant à tuberculiser des animaux par inhalation de poussières bacillifères préparées ont réussi au contraire entre les mains de Tappeiner, Weichselbaum, Gadéac et Mallet.

William ^ le premier, en 1883, annonça qu’il avait isolé le bacille de Koch, à l’aide de plaque de gélatine placées dans les conduits de ventilation de salles de phtisiques. Mais son affirmation se basait sur de simples caractères morphologiques sans cultures ni inoculations consécutives.

Gelli et Guarnieri® décrivaient d’ailleurs la même

‘ The Lancet, 1883, juli 28, p. 135 136.

* Gelli et Guarnieri, Sopra talune forme cristalline que potrebbero simulare il bacillo del tuberculo (Atti delle R. Accad. dei Lincei delle classe di scienze, etc., 17 juin 1883, Bd., XV).

Dair Istituto anotomico patologico di Roma (Archivio per le scienze mediche, vol. VII, Nr. 16).

année, dans les crachats des tuberculeux, des cristaux de palmitine et de stéarine pouvant être confondus avec le bacille de Koch et se colorant aussi par la méthode de Weigert.

Ils annonçaient aussi que leurs recherches pratiquées, en faisant passer par aspiration de l’air d’une salle contenant des phtisiques, n’avaient pas donné de résultat.

Von Wehde ^ en plaçant des plaques glycérinées dans les milieux habités par des phtisiques pauvres, c’està-dire en se plaçant dans les meilleures conditions possibles de succès (air confiné, poussières incessamment souillées parles crachats) n’a pu recueillir aucune culture, et même ses inoculations de glycérine infectée sont restées sans succès.

Nicolas^, en condensant la vapeur d’eau des salles d’inhalation des phtisiques du Mont-Dore, n’a pu recueillir aucun bacille. Les cultures sont restées stériles, les inoculations ont été négatives.

Baumgarten® tenta de tuberculiser des lapins, en leur inoculant le produit obtenu par la culture de tampons de coton exposés à l’air libre dans une pièce dont on avait préalablement souillé le plancher avec des cultures de bacilles de Koch. Ses recherches restèrent sans résultat.

^ Von Wehde, Ueber Infectiositât der Luft in Raumen welche Yon Phtisikern bewohnt-werden {Aert%l. IntelligenzUatt, n" 17- 18, 1884).

* Nicolas, La contagion de la tuberculose et les séances d’inhalation au Mont-Dore (Sem. méd., n® 80).

3 Baumgarten, Lehrbuohl der pathoL Mykologie, 1888, Abth., I, S. 617).

Les recherches deFlügge * et de Bollinger® sont également demeurées sans succès.

Cornet® au contraire réussit, il est vrai, à tuberculiser des animaux par des inoculations de cultures provenant des poussières des murs et du sol, mais il avoue lui-même que toutes les recherches pratiquées par lui, à l’aide de la méthode de Pétri, sur l’air même des salles de phtisiques, sont restées sans résultat.

L’auteur suppose que les poussières sont déposées sur les murs par l’air, ou, tout au moins, peuvent au moindre contact souiller celui-ci, mais toutes ses recherches ont porté sur les murs avoisinant immédiatement les lits, et il est aisé dans ce cas d’en expliquer la contamination par le contact immédiat des malades. Ceci paraît d’autant plus probable, que l’auteur avoue qu’il était possible de prévoirie résultatnégatifou positif des recherches, suivant que les malades dont il examinait les chambres usaient du crachoir ou bien crachaient par terre ou dans des mouchoirs.

Cornet se servait d’éponges humectées dont il frottait les murs suspects. L’éponge était ensemencée sur bouillon, et des cobayes, recevaient dans le péritoine les cultures obtenues. C’est là, comme nous le verrons, un procédé

* Flügge, Die Mieroorganismen, 1886.

• Bollinger Zur Ætiologie der Tuberkulose.

® Cornet, Experimentale Untersuchungen über Tuberkulose (Wienermed. Woch,, 1888).

Die Verbreitung der fuberkelbacillen ausserhalb des Kôrpers (Zeitsch. f. Hyg., V. 1889).

Die ProphyIaxis der Tuberkulose (Berl. klin. Woch., 1889).

assez semblable au nôtre. Il consiste, en somme, à charger l’organisme du cobaye de faire, parmi les germes nombreux d’une culture impure, la sélection du bacille de Koch.

Nous avons agi de même pour le streptocoque en nous servant du lapin.

388 animaux furent inoculés par Cornet avec 145 échan tillons dépoussiéré, 311 furent inoculés avec les cultures provenant des poussières de salles occupées par des phtisiques. 167 moururent peu de jours après ; 59 sacrifiés furent trouvés tuberculeux, 85 restèrent sains.

Sur 77 animaux inoculés avec des poussières provenant de lieux non suspects, 37 moururent d’autres maladies, 40 restèrent sains.

Il est regrettable que l’auteur ne mentionne pas de quelles maladies sont morts tous les cobayes qui succombaient rapidement avant que la tuberculose ait eu le temps de se développer.

Cornet, avons -nous dit, essaya de recueillir le bacille de Koch dans l’air même des salles.

Il employa, dans ce but, le procédé de Pétri, consistant à faire passer de grandes quantités d’air sur un filtre de sable stérilisé. Ce sable était ensuite ensemencé dans du bouillon et la culture inoculée dans le péritoine à des cobayes. Les quantités d’air qu’il fit passer varièrent dans ses 5 expériences, entre 250 et 500 litres. Sur 5 expé périences, 3 furent faites dans des salles de phtisiques. Sur 14 cobayes inoculés, les uns moururent de péritonite, d’autres restèrent sains. Aucun ne contracta de tuberculose.

Pour la pneumonie il existe quelques résultats positifs.

Encore, toutes les recherches ont-elles porté sur le pneumocoque de Friedlânder et non sur celui de Talamon et Frankel, ce qui enlève aux résultats acquis une grande partie de leur valeur.

Pawlowskj, ^ en 1885, recueillit sur des plaques de verre gélatinées, dans son laboratoire où plusieurs garçons avaient été successivement atteints de pneumonie, des microbes qui se développèrent en colonies, que l’auteur, à leurs caractères, reconnut pour être dueà au pneumocoque de Friedlânder. Des inoculations àï 2 rats, 2 lapins, 1 cobaye et 3 chiens furent suivies de succès. I 41

Uffelraann en 1887, en exposant dans une csi|e',J^nt depuis plusieurs mois il étudiait les germes, des tt-anéhes de pomme de terre, obtint des cultures qui lui donnèrent des microbes ayant tous les caractères des pneumo-bacilles de Friedlânder. Malheureusement, l’auteur ne cite aucune inoculation consécutive et s’en tient uniquement aux caractères morphologiques.

Nous pourrions encore citer les recherches d’Emmerich qui trouva le pneumocoque dans la poussière des fentes du parquet d’une salle où s’était produite une épidémie de pneumonies, quoique ces faits relèvent plus de l’étude des microorganismes du sol que de ceux de l’air.

Tels sont les faits relatifs aux maladies infectieuses les plus fréquentes des organes respiratoires.

‘ Berl. Min. TFocA., 1885, n» 22.

2 Uffelmann, Arch. f. Hyg., 1867.

Les recherches concernant les staphylocoques et les streptocoques ont peut-être été un peu plus heureuses.

Pour les staphylocoques, nous avons les travaux d’Ullmann qui datent de 1888. L’auteur mentionne comme ayant isolé des staphylocoques de l’air avant lui, Pawlowsky, qui avait trouvé le Micrococcus citreus, et Eiselsberg, Vaureus.

L’auteur employait des plaques de gélatine ou d’agar qu’il exposait pendant un certain temps, une heure au moins à l’air libre. Il examinait ensuite toutes les colonies liquéfiant la gélatine ; celles qui étaient composées de microcoques étaient recueillies, cultivées et inoculées nous dit l’auteur. Malheureusement le mémoire ne donne pas les résultats de ces inoculations et ne dit pas si, pour le très grand nombre de colonies de staphylocoques (c’est de centaines en effet qu’il s’agit), énumérées dans les colonnes de ses statistiques, cette confirmation expérimentale a toujours été obtenue. Il est en tout cas difficile de le croire. L’auteur pense avoir démontré les propositions suivantes : les staphylocoques absents ou du moins très rares dans régions élevées de l’air sont très abondants dans tous les lieux habités ; ils sont plus abondants en été qu’en hiver ; leur nombre est soumis à certaines oscillations journalières, comme Miquel l’avait signalé pour les microorganismes de l’atmosphère en général ; il y a diminution des germes pendant la soirée et pendant la nuit; les chambres inhabitées en contiennent moins que les lieux habités, et, parmi ceux-ci, il y a de grandes différences, suivant qu’il s’agit'de pièces peu habitées, ou an

Ullmann, Zeitsch. f. Hyg., IV, 1888.

contraire de salles d’iiôpital, d’écuries ou de lieux d’aisance.

Tous ces faits sont appuyés sur les chiffres des colonies obtenues qui varient, suivant les conditions, entre 1 et 100. On comprend, devant ces chiffres, que l’auteur ait été obligé de limiter son étude aux staphylocoques était renoncé à rechercher en même temps les streptocoques comme il en avait l’intention tout d’abord. On comprend de plus devant de tels chiffres, que la confirmation expérimentale ait dû être l’exception et non la règle dans tous ces faits, et que, les caractères morphologiques eux-mêmes si incertains n’ont pu être étudiés dans tous les cas d’une façon bien approfondie.

Ce travail, en somme, renferme beaucoup trop de faits pour ne pas laisser place au doute sur la valeur de ceuxci, et mieux eût valu, semble-t-il, quelques faits solidement établis que cette multitude d’observations forcément peu précises.

D’après d’autres auteurs, la recherche dans l’air des staphylocoques ne serait pas aussi facile que le dit Ullmann.

Weitz notamment, dans un travail paru en 1892 sur les microorganismes de l’air à Fri bourg-en-Brisgau et ses environs, mentionne une seule fois le staphylocoque doré parmi la très nombreuse série des microbes recueillis qu’il étudie et décrit minutieusement d’après tous leurs caractères morphologiques et de culture.

Nous arrivons enfin aux recherches sur les streptocoques.

* Zeitsch. f. Hyg., 1892.

Le principal travail est celui d’Eiselsberg ^ qui publia à ce sujet un important mémoire en 1887.

L’auteur emploie lui aussi la méthode des plaques de gélatine exposées à l’air libre pendant un certain temps. 11 décrit d’abord les différentes formes et les caractère descultures obtenues dans les salles où il n’existait aucun érysipèle. Les plaques de gélatine oud’agar étaient placéesentre les lits ou au-dessous de ceux-ci, puis portées à la chambre humide.

L’auteur plaça successivement dans la même pièce, tous les jours, pendant quatre jours, cinq plaques, do midi à midi et demi.

Pendant les quatre jours suivants, il exposa dans la même pièce cinq plaques, mais de quatre à quatre heures et demie après le balayage de la salle.

Dans ce dernier cas, il trouva le nombre des colonies à peu près double, mais les espèces décrites étaient les mêmes, c’est-à-dire six ou sept espèces différentes, non pathogènes; une seule fois il trouva un microcoque qui lui présenta les caractères du Staphylococcus pyogenes^ aureus.

En 1885, l’auteur profita d’une épidémie d’érysipèle dans une salle de chirurgie. Les malades étant en pleine période de desquamation, il exposa dessous et entre les lits deux plaques de gélatine et une d’agar. Il laissa pousser à la température de la chambre sous cloche. ,

Le troisième jour, outre les colonies ordinaires, il se développa une petite colonie blanche, ronde, qui se

Eiselsberg, Langenhecks Archiv, Bd 35, 1887.

montra comme formée par des microcoques disposés en chaînettes. L’auteur obtint ainsi de belles cultures de streptocoques, soit par piqûre, soit par strie sur gélatine, sur agar ou sur sérum.

Sept lapins furent inoculés à l'oreille avec la troisième génération (culture datant de trois jours). L’inoculation fut faite avec l’aiguille de platine, préalablement trempée dans la culture et introduite dans une petite plaie souscutanée. Sur les sept inoculations l’auteur obtint quatre succès, c’est-à-dire que dans quatre cas il se développa le lendemain unepetite rougeur qui, large d’abord comme une lentille, atteignit le diamètre d’un kreutzer. Il y avait, en même temps, vaso-dilatation et élévation de la température locale. Tfois oreilles furent amputées, durcies et coupées. Dans les trois, l’examen microscopique révéla des microcoques en petits groupes ou en chaînettes.

Cinq autres lapins furent inoculés par injection souscutanée, au moyen de la seringue de Koch, avec quelques gouttes d’une culture (troisième génération, troisième jour) sur gélatine préalablement liquéfiée à 30 degrés. Un insuccès et quatre succès semblables aux précédents. Une oreille amputée, durcie et débitée en coupés révéla également le streptocoque.

Donc, sur douze lapins inoculés, dix réactions évidentes avec constatation, quatre fois, que le streptocoque était bien l’agent de cette réaction.

Gomme expérience témoin, l’auteur produisit deux fois sur quatre des phénomènes semblables, avec une culture de streptocoques envoyée de Berlin et, deux fois sur trois, avec une culture personnelle obtenue par ensemencement de la sérosité d’un érysipèle.

L’auteur fit encore deux nouvelles expériences conduites de la même façon. Six plaques d’agar furent exposées dans le voisinage immédiat du lit d’un érysipélateux ; une fut même placée sur l’oreiller, tout à fait contre la tête. Le quatrième jour apparut une colonie de streptocoques dont les cultures de la troisième génération (troisième jour) furent inoculées à trois lapins. Deux insuccès et un succès confirmés toujours par l’examen pathologique de l’oreille.

Dans une troisième expérience, l’auteur ne put arriver à déceler sur ces plaques de colonies de streptocoques.

L’auteur ajoute à la fin de son travail qu’Emmerich a réussi à isoler de l’air au moyen d’un appareil aspirateur des streptocoques. Le résultat de ce travail avait été communiqué par l’auteur à une société médicale de Berlin et il nous a été impossible de retrouver cette communication dans les comptes rendus des journaux allemands.

Le D'' Baboukhine^, de Moscou, étudiant depuis plusieurs années l’atmosphère des hôpitaux de cette ville au point de vue des microbes pathogènes, n’a trouvé le streptocoque de l’érysipèle que deux fois dans l’air des salles, et cela en 1889 en pleine épidémie de grippe. Ses deux expériences positives ont été faites avec l’appareil de Hesse. Il obtint dans un cas une seule colonie et dans l’autre quatre. Sur les deux salles en question, notons que l’une avait été fermée à cause de la fréquence des cas d’érysipèle. Nous regrettons de n’avoir pu nous procurer le détail des expériences pour savoir si des inocu-

^ J. Teissier, Vinfluenza de 12)89-90 en Russie, Rapport de mission adressé à M. le Ministre de l’Instruction publique, Paris, Baillière, 1891.

lations ont confirmé les caractères pathogènes des strep tccoques.

L’auteur mentionne également et presque dans toutes les salles dont il a examiné l’air, la présence des staphylocoques.

Ces faits, rapprochés de ceux d’Ullmann, permettent de supposer que ce dernier microbe est beaucoup plus fréquent dans Pair que le premier.

Ajoutons enfin qu’Achalme (th. Paris, 1892) dans un truA^ail, en grande partie expérimental, récent et très complet sur l’érysipèle, annoncequ’iln’a jamais pu trouver le streptocoque dans l’air. 11 assure même, contrairement aux faits signalés par Eiselsberg que le stretptoco que n’existe, ni dans les squames, ni dans la sérosité des phlyctènes, ce qui, on le comprend, diminuerait de beaucoup les chances de contamination de l’air-par les érysipélateux. Mais là, comme toujours, en ces sortes de travaux, ce sont les faits positifs qui seuls ont de la valeur et ceux-ci ne peuvent en rien être infirmés par les faits négatifs.

Enfin, nous compléterons notre liste des recherches sur les microbes pathogènes de l’air en signalant tous les essais tentés sans succès relativement aux germes de l’impaludisme, de la fièvre typhoïde et du choléra.

Pour l’impaludisme, le nom seul de malaria indique que la théorie de l’infection par l’air répondait aux données cliniques et aux idées médicales de tous les temps.

Les recherches tentées avant la découverte de l’héma tozoaire n’ont rien donné de précis.

Tels sont les travaux de Salisbury entrepris sur l’air des marais de l’Ohio et-du Mississipi en 1866. Tels sont

les travaux de la Goininission lyonnaise chargée en 1872 de recherches dans l’air des marais de la Bresse.

Depuis les études nombreuses sur l’hématozoaire, les résultats n’ont pas été plus brillants ce qui se conçoit très bien, puisque le parasite de Laveran ne se cultive pas sur les milieux artificiels. Aussi Laveran a-t-il toujours échoué dans ses études de l’air des marécages ainsi que les. auteurs italiens qui se sont occupés do la question après lui.

Pour le choléra, les recherches n’ont pas manqué non plus, mais se sont toujours montrées infructueuses. Citons pour l’épidémie de 1848 les recherches de Ehrenberg, Brittan, Meyer, Robin et Pouchet ; celles de Tompson, en 1854. Depuis la découverte du bacille virgule il n’existe aucun travail à ce propos, sauf celui d’H.éricourt qui démontra que la forme du bacille virgule est fréquente dans l’air et dans l’eau, mais que la plupart du temps ces microorganismes ne sont pas pathogènes. Son travail, d’ailleurs, n’est basé que sur des données morphologiques et ne comporte aucune tentative d’inoculation.

Enfin, relativement au bacille d’Eberth, on peut citer les faits et les expériences de GhourL Ge médecin russe montra que la désinfection complète d’une chambre de caserne, où avait eu lieu une épidémie de fièvre typhoïde, supprimait radicalement l’épidémie qui persistait au contraire dans les chambres voisines. Il serait également parvenu à déceler le bacille' d’Eberth dans les poussières et l’entrevous de la chambre incriminée.

^ Rapport de Vaülard à la Société médicale des hôpitaux,

Quant à rinfection par l’air lui-même, les recherches expérimentales, jusque-là, s’étaient montrées sans résultat, nolamment celles de Ghantemesse et Vidal ^ Sicard^, au contraire, en étudiant l’air expiré chez les typhiques serait arrivé neuf fois sur dix à trouver le bacille d’Eberth. Nous ferons remarquer seulement que ces recherches vont à l’encontre de tous les travaux sur l’air expiré considéré jusque-là comme aseptique, d’après les travaux de Strauss et Würtz, Grancher, Gharrin, etc. Peut-être des particules solides ou liquides ont-elles, malgré toutes les précautions prises, pénétré dans l’air de barbotage. En tout cas, il est prudent de rester sur ce point-là, jusqu’à plus ample information, dans une prudente réserve.

En somme, on le voit, les faits positifs signalés ne sont pas nombreux et, parmi ceux-ci, plus d’un est-il sujet à la critique.

Les seuls faits absolument établis nous paraissent être ceux de Gornet d’abord, pour la tuberculose ; mais nous ferons remarquer que, s’il a obtenu des résultats avec la poussière des salles, ses recherches sur l’air même ne lui en ont pas donné ; puis ceux d’Eiselsberg, sur le streptocoque, qui paraissent inattaquables. Quant à ceux d’Ullmann, relativement aux staphylocoques, nous avons dit déjà que cet énorme travail d’énumération et de statistique manque de base absolument solide.

‘ Charcot-Bouchard, Traité de médecine, I.

Semaine médicale, 20 janvier 1892.

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