‹ Contribution experimentale à la recherche des streptocoques dans l'air atmosphériqueChapitre 6 sur 10 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Prises d’air faites dans des salles contenant des malades atteints d’érysipèle

§ 1. Expériences faites avec la solation de tonralllon

Nos recherches ont porté : 1" sur l’air de salles ou l’on 'pouvait croire à la présence de streptocoques, c’està-dire contenant des malades atteints d’érysipèle soit à la période d’état, soit à la période de desquamation; 2° sur l’air recueilli dans, des endroits où l’on était en droit de croire à l’absence de ces 'micro-organismes.

Nous diviserons donc l’exposé de nos expériences en deux groupes.

1“ Résultats obtenus avec l’air de salles infectées.

2“ Résultats obtenus avec l’air supposé pur de streptocoques.

Ce sont les expériences relatives à la première catégorie que nous relatons dans ce chapitre.

Nous examinerons d’abord les expériences faites à l’aide de la solution de tourailloh acide, puis celles dans lesquelles nous avons employé le bouillon phéniqué.

Nous devons dire immédiatement que les résultats obtenus avec le touraillon ont été dans la proportion de cinq positifs sur sept.

Avec le bouillon phéniqué nous n’avons pas obtenu de succès et nous avons dû abandonner ce liquide pour continuer nos recherches uniquement avec le touraillon acide comme milieu de culture.

Nous allons donc mentionner successivement ces diverses expériences.

Expériences avec le touraillon Expérience I

C’est l’expérience faite par M. G. Roux et qui a servi, comme nous l’avons dit, de point de départ à ce travail.

M. Roux fit passer, le 15 décembre 1892, 60 litres d'air dans une solution de touraillon acide à 10 pour 100.

La salle où fonctionna l’appareil était la salle Saint- Roch, service deM. le professeur Bondet à l’Hôtel-Dieu, qui, à ce moment-là, ne contenait pas de malades atteints d’érysipèle, mais en avait contenu quelque temps auparavant.

Le tube de Würtz fut mis à l’étuve à 37“ pendant deux jours.

M. Roux fit au bout de ce 'temps l’examen du liquide; il trouva le touraillon ttès légèrement trouble, et dans le fond, un dépôt dense très abondant. L’examen de ce dépôt révéla qu’il était formé par des streptocoques à l’état de culture paraissant pure.

Quelques gouttes ensemencées dans un tube de touraillon donnèrent une culture pure de microcoques groupés en chaînettes assez longues de 5 à 10 éléments.

Un cobaye fut inoculé avec 1 centimètre cube de cette culture dans le tissu cellulaire sous-cutané du dos, la peau ayant été préalablement soigneusement rasée et désinfectée. Six jours après, il se développa, autour du point inoculé, une dermite vésiculeuse caractérisée par de la rougeur, un œdème de la peau limité par un bourrelet périphérique, et des vésicules qui se changèrent bientôt en pustules. Il existait en même temps de l’élévation de la température centrale avec de courtes oscillations de 5 dixièmes de degré environ. M. Augagneur, qui vit l’animal à cette période, trouva que cette éruption rappelait assez bien l’érysipèle bulleux, tel qu’on l’observe chez l’homme âu niveau du cuir chevelu. Le cobaye guérit complètement, en 8 jours, avec une induration limitée de la peau, qui persista plusieurs semaines environ.

Le 18 janvier, c’est-à-dire un mois après, M. Roux nous confia sa culture primitive en nous priant d’essayer si elle était encore virulente.

Un tube de touraillon liquide et un tube de touraillon gélatiné, ensemencés avec cette culture, restèrent stériles.

Trois cobayes, inoculés sous la peau du dos avec 1 centimètre cube de culture, ne manifestèrent aucune réaction, ni locale, ni générale.

Ces résultats n’ont d’ailleurs rien d’étonnant, d’après ce qu’on connaît sur la virulence du streptocoque qui est toujours très passagère. De plus, les cobayes sont en général très résistants à l’infection par le streptocoque, et il fallait que la culture initiale fût très virulente pour produire le résultat décrit. Toutes nos tentatives d’inoculations consécutives avec des cultures de streptocoques ont échoué chez le cobaye, alors qu’elles produisaient chez le lapin des érysipèles manifestes.

Expérience II

La prise d’air est faite le 8 janvier dans la salle Montazet, service de M. le professeur Teissier.

L’appareil est installé auprès du lit d’une jeune fille atteinte d’un érysipèle de la face. C’est sa première atteinte d’érysipèle. L’érysipèle date de cinq jours ; il existait la veille quelques vésicules au moment de l’expérience ; l’érysipèle commence à desquamer.

L’appareil est placé à un mètre du lit environ. Il se produit dans la salle un va-et-vient incessant causé par la visite des parents qui a lieu ce jour-là. Le balayage a eu lieu le matin.

Il n’existe dans la salle aucun autre cas d’érysipèle, ni aucun cas de suppuration quelconque.

On fait avec deux tubes de Würtz deux prises d’air consécutives.

Dans le premier tube on fait passer 12 litres dlair.

Dans le deuxième on en fait passer 48.

Les deux tubes immédiatement après sont mis à l’étuve à 37».

Le tube n“ 1 dans lequel avaient passé 12 litres d’air seulement, présente un léger trouble sans dépôt au fond et seulement après six jours d’étuve.

L’examen microscopique de ce dépôt révèle des microcoques ne présentant rien de particulier.

L’ensemencement d’une goutte diluée de ce liquide sur tube d’Esmarch de gélatine au touraillon reste stérile.

Le tube n" 2 au contraire où l’on avait fait barboter 48 litres d’air montre dès le premier jour un très léger trouble accompagné d’un sédiment assez abondant. Le dépôt augmente beaucoup le deuxième jour.

L’examen microscopique de ce dépôt révèle une culture qui paraît pure de microcoques, soit isolés, soit groupés par deux, soit en chaînettes de 4 ou 5 grains. Ges microbes sont immobiles.

Pour s’assurer de la pureté de la culture, une goutte diluée du liquide est ensemencée sur tubes d’Esmarch au touraillon gélatiné. Au bout de deux jours on obtient des colonies ayant toutes les mêmes caractères. Ce sont de petits points blanchâtres à peine surélevés et ne liquéfiant pas la gélatine. L’examen microscopique révèle de courtes chaînes de 4 à 5 éléments.

Un tube de touraillon gélatiné ensemencé en strie avec une de ces colonies, donne \m% culture pure de streptocoques.

Un lapin et un cobaye ont été innoculés avec la pre mière culture, c’est-à-dire avec la culture datant de deux

jours seulement et eu même temps que se faisait l’ensemeiicement sur tube d’Esmarcb.

Le cobaye a reçu un centimètre cube de culture dans le tissu cellulaire sous-cutané de la région dorsale. Il n’a présenté aucun phénomène de réaction locale ou générale.

Le lapin a reçu un centimètre cube dans le tissu cellu laire sous-cutané de la base de l’oreille. Ce lapin a eu le lendemain un peu de rougeur et de chaleur locale à la base de l’oreille.

Ces phénomènes étant très légers, nous avons considéré le résultat comme négatif. D’après les faits obtenus consécutivement, nous croyons que, si à ce moment la sérosité recueillie au point enflammé avait été mise en culture, nous aurions recueilli des streptocoques.

Nous avions donc isolé dans notre expérience II des streptocoques que nous jugions comme tels, diaprés les cultures, et d’après les caractères morphologiques. La confirmation expérimentale manquait faute de virulence du microorganisme probablement.

Nous avons essayé alors, sur les conseils de M. Roux, de rendre notre culture plus virulente en la reportant sur une solution de touraillon additionnée de 1 pour 100 d’acide lactique, mais sans résultat.

Nous avons également échoué en tâchant de diminuer la résistance d’un lapin par une injection sous-cutanée ' d’une solution d’un centimètre cube d’acide lactique à 4 pour 100. L’injection de 2 centimètres cubes de la culture déjà ancienne il est vrai, à la base de l’oreille, n’a donné aucun résultat.

Expbriénge III

Prise d’air faite dans une des cabines d’isolement située dans les baraquements provisoires le 20 février.

Cette cabine renferme une malade atteinte d’un érysipèle de la face et venant de la salle Saint-Paul, où elle était en traitement pour un kyste de l’ovaire depuis un mois.

La malade à quarante ans environ ; c’est la première fois qu’elle estatteinte d’un érysipèle de la face; celui - ci a débuté il y a neuf jours par l’angle interne de l’œil et est actuellement en desquamation. Il existe un abcès de la paupière supérieure droite qui laisse sourdre du pus.

La prise d’air est faite auprès du lit. Le tube de Würtz est placé à côté de la tête de la malade.

La salle est petite, aussi mal aérée que possible, et a déjà à plusieurs reprises conténu des malades atteints d’érysipèle.

On fait passer dans le milieu de culture qui est toujours le touraillon acide préparé comme nous l’avons indiqué 50 litres d’air.

Le tube de Würtz est mis à l’étuve à 37“ pendant deux jours.

L’examen microscopique de la culture révèle dans un dépôt floconneux peu abondant une culture presque uniquement composée de sarcines. On n’aperçoit aucune chaînette de streptocoques.

Devant cet insuccès nous ne cherchons pas à étudier la culture et aucune inoculation n’est faite.

Expérience IV

Prise d’air faite le même jour dans un cabinet d’isolement voisin du précédent.

Les conditions sont les mêmes, c’est-à-dire que le cabinet a déjà, à plusieurs reprises, contenu des malades atteints d’érysipèle et que la pièce est petite et aussi mal aérée que possible,

La malade vient de la salle Saint-Paul où elle était en traitement depuis un mois pour une ostéite du pied. Elle est atteinte d’un érysipèle de la face datant de cinq jours à forme phlycténulaire.

Le tube de Würtz est placé à côté du lit de la malade.

La prise d’air est faite à 5 heures du soir; le balayage se fait le matin.

On fait passer dans le tube de Würtz 50 litres d’air.

Ce tube est mis à l’étuve à 37“ et, au bout de deux jours, on observe une culture absolument semblable à celle de l’expérience précédente, c’est-à -dire où les sam’wes sont de beaucoup l’élément dominant à l’état de culture presque pure.

Là encore aucun essai de dissociation ou d’inoculation de la culture obtenue à des animaux n’est pratiqué.

Expérience V

Prise d’air faite le 28 avril à côté du lit d’un malade atteint d’un érysipèle de la face et couché dans la salle Saint-Maurice, service de M. le D’’ Vinay.

Le malade est soigné dans la salle depuis un mois pour une bronchite chronique.

L’érysipèle date de deux jours. C’est le premier érysipèle dont est atteint le malade. Le début a eu lieu par l’angle interne de l’œil gauche. Au moment de l’e.xpérience le malade présente un érysipèle phlycténulaire en pleine évolution.

Le milieu employé est toujours la solution de touraillon, acide à 5 pour 100.

Le tube de Würtz est placé à la tête du lit, et on y fait passer 72 litres d’air. Il est immédiatement porté à l’étuve à 36”.

L’examen microscopique de la culture obtenue est fait au bout de trois jours, c’est à-dire le 1”'' mai.

On constate que le liquide est légèrement trouble et qu’il existe au fond du tube un dépôt assez abondant.

Ce dépôt contient deux sortes de microorganismes bien différents :

1” Des bacilles environ deux fois plus longs que larges, et groupés en longues chaînettes immobiles rappelant assez bien une des nombreuses formes décrites par Miquel de microorganismes de l’air ,*

2® De nombreux microcoques groupés en amas ou isolés, mais parfois aussi constituant des chaînettes de 4 à 5 grains.

Cette culture portée sur bouillon et sur touraillon nous a donné des cultures plus pures, mais non encore complètement de streptocoques. Les chaînettes étaient un peu plus longues dans la culture sur bouillon que dans celle sur touraillon.

Mais, dans la crainte de voir notre culture initiale perdre

de sa virulence, ce n’est pas avec ces cultures de deuxième génération que nous avons tenté des inoculations, mais avec la culture initiale impure.

Nous pensions que, puisqu’il était impossible d’obtenir des cultures pures rapidement, et que, d’autre part, le streptocoque perdait rapidement sa virulence, la sélection parmi les germes de l’air, commencée par le milieu de culture, pourrait s’achever sur un animal particulièrement propre au développement du streptocoque de l’érysipèle, c’est-à-dire sur le lapin.

Nous avons donc inoculé dans le tissu cellulaire souscutané de la base de l’oreille d’un lapin 2 centimètres cubes de notre culture initiale. La quantité de 2 centimètres cubes est assez considérable pour produire une grosse boule d’oedème qui disparaît rapidement sans laisser de trace quand on emploie la solution de touraillon aseptique, ce dont nous nous sommes assuré a plusieurs reprises en inoculant comparativement l’autre oreille avec cette solution.

Le lendemain de l’inoculation, le lapin présenta une température de 40“ et une rougeur érysipélateuse très nette de l’oreille inoculée avec infiltration oedémateuse limitée par un bourrelet périphérique et chaleur locale très manifeste.

Pour nous assurer que nous avions bien affaire là à une lésion érysipélateuse, la sérosité de cette oreille malade a été recueillie et ensemencée sur deux tubes de bouillon, un de touraillon, un tube de gélatine au touraillon (inoculation en strie), et un tube de gélatine simple (tube d’Esmarch).

Sur le tube de touraillon liquide nous avons obtenu

une culture très abondante formant au fond du tube un gros dépôt floconneux. Cette culture est composée de micro * coques isolés ou en groupes. Mais il existe parmi ceux-ci, de très longues chaînettes de plus de cinquante éléments dont les grains ont les mêmes dimensions que les grains isolés ou réunis en groupe.

Les deux tubes de bouillon nous ont fourni tous deux deux belles cultures de streptocoques, groupés, dans Lun, en chaînettes de cinq à six éléments, dans Lautre, en chaînettes de vingt à trente. Les deux cultures sont absolmnent pures.

Les cultures sont immédiatement inoculées à trois cobayes et à deux lapins.

Un cobaye a reçu, dans le tissu cellulaire sous-cutané de la région dorsale, 2 centimètres cubes de la culture surtouraillon.

Deux autres cobayes ont été inoculés avec la culture la moins belle sur bouillon, un, dans le tissu cellulaire souscutané du dos (1 centimètre cube), l’autre dans le péritoine (1 centimètre cube).

Le lapin a reçu 2 centimètres cubes de la culture sur bouillon la plus belle, dans le tissu cellulaire de la base de Foreille.

Les cobayes, suivis pendant plusieurs jours, n’ont rien présenté d’anormal.

Le lapin, au contraire, présente, le lendemain 10 mai, une température de 40®. L’oreille présente une rougeur intense, depuis la base, jusqu’à la moitié de sa longueur, avec gonflement œdémateux, chaleur locale (2 degrés de différence entre les deux oreilles) et chute de l’oreille. A ce dernier symptôme, certains auteurs alta-

chent une grande importance, pour distinguer l’érysipèle expérimental chez le lapin de la simple rougeur qui peut accompagner une irritation banale quelconque. Cependant, notre premier lapin n’avait pas présenté ce phénomène et nous croyons, d’après ce que nous avons observé consécutivement, qu’il n’y a là qu'une question d’intensité de l’inflammation.

Nous sommes donc arrivé, par notre première inoculation, à isoler le streptocoque à l’état de pureté. La culture pure injectée à un lapin n» 2 nous a donné un érysipèle typique.

Pour voir alors si notre culture, exaltée par son passage sur ce lapin, le serait de nouveau par des passages successifs sur d’autres lapins, nous avons recueilli et cultivé la sérosité de l’oreille du lapin n® 2 (celui atteint d’érysipèle intense et typique).

Sur bouillon et sur touraillon, nouvelles cultures absolument 'pures. Les chaînettes sont plus longues sur bouillon, mais le dépôt beaucoup plus abondant et les microcoques plus gros sur touraillon ; deux lapins, n® 3 et n® 3 bis, sont inoculés à l’oreille, l’un avec la culture sur bouillon, l’autre avec celle sur touraillon. Tous deux présentent le lendemain, avec une élévation de la température centrale, de la rougeur, de l’oedème, mais sans chute de l’oreille. Ges phénomènes sont bien moins marqués que pour le lapin n® 2. Ils sont plus intenses chez le lapin qui a reçu la culture sur bouillon que chez l’autre. La sérosité de ce premier donne encore les cultures ayant les mêmes caractères que celle qui a servi à l’inoculation.

Nous avons donc réussi, dans cette expérience, à isoler, par inoculation au lapin, le streptocoque, et à obtenir avec

celui-ci trois générations différentes en le portant de lapin à lapin. Après avoir atteint un maximum de virulence, les effets du streptocoque ont été en s’atténuant de plus en plus, caractère reconnu d’ailleurs depuis longtemps â ce microbe.

Expérience VI

Prise d’air faite le 8 mai, dans la salle Saint-Roch, service de M. le professeur Bondet, à côté du lit d’une femme atteinte d’un érysipèle de la face.

La malade est âgée de quarante-neuf ans ; c’est la première fois qu’elle contracte un érysipèle de la face ; elle a contagionné, avant de rentrer à l’hôpital, deux personnes de sa famille. Au moment de l’expérience, l’érysipèle est en desquamation depuis cinq ou six jours. La malade est dans le service depuis quinze jours.

La prise d’air est faite à 5 heures du soir. Le balayage de la salle a lieu le matin.

Le tube est placé tout près du lit, et on aspire 60 litres d’air.

Le milieu employé est toujours la solution de touraillon à 5 pour 100.

Le tube est mis à l’étuve à 36®. Deux jours après la solution est troublée d’une façon’ assez marquée et il existe dans le fond un dépôt assez abondant. Il n’y a pas de flocons en suspension. De plus, la culture est recouverte d’un voile mycodermique épais.

L’examen de la culture révèle des différences profondes entre les germes du fond, et ceux de la surface. Le voile mycodermique épais est tout entier formé de gros bacilles

très courts rappelant assez bien les microorganismes que Miquel hésite à classer, soit dans la catégorie soit dans la catégorie Bacterium. Ou trouve aussi, parm j les microorganismes de la surface, des bacilles allongés, des spirilles et une levure ayant un aspect voisin de celui du muguet.

Le dépôt du fond est au contraire composé de micro* coques très abondants groupés en courtes chaînettes de trois, quatre et cinq grains au plus.

Cette culture impure est ensemencée sur un tube de bouillon, un tube de touraillon, et deux tubes de gélatine, un de gélatine simple, un de gélatine au .touraillon.

Sur touraillon la levure seule ou presque seule a poussé en produisant une culture abondante. 11 existe un voile mycüdermique épais à la surface, composé de gros grains ovoïdes et de longs filaments mycéliens. Le fond ne contient que les éléments ovoïdes.

Sur bouillon, belle culture de streptocoques.

Le touraillon gélatiné reste stérile.

La gélatine renferme deux sortes de colonies développées vers le quinzième jour seulement : une colonie jaune orangé ne.liquéfiant pas la gélatine composée de gros éléments arrondis groupés par deux; une colonie blanche punctiforme formée de longs bacilles en chaînettes immobiles.

Un lapin est inoculé dans le tissu cellulaire de la hase de Voreille avec la culture primitive datant de trois jours seulement., dans l’espoir que les streptocoques -conserveront leur virulence et que le lapin fera la sélection entreles streptocoques et les autres microorganismes. On injecte 2 centimètres cubes de la culture.

Le lendemain le lapin présente une température centrale de 40“,3. L’oreille injectée est le siège d’une rougeur intense avec élévation de la température locale; il existe un gonflement très marqué qui s’étend depuis la base de l’oreille jusqu’au tiers moyen. La peau vers le centre de la lésion est livide, noirâtre, et il existe une surface grande comme une pièce de 50 centimes où l’épiderme est soulevé par de petites phlyctènes confluentes; enfin il y a chute de l’oreille.

L’examen microscopique de la sérosité ne révèle aucun microorganisme.

Cette sérosité est ensemencée sur un tube de bouillon et un tube de touraillon.

Deux jours après, le tube de touraillon est trouble, et, l’examen microscopique révèle une culture pure de cette levure analogue au muguet observée dans la culture initiale.

Le même jour, le bouillon à peine troublé présente dans le fond du tube un dépôt peu abondant, que l’examen révèle comme uniquement formé de chaînettes de microcoques. Les chaînettes sont formées de sîx à huit éléments plus gros que ceux observés précédemment. .

Nous avons donc là encore la culture jpure obtenue par notre procédé de double sélection par le touraillon d'abord, puis par le lapin.

Cette culture pure, garde sa virulence pendant un temps relativement assez long.

Huit jours après en effet elle est examinée de nouveau : elleprésente toujours les mêmes caractères morphologiques.

Un lapin reçoit alors dans le tissu cellulaire de l’oreille 2 centimètres cubes de cette culture.

Le lendemain, on note chez lui une température centrale atteignant 40°,5 le matin, 40°,4 le soir. L’oreille est le siège des mêmes phénomènes inflammatoires déjà consistés, c’est-à-dire qu’il existe une rougeur de teinte sombre très apparente, accompagnée d’élévation de la température locale et d’un gonflement oedémateux gagnant à la fois du côté de la racine de l’oreille et du côté de la périphérie. L’oreille tout entière est le siège d’une vasodilatation marquée et pend inerte sur le côté de la tête sans réagir aux excitations cutanées.

La température centrale tombe le lendemain; les phénomènes inflammatoires disparaissent rapidement avec formation de quelques petites croûtelles correspondant à des vésicules phlycténoïdes.

La sérosité de l’oreille est recueillie le jour où les phénomènes locaux et généraux ont toute leur intensité, c’està-dire le lendemain de l’inoculation. L’examen microscopique révèle, dans la préparation, une seule chaînette composée de quatre grains; mais Tensemencement de la sérosité produit sur touraillon et sur bouillon deux belles cultures de streptocoques absolument pures.

Les streptocoques développés sur touraillon sont disposés en chaînettes plus courtes que dans la culture obtenue avec le bouillon, mais les grains sont beaucoup plus gros. Ils pnt des dimensions atteignant presque le double des autres et surtout la culture forme un dépôt beaucoup plus dense et plus abondant.

Sur bouillon au contraire les chaînettes sont plus longues, formées de grains plus petits, et parfois agglomérées en pelotons. Le bouillon est à peine troublé. Le dépôt blanchâtre qui existe dans le fonddu tube est moins abon-

dant que celui qui se forme dans la solution de touraillon.

Ces caractères différentiels ont été observés plusieurs fois d’aillieurs dans nos cultures comparatives.

En inoculant comparativement deux lapins avec de semblables cultures, nous avons observé dans les deux cas des érysipèles typiques, mais le résultat obtenu avec la même quantité de culture sur touraillon était moins marqué que celui obtenu avec la culture de bouillon.

Il semble donc que le touraillon est très propre à un développement rapide du streptocoque, mais qu’il en conserve moins la virulence. AcEalme dans son travail avait d’ailleurs observé ce fait. C’est probablement aussi ce qui explique que, dans une série de lapins inoculés, ce soit le deuxième ou le troisième qui présentent les phénomènes réactionnels les plus intenses, ce que nous avons très bien constaté dans l’expérience de Saint-Maurice (exp. V). A ce moment la culture est pure et a récupéré par le passage sur le lapin toute sa virulence qu’elle perd ensuite par des cultures successives.

Aussi, pour tenter une inoculation intra-veineuse, avonsnous ensemencé avec la culture qui nous avait servi à ino culer le lapin n® 2 un tube de bouillon qui nous a donné le lendemain une culture assez abondante.

Un troisième lapin a reçu dans la veine auriculaire 1 centimètre cube de celle-ci. La température centrale est montée le lendemain à 40®,3 le matin, 40®,1 le soir, et a dépassé 40®, tous les soirs pendant plusieurs jours consécutifs.

Ce lapin a été sacrifié le 2 juin, l’autopsie n’a rien révélé d’anormal, sauf un épanchement péritonéal assez abondant

formé par un liquide citriii sans inflammation apparente de la séreuse.

Le sang du cœur ensemencé est resté stérile.

L’expérience peut donc se résumer de la façon suivante :

Une culture obtenue directement avec l’air d’une salle infectée, culture impure, mais contenant des éléments en chaînettes, donne par inoculation au lapin des phénomènes érysipélateux très intenses. Avec la sérosité recueillie dans le tissu cellulaire de l’oreille malade on obtient sur bouillon une culture pure de streptocoque.

Celle-ci, au bout de huit jours, est encore assez virulente pour produire des phénomènes inflammatoires par inoculation dans l’oreille d’un deuxième lapin. La culture de la sérosité donne de nouveau le streptocoque à l’état pur.

Enfin, une injection veineuse pratiquée sur un lapin, avec la culture pure qu'à fournie le premier, produit pendant quelques jours une élévation de température sans autre symptôme.

Expérience VII

Prise d’air faite le 9 mai dans la salle d’isolement portant le nom de Dépendance de Saint-Martin. C’est une petite salle de quatre lits située à l’entre-sol, largement aérée par deux vastes fenêtres et une porte. Cette salle pouvait être considérée comme particulièrement propre à favoriser nos recherches. Elle est en effet presque constamment occupée par des malades atteints d’érysipèle venus soit du dehors, soit des salles voisines.

Au moment de l’expérience, pourtant, il n’y avait qu’un

seul malade atteint de cette affection. Il s’agissait d’un cas d’érysipèle phlegmoneux de la face chez un adulte vigoureux, qui était pour la première fois atteint de cette maladie, et qui était entré le matin même à l’hôpital, venant du dehors.

La prise d’air a été faite comme précédemment à côté du lit à l’aide de la solution ordinaire de touraillon.

On a fait passer 60 litres d'air dans le tube de Würtz.

Notons enfin une circonstance très favorable à l’expérience : c’est que, la prise d’air s’est faite précisément au. moment du nettoyage de la salle consistant en balayage, frottage du parquet, changement des rideaux de lit.

Le tube de Würtz maintenu à l’étuve à 36“ pendant trois jours, montre au bout de ce temps un trouble général du liquide très marqué. Il existe dans le fond un dépôt peu abondant. Il n’y a pas de voile mycodermique à la surface.

L’examen de la culture puisée au fond du tube montre de très nombreuses chaînettes composées de gros grains, c’est-à-dire ayant l’aspect ordinaire des cultures de streptocoques sur touraillon. A côté des streptocoques qui constituent la partie principale de la culture, existent aussi de nombreux bacilles grêles et allongés.

Cette culture quoiqu’impure est inoculée immédiatement à un lapin pour en constater la virulence.

L’inoculation est faite dans les mêmes conditions que précédemment, c’est -à-dire à la dose de 2 centimètres cubes.

Le lendemain, le lapin présente une température centrale de 40“,4, température qui se maintientjusqu’au surlendemain matin au-dessus de 40“.

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