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En même temps que cette élévation de la température, on constate les phénomènes locaux suivants : l’oreille inoculée tombe inerte tandis que l’autre continue à être maintenue dressée ; cette oreille est le siège d’un gonflement énorme, s’étendant depuis la racine de l’oreille jusqu’à la région moyenne, ayant envahi même les bourrelets latéraux de l’oreille qui se montrent infiltrés et transparents. Il existe une surface noirâtre, large comme une pièce d’un franc, ne correspondant pas au point d’inoculation, et à la surface de laquelle se montrent quelques phlyctènes. 11 y a enfin, vaso-dilatation très manifeste de toute l’oreille accompagnée d’une élévation de température très facile à apprécier à la main. Ces phénomènes persistent au maximum pendant le premier jour, puis s’atténuent progressivement. La température oscille pendant huit jours encore entre 39'’,5 le matin, et 40° et plus, le soir, puis tout rentre dans l’ordre et le lapin guérit après une desquamation légère.
La sérosité de l’oreille recueillie ne présente pas de microorganisme à l’examen microscopique.
Cette sérosité est ensemencée sur un tube de bouillon, un tube de touraillon et trois de gélatine, dont deux de gélatine au touraillon.
Seul, le tube de touraillon est fertile. Après deux jours d’étuve, il existe un trouble très abondant, mais peu de dépôt.
L’examen du liquide révèle une très belle culture pure de streptocoques disposés en chaînettes de 10 a 15 éléments.
Cette culture est immédiatement inoculée à un lapin n° 2 qui en reçoit 2 centimètres cubes dans le tissu cellulaire de l’oreille.
Dès le soir, la température centrale monte à 40°,2 et se maintient matin et soir au-dessus de 40" pendant cinq jours.
Les phénomènes locaux sont au contraire assez peu marqués. Le lapin n’a pas de chute de l’oreille. Celle-ci présente seulement une rougeur diffuse accompagnée d’un peu d’œdème local. Il y a là probablement un de ces cas d’atténuation dont nous avons parlé, expliquant ce fait un peu paradoxal que la culture pure ait produit des phénomènes réactionnels beaucoup moins intenses que la culture initiale qui était loin d’être pure.
Cependant cette virulence de notre culture pure, quoique atténuée, s’est conservée encore un certain temps.
En effet, huit jours après, un nouvel examen nous prouve que cette culture a toujours les mêmes caractères morphologiques, puis elle est inoculée à la dose de 2 centimètres cubes dans le tissu cellulaire de l’oreille d’un troisième lapin.
Celui-ci présente le lendemain une température cen traie de 40®, 1 le matin, 40®,2 le soir. Il existe en même temps des phénomènes inflammatoires beaucoup moindres que chez le premier lapin et de même intensité à peu près que chez le deuxième.
lia sérosité recueillie, et ensemencée sur bouillon et sur touraillon donne, sur bouillon, une culture de chaînettes de très petits éléments, peu abondants d’ailleurs, et rien sur touraillon.
Enfin un essai d’inoculation intra-veineuse est tenté toujours avec la culture pure qui nous a servi à inoculer le deuxième lapin.
Cette culture datant de huit jours est rajeunie par un
ensemencement sur touraillon qui donne lieu en deux jours à une belle culture; puis celle-ci est injectée à la dose de 1 centimètre cube dans la veine auriculaire d’un quatrième lapin.
Le surlendemain seulement, celui-ci présente une élévation de température qui se maintient au-dessus de 40® pendant trois jours consécutifs.
L’autopsie du lapin sacrifié le 2 juin n’a rien révélé de pathologique. L’ensemencement du sang recueilli dans le cœur immédiatement après la mort est resté stérile.
L’expérience-peut donc se résumer ainsi :
Culture im'pure obtenue far passage direct de l’air incriminé sur la solution de touraillon ; injection de cette culture dans l’oreille d’un lapin et phénomènes érysipélateux de l’oreille inoculée; la sérosité de l’oreille donne sur touraillon une culture pure qui produit encore chez le lapin, à huit jours d’intervalle, des œdèmes inflammatoires peu marqués, mais dont la sérosité contient des streptocoques. Enfin l’injection intraveineuse à un lapin de la culture inoculée aux deux lapins précédents reste sans résultat. Cette injection produit une élévation de température sans phénomènes locaux.
§ II. — Expériences faites avec le lioiilllon pliéniqné
Ges expériences ont eu pour point de départ le fait déjà connu, d’après nos premières expériences, du développement du streptocoque sur milieu acide et l’observation, faite déjà plusieurs fois par M. G. Roux, que les formes en chaînettes se développent bien dans les bouillons phéniqués utilisés pour la recherche dans l’eau du bacille d’Eberth.
Ges expériences sont au nombre de trois. Elles ne nous ont pas donné de résultat satisfaisant, tandis que nous en obtenions avec nos cultures sur touraillon. Aussi, avons-nous rapidement abandonné cette voie-là, pour continuer nos recherches en employant exclusivement la solution de touraillon.
Le bouillon dont nous nous sommes servi est du bouillon de bœuf alcalinisé auquel nous avions ajouté après stérilisation V gouttes d’une solution d’acide phénique à 5 pour 100, pour 10 centimètres cubes.
Expérience VIII
La prise d’air a été faite dans la salle Sainte-Jeanne, service de M. le D" Elément, à l’aide du tube de Würtz placé à côté du lit d’un malade atteint d’un érysi pèle de la face en desquamation. Le malade est entré depuis huit jours à l’hôpital, il avait eu un érysipèle phlyc-
ténulaire très intense. C’était sa première atteinte d’érjsipèle.
Il n’existait dans la salle aucun autre malade atteint de cette affection ou d’une affection suppurative quelconque.
La salle est située sous les combles, elle est basse et mal aérée. Le balayage a lieu le matin entre 6 et 7 heures. La prise d’air a été faite à 5 heures du soir.
On fait barboter dans le tube de Würtz 54 litres d’air.
Le tube est, immédiatement après, porté à l’étuve à 36».
Au bout de trois jours seulement, il présente un trouble léger.
L’examen du liquide révèle une culture formée principalement de très longs bacilles grêles et immobiles, de très nombreux, microcoques et aussi de nombreuses chaînettes.
Un tube de gélatine ensemencé avec une deuxième dilution de ces cultures et préparé par la méthode d’Esmarch ne donne aucun résultat.
Un ensemencement de la première culture est fait sur cinq tubes de bouillon contenant chacun 10 centimètres cubes, avec des doses progressivement décroissantes d’acide phénique, c’est-à-dire que le premier tube contient V gouttes, le deuxième IV gouttes, le troisième III gouttes et le quatrième II gouttes de la solution à 5 pour 100. Le dernier ne contient pas d’acide phénique. Nous pensions pouvoir ainsi déterminer la dose optima pour le développement des streptocoques.
Les cinq tubes donnèrent des cultures aussi abondantes et tout aussi impures, composées comme la première de
longs bacilles et de quelques chaînettes courtes disséminées, sans qu’il nous fût possible de trouver de différence appréciable suivant le titre du liquide employé. Cependant les plus longues chaînettes, composées de plus de 60 éléments^ existaient dans le tube nonphéniqué.
Avec le premier de nos cinq tubes, c’est-à-dire avec celui qui contenait V gouttes de la solution phéniquée, nous avons tenté quand même une inoculation à un lapin.
Ce lapin reçut dans le tissu cellulaire de l’oreille droite préalablement rasée 2 centimètres cubes de culture, il n’eut consécutivement aucune élévation de température et seulement un peu de rougeur et de gonflement de la peau.
Expérience IX
Prise d’air faite dans la salle des Premières Femmes service de M. le D'' Clément, à coté du lit ou est morte il y a quelques jours une malade atteinte d’un érysipèle de la face.
La salle est vaste, bien éclairée et bien aérée.
Nous pensions être cependant dans de bonnes conditions pour recueillir des germes de l’érysipèle, parce que la salle des Premières-Femmes est certainement celle de tout l’Hôtel-Dieu qui reçoit le plus de malades atteints de cette affection, M. le D' Clément ayant demandé à un certain moment qu’on lui en envoyât et la consigne s’étant fldèlement transmise depuis.
De plus, la prise d’air est faite immédiatement après le balayage et le frottage des parquets de la salle, à 4 heures du soir.
Le tube de Würtz contient 10 centimètres cubes de bouillon, auquel on a ajouté V gouttes de la solution phéniquée à 5 pour 100, et dans laquelle on fait barboter 50 litres air.
Après un séjour de quatre jours à l’étuve à 37“, le tube présente un trouble'très léger sans dépôt dans le fond.
L’examen de la culture nous montre, comme dans la précédente, de très longs bacilles grêles immobiles, douze ou quinze fois plus longs que larges, et de nombreux microcoques ; mais il est certain que les bacilles forment la majorité de la culture.
Expérience X
Prise d’air pratiquée dans la salle d’isolement dite : Dépendance de Saint-Martin, salle qui, comme nous l’avons dit déjà, sert de salle d’isolement pour les érysipèles venus des services de chirurgie.
Aumoraent de l’expérience, ily avait, sur quatre malades ■couchés dans cette salle, trois cas d’érysipèle de la face, un datant de cinq jours, un autre de treize jours et l’autre de quinze jours. Tous ces malades étaient, au moment de l’expérience, en pleine desquamation.
Le tube de Würtz, placé à côté d’un des malades, contenait 10 centimètres cubes de bouillon additionné de V gouttes de la solution phéniquée à 5 pour 100, et l’on fait passer 50 litres d'air.
Après deux jours passés à l’étuve, le tube contient déjà un dépôt blanchâtre très dense et très abondant et un trouble léger, caractères qui font espérer une culture de streptocoques.
Malheureusement, l’examen révèle bien, il est vrai, quelques chaînettes, mais rares, et la culture contient un certain nombre d’autres microorganismes parmi lesquels prédominent encore les longs bacilles grêles et immobiles signalés dans les cultures précédentes.
Il semble donc que, si le bouillon phéniqué opère parmi les microbes de Tair une certaine sélection, ce n’est pas en faveur des streptocoques, mais plutôt en faveur de ce bacille que nous n’avons pas cherché à isoler, ni à étudier complètement faute de temps.
De plus ce fait vient, à la suite de beaucoup d’autres d’ailleurs, infirmerTidée primitive de Vincent qui pensait que, seuls, le bacille d’Eberth et le bacille coli communis pouvaient se développer dans le bouillon phéniqué. M. G. Roux, et tous les auteurs qui se sont occupés de la question ont trouvé dans l’eau de très nombreux microbes se développant dans le bouillon phéniqué.