‹ Contribution experimentale à la recherche des streptocoques dans l'air atmosphériqueChapitre 8 sur 10 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Prises d’air pratiquées dans des lieux supposés purs de streptocoque.

Nous n’avons que trois expériences à relater. Il est évident qu’un plus grand nombre serait désirable pour permettre d’établir solidement les faits. Il eut fallu notamment pratiquer des prises d’air, soit en pleine campagne ou sur des hauteurs, soit dans la ville, à l’air libre et dans les maisons d’habitation. Malheureusement ces expériences sont longues; le détail des précédentes et les fausses routes suivies, notamment pour les expériences à l’aide de Tacide phénique, nous avaient pris beaucoup de temps et nous avons du renoncer à ce supplément d’informations si nécessaire.

Nous avons donc pratiqué trois prises d’air, la première à l’air libre dans une cour de l’Hôtel-Dieu; la seconde, dans une maison d’habitations de la ville et, enfin, la troi sième, dans la grande salle d’opérations del’Hôtel-Dieu.

Expérience XI

Prise d’air pratiquée dans la grande salle d’opérations de l’Hôtel-Dieu.

Le milieu de culture employé a été la solution de touraillon acide à 5 pour 100 employée dans les expériences précédentes.

La quantité d’air qui a passé dans le tube de Würtz a été de 70 litres.

La prise d’air a été faite le samedi 13 mai, après le lavage et l’aérage complet de la salle qui se fait à la suite des opérations pratiquées le matin.

L’appareil a été placé sur la table d’opérations.

Le tube a été mis à l’étuve à 36®.

Trois jours après le liquide est trouble, sans dépôt au fond, et recouvert d’un voile mycodermique composé d’une culture très abondante de ces gros bacilles courts et immobiles, que nous avons déjà signalés plusieurs fois. Le liquide situé au-dessous contient de très nombreux microorganismes : microcoques, en amas ou groupés par deux, très nombreux bacilles de toutes les formes et de toutes les dimensions, mais aucune chaînette de streptocoques.

Cette culture, aussi impure que possible, est injectée à la dose de 2 centimètres cubes dans le tissu cellulaire de l’oreille droite d’un lapin. L’oreille gauche reçoit, en même temps et comparativement, la même dose de solution aseptique de touraillon.

Le lendemain, cette oreille ne présente pas le moindre gonflement, pas la plus légère rougeur.

L’oreille droite, au contraire, présente de la rougeur

avec œdème inflammatoire assez marqué. La température centrale est de 39°,9.

La sérosité recueillie aseptiquement dans l’oreille est ensemencée sur un tube de bouillon et un tube de touraillon.

Le tube de bouillon reste stérile.

Le tube de touraillon, au contraire, est trouble et la surface du liquide est couverte d’un voile mycodermique épais, absolument semblable à celui du tube primitif, c’est-à-dire formé de gros bacilles courts et immobiles. Dans le fond du tube la culture est composée uniquement de très longues chaînettes de bacilles allongés, grêles, immobiles.

Expérience XII

Prise d’air pratiquée dans une maison d’habitation située à Lyon dans un quartier éloigné du centre.

L’appareil est placé dans le cabinet à toilette d’une chambre à coucher où couche une seule personne.'

L’appartement a été réparé il y a deux ans et n’a contenu aucun malade depuis cette époque.

La prise d’air est faite à 2 heures du soir, les fenêtres étant fermées. Le balayage de la pièce a été fait le matin vers 8 heures.

On fait passer dans le tube de Würtz 70 litres d’air.

Après deux jours passés à l’étuve, on remarque que le liquide est trouble et recouvert d’une végétation mycodermique abondante.

La préparation microscopique montre les gros bacilles

immobiles et courts de la surface et un grand nombre de microorganismes variés, parmi lesquels on note des spirilles, des bacilles longs et très mobiles, des microcoques, mais aucune chaînette.

Un lapin reçoit immédiatement 2 centimètres cubes de cette culture dans l’oreille droite et 2 centimètres cubes de la solution de touraillon aseptique dans l’autre oreille.

Le lendemain l’oreille gauche ne présente absolument rien, ni gonflement, ni rougeur; on ne peut même apercevoir le point d’inoculation.

L’oreille droite, au contraire, présente du gonflement, de la rougeur. La température centrale atteint 40“,2.

La sérosité de l’oreille malade ensemencée sur deux tubes de bouillon ne donne rien.

Le tube de touraillon, trois jours après l’ensemencement est trouble, le liquide présente à la surface une végétation mycodermique abondante.

On trouve dans l’examen de la culture de gros bacilles courts et immobiles répondant à la culture de la surface et, dans le fond, des bacilles allongés, groupés en chaînettes courtes de 3 à 5 éléments.

Les résultats fournis par ces deux expériences sont, on le voit,absolument comparables, presque identiques. Dans les deux cultures initiales nous trouvons comme prédominant les deux mêmes microorganismes. Tous deux produisent chez le lapin des phénomènes d’inflammation locale. Dans les deux cas, la sérosité recueillie ne donne pas de culture sur bouillon, mais donne sur touraillon les deux microorganismes initiaux, c’est-à-dire les bacilles

gros, courts et immobiles et les bacilles longs, grêles disposés en chaînettes.

Quelle conclusion tirer de ces faits ? c’est là une question assez embarrassante. ,

Cependant, nous nous croyons autorisé à dire que le streptocoque était absent dans les 70 litres d’air examinés, puisque non seulement la culture initiale n’en contenait pas, mais surtout que l’inoculation de cette culture donne bien au lapin une inflammation, une dermite, mais non une dermite à streptocoques.

Expérience XIII

Cette expérience a été pratiquée le 22 mai dans la cour Saint-Martin (Hôtel-Dieu). Celte cour, plantée de quelques arbres, donne d’un côté sur la rue dont un mur la .sépare, et est entourée des trois autres côtés par des corps de bâtiments contenant des salles et même la salle d’amphithéâtre. La salle d’isolement, dite Dépendance de Saint-Martin dont nous avons parlé à propos de nos expériences précédentes, donne sur cette cour.

Ce voisinage était peut être assez mal choisi pour obtenir de l’air pur ; cependant une pluie abondante avait duré toute la journée'la veille et avait abattu, pensions-nous, tous les germes.

La prise d’air a été faite dans le centre de la cour à l’aide du tube de Würtz contenant la solution de touraillon. On a fait passer dans celle-ci 60 litres d'air.

Le tube est mis à l’étuve. Trois jours après : trouble

léger, voile mycodermiqiio à la surface, dépôt dense et abondant dans le fond, pas de flocons.

L’examen révèle, en plus des bacilles de la surface qui présentent le même aspect que précédemment, des bacilles en chaînettes et surtout de très beaux amas de longues chaînettes de streptocoques.

U inoculation de cette culture (2 centimètres cubes à Voreille d’un lapin) n’a produit que des phénomènes inflammatoires peu marqués.

La sérosité de l’oreille ensemencée sur tubes de bouillon est restée stérile.

On peut expliquer ce fait de deux façons ; 1“ en supposant que les streptocoques de la culture étaient déjà trop atténués pour produire des effets pathologiques; 2“ ce qui est plus simple, et nous paraît l’hypothèse préférable, en n’attrîbuant aucun caractère pathologique aux streptocoques trouvés. Ou sait en effet que le caractère morphologique consistant dans la disposition en chaînettes ne suffit pas à caractériser les streptocoques pathogènes. Les auteurs qui ont essayé d’établir des classifications parmi les streptocoques en distinguent des variétés très nombreuses dont la virulence est des plus variables et peut être presque nulle ou complètement nulle en certains cas.

Nous rappellerons, à ce propos, que beaucoup d’auteurs attribuent avec von Lingelsheim à la longueur des chaînettes une grande, importance au point de vue de la virulence. Us distinguent les streptocoques en deux variétés, le Streptococcus longus et le Streptococcus brevis. Le premier serait très virulent, le second beaucoup moins. Tontes nos recherches semblent avoir porté sur des

streptocoques de la seconde catégorie j cependant les résultats locaux témoignaient d’une certaine virulence dans la plupart des cas. Il est vrai que nos inoculations intra-veineuses sont restées sans résultat. Nous ajouterons également que nos cultures n’ont jamais été pyogènes.

Nous mentionnons ces faits d’ailleurs sans bâtir aucune hypothèse pour en chercher l’explication.

La question des variétés et de la virulence des streptocoques est encore trop obscure en effet pour permettre autre chose que des suppositions.

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