‹ Contributions à l'étude de la gangrène infectieuseChapitre 4 sur 14 · SAT · texte numérisé non relu

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nieuse expérience du bistournage ou castration du bélier. Cette expérience permet de produire à l’intérieur de l’organisme, à l’abri de l'air, un arrêt dans la circulation du testicule. Qu’on se borne à cette pratique, et l’organe ainsi frappé de mort subira un travail de simple désagrégation. Mais si, avant de procéder à la torsion des vaisseaux du testicule, on fait pénétrer dans cet organe, par injection dans une veine de l’animal, des bactéries suspendues dans de la sérosité filtrée provenant du pus d’un séton, on constatera cette fois non plus une simple nécrose, mais une véritable gangrène putride. Ces expériences, souvent répétées par CHAUvVEAU, lui ont toujours donné les mêmes résultats. Si ceux-ci ne sont pas à l'abri de toute objection, on ne saurait pourtant en méconnaître l'importance, et il est à désirer que l’expérimentation soit continuée dans ce sens.

Nous croyons, avec le professeur pe RECkLING- HAUSEN, que les micrococcus sont les agents de production de la gangrène putride, qu’ils en sont la condition essentielle, Que des germes de micrococcus ou des micrococcus tout formés arrivent au contact de tissus privés de vie et qu'ils s’y développent ou continuent à s’y développer, et la putréfaction se produira. On pourra observer ainsi des foyers gangréneux à l'abri du contact de l’air, dans les organes internes, si les conditions dont nous venons de parler se trouvent réalisées (foyers gangréneux métastatiques). Nous ne pouvons insister davantage sur ce point sans dépasser les limites que nous nous sommes imposées.

Qu'il nous soit permis de rapporter ici quelques essais qui confirment les idées que nous venons d'émettre au sujet du rôle étiologique des micrococcus dans la gangrène putride.

Si l’on vient à interrompre le cours du sang dans la patte d’une grenouille par ligature des vaisseaux principaux ou, plus sûrement, par ligature en masse du membre, il se produit une gangrène qui, vu la nécessité où on se trouve de conserver l’animal à l'humidité, prend toujours le caractère de gangrène putride. La ligature des vaisseaux fémoraux ne nous a pas donné des résultats satisfaisants, car le plus souvent s’établissait une circulation collatérale qui ramenait la vie dans les parties périphériques. La ligature en masse, au contraire, déterminait infailliblement la gangrène. Elle était faite généralement à la jambe de l’animal à l’aide d’un fil résistant; puis la grenouille était placée dans un vase largement ouvert, au fond duquel se trouvait une légère couche d’eau qu’on avait soin de renouveler chaque jour. Voici ce qu’on observe après avoir pratiqué la ligature : le membre est inerte et insensible, et au bout de quelques heures paraissent un léger œdème et une teinte rosée qui ont leur maximum aux extrémités digitales et à la membrane natatoire.

Bientôt on distingue, à l’œil nu, dans les espaces interdigitaux, une riche injection des veinules qui se détachent sur un fond violacé dû à l’hypérémie des capillaires. Cette injection s'étend aux veines de la peau du pied et du bas de la jambe. Quelquefois, à

ce moment déjà, le plus souvent un peu plus tard, on trouve disséminées sur la membrane natatoire de petites taches rouges, ecchymotiques, dues, ainsi que le révèle le microscope, à des hémorrhagies capillaires. La circulation est considérablement ralentie dans les capillaires qui sont dilatés et gorgés de sang. Si la pression y est assez forte, les globules rouges s’aplatissent sur leurs bords et se meuvent avec peine. D’autres fois la circulation est déjà complétement arrêtée. à

Une fois la circulation interrompue dans le membre lié, le travail de destruction ne tarde pas à se produire. L’œdème augmente; les parties situées audessous de la ligature prennent une teinte violette; quelques ecchymoses apparaissent le long de la jambe. A ce moment, c'est-à-dire vers le troisième ou le quatrième jour, la gangrène est imminente. La couleur du membre devient de plus en plus foncée; l'épiderme se plisse et se soulève çà et là en forme de phlyctènes. Celles-ci contiennent une sérosité limpide qui ne renferme aucun élément organisé, mais simplement des granulations albuminoïdes. Une ponction capillaire, pratiquée sous la peau de la jambe, n'amène que de la sérosité rosâtre, exempte aussi de tout organisme. Par contre, aussitôt que l’épiderme commence à se soulever et à se détacher par plaques, le membre répand une odeur fétide caractéristique rappelant celle du poisson gâté. C’est que, par suite de la destruction de l’épiderme, les ferments ont pu arriver au contact des tissus morts et s’y développer; ces ferments se trouvent en effet en abondance sur

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