‹ Contributions à l'étude de la physiologie de l'estomacChapitre 11 sur 32 · QUELQUES REMARQUES SUR LA PHYSIOLOGIE DE L'ESTOMAC · texte numérisé non relu

QUELQUES REMARQUES SUR LA PHYSIOLOGIE DE L'ESTOMAC

Dans ce chapitre, je réunirai un ensemble de faits que j'ai observés sur les Batraciens et sur les Mammifères et dont l'exposé trouverait difficilement place clans les chapitres précédents ou dans ceux qui suivent, destinés exclusivement à l'étude de l'innervation de l'estomac.

Batraciens. — Dans le précédent chapitre, j'ai montré que la sécrétion de la pepsine chez la Grenouille, avait lieu clans l'œsophage et dans l'estomac. J'ai recherché aussi si les glandes de ces régions du tube digestif élaboraient un ferment pouvant saccharifler l'amidon, et si les glandes œsophagiennes produisaient réellement de la chymosine ou lab, comme l'a annoncé Grtitzner. Je suis arrivé clans les deux cas à des résulats négatifs.

Voici comment j'ai procédé pour rechercher le ferment saccharifiant l'amidon.

J'ai fait infuser vingt-quatre heures à 30° des estomacs et des œsophages de Grenouille dans de l'empois d'amidon à 1 pour 100 neutre ou légèrement acidulé. J'ai ajouté quelques gouttes d'empois à des infusions aqueuses d'oesophage et d'estomac ou à des infusions acides neutralisées, et j'ai prolongé le contact pendant un jour. La liqueur de Fehling et le chlorhydrate de phénylhydrazine ne m'ont pas permis de reconnaître du glucose (ou du maltose) dans ces différentes liqueurs. L'iode en excès leur communiquait une teinte rouge violacé; elles contenaient donc de l'érytrodextrine ; mais de l'infusion de muscle en aurait fait tout autant.

Griitzner l, à la suite d'une seule expérience, annonce que la région œsophagienne sécrète seule dû lab, et localise la production du ferment coagulant le lait dans les cellules principales. Nous avons tenu à vérifier ce fait. Plusieurs expériences nous ont tou-

1. Griitzner, Arch. f. die ges. Physiologie, XVI, S. 117, 1878.

jours démontré l'absence de chymosine dans l'intestin antérieur de la Grenouille. J'en citerai une :

Trois intestins antérieurs de Grenouille sont étalés avec des épingles sur une lame de liège et lavés sous un robinet d'eau jusqu'à cessation de la réaction acide de l'estomac. On résèque les zones cardiaques, et on place les œsophages et les estomacs séparément dans deux matras renfermant chacun 10 centimètres cubes d'acide chlorhydrique à 1 p. 1000.

Le lendemain, ces extraits sont filtrés, et à quatre ballons renfermant chacun 4-0 grammes de lait bouilli et refroidi on distribue : 1° 1 cent, cube d'extrait œsophagien; 9° 1 cent, cube du môme extrait exactement neutralisé; 3° 1 cent, cube d'extrait stomacal; 4° 1 cent, cube du même neutralisé.

Après vingt-quatre heures de séjour à l'étuve, ces quatre ballons ne renferment pas de coagulum.

Dans d'autres expériences, j'ai constaté aussi que l'infusion aqueuse pure et simple est impuissante à coaguler le lait.

De tout cela, je crois pouvoir conclure que la coagulation observée par Griitzner dans son unique expérience a été fortuite, et que l'intestin antérieur de la Grenouille ne fabrique ni ferment saccbarifiant, ni ferment coagulant le lait.

Les infusions d'Eberle faites avec des estomacs et œsophages de Grenouille digèrent à la température ordinaire. Ce fait est connu depuis longtemps; mais la digestion est fort lente. Il m'a semblé que l'optimum de température était voisin de 30°, chiffre que le corps des Batraciens ne doit jamais atteindre probablement. A cette température, les digestions s'effectuent rapidement, et il y a très peu de propeptone produite. A une température supérieure (38°), j'ai cru remarquer, mais mes observations sont peu nombreuses et je n'affirme pas positivement ce fait, que les digestions étaient un peu moins actives et qu'il se produisait plus de propeptone.

En tout cas, la digestion stomacale de la Grenouille s'effectue assez lentement. Les Coléoptères séjournent fort longtemps dans l'estomac de ces animaux. Huit jours après leur déglutition, il y a encore dans l'intérieur de leur carapace des muscles intacts. De la viande ou des morceaux d'albumine se digèrent en deux ou trois jours ordinairement selon leur grosseur. Il n'est pas nécessaire de sacrifier les animaux pour constater si la digestion est effectuée; on leur retournera l'estomac à l'envers en le faisant sortir par la bouche, comme le fait M. Ranvier.

Le suc gastrique est toujours peu abondant chez la Grenouille; il se sécrète jj 'une façon continue mais en quantité variable suivant l'état de réplétion ou de vacuité de l'estomac. Chez les individus mâles, la réaction de la muqueuse stomacale est toujours acide, même si l'animal n'a pas reçu de longtemps de nourriture. Chez (a femelle, au contraire, pendant la période d'activité de l'ovaire, c'est-à-dire pendant l'hiver, époque où ces animaux en liberté ne prennent aucune nourriture, la sécrétion gastrique, normalement acide comme chez le mâle, devient très souvent alcaline. Il est facile de constater que la cause de ce phénomène réside dans la circulation de l'estomac qui est alors très réduite; les vaisseaux sont filiformes et bien moins visibles que sur un individu mâle. Le sang de la crosse gauche de l'aorte qui, normalement, passe en presque totalité dans le tronc cœliaque, descend alors dans l'aorte abdominale et contribue à nourrir les organes génitaux extraordinairement vascul arisés.

Si, à cette époque, on fait avaler à une femelle quelques morceaux de viande, la digestion se fait très lentement ou môme pas du tout, car parfois des vomissements viennent l'interrompre, et la circulation de l'estomac ne prend jamais l'importance qu'elle a en temps ordinaire, pendant le fonctionnement des glandes gastriques.

L'innervation contribue sans aucun doute d'une façon très efficace à réduire ainsi la circulation de l'estomac, inactif en hiver, au profit de la circulation de l'ovaire et des oviductes; mais, indépendamment de toute influence nerveuse, nous voyons intervenir une cause toute mécanique : le déplacement du tronc cœliaque, dont la direction primitive se trouve changée, l'estomac étant refoulé vers la partie antérieure du corps par les organes génitaux hypertrophiés.

En effet, sur une grenouille normale, les positions relatives des gros troncs vasculaires sont représentées assez exactement par le schéma suivant : Ao.d est la crosse droite de l'aorte, se continuant directement par l'aorte abdominale Ao.a; Ao.g est la crosse gauche s'anastomosant en o avec la droite et dont la continuation directe se trouve être le ^-aa tronc cœliaque. Le sang de la crosse gauche se déverse donc presque en totalité en temps ordinaire dans les viscères de la digestion.

Chez la femelle en gestation, l'estomac est refoulé en avant par

les ovaires et les oviductes, et l'angle très obtus du tronc cœliaque et de la crosse gauche finît par devenir aigu. Le sang de l'aorte gauche se trouve alors lancé naturelle- Ao.d lX ,,Ao.a ment dans l'aorte abdominale.

Bien entendu, le système nerveux en J}:c provoquant le resserrement des vaisseaux des organes de la digestion, et la vasodilatation des vaisseaux utéro-ovariens, An II joue un rôle dans les phénomènes cir-

culatoires qui viennent d'être décrits ; mais le changement de direction du tronc cœliaque, dépendant d'une cause purement mécanique, y contribue pour une part qui, certainement, n'est pas négligeable.

Si on lie le tronc cœliaque sur une Grenouille mâle on voit quelques jours après la sécrétion gastrique devenir alcaline.

Mais, comme nous l'avons déjà dit, la sécrétion de V estomac reste acide et contient de l'acide chlorhydrique si on a substitué au sang de ranimai de l'eau salée à 7,5 pour 1000, suivant le procédé de Cohnheim. Il est vrai que par ce procédé on ne peut parvenir à priver complètement une Grenouille de son sang. Voici comment se fait l'opération :

Par le bout central de la veine abdominale on injecte de l'eau salée à 7,5 p. 1000, jusqu'à ce que le sang, s'écoulant par le bout périphérique, ait fait place à la solution saline. Souvent on est obligé de suppléer à l'insuffisance de cette issue en ouvrant une artère, ou simplement en amputant le poignet d'un des membres antérieurs. Une demi-heure après le début de l'expérience, l'animal paraît complètement exsangue; les muqueuses sont incolores, la peau est devenue d'un vert glauque, les chromatophores noirs s'étant mis en boule. Cependant, si on examine au microscope le liquide qui s'écoule par une des issues qu'on a ménagées, on voit encore quelques rares globules dans le champ de l'instrument.

A mon grand étonnement, je me suis bientôt aperçu que si longtemps que l'on poursuivait l'expérience, jusqu'à la mort même de l'animal, on trouvait toujours quelques globules dans le liquide sortant des vaisseaux; et le nombre des globules visibles dans le champ du microscope est à peu près constant (S ou 6 en moyenne, microsc. Vérick, tube tiré, oc. 3, obj. 7). Il est donc impossible, par cette méthode, de saigner complètement une grenouille. D'ailleurs, le calcul mathématique le démontre :

Désignons, en effet, par S et E les'poids respectifs de sang et d'eau contenus dans les vaisseaux sanguins de la grenouille au temps t; par a le

poids d'eau salée introduite pendant l'unité de temps, et par - la fraction

du mélange de sang et d'eau qui s'écoule hors de l'organisme pendant l'unité de temps. Le liquide qui s'écoule est, en effet, sensiblement fonction du premier degré de la pression intra-vasculaire, et par suite sensiblement de S + E.

Supposons en outre que, à tout moment, le mélange de sang et d'eau soit homogène, ce qui est, à peu de chose près, exact.

Si nous donnons au temps t un accroissement infiniment petit dt, S + E deviendra, à un infiniment petit du deuxième ordre près :

S + E + d(S + E) = S + E — - + E dt + adt.

Simplifiant cette équation, on a:

S E dS + dE = — - dt dt + adt.

■vÀ~ En égalant les qualités de sang contenues dans les deux membres (S et E sont, en effet, deux variables indépendantes), il vient :

dS =

- dt; n '

cIS

dt

cte

En intégrant, on a : L. S

Au temps : t = 0, S = S0, poids initial du sang de l'animal intact. La constante d'intégration est donc égale à S0 :

Passons des logarithmes népériens aux nombres :

formule qui nous donne le poids du sang contenu dans l'animal à un instant quelconque. On voit que S ne s'annule que pour :

t = + co .

La courbe représentatrice des valeurs de S, en prenant S pour ordonnée, et t pour abscisse, a la forme suivante :

Cette courbe a pour asymptote l'axe des t positifs; l'ordonnée à l'origine est S0. Les abscisses positives répondent seules à la question. L'ordonnée à un instant quelconque t représente la quantité de sang contenue alors dans l'animal. Cette courbe montre qu'au bout d'un certain temps, la quantité de sang contenu dans l'organisme restera à peu près constante, si grand que soit le temps pendant lequel on poursuivra l'opération.

Remarquons en outre que, dans l'expression qui donne les valeurs de S, a n'existe pas. On peut le supposer nul. Dans ce cas, le problème revient à saigner une Grenouille à blanc. Ici encore, on ne pourra pas enlever toute la masse du sang de l'organisme; et théoriquement l'injection d'eau salée ne présente aucun avantage. Il n'en est pas de même dans la pratique, mais elle n'a pas d'autre effet que celui d'empêcher par dilution la coagu-i lation du sang et par suite de faciliter la saignée.

Nous nous expliquons ainsi pourquoi on ne peut par ce procédé expulser la totalité du sang de l'organisme. Mais la quantité du sang persistant est négligeable. Les gros vaisseaux sont incolores et l'animal est pour ainsi dire exsangue.

Les Grenouilles ainsi traitées se remettent en quelques heures du choc opératoire, et vivent en général quatre ou cinq jours, exceptionnellement quinze jours *. Ces expériences ont été faites en décembre et janvier 1890-91, c'est-à-dire en hiver, moment où les Grenouilles sont plus résistantes, et sur l'espèce Temporaria.

Ces animaux ont parfois réussi à digérer un peu de viande. Une Grenouille, celle qui a vécu quinze jours, en a digéré complètement à deux reprises. En tout cas, tous ces animaux sécrètent jusqu'à leur mort un suc gastrique acide et dont l'acidité est due à de l'acide chlorhydrique, comme je l'ai constaté par le chlorure de cobalt. Cette acidité est visiblement plus faible que celle du suc normal.

1. Lorsque les Grenouilles salées vivent longtemps, elles ont reformé une quantité de sang appréciable, les vaisseaux sont rosés, et la rate fort rouge.

L'expérience n'en est pas moins* concluante, et elle montre que si des troubles de circulation déterminent une sécrétion alcaline dans l'estomac, ce n'est pas tant parce que ce viscère est insuffisamment nourri, que parce qu'il ne reçoit plus qu'une quantité insuffisante de chlorure de sodium.

Mammifères. — J'ai étudié aussi sur le chien l'influence des variations de la circulation sanguine, et tout à l'heure j'exposerai les résultats des expériences que j'ai faites à ce sujet. Mais auparavant je crois devoir donner quelques détails sur un point de technique opératoire, sur la manière dont j'obturais les fistules stomacales de mes chiens d'expérience et comment je pratiquais ces fistules.

On a souvent besoin de chiens porteurs de vastes fistules à l'estomac, et il est nécessaire d'avoir un appareil commode pour obturer ces fistules lorsque l'animal n'est pas en expérience. On ne peut songer effectivement à les laisser ouvertes; l'animal ainsi traité tomberait bientôt dans une anémie extrême en perdant son suc gastrique, si la fistule est ancienne; et cette fistule se cicatriserait rapidement, si elle était de date récente *.

La figure ci-après représente les différentes pièces de l'obturateur dont je fais usage.

Cet obturateur a l'avantage de pouvoir être retiré à volonté et permet ainsi l'inspection sérieuse de l'intérieur de l'estomac; de plus on peut aisément construire soi-même cet appareil :

A est une petite plaque de bois façonnée comme l'indique la figure; c'est la portion intrastomacale de l'obturateur; B est un bouchon de liège percé suivant son axe, et choisi de manière à fermer exactement la fistule; C est un disque de bois percé d'un trou à son centre; cette pièce coiffe le bouchon B et l'empêche de pénétrer dans l'estomac. Ces pièces A, B et C sont embrochées par une vis V dont la tête se trouve dans l'estomac et sont maintenues appliquées l'une à l'autre par la rondelle de fer D et l'écrou E.

1. Bardeleben, in Arch. fur physiologische Heilkunde, Bd. VIII. S. 2, a décrit un obturateur uiobile différent du noire. Il ne paraît pas être plus avantageux, et il a l'inconvénient d'être plus coûteux. Je ferai la même remarque relativement à l'appareil compliqué imaginé par Balduino Bocci (Giornale internaz. d. se. rned., 1880, p. 785). Ce physiologiste ponctionne les parois du ventre et de l'estomac (distendu par un copieux repas), avec un trocart introduisant en même temps l'obturateur. Deux ailettes peuvent alors être ouvertes dans l'estomac et fixer la canule pendant que l'on retire le mandrin. L'appareil fort simple employé par Blondlot (Journal, de Brown-Scquard, 1. 1, p. 89, 1858) présente deux inconvénients : il faut le repousser dans l'estomac lorsqu'on met le chien en expérience, et l'introduction se fait par l'œsophage, ce qui doit être assez difficile.

Lorsqu'on veut ouvrir la fistule, on enlève l'écrou E; on retire les pièces D, C et B; on fait ensuite basculer A sur la vis V, comme l'indique la figure G. Deux gorges creusées dans le voisinage du trou carré qui perce la pièce A facilitent ce mouvement. On peut retirer alors sans peine la vis et la pièce interne. On réinstallera l'obturateur en faisant la manœuvre inverse.

Cet appareil permet de pratiquer l'opération de la fistule gastrique en un temps. C'est du reste ce que j'ai toujours fait.

Le chien est à jeun depuis vingt-quatre heures. On l'anesthésie profondément par la morphine et le chloroforme. On insuffle l'estomac à l'aide d'une sonde œsophagienne; puis on pratique dans l'hypocondre gauche, à la limite externe du muscle droit, une incision de quelques centimètres. On saisit l'estomac avec deux pinces à griffes, on l'incise entre les deux pinces, et, par la boutonnière, on introduit, comme cela est figuré en G, la pièce A et la vis V, retenue par une petite ficelle. On place ensuite le bouchon B. On fait une suture à points passés autour de l'ouverture stomacale, et on attache les chefs de la soie à la portion de vis qui dépasse le bouchon, de manière à maintenir celui-ci dans l'estomac. Le bouchon et les parois de l'estomac qui l'enveloppent doivent alors remplir exactement l'ouverture faite aux parois de l'abdomen. On installe les pièces C, I) et E; puis, entre la peau et la pièce G, on bourre un peu de coton au sublimé. Quatre ou cinq jours après, en général, la guérison est complète, et l'animal peut être utilisé.

On augmentera, s'il est nécessaire, le diamètre de la fistule en remplaçant le bouchon B par des bouchons de plus en plus volumineux. On obtiendra ainsi des fistules énormes plus larges que des écus de £i francs, si on le désire.

Quelques chiens vicieux rongent la pièce externe de l'obturateur. II faut alors la remplacer par une pièce semblable faite en métal.

Influence de la circulation sanguine sur la sécrétion stomacale. — Dans le cours de mes recherches j'ai eu l'occasion de constater qu'un chien, ayant subi accidentellement une hémorragie considérable, avait eu pendant quelques jours, sans que son appétit ait notablement diminué, des vomissements fréquents, rendant les aliments enveloppés d'un abondant mucus alcalin. L'animal dévorait aussitôt les aliments rejetés, et la digestion s'effectuait à la fin sans grand trouble. J'ai observé aussi ces vomissements muqueux sur des chiens profondément anémiés à la suite de suppurations abondantes ou parce que leur fistule avait été longtemps maintenue béante. Dans le but d'étudier plus directement l'influence de la circulation sanguine sur la sécrétion stomacale, j'ai exécuté l'expérience suivante, que je décrirai en détail.

4 mai 1892. — Dogue très jeune et très vigoureux. On fait une incision de un décimètre environ sur la ligue blanche à partie de l'appendice xiphoïde, et on sort l'estomac par la plaie. Les petits rameaux de l'artère gastro-épiploïque droite sont tordus et le (ronc principal est lié. L'artère pylorique est oblitérée par torsion. On lie ensuite les vaisseaux courts et la gaslro-épiploïque gauche, dont on tord les petites branches. On lie ou tord ensuite tous les rameaux que l'on peut facilement atteindre de l'artère stomachique. La plaie est refermée par une suture en étages.

5 mai. — L'animal est très vif et n'a rien perdu de sa gaîté. Il reçoit dans la journée 1 litre de lait, qu'il boit sans vomir.

6 mai. — Idem.

7 mai. — L'animal reçoit de la soupe comme les autres chiens. II mange avidement, mais vomit plusieurs fois des aliments enveloppés de mucus qu'il reprend aussitôt. Ce mucus est alcalin.

Même observation les jours suivants.

4 b mai. — L'animal ne vomit plus depuis deux jours? On lui fait une fistule gastrique. L'estomac se présente tout blanc sans aucun vaisseau visible à sa surface. Quand on incise la musculeuse et la muqueuse qui est fort pâle, elles ne saignent pas.

45 mai. — L'animal va fort bien.

49 mai. — J'ose pour la première fois enlever l'obturateur. Le chien a mangé de la soupe une heure auparavant. Le liquide stomacal est alcalin.

Le lendemain et les jours suivants, on constate quelquefois une réaction alcaline et plus souvent une réaction faiblement acide. Il y a beaucoup de mucus dans l'estomac, qui sécrète peu.

25 mai. — La sécrétion est devenue plus abondante, et elle est maintenant franchement acide.

26 mai. — En voulant extirper les ganglions solaires à ce chien, je blesse le tronc cœliaque. Je sectionne le bulbe à l'animal et j'examine l'estomac. 11 est très peu vascularisé et paraît recevoir tout le sang qui

l'arrose de deux branches de la stomachique qui n*ont pas été liées et des artères diaphragmatiques. La muqueuse saigne un peu quand on l'incise.

Cette expérience nous montre que la réduction de la circulation de l'estomac détermine une abondante sécrétion de mucus pouvant neutraliser la sécrétion du suc gastrique considérablement diminuée. Les vomissements que l'on observe chez ces animaux à estomac anémié ont peut-être quelque analogie avec ceux que présentent les femelles en gestation, la circulation stomacale étant probablement réduite alors au profit de celle de l'utérus.

Sensibilité de l'estomac. — Lorsque sur un chien à jeun, on explore avec le doigt, par une fistule, l'intérieur de l'estomac, l'animal ne manifeste aucune douleur ; mais si l'on introduit le doigt assez avant dans l'antre du pylore et qu'on en touche les parois, on le sent aussitôt serré par les muscles circulaires de l'estomac; l'animal s'agite, crie quelquefois et manifeste de la douleur. Si l'on pratique ainsi le toucher pylorique un peu brutalement, on finit par provoquer des efforts pour vomir et fréquemment le reflux de la bile clans l'estomac. Cette région de l'estomac est manifestement plus sensible que celle du cul-de-sac. Quelques chiens pourtant n'opposent pas grande résistance à cette manœuvre. Si l'animal est en pleine digestion, la sensibilité paraît un peu plus vive, et parfois l'animal réagit quand on touche avec le doigt les parois du grand cul-de-sac; dans ce cas, la région pylorique est toujours plus irritable.

J'ai eu l'occasion de constater des faits analogues sur un homme à fistule gastrique, opéré par M. le chirurgien Le Bec, et observé par M. Henry de Varigny et par moi au laboratoire de M. le professeur Ch. Richet. Lorsque je touchais avec le doigt la région gauche de la muqueuse stomacale, il fallait appuyer assez fortement pour que le malade perçût la sensation du contact, tandis que des contacts plus légers étaient nettement sentis lorsque j'explorais le petit cul-de-sac. Je n'ai pas pu provoquer sur ce sujet, comme chez le chien, de contracture violente du pylore; il est vrai que cet orifice, assez éloigné de la fistule, ne pouvait être atteint avec le doigt, et qu'il était difficile d'y introduire une sonde; j'ajouterai encore que l'estomac de cet individu alcoolique était en fort mauvais état.

Cette sensibilité particulière de la région pylorique chez le chien détermine le séjour prolongé dans l'estomac des corps étrangers un

peu volumineux, qui peuvent se trouver dans ce viscère. Aussitôt qu'ils se présentent à l'orifice pylorique, leur contact avec la muqueuse détermine la crampe des muscles lisses, et ils sont rejetés clans le cul-de-sac. J'ai fait séjourner ainsi une bille pendant huit jours dans l'estomac d'un chien; j'ai constaté aussi que les os y demeuraient jusqu'à dissolution. Il en est de même pour les tendons et les blocs d'albumine coagulée. Tout ce qui sort donc de V estomac du chien doit être liquéfié ou porphyrisé K Et en effet, le chyme stomacal au moment où il passe dans le duodénum ne renferme que des éléments très ténus; le pain est réduit h l'état de pâte fluide et les muscles sont finement dissociés. En particulier, les fibres musculaires lisses sont bien peu attaquées, si toutefois elles le sont; on les retrouve môme dans les excréments.

Résistance de V estomac à V autodigestion. — Je crois devoir noter aussi ce fait que j'ai observé bien des fois. Des gésiers de poulets, introduits dans l'estomac d'un chien y séjournent plus de trois jours avant d'être complètement digérés, et encore, la couche d'épithélium corné qui en revêt l'intérieur résiste bien davantage à l'action du suc gastrique. Les tripes du commerce se digèrent moins vite que la viande, sans cependant séjourner plus de sept à huit heures quand le chien en expérience n'en a ingéré que 200 ou 300 grammes. Cl. Bernard avait reconnu ce dernier fait et il se servait de tripes pour provoquer la sécrétion du suc gastrique 2.

Cela nous montre que les intestins et en particulier l'estomac triturant des oiseaux, résistent longtemps à l'action du suc gastrique. Ils se laissent donc fort peu imprégner par la pepsine, et sur le vivant, cette substance et les autres ferments digestifs seraient balayés par le courant sanguin au fur et à mesure qu'ils pénétreraient à l'état de traces dans l'épaisseur de l'estomac et de l'intestin. C'est ainsi, je crois, qu'il faut interpréter les expériences de Pavy 3. On ne peut en effet dire que le suc gastrique n'attaque pas l'estomac parce que l'acide est neutralisé par le sang. Cette explication ne

1. Bien entendu, ce que nous disons là ne se rapporte qu'au chien. Colin (Bull, de l'Acad. de Méd., 1887) a montré que chez le cheval des corps volumineux pouvaient franchir le pylore. Sur moi-même, j'ai constaté que de gros fragments de pommes de terre, déglutis sans è(re mâchés, se retrouvaient parfois dans les excréments.

2. Claude Bernard, Physiologie opératoire, p. 568. Paris, J.-B. Baillière, 1879.

3. Pavy, .4 Ireatese on the fonction of digestion, Us disorders and their treatment. London, 1867.

pourrait être donnée pour expliquer la résistance des parois de l'intestin à l'action du suc pancréatique. C'est ainsi que pour la même raison j'interpréterais volontiers les expériences récentes de Viola et Gaspardi *, qui introduisaient dans l'estomac d'un chien sa propre rate en respectant la circulation de cet organe, et voyaient cette rate résister fort longtemps (de 12 à 64 h.) à l'action du suc gastrique.

L'explication du mucus (Schiff) ou de l'épithélium stomacal (Cl. Bernard) protégeant les parois de l'estomac contre l'action dû suc gastrique est en effet insuffisante. J'ai constaté avec Schiff (Leçons sur la physiologie de la digestion, II) que des plaies faites à la muqueuse stomacale se réparent sans donner naissance à un ulcère. Quant au mucus, il enveloppe parfois d'une couche épaisse les aliments qui ne s'en dissolvent pas moins. J'ai introduit une fois trois colimaçons vivants et englués de leur propre mucus dans l'estomac d'un chien à fistule. Leurs coquilles avaient été brisées. Quatre heures après, ils étaient en digestion avancée, les muscles lisses du pied, de la tête, et le collier ayant seuls résisté. Nous croyons donc pouvoir dire que F estomac résiste à F autodigestion parce que les parois de ce viscère fixent la pepsine, même après la mort, avec très peu d'énergie, et que les petites quantités de ferment imprégnant la muqueuse vivante sont aussitôt balayées par la circulation sanguine. Lorsque la circulation sanguine est insuffisante, comme cela a lieu dans l'oreille du lapin ou dans la patte de la grenouille, les tissus se dissolvent dans le suc gastrique (Exp. de Cl. Bernard).

Rôle de la cravate de Suisse. — Luschka 2 a le premier émis l'hypothèse que les fibres obliques de l'estomac (cravate de Suisse) pouvaient par leur contraction, lors de la déglutition des liquides, permettre à ceux-ci de passer directement de, l'œsophage dans le duodénum sans stagner dans l'estomac et sans se mélanger aux aliments contenus dans le fundus. Cette vue a été vulgarisée par le professeur Kiiss dans son cours à la faculté de Strasbourg, et elle a maintenant droit de cité en France, à tel point qu'on la trouve exposée dans plusieurs manuels du baccalauréat. Pourtant rien ne démontre la réalité de cette hypothèse, à part une observation de

Page 1