INNERVATION DE L ESTOMAC CHEZ LES MAMMIFÈRES
Après avoir terminé les recherches sur l'innervation de l'estomac des Batraciens, dont l'exposé a été l'objet du précédent chapitre, j'ai entrepris l'étude de l'innervation de l'estomac chez les Mammifères, en prenant le Chien pour sujet d'expérience. Ces dernières recherches n'ont pu être approfondies comme les précédentes; les opérations étaient beaucoup plus difficiles; souvent, les résultats étaient moins nets; et des circonstances fâcheuses m'ont trop souvent obligé d'interrompre mes travaux.
La plupart, du temps, je ne pourrai ici me conformer à un plan analogue à celui que j'ai suivi dans le quatrième chapitre relatif aux
1. Brown-Séquard, Comptes rendus de l'Ac. des Se. de Paris, XXIV, 1847, p. 363. — Comptes rendus et mêm. de la Soc. de Biol., t. I, 1849. — Expérimental Researches applied to Physiology and Pathology, New-York, 1853, p. 10.
2. Bien que je n'aie point fait d'expériences sur l'estomac des oiseaux, je crois devoir noter ici un fait que j'ai observé a deux reprises, le 27 août et le 17 septembre 1890, en faisant des recberebes sur un autre sujet. L'excitation prolongée du pneumogastrique sur le pigeon détermine, durant une heure ou deux, une abondante sécrétion de suc gastrique franchement acide s'écoulant par le bec de l'animal. A l'autopsie, le jabot, le ventricule succenturié et le gésier sont remplis de suc gastrique. Axenfeld {Uazione del nervo vago sulla secrezione gastrica degli uccelli, in AUX c rendiconti d. Acad. med.chir. di Perugia, II, 3, p. 142) a publié des observations analogues.
Batraciens; je me bornerai le plus souvent à exposer mes expériences avec le plus d'ordre possible, et à dégager peu à peu les conclusions auxquelles elles peuvent conduire.
Influence du système nerveux périphérique sur les mouvements de l'estomac. — On sait depuis longtemps que l'excitation du bout périphérique du pneumogastrique fait naître des mouvements dans l'estomac ou les exagère s'ils existent déjà. M. Chauveau 1 en excitent ce nerf dans le crâne a montré que, dès son origine, il contient des filets moteurs pour l'œsophage et l'estomac. Pour quelques physiologistes, le nerf vague ne serait pas la voie exclusive que suivraient les filets moteurs de l'estomac émanant de l'axe cérébrospinal. Schiff 2 et Adrian 3 par l'excitation du grand sympathique et du plexus cœliaque ont réussi à provoquer des mouvements des parois stomacales, Pfluger4 et v. Braam Houckgeest5 ont vu au contraire l'électrisation des splanchniques arrêter les mouvements de l'estomac et de l'intestin provoqués par le contact de l'air ou la galvanisation du pneumogastrique. Récemment Bastianelli G a constaté de son côté l'arrêt des mouvements du pylore à la suite de l'excitation des splanchniques dans le thorax ; rarement cependant, cet arrêt était précédé par une contraction.
En tout cas, ces nerfs moteurs et inhibiteurs agiraient probablement par l'intermédiaire des centres intrastomacaux, centres qui commandent aux mouvements de l'estomac lorsque ce viscère est extrait de l'organisme. Ces mouvements persistent en effet fort longtemps si le ventricule isolé est suspendu dans une étuve humide chauffée à la température du corps (Hofmeister et Schûtz 7).
Enfin d'après les travaux de Openchowski 8 et de ses élèves, principalement von Knaut 9, Hlasko 10 et Dobbert u, le nerf vague renfer-
1. Chauveau, Journal de la Physiol. de Brown-Séqmrd, V, p. 337, 1862.
2. Schiff, Molesch. Untersuch. zur Naturlehre, VIII, S. 523, 1862.