‹ Contributions à l'étude de la physiologie de l'estomacChapitre 25 sur 32 · K. Fischer, Berl. Bericlile, XVII, S · texte numérisé non relu

K. Fischer, Berl. Bericlile, XVII, S

6. Hugo Schiff, Erdmam's u. Wenhe's Jahresb. f. praldische Chemie, CV, S. 184. Comptes rendus de l'Acad. des Se, LX, p. 32, 1865; LXV, p. 320, 1867. — Annale d. Chemie u. l'harmakie, V Supplem. BJ, S. 329, 1867, et CXLVIII, S. 330, 1868.

Cette réaction ne se produit pas avec les acétones l, qui ne sont pas attaquées par l'aniljne à la température de 100°. Elle est caractéristique, d'après H. Schiff, de la fonction aldéhyde.

De l'urine est alors agitée avec de l'aniline; on sépare ensuite, par flltration sur du papier mouillé, l'excès d'aniline. On neutralise en excès par l'acide sulfurique. Le produit distillé donne la réaction de Lieben.

Donc le corps qui apparaît dans l'urine dans les conditions indiquées ci-dessus est une acétone. Mais laquelle? Il est probable en effet que le diméthylkétone n'est pas le seul à donner la réaction de Lieben que l'on doit pouvoir obtenir avec le méthylélhylkétone et le diéthylkétone.

Je me disposais à terminer cette recherche en tâchant de combiner l'acétone en question avec l'hydroxylamine et en déterminant la température de fusion du produit obtenu.

Connaissant alors l'acétone, il ne me restait plus qu'à étudier son action sur la digestion stomacale, afin de voir si les troubles que l'extirpation du plexus cœliaque produit au début sur les fonctions de l'estomac proviennent du fait même de l'opération ou de la réaction de l'organisme, encore insuffisamment acclimaté à la présence de cet excès d'acétone.

Ces recherches et celles qui précèdent ont été rendues inutiles par l'expérience suivante :

Je me proposais d'énerver autant que possible l'estomac d'un chien, afin de voir si la digestion pourrait s'effectuer dans ces conditions. L'expérience avait déjà été faite avec succès par Schiff, qui n'avait constaté aucun trouble du côté de l'estomac. Je ne pouvais sectionner les pneumogastriques au cou, et extirper le plexus cœliaque : l'animal aurait promptement succombé; d'ailleurs, quelques filets du sympathique doivent arriver dans l'estomac avec l'œsophage. J'ai donc opéré comme il suit, avec une asepsie aussi rigoureuse que possible, et avec l'aide de M. Henry de Varigny, qui a bien voulu me prêter son concours, afin d'écarter autant que faire se pouvait toute cause d'infection :

41 mai 1 892. — Chien terrier, très jeune et très vif. On l'anesthésie profondément par la morphine et le chloroforme, puis on pratique, sur la ligne blanche, une incision allant de l'appendice xiphoïde jusqu'au-dessous de l'ombilic. On extrait les viscères que l'on enveloppe dans des serviettes

\. L'acétone du commerce est un résidu de la préparation de l'aniline. Elle distille sans altération avec ce corps.

chaudes et stérilisées à l'autoclave dans Peau salée à 7,o p. 1000. On dissèque le tronc cœliaque et l'artère grande mésentérique, et on arrache les ganglions cœliaques. On replace les viscères ; puis on fait l'incision circulaire de la séreuse œsophagienne comme il a été dit plus haut. On recoud la plaie.

Le lendemain, l'animal va fort bien, et a bu avec avidité 1 litre de lait.

i9 mai. — L'animal ne reçoit encore que du lait pour toute nourriture. On le sonde dans l'après-midi, et on cherche l'acétone dans son urine. On n'en trouve que des traces imperceptibles, comme dans une urine normale.

20 mai. — Ce chien mange de la soupe en abondance et se comporte très bien. Il accourt quand on entre au chenil, et ne paraît pas malade. 11 maigrit pourtant. On ne trouve que des traces d'acétone dans l'urine, comme peut en présenter un individu sain.

21 mai. — Le ventre est ballonné; il présente de la fluctuation. L'animal a une ascitc légère. On le sonde, pas une goutte d'urine ne s'écoule. On le garde au laboratoire; on le sonde encore deux heures après, sans pouvoir obtenir de l'urine.

22 mai. — Le ballonnement du ventre a diminué. L'animal est maigre, on voit saillir les vertèbres. On ne trouve encore que des traces insignifiantes d'acétone.

23 mai. — Tout ballonnement de l'abdomen a disparu. Ce chien mange toujours beaucoup de soupe. On ne trouve pas d'acétone dans l'urine.

26 mai. — L'animal va fort bien; il est très maigre, quoiqu'il mange en abondance. En entrant au laboratoire, il joue avec un tube de caoutchouc. On ne trouve pas d'acétone dans son urine.

27 mai (après-midi). — On a fait jeûner ce chien depuis la veille au soir; on lui fait faire un repas de 200 ou 300 grammes de viande environ. Une heure après, on le fixe sur la gouttière, et on lui fait dans la jugulaire droite une prise de 25 centimètres cubes de sang, pour des essais étrangers à ce sujet. On lui sectionne ensuite le bulbe, et on pratique rapidement l'autopsie.

Les vaisseaux de l'estomac ne sont pas dilatés comme ils le devraient être sur un animal en pleine digestion. Les chylifères sont parfaitement visibles. Les vaisseaux de l'intestin ne présentent rien de particulier. On place deux pinces à forcipressure sur l'œsophage et sur le duodénum et on enlève I*estomac. La muqueuse est pâle, les aliments sont humectés d'une faible quantité de suc gastrique à odeur désagréable. Il y a du chyme dans l'intestin, mais en très faible quantité, et pas de liquides.

Les ganglions cœliaques ont été bien détruits.

Celte expérience nous renseigne encore une fois de plus sur les troubles que la section des vagues apporte dans la physiologie de l'estomac, diminution et altération du suc gastrique, troubles vasomoteurs, etc. Elle nous montre que les ganglions solaires n'ont pas grande importance pour la digestion stomacale; mais elle nous

apprend en outre que quand l'opération est pratiquée avec une asepsie rigoureuse, l'animal se rétablit très vite, et la quantité d'acétone que contient l'urine reste normale; et il est fort probable que, lorsqu'à la suite des opérations précédentes, on la voyait augmenter notablement, c'est que ces opérations avaient déterminé des accidents de péritonite, causant cette acétonurie exagérée.

Il nous semble donc qu'au sujet de Pacétonurie nous pouvons dire :

L'acétone apparaît dans les urines en quantité notable à la suite d'une foule de lésions inflammatoires. Elle ri est nullement un caractère spécifique des lésions du plexus cœliaque. Quand la production journalière d'acétone augmente notablement à la suite d'un traumatisme chirurgical, c'est probablement un indice d'infection plus ou moins grande.

On s'expliquerait ainsi les contradictions existant entre Lustig et Oddi d'une part, trouvant constamment de l'acétonurie à la suite de l'extirpation du plexus cœliaque, et de Peiper et Viola, d'autre part, qui n'en ont jamais rencontré en quantité plus que normale.

Les premiers ont peut-être opéré avec une asepsie insuffisante, et les seconds, avec une asepsie rigoureuse.

Quoi qu'il en soit, je ne donne ces conclusions que sous toute réserve, me proposant de revenir plus tard sur ces recherches et de tâcher d'approfondir la question.

Pour revenir a. la digestion gastrique, il me semble pouvoir conclure à la suite des expériences qui viennent d'être rapportées, et qui ne font que confirmer celles de mes nombreux devanciers :

L'extirpation du plexus cœliaque ne trouble que d'une façon passagère les fonctions de Vestomac, qui peuvent se rétablir promptement. Ces troubles non persistants sont inhérents à l'opération même, et ne sont pas le fait de la destruction de ces ganglions du sympathique, qui ne paraissent pas avoir une influence notable sur la sécrétion de l'estomac, ni même sur la circulation de cet organe.

Résumé. — Les faits relatés dans ce chapitre relativement à la sécrétion du suc gastrique nous autorisent à dire :

1° Les centres nerveux présidant à la sécrétion réflexe des glandes gastriques se trouvent dans les parois mêmes de Vestomac.

2° Néanmoins le nerf pneumogastrique joue unrôle très important dans cette sécrétion. Chez les Mammifères, l'estomac est loin d'avoir

vis-à-vis de ce nerf l'indépendance que nous avons constatée chez les Batraciens.

3° Le plexus cœliaque est sans effet sur la sécrétion gastrique.

Page 1