Maly, Wiener Sitzber.. Bd LXIX
5. Richet, Thèse de doctorat es sciences, Germer Baillière, 1S7S, p. 32 et suiv.
6. Rabuleau, Comptes rendus de la Soc. de biol., 1874, p. 96 et p. 400. — Comptes rendus de l'Ac. des Se, 1873, p. 61.
l'alcool par distillation et reprenons par Peau; l'cvaporalion lente fournit des cristaux rectangulaires de chlorure de cobalt parfaitement reconnaissables au microscope.
Cette méthode m'a permis de constater la présence invariable de l'acide chlor hydrique dans le suc normal du chien, quels que soient les aliments fournis à l'animal en expérience.
En pratique, on peut opérer beaucoup plus rapidement.
Une goutte de suc saturé d'hydro-carbonale de cobalt et filtré est évaporée dans un verre de montre sur la platine chauffante. Si la goutte rose devient bleue en se desséchant, clic contient du chlorure de cobalt, et par suite le suc employé renferme de l'acide chlorhydrique. Des solutions à 5 pour 4000 d'acide lactique additionnées de chlorure de sodium (5 p. 4000) et de phosphate de soude (2 p. 1000) et traitées de même, donnent une teinte fleur de pêcher qui ne peut jamais prêter à la moindre confusion.
Par ce procédé, j'ai constaté que le suc gastrique, fourni par deux Cobayes porteurs de fistules stomacales, renfermait constamment de l'acide chlorhydrique en quantité notable, que le suc soit recueilli immédiatement après l'ingestion des aliments ou à la suite d'un jeûne prolongé. Je me suis assuré aussi que le suc de la Grenouille, celui du Crapaud et de la Salamandre Terrestre doivent leur acidité à de l'acide chlorhydrique. On peut en effet par une fistule gastrique se procurer jusqu'à un centimètre cube de suc chez les Batraciens. J'ai aussi opéré d'une autre manière.
Prenant des Batraciens à jeun depuis plusieurs semaines, je leur ai lavé l'estomac en injectant de l'eau distillée par une canule fixée sur le pylore. Lorsque le lavage était suffisant, je liais le pylore et introduisais par la bouche une petite quantité d'hydrocarbonate de cobalt parfailcment pur. Plusieurs heures après, je pratiquais l'autopsie. L'estomac était distendu de gaz, le liquide qu'il renfermait était neutre au tournesol et de couleur rosée. J'en recueillais quelques gouttes avec une pipette, et chauffais légèrement sur une lame de verre. La coloration bleue caractéristique du chlorure de cobalt apparaît d'une façon évidente.
L 'acide normal du suc gastrique des Batraciens est bien de l 'acide chlorhydrique en totalité ou en partie; car dans celle expérience, l'influence perturbatrice des aliments et des fermentations qu'ils peuvent subir dans l'estomac a été complètement écartée.
Lorsqu'on recherche ainsi l'acide chlorhydrique dans le suc du chien, il est un fait qui frappe tout d'abord, c'est l'extrême lenteur
avec laquelle se dissout l'hydrocarbonate de cobalt même récemment préparé et encore humide, tandis que la dissolution s'effectue presque instantanément dans l'acide chlorhydrique à 1 p. 1000. Nous avons là une preuve à ajouter à celles déjà fournies par M. Richet, pour montrer que l'acide chlorhydrique du suc gastrique est faiblement combiné. Beaucoup d'auteurs admettent cependant que le suc gastrique renferme fréquemment une quantité appréciable d'acide chlorhydrique libre; il est vrai que les procédés usités pour le déceler (évaporation du suc à 100°, p. ex.) sont souvent de nature à dissocier les faibles combinaisons qu'il peut contracter avec des bases amidées ou des matières albuminoïdes.
Jamais, par le procédé suivant, je n'ai pu constater la présence de traces de cet acide à l'état de liberté dans la sécrétion stomacale du chien, même absolument pure et exempte d'aliments.
Le suc essayé était soumis à la distillation fractionnée dans le vide, à une température au plus égale à 40°, jusqu'à consistance sirupeuse. Les produits de la distillation ne contenaient pas trace d'acide clilorhydrique, tandis que de l'eau, additionnée de quantités extrêmement faibles de cet acide, et Irailée de même, fournissait déjà vers le milieu de l'opération, des vapeurs troublant le nitrate d'argent.
On peut donc affirmer que le suc gastrique du chien ne renferme jamais d'acide chlorhydrique libre, en dehors des cas pathologiques. Pour rechercher l'acide lactique, j'ai opéré comme il suit :
Le suc gastrique est agité à plusieurs reprises avec de l'éther que l'on distille ensuite au Dain-marie. Le résidu, additionné d'eau distillée et d'oxyde de zinc pur, est maintenu quelque temps à une douce chaleur; on agite fréquemment; ensuite on filtre et on évapore. Quand le liquide est presque complètement réduit, on en fait des préparations microscopiques qui, par refroidissement, montrent les cristaux caractéristiques de lactate de zinc.
J'ai toujours trouvé des traces d'acide lactique dans le suc gastrique du chien; même lorsque ce suc avait été fourni par un animal à jeun dont l'estomac avait été lavé et dont on avait provoqué la sécrétion en lui faisant lécher de la viande qu'on l'empêchait d'avaler *. La quantité d'acide lactique augmente d'une façon
1. Van den Velden (in Zeitschr. fur physiol. Chem. III, S. 20o, 1879) a prétendu que l'acide apparaissant le premier dans l'estomac était l'acide lactique, puis venait l'acide chlorhydrique provenant de la réaction du premier sur les chlorures. Nous ne saurions admettre cette conclusion, l'acide lactique n'existant qu'à l'état de traces dans le suc pur.
notable, si le chien en expérience est en pleine digestion d'un repas composé de pain et de lait, fait déjà reconnu par plusieurs observateurs. Cet acide doit en partie provenir, dans ce cas particulier, de la fermentation lactique qui peut parfaitement s'exécuter dans l'estomac; mais, dans le premier cas, nous sommes forcés d'admettre que nous sommes en présence d'un produit de sécrétion ou d'excrétion des glandes gastriques.
Je rappellerai, à ce propos, que Gaglio 1 a démontré la présence constante de l'acide lactique libre dans le sang du chien.
En tout cas, la quantité d'acide lactique, contenue dans le suc d'un chien digérant un repas de viande bouillie, est tout à fait négligeable vis-à-vis de l'acide chlorhydrique, qui seul présente une importance réelle au point de vue de la digestion. Jamais, en effet, dans les manipulations précédentes, je n'ai pu obtenir des cristaux de lactate de cobalt, bien que ce sel soit facile à former avec des solutions d'acide lactique diluées à plus de 1 p. 1000.
Quoique faiblement combiné, l'acide chlorhydrique du suc gastrique est capable, avec le temps, de déplacer partiellement des acides énergiques combinés à des bases alcalines. Ainsi le suc du chien, additionné de 10 grammes par litre de nitrate de soude, contient, au bout d'une heure environ, des traces d'acide nitrique libre; en effet, il fait alors virer légèrement au violet le papier de tétraméthylparaphénylènediammine, réactif très sensible de l'oxygène actif.
La muqueuse de l'estomac fabrique évidemment l'acide chlorhydrique aux dépens du chlorure de sodium de l'organisme. Du reste, on trouve, jusqu'à la mort, de l'acide chlorhydrique dans l'estomac des grenouilles salées. La muqueuse peut sécréter un acide différent si l'on sature l'organisme d'un sel autre que le chlorure de sodium. Kûlz 2 l'a démontré pour le bromure et l'iodure de sodium. M. Richet 3, il est vrai, a échoué dans des opérations analogues. Je suis parvenu à faire sécréter à l'estomac de la grenouille de l'acide nitrique en salant un individu avec une solution de nitrate de soude à 7 pour 1000. Quelque temps après l'opération bien supportée, j'ai introduit dans l'estomac de l'animal un petit rouleau du létrapapier de Wurster. Retiré au bout d'une heure, ce papier, et sur-
1. Cité dans le Traité de chimie générale, de P. Sehûtzenberger, t. VI, p. 271.