Richet, Thèse de doctorat, p
tout le mucus qui l'englobait, était coloré en violet intense, teinte que l'on ne saurait attribuer à de l'acide nitrique simplement déplacé par l'acide chlorhydrique du suc gastrique normal.
Digestion de V albumine . — Il reste maintenant à étudier l'action du suc gastrique sur un aliment déterminé, pour nous renseigner indirectement sur sa teneur en pepsine et sur les propriétés de cette substance. L'aliment type que j'ai choisi pour ces recherches était l'albumine de l'œuf. Je me suis adressé à ce corps parce qu'il résiste mieux que la fibrine à la peptonisation, et parce qu'il est probablement plus facile de se le procurer dans un état de pureté satisfaisante. Voici la préparation préalable que je lui faisais subir :
Des blancs d'œufs frais sont filtrés sur toile pour briser les membranes, additionnés de deux à trois volumes d'eau distillée, puis d'acide acétique, jusqu'à précipitation de la totalité de la globuline. On filtre sur papier et on coagule en chauffant à 100° au bain-marie; les flocons d'albumine coagulée sont lavés à l'eau distillée bouillante, essorés et triturés. Dans la plupart des cas, je me suis astreint à ne pas employer plus de 60 grammes de cette albumine par litre de suc gastrique afin d'écarter autant que possible l'influence paralysante exercée par les produits de la digestion sur l'activité de la pepsine.
Le suc gastrique naturel ne permet pas de poursuivre une digestion in vitro plus de deux ou trois jours, à cause des fermentations dont il devient le siège à la température de 40°. Aussi ai-je rejeté son usage pour lui préférer le suc artificiel dont l'action est identique, et qui résiste à la putréfaction pendant des mois entiers. Ce suc artificiel était obtenu, soit en dissolvant des pepsines commerciales dans de l'acide chlorhydrique à 1 p. 1000, soit en faisant infuser dans cet acide, à la température du laboratoire, des estomacs de chien, lavés avec soin, insufflés, séchés et découpés en lanières.
Lorsque dans un litre de suc artificiel énergique, on met digérer 60 grammes d'albumine, elle se dissout presque totalement en quelques heures. On trouve au fond du vase un dépôt pulvérulent peu abondant, dépôt qu l'on observera toujours en quantité variable mais très faible, quelle que soit la substance (viande, fibrine ou albumine) que l'on soumettra à la peptonisation. Ce dépôt constitue la dyspeptone de Meissner l.
1. Meissner, Henle's u. Pfeufefs Zeitschr. f. rat. Med. III R. Bd I-V, Bd VII, S. 1 ; Bd VIII, S. 280 Bd X, S. 1 ; Bd XII, S. 46; Bd XIV, S. 303. On considère généralement ce dépôt comme formé par de la nucléine.
La neutralisation exacte de la liqueur filtrée donne alors naissance à un précipité constitué par la parapeptone de Meissner, envisagé par Kiïhnc et Cliittenden *■ comme un mélange de syntonine et d'un produit constant de la digestion qu'ils nomment antialbumosc . Morner 2 considère ce précipité comme presque identique à la syntonine, dont il ne se distinguerait que par la solubilité dans des solutions de phosphate disodique d'acidité calculée équivalente à : Cl 11 : 0,?J p. 1000; la syntonine étant complètement insoluble dans ce réactif. J*ai répété ces recherches de Morner, et je crois devoir conclure, au moins dans le cas de la digestion de l'albumine coagulée, à l'identité absolue de la parapeptone et de la syntonine de l'œuf, les propriétés chimiques de ces deux corps étant identiques; et tous deux sont insolubles dans le phosphate disodique au litre indiqué. Seulement la parapeptone, réduite en poudre impalpable par la précipitation, reste très longtemps en suspension dans le réactif devenu opalescent; la filtration ne la sépare qu'incomplètement; elle simule ainsi une dissolution; mais, au bout de quelques heures, elle s'est rassemblée au fond du tube à essai, mettant bien en évidence son insolubilité dans le phosphate disodique au tilre indiqué.
Le précipité de neutralisation, constitué alors par de la syntonine pure, ne se produit plus au bout de deux ou trois jours. La liqueur neutralisée, saturée de sel marin et portée à l'ébullition, précipite encore pendant quelques jours. Ce précipité n'est autre chose que de la syntonine ayant échappé -à la neutralisation. Au bout d'une semaine au plus, toute trace de syntonine a complètement disparu, et la digestion ne renferme plus que deux substances : la première, très peu abondante, précipitable par l'acide nitrique de la liqueur neutralisée et salée à saturation; c'est la peptone A de Meissner, la deutéro-albwnose de Kùhne et Cliittenden 3, la propeptone <le Schmidt-Mùlheim *; la deuxième est le produit ultime de la fermentation protéolytique; c'est la peptone vraie des auteurs, »la peptone C de Meissner, Yhémipeptone de Kùhne et Cliittenden.
On a aussi indiqué comme réactifs de la propeptone le ferrocyanure acidulé par l'acide acétique (Meissner, Schmidt-Miilheim, etc.), ou l'acide pyrogallique (Axenfeld) 5; mais ces réactifs me paraissent inférieurs en sensibilité à l'acide nitrique, qui donne toujours un résultat plus ou moins immédiat G. A l'aide de ce corps employé à la dose de un demi-centimélrc cube pour 20 cent, cubes de liqueur,
1. W. Kiihne et R. H. Cliittenden, Zeitschr. f. Biol.XiX, S. 159.
2. Morner, Travail analysé in Jahresb. fur Thierchemie, 1877, S. 9. Pflùger's Arch., XVII, S. 468, 1878.
3. Kùhne et Cliittenden, Zeitschr. f. Mol. XIX, S. 159; XX, S. 1!.
4. Schmidt-Mùlheim, Jahresber. (1er Thierarzneischule in Hannover, 1879-1880. — Du Bois-Reymond's Arch., 1880, S. 33. — Virchow's Archiv. Bd 81, S. 575.
'■>. Axenfeld, Ann. di chim. e di farmac, 4e série, V, p. 193. (i. Pekelharing (Pfliiger's Arch. 1880, S. 198) a montré que les peptones pouvaient redissoudre le précipité des propeptones pur le ferro cyanure et l'acide acétique.
j'ai constaté que la propeptone diminue constamment depuis le premier jou*r de la digestion sans jamais disparaître d'une façon absolument complète, même lorsque l'opération est poursuivie un mois durant, et qu'on ajoute fréquemment de nouvelles quantités de pepsine '. On peut se demander alors si la propeptone constitue bien une individualité réelle, ou si, composée au début par un mélange de peptones et de syntonine restée dissoute dans la digestion neutralisée et salée à la faveur de la peptone, elle ne se réduirait pas, à la fin de la digestion, à des traces de peptones pures, précipi tables jusqu'à un certain tiire par l'acide nitrique, de même que ces corps le sont partiellement par l'acide phosphomolybdique, le sublimé, etc.
Il est facile de répondre a cette question.
Préparons une solution de peptone pure. La propeptone d'albumine passant à travers les meilleurs filtres de papier, j'ai eu recours à l'artifice suivant 2. Une solution neutre de peptone, salée, puis acidulée par l'acide nitrique pour précipiter les traces de propeptone persistante, est dialysée contre une solution saturée de sel marin aiguisée par l'acide nitrique. Au bout de quarante-huit heures, l'eau d'exosmose neutralisée est évaporée à sec. Le résidu repris par le moins d'eau possible ne dissout pas trace de syntonine et ne précipite pas par l'acide nitrique.
Donc la propeptone n'est pas un mélange.
On peut transformer partiellement en propeptone la peptone pure obtenue par ce procédé, en la desséchant d'abord, et en la traitant à plusieurs reprises par l'alcool absolu bouillant; on chasse ensuite tout l'alcool par la chaleur, et on reprend par l'eau. La liqueur qui se trouve saturée de sel marin, trouble légèrement par addition d'acide nitrique. Elle renferme maintenant de la propeptone.
La propeptone diffère donc de la peptone par de l'eau en moins ; c'est un des termes d'hydratation intermédiaires entre l'albumine et la peptone.
Quelles sont les causes pour lesquelles la propeptone ne se trans-
1. Dans ces digestions prolongées pendant un temps considérable, il m'a semblé que la dyspeptone rassemblée au fond du vase augmentait légèrement avec le temps. Meissner et de Bary considèrent la dyspeptone comme un résidu de la digestion ultérieure de la parapeptone.
2. Je n'ai pas eu recours au sulfate d'ammoniaque pour séparer les peptones des albumoses; car la deutéro-albumose est incomplètement précipitée par ce réactif.Voir : Neumeister : Zeitschr. f. DioL, N. F., Bd VI, S. 267, Bd X, S. 362 il. fol?. ; Pekelharing : Ibidem, Bd X, S. 569.
forme jamais complètement en peptone? Elles sont multiples. On sait depuis longtemps que la pepsine s'affaiblit en travaillant, et que les peptones produites parla digestion paralysent, en s'aceumulant dans le liquide, Faction ultérieure de la pepsine sur les produits non encore transformés. Du suc gastrique additionné de peptones perd de son activité.
Si l'addition de peptone pure a été faible, quelques grammes pour un litre de suc, l'albumine coagulée se dissoudra sensiblement aussi vite dans le suc peptonisé que dans le suc témoin; mais l'analyse des liqueurs nous révèle que dans la digestion faite avec le suc peptonisé, il se trouve une quantité de propeptone supérieure à celle contenue dans la digestion témoin. Ceci nous apprend, en outre, que deux liquides digestifs d'énergie peu différente peuvent sembler également actifs, si on les essaie, comme cela se pratique habituellement, en comparant les poids d'albumine dissous dans le même temps par des volumes égaux de ces deux liquides, tandis que leur différence de qualité est toujours accusée par la présence plus ou moins abondante de propeptone dans les digestions avancées. J'ai reconnu en effet maintes fois que des solutions de pepsine contenant des quantités presque identiques de ferment, et placées dans des conditions semblables, dissolvent également bien l'albumine, mais les solutions plus riches en pepsine produisent toujours moins de propeptone que les autres. Nous avons donc là un procédé très sensible pour comparer l'activité de deux liqueurs digestives d'énergie voisine. Ce procédé m'a permis de reconnaître que l'acide chlorhydrique employé dans les digestions était un des facteurs importants empêchant la transformation de la propeptone en peptone.
En effet, des liqueurs digestives également riches en pepsine, et acidulées à raison de 1, 2, 3 et 4 grammes de Cl H p. dOOO, recevant chacune la même quantité d'albumine coagulée, fournissent à l'analyse, quelques jours après, des quantités de propeptone d'autant plus grandes que l'acidité de la liqueur est plus forte; le nuage produit par l'addition de 1/2 cent, cube de INOjlI à 20 cent, cubes de liquide digestif neutralisé et salé à saturation était d'autant plus dense que la digestion contenait [primitivement plus de CIH.
1/acide chlorhydrique ne peut empêcher la transformation de la propeptone en peptone en exerçant une influence déshydrate sur celte dernière, les acides dilués agissant en général comme hydra-
tanls; d'autre part, l'expérience directe, addition d'acide chlorhydrique à une. solution de peptone pure, nous démontre l'inanité de celte vue.
L'acide chlorhydrique, même à faible dose, agit donc probablement en paralysant l'action de la -pepsine, action qui pourtant ne peut s'exercer que dans un milieu acide. Celte conclusion, paradoxale à première vue, nous est imposée parles faits suivants :
Une infusion pepsique acidulée à 1 p. 4000 est divisée en deux portions égales : la première est acidulée à 4 p. 1000, la deuxième sert de témoin. Ces deux liqueurs sont abandonnées quelques jours à l'étuve. On ramène par la neutralisation l'acidité de la première liqueur au titre primitif et on distribue aux deux flacons la même quantité d'albumine coagulée. Le premier flacon fabrique plus de propeptone que le deuxième.
Un suc gastrique artificiel acidulé à 1 p. 1000, et qui a séjourné huit jours à l'étuve, produit plus de propeptone en digérant la même quantité d'albumine qu'un suc récemment préparé et contenant le même poids de pepsine commerciale que le premier. Pourtant la pepsine est peu affaiblie par un long séjour à l'étuve, au contact d'une quantité d'acide chlorhydrique à 1 p. 1000 insuffisante pour la dissoudre (2 cent, cubes d*acide à 1 p. 1000 pour 1 gramme de pepsine).
Les pepsines commerciales livrées en solution chlorhydrique sont très peu actives.
Je rappellerai, h ce sujet, que d'après les travaux de Langley et Edkins ', les solutions aqueuses de ferment gastrique (propepsine ou pepsinogène) résistent mieux aux alcalis carbonates que les solutions acidulées (pepsine). Il est vrai que les premières sont plus rapidement détruites par un courant d'acide carbonique.
J'ai constaté aussi que le ferment protéolytique d'une infusion aqueuse d'estomac résiste à trois jours de congélation, tandis que ce froid prolongé détruit presque complètement la pepsine d'une infusion acide.
Tous ces faits sont susceptibles d'être interprétés en admettant que la pepsine est affaiblie et gênée dans son action par V acidité du milieu dans lequel on est obligé de la placer pour qu'elle puisse peptoniser les album inoïdes.
En résumé, ces recherches montrent que, placée dans des conditions favorables, la pepsine transforme totalement l'albumine coa-
1. J. N. Langley and J. S. Edkins, Journal of Physiology, 1886, t. VII, 371.
gulée en syntonine, lasyntonine enpropeptone et en fin la propeptone presque complètement en peptone l.
La transformation du résidu de parapeplone en peptone est empêchée par la présence dans les digestions artificielles des peptones et de l'acide chlorhydrique entravant plus ou moins la fermentation protéoly tique.
Théorie de Kùhne et Chittenden. — Ce n'est pas ainsi que Meissner et plus tard Kùhne et Chittenden (loc. cit.) ont envisagé Faction de la pepsine sur les matières albuminoïdes. D'après ces derniers auteurs, inspirés par les travaux de M. Schùtzenberger 2 sur la constitution de l'albumine, et pénétrés de l'idée théorique que les ferments solubles n'exercent une action hydratante sur les matières organiques qu'après avoir scindé leur molécule, la transformation des albuminoïdes sous l'influence de la peptone donne lieu à deux produits de dédoublement : Yantialbumose et Y hémialbumose .
Vantialbumose, très analogue à la parapeptone de Meissner, presque inattaquable par la pepsine, est transformée par le suc pancréatique en antipeptone résistant à l'action ultérieure de la trypsine. Elle précipite par la neutralisation exacte des digestions artificielles, entraînant avec elle de la syntonine.
V hémialbumose est en réalité un mélange de quatre substances : la protalbumosc, Vhétéroalbumose et la dysalbumose, précipitables toutes trois de la liqueur neutralisée par le sel marin à saturation, el la deutéroalbumose (propeptone) précipilable par le sel marin et l'acide nitrique. Ces albumoses sont transformées par la pepsine en hémipeptone, que la trypsine attaque en produisant de la Ieucine, de la tyrosine et un corps que le brome colore en violet. L'hémialbumose renfermerait ainsi le noyau de l'albumine contenant la tyrosine mis en évidence par les recherches de M. Schùtzenberger 3.
J'ai répété les expériences de Kùhne et Chittenden en opérant dans les mêmes conditions qu'eux; je suis arrivé naturellement
1. Ce fait qui est en désaccord avec la théorie de la digestion de Meissner, et de Kiihne et Chittenden, a déjà été constaté par plusieurs auteurs, entre autres: Brucke, Sitzungsber. der kais. Acacl. zu Wien, XXXVII, S. 130; — Hammarsten, Jahresb. ùber die Fortschr. d. ges. Med., 1867, I; — Finkler, Jahresb. f. Thierch. V, S. 163, 1875.
2. Schùtzenberger, Bulletin de la Soc. chimique de Paris, 1875, t. 23, p. 161.
3. C'est à dessein et pour éviter une trop grande complication inutile ici, que je n'emploie pas les nouvelles divisions des produits de la digestion mises en évidence par les derniers travaux de Kiihne et Chittenden, el étudiées par Neumeister (Zeitschr. f. Biol., XXIII, S. 381, 1887, XXIV, S. 267, 1888, XXVI, S. 32 i, 1890). On trouvera un résumé fort clair de ces travaux in : W. D. Halliburton, A lexlbook of chimical physiology andpathology, London, Longmans, Green and C°, 1891, p. 646 et suiv.
aux mêmes résultats, mais je ne saurais admettre dans leur intégrité les conclusions de ces auteurs.
Dissolvons de l'albumine purifiée, acidulée par de l'acide chlorhydrique et non coagulée dans une faible quantité de suc gastrique (10 œufs pour un demi-litre de suc). Interrompons la digestion au bout de deux heures. La neutralisation de la liqueur précipite l'antialbumose, souillée de syntonine; on la purifie par plusieurs digestions de vingt-quatre heures chacune, et plusieurs précipitations successives. Après trois opérations, on obtient de l'antialbumose pure, presque inattaquable par le suc gastrique. Mise à digérer pendant deux semaines, elle précipite toujours abondamment par la neutralisation de la liqueur, mais l'analyse de celle-ci nous révèle la présence de traces de peptone et de propeptone, corps identique à la deutéroalbumose de Kùhne et Chittenden.
Nous voyons que la digestion pepsique transforme partiellement et lentement l'antialbumose en une hémialbumose, et que, par suite, il n'y a pas de différence bien tranchée entre les molécules de ces corps.
Nous allons faire voir maintenant que l'antialbumose n'existe pas dans les digestions. Ce corps n'est autre chose que de la syntonine modifiée par les précipitations successives que nécessite sa préparation, et rendue ainsi plus ou moins réfractaire à ï action ultérieure de la pepsine x.
Préparons de l'antialbumose pure avec l'albumine de trois œufs. Mettons en même temps à Tétuve deux vases identiques renfermant chacun un litre du même suc gastrique énergique. Dans l'un d'eux, plaçons l'antialbumose, dans l'autre l'albumine purifiée provenant de trois œufs. Quatre ou cinq jours après, au plus tard, la neutralisation de la digestion d'albumine ne détermine plus la formation d'aucun précipité, tandis que la digestion d'antialbumosc précipitait encore un mois après le début de l'expérience 2.
Et pourtant, dans le cas de la digestion de l'albumine, l'action de la pepsine sur l'antialbumose, si elle eût existé, aurait été gênée
1. La peptoxine, poison que Brieger (Hoppe-Seyler's Zeitschrift, VII, S. 274, 1882-1883, et Untersuchungen ûber Ptomaïne, S. 14, Berlin, 1885) préparait, en croyant l'extraire seulement, avec des produits de digestions artificielles, nous montre combien les matières albuminoïdes sont facilement modifiables par des réactifs en apparence anodins. Salkowski (Virchow's Archiv., CXX1V, 1891, S. 409) n'a pu, avec l'aide de Muneo Kumagawa, obtenir ce corps en opérant avec précautions.
2. Dans ces digestions d'antialbumose longtemps poursuivies, on voit assez nettement s'accroître avec le temps le dépôt pulvérulent de dyspeptone que l'on trouve toujours au fond des vases où l'on effectue une. digestion artificielle. Cela est d'accord avec l'opinion de Meissner faisant dériver la dyspeptone de la parapeptone (antialbumose).
parles peptones et les hémialbumoses présentes. L'antialbumose est donc une production artificielle.
Les hémialbumoses, à l'exception de la deutéroalbumose, sont relativement peu abondantes dans les digestions interrompues deux heures après leur début. J'ai reconnu dans le précipité formé par le sel marin, la protalbumose soluble dans l'eau froide et dans l'eau chaude, et la dysalbumose insoluble. Je n'ai pu voir Miétéroalbumose insoluble dans l'eau pure, mais soluble dans l'eau faiblement salée. Du reste la dysalbumose ne paraît pas différer de la syntonine et la protalbumose pourrait bien n'être que de la deutéroalbumose (propeptone) partiellement précipitée par le sel marin; car ce dernier corps est très abondant à cette période de la digestion, et en solution aqueuse concentrée il précipite par le sel marin '.
Nous voyons donc qu'il nous faut rejeter la théorie de la digestion émise par Kùhne et Chittenden et renouvelée de Meissner, et admettre avec la majorité des physiologistes, que l'albumine, sous l'influence de la pepsine acide, se transforme totalement en syntonine puis en propeptone et en peptone, étapes d'hydratation successives.
Il est certain pourtant que l'action de la pepsine ne s'exerce qu'en scindant la molécule de l'albumine, la diffusibilité des peptones étant supérieure à celle de l'albumine, et leur poids moléculaire étant moindre; mais les produits de dédoublement de la molécule d'albumine, les peptones, sont chimiquement très semblables entre eux; et peut-être ils ne diffèrent que par des propriétés physiques, comme par exemple par leur pouvoir rotatoire 2.
■1. Dans ces recherches, nous n'avons pas eu recours au sulfate d'ammoniaque (employé pour la première fois par Méhu, Joum. de pharm. et de ch., 1 S7 S , p. 159) pour précipiter les albumoses. Il a l'inconvénient de les précipiter toutes en bloc, et d'après Heynsius (Pfliirjer's Archiv., XXXIV, 1884, S. 330), ils précipiterait aussi les peptones. Wenz {Zcitschr. f. Biol. XXII, 1887, S. 10, u. il) nie l'assertion de Heynsius: mais il ne prouve pas suffisamment nue des peptones ne sont pas partiellement entraînées et il est certain, comme nous l'avons rappelé plus haut, que la deuléroalbuminose est imparfaitement précipitée par ce réactif.
2. Je crois utile d'indiquer ici une nouvelle réaction des peptones, ou plutôt une modification de la réaction du biuret à laquelle j'ai eu souvent recours. Dans la liqueur à essayer, on verse quelques gouttes d'acide phosphomolybdique, et, sans s'inquiéter du précipité, on ajoute quelques gouttes d'une solution très diluée de sulfate de cuivre, puis une lessive de soude. On agite. La liqueur devient bleu intense. Elle reste bleue ou vire au vert lorsque le liquide contient des albumino'ides autres que les peptones; elle se décolore en moins d'une heure et prend une teinte rose, si l'on a affaire à des peptones. Comme on le voit, la différence des deux teintes est nettement tranchée, ce qui est un avantage si l'observateur n'apprécie que difficilement les couleurs voisines.