SUR LES FONCTIONS DES CELLULES DES GLANDES GASTRIQUES
Depuis les travaux de Kôlliker \ de Robert Heidenhain 2, et de Rollelt 3, on sait que les glandes du fond de l'estomac sont constituées chez les Mammifères par deux espèces de cellules : les unes, à contenu clair (cellules principales de Heidenhain, cellules adélomorphes de Rolletl), entourent la lumière des acini; les autres, à contenu trouble et granuleux, fixant avec une élection remarquable les réactifs colorants (cellules de bordure ou cellules délomorphes), occupent une situation excentrique par rapport aux premières.
Théorie de R. Heidenhain. — R. Heidenhain a le premier provoqué des recherches physiologiques sur les fonctions de ces deux sortes de cellules, et une série d'expériences ingénieuses et séduisantes l'ont conduit à formuler l'hypothèse suivante :
V. élaboration des ferments digestifs est exclusivement dévolue aux cellules principales, tandis que la sécrétion des acides revient aux cellules de bordure.
Parmi les nombreux arguments que lui et ses élèves ont apporté à l'appui de cette opinion, voici ceux qui, à première vue, semblent défier toute critique.
1. — D'après les recherches de II. von Swieciçki 4, les cellules principales sont localisées chez les Batraciens dans la muqueuse œsophagienne, où elles forment des glandes en grappe. Les glandes en cul-de-sac de la muqueuse stomacale sont uniquement constituées par des cellules identiques aux cellules de bordure. Chez ces animaux, la pepsine est fabriquée
1. Kôlliker, Arch. fiir microsc. Anat., JM II, 2, S. 147, 1854.
2. R. Heidenhain, Sitzungsberichte d. schles. Gesellsch. fiir oaterl. Cullur., 1869, 19 Febr. u. 19 Nov. ; Arch. fur micr. Anat., M VI, 1870 ; Arch. fiir die gesammte Phys., M XVIII u. XIX.
3. Rollett, Centralblatt f. die med. Wiss., 1870 ; Untersuchungen aus dem Institute fiir Physiologie u. Histol. in Graz, Bel II, 1871.
4. Heliodor von Swieciçki, Arch. f. die ges. Physiologie, XIII, S. 444, 1876.
en totalité dans les glandes œsophagiennes, les acides dans les glandes stomacales.
II. — Les glandes de la zone pylorique ne présentent, chez le Chien, que des cellules très semblables aux cellules principales.
Klemensiewicz x et Heidenhain 2 sont parvenus à recueillir le suc pur de ces glandes en pratiquant un cul-de-sac de Thiry avec cette région de l'estomac. Ce suc serait alcalin, incolore, limpide, et riche en pepsine.
III. — Sewall 3 a constaté sur des embryons de brebis que les cellules principales se forment bien après les cellules de revêtement; et la pepsine n'apparaît dans la muqueuse de l'estomac que lorsque les glandes gastriques renferment des cellules principales.
IV. — Les cellules principales disparaissent par autodigestion (R. Heidenhain) 4 bien avant les cellules de revêtement, lorsque, sur la platine chauffante du microscope, on expose des glandes gastriques à l'action de l'acide chlorhydrique dilué.
Malgré tous ces faits, Nussbaum5 et Edinger6 ont combattu cette théorie et localisent l'élaboration de la pepsine dans les cellules de bordure. Ils n'apportent pas d'argument convaincant à l'appui de leur opinion, et leurs objections ont été vigoureusement réfutées par Grûtzner 7.
J'ai exécuté un grand nombre d'expériences dans le but de m'éclairer sur la valeur de ces preuves; je vais les exposer ici et en discuter les résultats.
Expériences de H. von Swieciçki. — Tout d'abord, le travail de Swieciçki, quoique confirmé en partie par C. Partsch 8, n'inspire pas grande confiance. L'auteur aurait exécuté des digestions artificielles avec les muqueuses œsophagiennes du Crapaud et du Triton, muqueuses qui ne renferment pas de glandes à pepsine; en revanche, il ne trouve pas de pepsine dans l'estomac de ces animaux, où se trouve localisée l'élaboration du ferment digestifl La
-1. Klemensiewicz, Sitzungsberichte d. liais. Alcad. d. Wissensch. zu Wien, LXXI,
2. R. Heidenhain, Arch. f. die ges. Physiologie, XVIII, S. 169, 1878, XIX, S. 148,