‹ Contributions à l'étude de la physiologie de l'estomacChapitre 8 sur 32 · V. Wiltich, Ibidem, V, S · texte numérisé non relu

V. Wiltich, Ibidem, V, S

:î. L'opinion des anciens auteurs, reproduite par Claude Bernard, et par SehilT, qui cite même quelques observations à l'appui de son dire, est que cette région secrète du mucus, et un suc dépourvu de pepsine.

de physiologistes (Ebstein et Grùtzner, Langendorff ', Fick 2, Friedinger 3, Klemensiewicz et Heidenhain, etc.); je l'ai vu moi-même par la méthode des infusions d'Eberle. Mais le suc de ces glandes est-il réellement alcalin? Le suc d'une région quelconque du tube digestif, recueilli par le procédé de Thiry, est-il absolument normal? Pour les fistules de l'intestin grêle, par exemple, ce suc est toujours fort peu abondant et presque sans action sur tous les aliments. La région du pylore, chez le chien, est bien moins vascularisée que celle du cul-de-sac ; l'opération de Klemensiewicz et Heidenhain est de nature à diminuer celte vascularisation déjà relativement faible; des expériences et des observations qui seront exposées ultérieurement montreront que des troubles gênant la circulation de l'estomac déterminent en général l'apparition de sécrétions alcalines. Nous verrons aussi clans la suite, que la section des vagues diminue la sécrétion acide de l'estomac sans entraver la production alcaline du mucus. L'opération en question supprimait les filets des pneumogastriques allant à la région pylorique, sauf ceux qui venaient par l'anse mémorable de Wrisberg. Ces derniers n'ont pas d'influence sur la sécrétion acide, l'extirpation des ganglions cœliaques, comme on le dira plus tard, ne troublant pas la sécrétion acide. Celle-ci, dans l'opération de la fistule pylorique, doit donc être diminuée et peut être neutralisée alors par la sécrétion du mucus. Les expériences de Heidenhain n'ont peutêtre pas toute la portée que leur auteur leur attribue. Au mois de juillet dernier, M. Arthus me fit voir au laboratoire de M. Dastre, un chien, sur lequel il avait ectopié, en renversant la muqueuse au dehors, la région de l'estomac où aboutissent les vaisseaux courts. La portion d'estomac ainsi isolée, et dont la face muqueuse faisait hernie sur le flanc gauche de l'animal, était abondamment irriguée par son pédicule vasculaire; pourtant pendant plus d'un mois, temps pendant lequel l'animal resta en observation, la sécrétion de la greffe fut constamment alcaline, alors qu'elle aurait dû être acide. M. Arthus m'a dit avoir recommencé cette expérience sur un autre chien avec le même résultat. On voit donc combien

1. Langendorff, Du Bois-Heymond's Arch. 1879, S. 102. D'après cet auteur, )a pepsine apparaît dans la portion pylorique chez le fœtus de veau, alors que le fond de l'estomac n'en renferme pas.

2. Fick, Wurburg. VerhandL, N. F. II, S. 61. — Cité dans le Handbuch de Ilermann, V, 1, S. 134.

3. Friedinger, Sitzungsber. der liais. Akad. der Wiss. zu Wien, LXIV, S. 5, 1871.

l'expérience de Klemensiewicz et Heidenhain est de nature dans certaines conditions encore mal déterminées, à troubler des sécrétions que l'on recueille en les croyant normales. En tout cas, les animaux opérés par Klemensiewicz sont morts rapidement, et sur deux chiens opérés avec plein succès par Heidfinhain, l'un a fourni un suc acide, 1 autre ^fa été examiné, «ffte vingt et un jours après l'opération, jlo^^ftreHar-régiTTr^ pouvait-êire-en-

¥oie-€UatrophT©| Le suc fourni par ce dernier chien était alcalin et riche en pepsine.

Si l'on sacrifie un chien à jeun, on trouve fréquemment la muqueuse de l'antre du pylore alcaline; mais il y a toujours là une couche abondante de mucus qui peut neutraliser et au delà la faible sécrétion de cette région lorsque les glandes sécrètent peu. Plusieurs fois du reste, j'ai constaté sur des chiens à fistule gastrique, une réaction alcaline sur toute la muqueuse de l'estomac à jeun. Sur des chiens très sensibles, la muqueuse du fond de l'estomac est sou\ent très irritable et l'excitation mécanique, douloureuse sur ces animaux, détermine bien des fois la sécrétion d'un liquide riche en mucus et franchement alcalin.

Sur un animal sacrifié en pleine digestion, la muqueuse pylorique a une réaction acide; mais comme le duodénum se comporte souvent de même, on ne peut rien conclure de ce fait; du reste, le suc sécrété dans le cul-de-sac peut remplir l'antre du pylore.

Cependant j'ai constaté plusieurs fois une réaction acide dans cette région sur un chien, dont l'estomac avait été lavé à grande eau et dont la muqueuse pylorique avait été préalablement essuyée avec une éponge montée. Le papier de tournesol fixé à l'extrémité d'un fil de laiton était introduit dans la région pylorique clans Taxe d'un large tube de verre destiné à empêcher tout contact avec la muqueuse du grand cul-dc-sac.

Enfin, les expériences suivantes, faites dans des conditions bien différentes de celles où se sont placés Klemensiewicz et Heidenhain, m'ont conduit à des résultats différents de ceux auxquels sont arrivés ces physiologistes :

Expérience I. — On met à nu l'estomac d'un chien robuste à jeun depuis 24 heures; l'animal étant légèrement curarisé ou indemne de toute intoxication. On fait une boutonnière au cul-de-sac dans le voisinage de l'antre du pylore, dont on aperçoit nettement la coloration grisâtre de la muqueuse; on lave la région droite de l'estomac par cette ouverture, et on

tamponne la muqueuse pylorique avec une fine éponge, jusqu'à disparition de toute réacUon acide. On lie le pylore, et on sépare l'antre du pylore de la région du fond de l'estomac par un bouchon de liège creusé en gorge à sa périphérie et assujetti par une ligature serrée. Bien entendu, on évite de comprendre dans les ligatures les artères pylorique et gastroépiploïque droite avec leurs veines et nerfs satellites. On place de la viande dans l'estomac et on suture la boutonnière du cul-de-sac. On recoud la paroi abdominale. Deux heures après l'opération, généralement bien supportée, si l'on a choisi un chien jeune et vigoureux, l'animal est sacrifié par la section du bulbe; le suc de la région pylorique est acide, et il contient des blocs de mucus. Le reste de l'estomac est rempli par les produits de la digestion.

Expérience II. — On lave et on tamponne comme précédemment la région pylorique de l'estomac d'un chien peu sensible, porteur d'une vaste fistule établie dans le fond de l'estomac, au voisinage de l'antre du pylore. Lorsque la muqueuse ne réagit plus sur le tournesol, on introduit dans l'antre du pylore une sonde en gomme armée d'un bouchon en caoutchouc séparant cette région de celle du cul-de-sac. On s'assure que le bouchon est bien engagé dans l'antre du pylore, et on maintient la sonde en place avec la main 1. On fait manger l'animal qui est habitué à toutes ces manœuvres par un long dressage préalable, et les supporte assez patiemment. On verse ensuite du ferrocyanure dans l'estomac. En adaptant à la sonde un appareil à succion, j'ai pu recueillir ainsi deux à trois centimètres cubes environ d'une sécrétion acide exempte de ferrocyanure.

Ces expériences me semblent démontrer que la sécrétion pylorique du chien est normalement acide et par suite la production de l'acide du suc gastrique ne saurait être localisée dans les cellules de revêtement. Elles ne nous renseignent pas beaucoup cependant sur les fonctions des cellules principales. Bien des histologistes (Heidenhain 2, Sertoli et Negrini3) ont déjà insisté sur les différences de forme et d'aspect des granulations protoplasmiques, et sur la réaction vis-à-vis des matières colorantes que présentent les cellules principales et les cellules des glandes pyloriques. Ces dernières notamment se colorent assez bien par le bleu de quinoléine et le violet de méthyle 5 B. Les cellules principales se colorent peu par ces réactifs, les cellules de revêtement au contraire y prennent une coloration plus intense que celles des glandes pyloriques *. Le

1. Sur un autre chien, la sonde et le bouchon étaient calés à l'aide d'épongés, maintenues en place par des pinces hémostatiques sortant par la fistule principale et par une deuxième fistule étroite, pratiquée dans le voisinage de la première.

2. Heidenhain, Hermann's Handbuch der Physiologie, Bd V, Th. I, S. 101.

3. Sertoli et Negrini, Archivio di medicina veterinaria, fasc. 3, 1878.

4. M. Ranvier signale ce fait dans son Traité technique d'histologie, IIe édit., p. 90 seulement il doit y avoir là un lapsus de rédaction. On y voit en effet que ces réactifs

noyau de celles-ci est aussi plus facile à mettre en évidence que celui des cellules principales. Les cellules des glandes pyloriques semblent donc jouir de propriétés intermédiaires entre celles des cellules délomorphes et des cellules adélomorphes.

Observations de Setcall. — Quant aux observations de Sewall, elles n'ont peut-être pas le sens qu'on veut leur attribuer, et que l'auteur ne paraît du reste nullement leur donner. Chez les chiens et les chats nouveau-nés, les infusions acides de l'estomac ne commencent à attaquer Y albumine coagulée que vers la lin de la troisième semaine qui suit la naissance. Je me suis bien assuré de ce fait quoiqu'il ait déjà été constaté par Hammarsten ' parce que récemment F. Krûger 2 aurait observé le contraire. Du reste Langendorff 3 a déjà confirmé aussi l'observation de Hammarsten.

Cependant, au moment de la naissance, les glandes gastriques de ces carnassiers renferment quelques cellules principales nettes surtout vers les extrémités des acini. On ne peut du reste pas prétendre que, à cette époque, il existe des cellules de revêtement proprement dites. Dans des préparations teintes par l'hématoxyline ancienne, la majeure partie des cellules qui constituent alors les glandes gastriques rappellent par leur forme sphêrique et la position centrale de leur noyau fort net l'aspect général des cellules délomorphes. Mais le contenu cellulaire par ses granulations fines et relativement peu abondantes se rapproche plutôt de celui des cellules adélomorphes. Toutes ces cellules à cette époque se colorent fort peu par le bleu de quinoléine, et les coupes traitées par ce réactif montrent alors des glandes où un observateur non prévenu ne reconnaîtrait jamais les cellules de revêtement qui, sur la muqueuse de l'adulte, se teignent en bleu d'une manière si exclusive et si intense. Il me semble donc que dans les premiers jours qui suivent la naissance, les cellules de revêtement et les cellules principales commencent à se différencier, chez les carnassiers, aux dépens de cellules primitivement semblables et à propriétés intermédiaires.

colorants colorent énergiquement les cellules principales et fort peu les cellules de revêtement. C'est le contraire que j'ai invariablement observé.

\. 0. Hammarsten, Beilriïge zur Anat. u. Physiologie als Feslgabe fur C. Ludwig, 1874. — Hofmann's u. Schwalbe's Jahresbericht fur Anal. u. Physiol, 1875, S. 162.

2. F. Krûger, Die Verdauungsfermente beim Embryo. u. Neugeborenen, Wiesbaden, 1891. Analysé in : Cenlralbl. f. Physiol., Bd V, 19, S. 612.

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