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RECHERCHE DU PARASITE

La première difficulté qui se présente dans la recherche des Entonisciens est de ne pas endommager le parasite en ouvrant le crabe qu'il infeste. La manière d'opérer la plus simple et la plus commode est la suivante : on s'empare du crabe avec la main gauche par la partie dorsale dans la plus grande largeur du céphalothorax, à la façon bien connue des pêcheurs pour éviter les pinces de l'animal, et de la main droite on saisit en même temps toutes les pattes thoraciques que l'on ramène sur la face ventrale en les serrant fortement: le crabe ainsi maintenu, on exerce de lentes tractions en sens contraire qui séparent la carapace dorsale du céphalothorax de toute la partie ventrale dans laquelle restent les organes. Quand le tégument dorsal est ainsi soulevé, on voit assez vite, avec un peu d'habitude, si le crabe est infesté, et on détache alors délicatement la carapace de façon à n’enlever qu'elle seule et à n’entrainer aucun des organes de l’hôte. Quand on n’a pas acquis une grande habitude de ce procédé qui permet d'opérer relativement vite dans la récolte du matériel, il est préférable de couper avec la pointe d’un scalpel la membrane chitineuse mince qui réunit le bord postérieur de la carapace du cephalothorax au premier segment abdominal : on ne court aucun risque, de cette façon, d'entraîner les organes de l'hôte ou le parasite en ouvrant le crabe ; pareil accident est surtout à redouter quand le moment de la mue est proche.

Pour distinguer le parasite au milieu de tous les viscères du crabe, le mieux est de se familiariser d'abord avec l'anatomie interne de l'hôte ; il sera ensuite plus facile de s’apercevoir si une masse étrangère, plus où moins grosse, est venue séparer les organes ou les remplacer. Quandle parasiteest adulte et que sa cavité incubatrice est remplie d’embryons, il acquiert un tel développement qu'il ne peut échapper à un examen mème superficiel. [1 forme alors une grande masse jaunâtre qui remplit la majeure partie d’une des moitiés latérales du crabe, à droite ou à gauche de l'intestin. La partie supérieure de cette masse pénètre à travers les restes de la glande hépatique jusqu’au bord frontal de la carapace, et la partie postérieure s'étend jusque sous le cœur, en refoulant de part et d'autre tous les organes d’ailleurs très réduits. Dans l’autre moitié latérale du crabe il n'y a qu'une portion plus mince, allongée, qui se détache de la partie postérieure et se dirige en avant vers l'angle antérieur de la carapace. Elle est couverte de masses latérales formées de lamelles

chitineuses plissées, repliées, enchevêtrées, dont la couleur d’un blanc mat éclatant attire tout d’abord l'attention sur le parasite. ;

Quand, au contraire, l'Entoniscien est jeune et que sa cavité incubatrice est vide, il devient beaucoup plus difficile à découvrir entre les viscères qui sont encore assez bien développés; sa forme allongée, sa couleur blanche peuvent le faire confondre, par exemple, avec les ovaires jeunes ou les organes testiculaires dont il occupe d'ailleurs la place.

Dans les crabes infestés par des Entonisciens du genre Cancrion l'œil est frappé de suite par une masse blanchâtre recouverte de petits renflements irréguliers de chitine épaisse et roussâtre : c’est l'enveloppe du parasite qui s’est épaissie et devient ainsi facilement discernable.

Le parasite une fois découvert, il s'agit de l’extraire du crabe, ce qui n'est pas sans présenter quelques difficultés. La première précaution à prendre est de couper et d'enlever le tube digestif de l’hôte. Le parasite, recourbé sur lui-même, forme une sorte de V dont les deux branches, fort inégales, sont situées l’une à droite, l'autre à gauche de la ligne médiane du crabe, et justement sa partie la moins résistante, celle qui représente l'angle inférieur du V, est placée sous le tube digestif. Si l’on a négligé de couper celui-ci, quand on tirera le parasite par l’une ou par l'autre extrèmité, il se rompra infailliblement au point de moindre résistance. La meilleure méthode à suivre pour lextraction, surtout quand l’Entoniscien est très développé, c'est d'enlever tous les viscères du crabe, ce qui est assez vite fait, car les organes génitaux sont presque complètement atrophiés d'ordinaire et les glandes hépatiques réduites à quelques pâles filaments qui entourent la masse du parasite. La partie la plus difficile à obtenir intacte est la région antérieure recourbée en forme de capuchon : elle est constamment située dans l'angle antérieur et externe de la carapace du crabe; il faut briser celle-ci et enlever avec beaucoup de soins le capuchon qui, à la moindre rupture, laisse échapper son contenu, œufs ou embryons.

On peut alors se rendre compte et de la forme générale de l'animal et de sa position dans son hôte. Nous avons représenté pl. IV, fig. 2, une femelle adulte de Portunion Mænadis de grandeur naturelle dans la carapace de Carcinus Maænas. Que l'animal soit à droite ou à gauche, les rapports sont les mêmes, un Portunion droit étant symétrique d’un Portunion gauche. D'un côté, remplissant presque toute la cavité, se voit une grosse masse jaune dont la région supérieure, en partie cachée dans la figure, est recourbée et forme le capuchon qui remplit tout le haut de la cavité; la région inférieure s'étend en un prolongement allongé

jusqu’au bord postérieur de la carapace; toute cette masse jaune n’est que la chambre incubatrice gonflée d'embryons qui dissimule la partie céphalothoracique de l’animal. De l’autre côté de la carapace, on voit, se détachant de la poche incubatrice, à la naissance du prolongement postérieur, une partie allongée, d’un blanc mat, couverte des replis des lamelles qui la bordent de part et d'autre; cette région se dirige vers le haut de la cavité branchiale où elle est fixée : c’est la partie abdominale de l’Entoniscien.

Chezles espèces grégaires, quand le crabe est infesté par deux parasites, ceux-ci auront la même position, l'un à droite, l’autre à gauche, de façon à faire croire au premier abord à l'existence d'organes pairs parfaitement symétriques.

Nous avons quelquefois trouvé dans P/atyonichus latipes jusque quatre Portunion Kossmanni de mème âge : dans ce cas, ils se placent deux à droite et deux à gauche, de façon à ce que du côté droit se trouvent les deux parties céphalothoraciques des parasites droits séparées parles abdomens des parasites gauches, et à gauche les abdomens des parasites droits entre les parties cephalothoraciques des parasites gauches (1).

Quand l'Entoniscien est tout à fait débarrassé des organes du crabe et que rien ne le retient plus, on le fait glisser de la carapace dans l’eau de mer bien pure, et on peut ainsi le maintenir en vie pendant plusieurs jours.

Les dimensions de l’animal ne sont pas uniquement en rapport avec son âge mais aussi avec la grandeur du crabe infesté. Aïnsi, on trouve dans de tout petits crabes des parasites adultes avec des embryons bien développés et dans de gros crabes de jeunes femelles d’une taille double de celle de ces adultes, et dont la cavité incubatrice n’est pas encore fermée. Les plus jeunes individus que nous ayons vus mesuraient à peine trois millimètres, tandis que les adultes bien développés dépassaient trois centimètres. On se rendra bien compte des différentes grandeurs moyennes d'un Portunion Mænadis aux divers moments de son évolution, en comparant les traits qui accompagnent chacune des figures de la planche V et qui indiquent la grandeur naturelle de ces différents stades.

Comme nous l'avons vu, la coloration varie avec l’état plus ou moins avancé des œufs et des embryons contenus dans la cavité incubatrice. Quand elle est vide, (PI. IT, fig. s), l’animal est entièrement blanc; quand elle est remplie d'œufs

(1) Pour plus de simplicité dans le langage, nous désignons par droits et gauckes les Entonisciens dont la partie céphalique se trouve respectivement du côté droit ou du côté gauche du crabe. Mais nous verrons que, en raison de la façon dont le parasite pénètre dans son hôte, il faudrait renverser ces désignations pour les rendre comparables à celles dont nous nous sommes servis chez Cepon et chez les Bopyriens branchiaux.

aux premiers stades du développement (pl. IV, fig. 1, 2; pl. V, fig. 5), l’animal est d’un beau jaune serin qui passe au lilas quand les embryons sont près d’éclore.

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