MORPHOLOGIE ET ANATOMIE DE LA FEMELLE DE PORTUNION MÆNADIS
Nous diviserons l'étude de la morphologie et de l'anatomie de la femelle adulte en trois parties correspondantes aux trois divisions de l’animal :
I° Région céphalique ; IT" Région thoracique ; ITI° Région abdominale.
RÉGION CÉPHALIOUE.
Quand on a extrait d’un crabe un Entoniscien et qu'on l’a préalablement débarrassé de la membrane d’enveloppe , au milieu de cette masse confuse de lamelles de toutes sortes et de toutes dimensions qui, au premier aspect, semble n’avoir pas de forme définie, une partie nettement délimitée attire tout d’abord l'attention : elle ressemble grossièrement à lamasse bilobée d’un cerveau ou mieux, à une tête de libellule; elle est d’un blanc mat éclatant qui tranche sur les lamelles transparentes qui l'entourent et la cachent à moitié. Cette partie représente la face dorsale devenue convexe du segment céphalique.
Dans ses Votes pour servir à l'histoire du genre Entoniscus, GiaRD a proposé de désigner sous le nom de cephalogaster la portion antérieure du corps des Entonisciens qui a été appelée fée par les premiers observateurs. Sans attacher plus d'importance qu'il ne convient à cette dénomination, nous ne comprenons pas les critiques dont elle a été l’objet de la part de Kossmann. À des choses nouvelles il convient d'appliquer des noms nouveaux; or, le cephalogaster des Entonisciens nettement séparé du reste du corps et parfaitement distinct à première vue n'est nullement comparable à la tête ou à l’estomac des autres Crustacés et en particulier des Amphipodes et des [sopodes.
Cela est tellement vrai, que FRaissE a admis comme Giarp, la nécessité de désigner cette partie par un nom spécial. Quand Kossman (1) reproche à Waz d'avoir attribué à Fraisse le nom de cephalogaster employé pour désigner l’estomac des Entonisciens, il a raison /#féralement. Mais FRAISSE s’est servi du mot Kopfdarm qui est la traduction germanique de cephalogaster, ainsi que Wazz l’a reconnu lui-même. Quant à l'observation grammaticale qui consiste à dire que cephalogaster est un mot mal formé parce qu'il désignerait non pas une espèce spéciale de féfe mais une espèce d'estomac, c’est là, il faut en convenir, une vraie querelle d' Allemand. GïarDb n'a pas écrit seulement la phrase que lui impute KossmanN : « Cette tête mériterait plutôt le nom de cephalogaster. » Mais voici textuellement comme il s’est exprimé à cet égard :
« La masse en forme de cerveau appelée féfe par FriTrz MUELLER, est creusée » à son intérieur d'une cavité dont les parois sont tapissées de replis et de villo- » sités semblables à celle de l’estomac des Bopyres. Ces villosités ont déjà été » signalées par RATHKE, CoRNALIA et Panceri. C'est donc une véritable cavité » gastrique et l’ensemble de cet appareil serait mieux appelé cephalogaster. » (IX, p. 688).
Én raisonnant, comme le fait Kossmanw, il faudrait rejeter également le nom de cephalothorax appliqué aux Crustacés Décapodes et aux Arachnides sous prétexte que ce mot désigne une espèce de fhorax et non une espèce de féfe. C'est d’ailleurs en parlant de l’estomac que Giarp a mis en avant le nom de cephalo- £gaster.
Si l’on soulève la masse lamelleuse antérieure, le capuchon qui en se recourbant, recouvre et cache presque entièrement cette partie, ou mieux, si on
(1) Kossmanx , Sfudien über Bopyriden, 1. Zeitschrift f. wiss. Zoologie, Bd. XXXV, p. 672, note 1, (2) Wazz, Ueber die Familie des Bopyriden, 1882, p. 10.
nIOOE—
l'enlève en le coupant près de son insertion, on dégage le cephalogaster et l'on peut alors examiner sous toutes ses faces.
Il se présente sous la forme d’une masse blanche régulièrement arrondie, creusée en son milieu d'un sillon longitudinal très accentué qui la divise en deux sphères égales qui se coupent. La face qui se présente ainsi est celle que nous appellerons dorsale; c’est celle que l’on voit tout d’abord et qui n'est pas enfoncée dans la cavité ménagée entre le capuchon antérieur et le reste de la masse du corps.
Sur la face opposée du cephalogaster. celle qui regarde l'intérieur de cette cavité, se voient à la partie supérieure, de part et d'autre de la continuation du sillon médian, deux paires de bourrelets symétriques, également d'un blanc mat, la paire interne beaucoup plus réduite que la paire externe. A la base de cette dernière, près du point où s’incurve le capuchon antérieur et semblant reposer dessus, se trouve une paire de petits organes arrondis du même blanc éclatant.
Quand l'animal est bien vivant et vient d’être extrait de son hôte, toutes ces parties se meuvent énergiquement : les deux sphères se gonflent et s’aplatissent d'une façon rhythmique, et les deux paires de bourrelets s’écartent ou se rapprochent à la manière de lèvres, tantôt également sur toute leur longueur, tantôt seulement dans leur partie supérieure, ou dans leur partie inférieure. Si on écarte délicatement ces bourrelets, on sent, juste au point central, une résistance au milieu de toutes ces masses molles, et l’on peut facilement isoler une pièce chitineuse en forme de chevalet triangulaire, acuminée vers le haut et terminée à sa partie inférieure par de longues pointes.
Tout cet ensemble, qui, à première vue, ne rappelle en rien ce que l'on connaît chez les Crustacés, représente cependant la tête d’un Isopode typique avec toutes ses parties esentielles.
Inversement de ce qui arrive pour le thorax, où nous verrons la partie ventrale se développer tellement que le dos semble y disparaître et n’être plus qu'un sillon, la face ventrale du segment céphalique se trouve très réduite si on la compare à la face dorsale qui, fortement développée, vient la déborder de part et d'autre. Cette face ventrale se trouve limitée, dans l’ensemble des formes que nous aurons à décrire, à la surface à peu près triangulaire comprise entre les deux lignes d'insertion des bourrelets externes et en bas par une ligne joignant la base des deux petites masses arrondies, Tout le reste, c’est-à-dire la surface des deux sphères contigues, représente la face dorsale que l'excès de son développement a ramené en partie du côté ventral.
—= Qi
La face dorsale entière s’est moulée sur un organe que nous examinerons plus en détail dans l’anatomie interne de l’Entoniscien, et qui a la forme d’une double ampoule à parois contractiles. Cet organe, qui n’est autre que l'estomac, a refoulé, en se gonflant, toute la surface dorsale du segment céphalique. Celui-ci a, comme nous l’avons dit, l'aspect de deux sphères sécantes suivant un plan qui coïnciderait avec le plan médian sagittal de la tête. Les deux sphères, quoique se confondant dans leur partie médiane, restent pourtant bien distinctes surtout en avant et en arrière, où elles se séparent nettement. On voit que le nom de cephalogaster convient parfaitement à toute cette partie.
La face ventrale est aux trois quarts recouverte par les deux paires de bourrelets longitudinaux (PI. VI, Fig. 5). La paire interne /; est située à la partie supérieure de la face ventrale telle que nous l’avons délimitée : ce sont deux petites masses allongées , régulièrement arrondies qui s’écartent ou se rejoignent sur la ligne médiane à la volonté de l’animal. Elles n’adhèrent pas dans toute leur longueur à la face ventrale, mais au contraire n’y sont fixées que par une base très restreinte qui se trouve vers la partie supérieure, comme on peut s'en rendre compte sur la Fig. 2 de la PI. VIT où cette partie /; est représentée en coupe. Ce mode d'insertion leur permet non-seulement des mouvements généraux de latéralité, mais aussi des mouvements de bascule, les parties inférieures se rapprochant tandis que les supérieures s’écartent ou réciproquement.
Cette paire interne est comprise dans l'intervalle que ménagent entre eux les bourrelets externes /e beaucoup plus considérables comme longueur et comme épaisseur. Leur extrémité supérieure dépasse celle de la paire interne et leur extrémité inférieure atteint la base de la paire d'organes arrondis que nous avons indiqués à la base de la face ventrale de la tête. Leurs insertions sont aussi singulièrement réduites ; elles sont situées dans le voisinage de l'insertion de la première paire, un peu en arrière et en dehors, Leurs mouvements sont identiques à ceux de la première paire, mais naturellement plus visibles. La structure interne de ces quatre appendices est absolument musculaire.
Supposons ces deux paires de bourrelets enlevées de la face ventrale et ne laissant que la trace de leurs bases d'insertion : nous aurons de part et d'autre de l’appareil chitineux, que nous verrons plus loin être le rostre , quatre bases d’appendices régulièrement disposées, une première paire antérieurement, une seconde paire un peu en arrière et en dehors des premières. Immédiatement ces positions respectives font songer aux antennes internes et externes, quelque difficulté que l’on ait à voir dans ces masses en forme de bourrelets les homologues des appendices allongés, minces, pluriarticulés que nous sommes habitués à désigner sous ce nom.