‹ Contributions à l'étude des BopyriensChapitre 43 sur 103 · O2 RE · texte numérisé non relu

O2 RE

L'examen de certains autres types de Bopyriens va nous fournir des termes de passage entre ces deux formes si dissemblables. Dans Gigantione Mæbii, l'antenne interne, d’après Kossmann (1), est formée de trois articles, l’article basal acquiert un développement énorme au point de rejoindre, sur la ligne médiane de la tête, l’article correspondant de l’autre antenne, de façon à cacher presque complètement le rostre entier. Les deux autres articles de l’antenne ne forment plus, sur cette base, qu’un petit tubercule très réduit.

Gigantione Mœbii (d'apres Kossmawx ).

Tête de la femelle, vue par la face ventrale.

ant : antenne interne.

an2 : antenne externe.

md : mandibule.

Dans Pleurocrypta porcellanæ, c'est l'antenne externe qui se modifie d'une façon analogue ; le second article, celui qui succède à l’article basal, se renfle énormément en une sorte de longue massue, sur le côté externe de laquelle se trouvent, très réduits, les deux derniers articles de l’antenne encore terminés par quelques poils raides. Supposons que dans ces deux cas, les derniers articles des antennes disparaissent et que celles-ci se trouvent, par suite, réduites à leur base renflée et nous aurons à peu près les formes réalisées chez notre Entoniscien.

Nous n'avons pas trouvé trace chez la femelle adulte, sur les deux paires de

(1) Il est bien étonnant de constater que KossmanN, auquel nous devons une belle monographie de Gigantione et qui a insisté sur la forme si curieuse des antennes internes de ce parasite, n’a pas su déduire de ses observations les conséquences qu’elles comportent pour la morphologie de la tête des Entonisciens. En effet, KossmanN n’a pas reconnu les antennes des Entione dans les organes qu’il appelle bourrelets en forme de ventouses : « wenigstens sehe ich nicht dass F. MueLcer für E.porcellanae die saugnapfähnlichen Polster am Kopfe zeichnet ober beschreibt die FRaisse (Taf. Il, fig. 6) Giarp (pl. 46, fig. 5) darstellt und die auf meiner Figur (Taf. VIII, fig. 3) zu sehen sind 5. (XI, p. 155).

bourrelets, des derniers articles des antennes. Peut-être sur un individu très jeune, reste-t-il, comme dans Gigantione et dans Pleurocrypta, un tubercule plus ou moins rudimentaire témoignant de la forme primitive de l'organe, mais nous ne l'avons pas vu.

Quoiqu'il en soit, la place où s'’insèrent ces organes, leur base d'insertion si réduite par rapport à leur masse, leurs proportions relatives, les internes étant beaucoup plus réduits que les externes, comme cela arrive pour les antennes de la plupart des Bopyriens, les modifications analogues chez d’autres types, tout nous autorise à homologuer avec certitude la paire interne des bourrelets avec les antennes internes, et la paire externe avec les antennes externes des Bopyriens moins déformées.

Quand l’Entoniscien est encore jeune, on voit par transparence de part et d'autre de la tête sous la partie inférieure des antennes externes deux petites taches pigmentaires noires, symétriques : ce sont les yeux rudimentaires qui disparaissent chez la femelle adulte.

Nous avons dit qu'entre les antennes, au point central de la face ventrale se trouvait une masse chitineuse résistante, à peu près triangulaire. Quand on parvient à isoler complètement cette partie des masses molles qui l’entourent, voici comment elle se présente : sa forme générale (PI. VI, fig. 6), est celle d’un triangle isocèle sur la partie inférieure duquel viendrait s'appliquer une autre pièce chitineuse terminée vers le haut par un prolongement arrondi, et inférieurement par deux pointes symétriques. Entre ces deux pièces se trouve une fente horizontale dans laquelle se meuvent deux appendices symétriques appliqués l’un contre l’autre à la partie médiane. Tout cet ensemble forme l'appareil buccal.

La pièce triangulaire supérieure ou lèvre supérieure est le labre /b; c’est une pièce chitineuse, épaisse, terminée en haut par un sommet aigü et dont la base s’articule avec les parties latérales de la pièce antérieure et inférieure qui représente l’hypostome ou lèvre inférieure hyp. Cette dernière pièce est solidement archoutée par ses deux prolongements inférieurs, de façon à ménager une fente entre elle et la lèvre supérieure. Au milieu de cette fente se trouve l'ouverture buccale. Le prolongement antérieur arrondi de l’hypostome vient recouvrir l'extrémité supérieure des mandibules m4. La mandibule a la forme typique qu'elle affecte chez la plupart des Bopyriens: c’est une pièce solide, à la base d’articulation élargie, renflée à la partie médiane et qui, après s'être amincie vers le haut, se termine par un cuilleron garni de petites dents aigues, engrénant avec l'extrémité semblable de l’autre mandibule.

Nous n'avons pas trouvé trace des maxilles ni de la première ni de la seconde paire.

A la base de la face ventrale du segment céphalique nous avons signalé la présence de deux masses arrondies d’un blanc mat, situées sous la partie inferieure des antennes externes. Elles sont très visibles chez l'animal jeune comme chez l'adulte et semblent reposer sur la surface supérieure de la cavité incubatrice.

Ces organes, assez difficiles à décrire, représentent les pattes mâchoires (PI. VI, fig. 5, pm). Comme chez les Ioniens, nous pouvons encore y distinguer trois parties nettement visibles dans la Fig. 6 de la page 30 où nous avons représenté la patte mâchoire de Portunion Mænadis.

La masse arrondie que l’on voit tout d’abord est fixée par une base assez large à la face ventrale de la tète et représente le coxopodite co qui, chez les [oniens, est généralement renflé mais n’atteint jamais des proportions si considérables. De la face interne du coxopodite, vers la base se détache une lamelle délicate, difficile à voir derrière la masse arrondie qui la dissimule en grande partie, c'est l’exopodite ex. [rrégulièrement quadrangulaire il présente à son angle supérieur et interne une partie distincte rappelant de loin par sa forme, les petites lames qui chez les Bopyriens sont ordinairement garnies de minces prolongements dentelés (Cepon elegans, C. messoris, Pleurocrypta porcellanæ). De la masse du coxopodite, mais cette fois antérieurement, se détache une autre lamelle très réduite et très difficile à mettre en évidence qui représente l'endopodite ex.

On voit que cette partie antérieure de l’Entoniscien, si extraordinaire au premier abord, présente cependant, quoique très profondément modifiés, les organes essentiels de la tète d'un Bopyre. Toutes les modifications s'expliquent d’ellesmêmes par le mode d’existance si spécial de l’Entoniscien dans le fourreau qu'il s'est formé aux dépens de la paroi membraneuse du crabe. La tête du parasite n'est plus qu'un appareil de perforation et de succion. Il lui faut en effet perforer la mince paroi qui l'enveloppe hermétiquement de toutes parts et attirer dans le tube digestif les liquides de la cavité du corps de l'hôte aux dépens duquel il doit vivre. Le mécanisme de la perforation est très facile à saisir quand on connaît la disposition des pièces buccales et des antennes. Ces dernières, devenues de puissants bourrelets musculaires, saisissent fortement entre leurs masses la paroi du fourreau et la maintiennent afin que les mandibules puissent la perforer tout à leur aise. Une fois la bouche du Porfunion mise de cette façon directement en

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rapport avec la cavité du corps du crabe, le cephalogaster entre en jeu et parun fonctionnement que nous étudierons plus tard, force les liquides de cette cavité à pénétrer dans l’intérieur du tube digestif du parasite.

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